SCÈNE V
DURVILLE, MERINVAL, au fond sans se faire voir.
FELIX
DURVILLE, à part.
Voilà le mot lâché ; que répondre ? j* enrage !
MÉRINVAL, au fond.
Voyons si mon méchant soutient son personnage.
FELIX , avec abandon.
Vous gardez le silence ; ah! monsieur, je le vois, Un autre plus heureux a fixé votre choix. D'un refus trop cruel ma demande est suivie, Et vous faites ainsi le malheur de ma vie.
Mérinval fait à Félix des signes que celui ci n'aperçoit pas
Pourtant, j'aime Henriette, et de mes sentimens Elle a daigné vingt fois recevoir les sermens. Ne croyez pas, Monsieur, que ce soit sa richesse
4o LE MÉCHANT
Qui me la fasse aimer. Seule elle m'intéresse.
Je sais qu'entre vos mains est déposé son bien ;
Aveugle et confiant, je ne demande rien.
A vos arrangemens , je me soumets d'avance ;
IVJais d'être heureux, du moins, laissez-moi l'espérance.
DURVILLE, à part.
C'est vraiment un mouton ! Que disait Mérinval ?
(Haut avec importance.)
Monsieur, j'en suis fâché, vous avez un rival.
MÉRINVAL s'avance, en faisant des signes à Félix.
Je viens vous accorder, fort à propos , sans doute ; J'aime la paix , je sais ce que la guerre coûte.
DURVILLE
Nous ne disputons point.
MÉRIÎSVÂL.
Avec ce gaillard-là, Je sais trop bien comment la chose finira. Votre discussion sans fiel s'est commencée ; Pour moi qui le connais , je lis dans sa pensée.
FELIX
Mérinval ! . • •
MERINVAL.
Non, monsieur, je vous démasquerai; Durville est mon ami, moi, je le défendrai.
DURVILLE
Bon ! il ne m'a rien dit qui ne fut fort honnête.
MÉRINVAL.
Justement : mais voilà qu'il se monte la tête; Tenez, voyez ses yeux s'enflammer de couroux; C'est ce mot de rival ! Félix , modérez-vous.
FEUX
Mais..
MÈRINVAL.
Vous faites ici l'amoureux, le modeste; Vous voulez votre belle, et dédaignez le reste; Pourtant, vous savez bien, qu'une fois son époux, Le tuteur est forcé de compter avec vous ; Que malheureusement pour Durville que j'aime. Trop de luxe l'a mis dans une gcne extrême , Qu'il a fait autrefois plus d'un recouvrement Dont il n'a pas tenu la note exactement, Mais que tout ce qu'il a répond à sa pupille , Et que le ruiner , vous serait très-facile.
FÉLIX, à part.
Si j'en savais un mot !
DURVILLE , à Mérinval.
Que dites-vous donc la ?
MERim^AL, àDurville.
Je vous dis ce qu'il pense , et tout ce qu'il fera; Je vais vous dévoiler la noirceur de son ame.
à Félix , du ton d'un homme qui change de conversation.
Félix , une opprimée en ce moment réclame Les soins qu'à l'orphelin tu dois par ton état. :
à Durville.
Vous savez qu'il s'est fait recevoir avocat,
à Félix.
Au plus injuste hymen on prétend la contraindre , Et timide, et modeste , elle n'ose se plaindre , Mais tout bas, elle implore un appui protecteur Contre un maître caché sous le nom de tuteur....
DURVILLE , à IVIérinval.
Paix l donc,
MÉRINVAL, continuant.
Qui de ses biens injustement dispose.
DURVILLE , de même.
Indiscret !
MÉRINVAL, continuant.
Voudrais-lu défendre cette cause ?
bas à Durville.
Comme il va se trahir !
FELIX , avec enthousiasme.
Si je le veux, vraiment !
Je le veux par devoir comme par sentiment ; N'est-on pas trop heureux de pouvoir sur la terre , Offrir à Fopprimé son noble ministère !
MÉRIÎ^VAL.
Sans intérêt ?
FELIX s'enflammant.
Celui qu'on doit à la vertu , N'est-il pas suffisant ?
MERINVAL l'excitant.
Comment plaiderais-tu ?
FELIX
Comment je plaiderais ? Plein du feu qui m'anime , De l'injuste oppresseur je ferais voirie crime. Je peindrais Tégoiste, au cœur intéressé , Qui, pour avoir de l'or, n'a jamais balancé.
MERINVAL, à Durville.
.Vous entendez .''
FELIX, s 'emportant comme s'il plaidait.
Messieurs , voyez cet homme avare
MERINVAL, à Durville.
C'est VOUS.
DURVILLE
Je le sais bien.
FEUX, de même.
Par un calcul barbare , Par un cruel abus, il veut sacrifier Celle qu'à son pouvoir on daigna confier , Celle qu'il dut toujours protéger et défendre.
MERINVAL, àDurville.
C'est Henriette !
DURVILLE
Eh ! oui.
FEUX, de même.
Messieurs, daignez entendre.. .
DURVILLE , l'interrompant.
Nous entendons assez vos sublimes projets ; Cette cause en vos mains doit avoir grand succès , Et je ne voudrais pas être votre adversaire.
à part , à Me'rinval.
Vous avez bien raison : redoutons sa colère !
( Il sort en saluant Fe'Iix.)