‹ Le Méchant malgré luiChapitre 32 sur 37 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MERINVAL , SAINT-ALBIN.

SAINT- ALBIN, avec frayeur.

Eh bien, la chose est-elle sûre ?

Et croyez-vous.. . •

MERINVAL.

Qu'il faut vous tenir en mesure , Et demain, de bonne heure, aller au rendez-vous. Avez-vous, dites-moi, quelques armes chez vous?

s Al NT- ALBIN.

J'ai dans mon cabinet un bouclier antique, Uu parazonium de Cartilage , authentique.

MÉRÎNVAL.

Un semblable attirail vous conviendrait fort mal, Et cela nY'tait bon que du tems d'Annibal.

SAINT-ALBIN, avec humeur.

Qui vous dit que je songe à m'armer de la sorte ? Vous faites le plaisant.

MERINVAL.

Eh mais , comme il s'emporte.

Un adversaire seul ne vous suffit-il pas ? En voulez-vous avoir un de plus sur les bras ?

SAINT-ALBiN.

Du tout. De raisonner, j'ai la grande habitude , Et chez moi , la sagesse est un fruit de l'étude. Or , Scnèque , Plutarque , et même Cicéron, Disent que l'art de vivre est le seul qui soit bon. Montaigne, à leur avis, dans ses essais se range. Rousseau sur le duel raisonne comme un ange ; Moi, je raisonne aussi ; l'on en veut à mes jours : Je tiens à la science un peu plus qu'aux amours : Donc je ne me bats pas, et je vis pour la g'oire Qui des savans fameux conserve la mémoire.

MÉRINVAL.

Voilà bien du pathos et du raisonnement Pour en venir, mon cher, à dire bonnement ,

MALGRÉ LUI. Sq

Que vous n'êtes pas brave. Oh ! que la réthorique A cacher le mensonge habilement s'applique. Il faut être plus franc ; oui , chacun son métier. Faites gémir la presse , et noircir le papier, Et laissez-nous le droit d'aimer et d'être aimables. Ah çdl ce n'est pas tout. Ces messieurs sont capables De vouloir vous forcer à 1 hymen projette, Comme à prendre, la place où vous êtes porté.

SAINT-ALBIN

Vous croyez qu'on voudrait me faire violence ?

Alors vous oublierez l'amour de là science , Et vous vous battrez !

SAINT- ALBIN

Non! apprenez que je fais, D'après Anaximaque , un traité sur la paix, Dans lequel je décris, je pesé et j'examine La guerre universelle et la guerre intestine. Ce sont, poux les états, des fléaux destructeurs^ Ennemis des beaux arts , des vertus et des mœurs. Ils trament après eux , comme le dit Homère, Le carnage , la mort , le vice et la misère. Or, la guerre qu'on fait entre particuliers. Entraîne les humains à des maux singuliers. Le duel est, au fait, la guerre en miniature. Donc , il outrage aussi les lois de la nature.

MERINVAL.

C'est fort bien raisonner, ,1e n'en dirai pas plus. Votre s.'ivoir me plaît autant que vos vertus ; Le tout ayant pour bnsc une prudence extrême. On doit vivre long-tems avec votre sytème. Adieu.

6o LE MÉCHANT

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