‹ Le méchantChapitre 9 sur 46 · FLORISE, GÉRONTE · texte numérisé non relu

FLORISE, GÉRONTE

FLORISE

Je ne fçai ce que j'ai, tout m'excède aujourd'hui, Auffi c'eft vous ... hier...

GÉRONTE

Quoi donc

FLORISE

Oui, tout l'ennui Que vous m'avez caufé fur ce beau mariage, Dont je ne vois pas bien l'important avantage; Tous vos propos fans fin m'ont occupé l'efprit Au point que j'ai paffé la plus mauvaife nuit.

GÉRONTE

^ Mais ma fœur, ce parti ...

FLORISE

Finiffons là, de grâce:

Allez-vous m'en parler? Je vous cède la place.

GÉRONTE

Un moment: Je ne veux...

Tenez, j'ai de l'humeur Et je vous répondrois peut-être avec aigreur. Vous fçavez que je n'ai de defirs que les vôtres: Mais s'il faut quelquefois prendre l'avis des autres, Je crois que c'ell fur-tout dans cette occailon : Eh bien, fur cette affaire, entretenez Cléon:

C'eft un ami fenfé, qui voit bien, qui vous aime! S'il approuve ce choix, j'y foufcrirai moi-même: Mais je ne penfe pas, à parler fans détours, Qu'il foit de votre avis, comme il en eft toujours. D'ailleurs, qui vous a fait hâter cette promelTe? Tout bien confidéré, je ne vois rien qui preffe. Oh ! mais (me dites-vous) on nous chicannera Ce feront des procès ! Eh bien, on plaidera. Faut-il qu'un intérêt d'argent, une mifére, Nous faffe ainfi brufquer une importante affaire ? Ceffez de m'en parler; cela m'excède.

GÉRONTE

Je ne dis rien; c'eft vous...

FLORISE

Belle alliance!

GÉRONTE

Moi?

Eh quoi? ...

La mère de Valere eft mauffade, ennuyeufe, Sans ufage du monde, une femme odieufe: Que voulez-vous qu'on dife à de pareils oifons?

GÉRONTE

C'eft une femme fini pie, & fans prétentions, Qui veillant fur fes biens...

FLORISE

La belle emplette encore Que ce Valere! un fat qui s'aime, qui s'adoie.

GÉRONTE

L'agrément de cet âge en couvre les défauts :

Eh qui donc n'eft pas fat? Tout l'elt jufques aux lots.

Mais le tems remédie aux torts de la JeunelTe.

FLORISE

Non, il peut refier fat: N'en voit-on pas fans ceffe Qui jufqu'à quarante ans gardent l'air éventé, Et font les vétérans de la fatuité?

GÉRONTE

Laiffons cek. Cléon fera donc notre arbitre, Je veux vous demander fur un autre chapitre Un peu de complaifance, & j'efpere, ma fœur. .

FLORISE

Ah! vous fçavez trop bien tous vos droits fur mon

cœur.

Arilte doit ici...

FLORISE

Votre Arifte m'affomme :

C'eft, je vous l'avouerai, le plus plat honnête

homme...

GÉRONTE

Ne vous voilà-t'il pas? J'aime tous vos amis; Tous ceux que vous voulez, vous les voyez admis: Et moi, je n'en ai qu'un, que j'aime pour mon

compte, Et vous le déteftez : Oh ! cela me démonte : Vous l'avez accablé, contredit, abruti ; Croyez-vous qu'il foit fourd, & qu'il n'ait rien fenti, Quoiqu'il n'ait rien marqué? Vous autres fortes têtes Vous voilà ! vous prenez tous les gens pour des bêtes; Et ne ménageant rien...

FLORISE

Eh mais, tant pis pour lui.

S'il s'en eft offenfé; c'elt aufïï trop d'ennui,

S'il faut à chaque mot voir comme on peut le prendre, Je dis ce qui me vient, & l'on peut me le rendre. Le Ridicule eft fait pour notre amufement, Et la plaifanterie eft libre.

GÉRONTE

Mais vraiment, Je fçai bien, comme vous, qu'il faut un peu médire: Mais en face des gens il eft trop fort d'en rire. Pour conferver vos droits, je veux bien vous laitier Tous ceslourds Campagnards que je voudrois chaffer, Quand ils viennent ; raillez leurs façons, leur langage Et tout l'Arriére-ban de notre voifinage.

Mais grâce, je vous prie, & plus d'attention Pour Arifte: Il revient: Faites réflexion Qu'il me croira s'il eft traité de même forte, Un Maître à qui bien-tût on fermera fa porte: Je ne crois pas avoir cet air-là, Dieu merci. Enfin, fi vous m'aimez, traitez bien mon ami.

FLORISE

Par malheur, je n'ai point l'art de me contrefaire. 11 vient pour un fujet qui ne fçauroit me plaire Et je le marquerois indubitablement:

Je ne fortirai pas de mon appartement.

Ce feroit une fcéne.

Que je fuis malade.

GERONTE FLORISE

Eh non; je ferai dire

GÉRONTE

Oh toujours me contredire

FLORISE

Mais marier Chloé, mon frère, y penfez-vous? Elle eft fi peu formée, & fi fotte, entre nous...

GÉRONTE

Je ne vois pas cela. Je lui trouve, au contraire,

De refprit naturel, un fort bon caractère ;

Ce qu'elle eft devant vous ne vient que d'embarras :

On imaginerait que vous ne l'aimez pas,

A vous la voir traiter avec tant de rudeffe;

Loin de l'encourager, vous l'effrayez fans ccffe,

Et vous l'abrutiffez, dès que vous lui parlez.

Sa figure ell fort bien d'ailleurs.

FLORISE

Si vous voulez.

Mais c'eft un air fi gauche, une mauffaderie...

géronte élevé la voix, appercevant Lifette. Tout comme il vous plaira: FinilTons, je vous prie, Pjifque je l'ai promis, je veux bien voir Cléon, Parce que je fuis sûr de fa décifion.

Mais quoi qu'on puiffe dire, il faut ce mariage: Il n'eft point pour Chloé d'arrangement plus fage; Feu fon père, on le fçait, a mangé tout fon bien, Le vôtre eft médiocre: elle n'a que le mien: Et quand je donne tout, c'eft bien la muindre chofc Qu'on daigne fe prêter à ce que je propofe.

Il fort.

FLORISE

Qu'un fot eft difficile à vivre?

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