SCENE VII* DURVILLE, HENRIETTE, DOLIGNY
HENRIETTE , très-émue.
Je vous cherchais, mon oncle ; une jeune personne
b4 LÉ MECHANT
Dédaigne quelquefois les conseils qu'on lui donne : Elle éccule son cœur bien plus que la raison, Puis, le repentir vient dans l'arrière saison. Nos parens plus que nous ont de l'expérience ; Nous leur devons toujours respect el confiance. L'âge des passions est celui de l'erreur ; Et pour en disposer, je vous soumets mon cœur.
DCLIGAY. \
On ne saurait, vraiment, être plus raisonnable.
DURVILLE
Vous voyez qu'Henriette est sage autant qu'aimable;
HENRIETTE
J'avais d'abord , mon oncle , improuvé vos projets ; Mais à votre désir ici je me soumets.
Par un charme trop -doux , j'étais préoccupée , Oui , je croyais aimer, je m'étais bien trompée ! Enfin pour me punir, je viens livrer ma main ; Vous pouvez la donner à monsieur Saint- Albin.
DURVILLE
En voici bien d'une autre ! Eh ! non , mademoiselle ; Ce n'est pas notre avis: mais à quoi pense-t-elle? Quand je le proposais, je Tai vu refuser; Quand nous n'en voulons plus , elle veut l'épouser.
DOLIGNY
Nous avons, Henriette, un parti plus sortable,
Qui doit vous convenir: c'est un jeune homme aimamCi
Et qui ne vous est pas, je crois, indifférent.
DURVILLE
Il vous aime, d'ailleurs, et je suis son garant.
DOLlGNY.
Vous devinez son nom , n'est-ce pas , Henriette ?
HENRIETTE
Monsieur Félix vous a choisi pour interprète?
DOLIGNY
Non; c'est à son insu que je parle pour lui.
HENRIETTE
Eh bien! iî est fâcheux que *ce soit aujourd'hui. J'ai connu, par hasard, son affreux caractère, Et vous devez penser qu'il cesse de me plaire.
DURVILLE
Mais vous venez de dire ici, dans le moment, Que vous m'ohéiriez avec empressement.
Qu'à me céder en tout, vous étiez décidée.
HENRIETTE
Ah ! j'ignorais alors que vous changiez d'idée.
DURVILLE
Vous connaissiez si bien vos devoirs et mes droits.
DOLIGNY
Les vœux de nos parens , disiez-vous, sont des lois.
Je l'ai dit ; je croyais que nous pensions de même.
DURVILLE
L'intérêt personnel explique ce problème. Savez-vous qu'un procès pourrait mètre intenté ?
DOLIGNY
Et que moi, je crains tout de sa malignité P
HENRIETTE
C'est là précisément ce dont je viens me plaindre. Je ne saurais aimer celui que je dois craindre.
DURVILLE
Oh ! quel entêtement ! Morbleu , vous céderez* Je lui donne la place , et vous l'épouserez.
HENRIETTE
Je n'obéirai pas, c'est une tyrannie,
Et ce méchant ferait le malheur de ma vie.
Comme elle va pour sortir, elle rencontre Merinval qui arrive avec Félix , et qui l'arrête.
DURVILLE
Mais , ma nièce !... voit-on un contre-temps pareil ? Il faut qu'à Merinval je demande conseil. Justement le voici.