‹ Le Méchant malgré luiChapitre 2 sur 37 · HENRIETTE, JOSEPHINE · texte numérisé non relu

HENRIETTE, JOSEPHINE

Elles entrent l'une d'un côté, l'autre de l'autre.' JOSÉPHINE , avec humeur et parlant au fond du théâtre.

Est-ce ma faute, à moi?... c'est une tyrannie! Arrangez donc, tout seul, votre cérémonie.

S'appro chant.

Quel train et quel tourment dans cette maison-ci.

HENRIETTE

Qu'as-tu donc , Joséphine , à te fâcher ainsi ^

Ce que j'ai tous les jours : mais de tout on se lasse; Et je vais , de ce pas, chercher une autre place.

HENRIETTE

Siiis-je , ma chère enfant, plus heureuse que toi ? Tu témoignes, du moins, de Familié pour moi : A toute autre que toi, mes plaintes seraient vaines. A qui, si tu t'en vas , conterai-je mes peines ?

JOSÉPHINE

Me conter vos chagrins ne les adoucit pas. Votre oncle, à la maison, ^onde du haut en has. Et sur nous exerçant son esprit tyrannique , Il nous traite d'un ton qui hien souvent me pique.

HENRIETTE

Quand je me marierai , je te prendrai chez moi.

JOSÉPHINE

Il faudra que j'attende un peu long-temps.

HENRIETTE

Pourquoi P

JOSÉPHINE

Vous épouserez donc ce savant ridicule Qui cahale en latin , et sur le grec spécule , Qui sait très-Lien , dit- il , le perse et l'arménien , Mais fort peu l'art de plaire.

HENRIETTE

Hélas , je le crois Lien :

Car il ne me plaît pas.

Votre oncle le protège, Et répare avec lui les ouLlis du collège. Mais malgré ses efforts , ma foi, je doute Lien Qu'il devienne jamais un académicien.

HENRIETTE

Pour être mon appui , reste avec moi , ma chère.

JOSÉPHINE

Eh bien, oui; je pardonne à monsieur, pour vous plaire.

HENRIETTE

Dis-moi donc , à présent , d'où venait ton humeur.

JOSÉPHINE

Je ne m'en souviens plus. Je me mets en fureur, Je m'appaise , je ris, je n'ai point de rancune. On n'en Coit pas avoir, quand on est sans fortune. Prise par vos parens, élevée auprès d'eux, Je fus tres-ohligée à leurs so' s généreux. Lorsqu'auprès de voire oncle , on vous mit en tutelle , Je vous suivis* chez lui; certes, mademoiselle. Dès mes plus jeunes ans élevée avec vous. Je dus , vous le pensez, trouver mon sort bien doux ; Mais je ne voudrais pas me croire en esclavage. D'un cœur reconnaissant mou travail est le gage. Et j'oblige à mon tour ceux qui me font du bien , Car, dans ce monde -ci, l'on ne fait rien pour rien.

HENRIETTE

Aussi, pour toi, mon oncle a de la déférence.

Oui. De son ton bourru quelquefois je m'offense , C'est pourtant quand il craint, qu'il parait en fureur; Ainsi que les poltrons chantent quand iis ont peur. Si tôt qu'on lui tient tête , il perd son assurance.

HENRIETTE

Après tout, je lui dois de la reconnaissance. Je ne pourrai jamais oublier ses bienfaits.

JOSÉPHINE

. Qui sait s'il n'en a pas ressenti les effets ? Tel se donne en public de^ airs de bienfaisance

Dont les soins généreux sont bien payés d'avance.

HENRIETTE

Joséphine , toujours vous supposez le mal.

JOSÉPHINE

Je ne suppose rien, je parle en général. Cependant, votre père avait beaucoup d'aisance ; Votre oncle , était dit-on, peu riche , en apparence : A la mort de son frère , il tint un grand état , Et parut , tout d'un coup , avec assez d'éclat. On en parla d'abord ; et puis , selon l'usage, On cessa d'en parler : mais vous êtes d'un âge A connaître vos biens ; d'autant plus qu'enti'e nous , On sait que c'est la dot qui fait trouver l'époux.

HENRIETTE

Félix ne pense pas à ma dot, j'en suis sûre.

JOSÉPHINE

Il aurait bien raison d'y penser, je vous jure. Vous l'aimez donc toujours , ce Félix de Limeuil i'

Oui , car je crois qu'il m'aime.

JOSÉPHINE

Eh bien, je crains l'accueil Qu'on lui ferait ici , s'il osait y paraître.

HENRIETTE

Mon oncle le connait. Tu ne sais pas , peut-être , Qu'il l'a , plus d'une fois , invité de venir. Sa douceur, sa bonté , partout le font chérir.

(V JOSÉPHINE

La bonté, la douceur , que j'estime sans doute , Sont d'cxccllens moyens... pour demeurer en route.

Tenez , moi , je suis bonne et douce ; ch bien , d'honneur ,

Sans CCS qualités-là, j'aurais fait mon bonheur.

Je vois de tous côtes des femmes arrogantes ,

Coquettes sans esprit, sans raison exigeantes ,

On les craint, on les aime , et l'on court sur leurs pas.

Qu'une autre soit modestfc , on ne l'aperçoit pas.

HENFilETTE.

Tu conviendras aussi , que des femmes bien sages , Mettent peu de valeur à de pareils hommages.

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