‹ Le méchantChapitre 33 sur 46 · LISETTE FLORISE LISETTE · texte numérisé non relu

LISETTE FLORISE LISETTE

Rien.

Je veux fçavoir...

Non.

FLORISE

Je l'exige.

LISETTE

Eh bien... J'ai crû m'appercevoir Qu'il n avoit pas pour vous tout le goût qu'il vous

marque :

Il me parle fouvent, & fouvent je remarque Qu'il a, quand je vous loue, un air embarraffé, Et fur certains difcours fi je l'avois pouffé...

FLORISE

Chimère!... il faut pourtant éclaircir ce nuage; Il eft vrai que Chloé me donne quelque ombrage, Et que c'eft à deffein de l'éloigner de lui Qu'à la mettre au couvent je m'apprête aujourd'hui ; Toi, fais caufer Cléon, et que je puiffe apprendre...

LISETTE

Je voudrois qu'en fecretvous vinffiez nous entendre ; Vous ne m'en croiriez pas.

FLORISE

Quelle folie !

LISETTE

Oh! non.

Il faut s'aider de tout dans un jufie foupçon :

Sicen'eft pas pour vous, que ce foit pour moi-même: J'ai l'efprit défiant : vous voulez que je l'aime, Et je ne puis l'aimer, comme je le prétends, Que quand nous aurons fait l'épreuve où je l'attends.

FLORISE

Mais comment ferions-nous?

LISETTE

Ah! rien n'eft plus facile; C'eft avec moi tantôt que vous verrez fon ftile : Faux ou vrai, bien ou mal, il s'expliquera, là : Vous avez vu fouvent qu'au moment où l'on va Se promener enfemble, au bois, à la prairie, Cléon ne part jamais avec la compagnie, Il refte à me parler, à me queftionner : Et de ce cabinet, vous pourriez vous donner Le plaifir de l'entendre appuyer, ou détruire...

FLORISE

Tout ce que tu voudras; je ne veux que m'inftruire Si Cléon pour ma fille a le goût que je croi, Mais je ne puis penfer qu'il parle mal de moi.

LISETTE

Eh bien, c'eft de ma part une galanterie, L'éloge des abfens se fait fans flaterie : Il faudra que fur vous, dans tout cet entretien, Je dife un peu de mal, dont je ne penfe rien, Pour lui faire beau jeu.

FLORISE

Je te le pafle encore.

LISETTE

S'il trompe mon attente, oh ! ma foi, je l'adore.

Florise, voyant venir Arifte & Valere.

Encor Monfieur Arifte avec fon Protégé!

Je voudrois bien tous deux qu'ils priflent leur congé, Mais ils ne Tentent rien : làiflbns-les.

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