GÉRONTE, CLÉON
GÉRONTE
/\-t'on vû quelque part un fond d'impertinences De cette force-là.'
CLÉON
Si fur les apparences...
GÉRONTE
Où diable preniez-vous qu'il avoit de refprit?
C'eft un original qui ne fçait ce qu'il dit :
Un de ces merveilleux gâtés par des Caillettes :
Ni goût, ni jugement, un tiffu de fornettes,
Et Monfieur celui-ci, Madame celle-là,
Des riens, des airs, du vent, en trois mots le voilà.
Ma foi, fauf votre avis...
CLÉON
Je m'en rapporte au vôtre :
Vous vous y connoiflez tout auffi bien qu'un autre; Prenez qu'on m'a furpris, & que je n'ai rien dit : Après tout, je n'ai fait que rendre le récit De gens qu'il voit beaucoup : moi qui ne le vois guère Qu'en paffant, j'ignorois le fonds du caractère.
GÉRONTE
Oh! fur parole ainfi ne louons point les gens : Avant que de louer, j'examine long-tems, Avant que de blâmer même cérémonie :
Auffi connois-je bien mon monde : & je déhe
COMEDIE. i 17
Quand j'ai toifé mes gens qu'on m'en impofe en rien;
Autrefois j'ai tant vu, foit en mal, foit en bien,
De réputations contraires aux perfonnes,
Que je n'en admets plus ni mauvaifes ni bonnes,
Il faut y voir foi-même : & par exemple, vous,
Si je les en croyois, ne difent-ils pas tous
Que vous êtes méchant? ce langage m'affomme,
Je vous ai bien fuivi, je vous trouve bon-homme.
CLÉON
Vous avez dit le mot, & la méchanceté N'eft qu'un nom odieux, par les fots inventé : C'eft là, pour fe venger, leur formule ordinaire : Dès qu'on eft au-deffus de leur petite sphère, Que, de peur d'être abfurde, on fronde leur avis, Et qu'on ne rampe pas comme eux, fâchés, aigris, Furieux contre vous, ne fçachant que répondre, Croyant qu'on les remarque, & qu'on veut les confondre, Un tel eft très-méchant, vous difent-ils tout bas : Et pourquoi? C'eft qu'un tel a l'efprit qu'ils n'ont pas. {Un Laquais arrive.)
GÉRONTE
Eh bien, qu'eft-ce?