‹ Le Méchant malgré luiChapitre 37 sur 37 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

FELIX ET HENRIETTE, au fond; DURVILLE, MERINVAL, DOLIGNY.

Mon cher, venez donc vite , On a besoin de vous.

MERINVAL, gaîment.

Ai-je assez de mérite Pour pouvoir vous servir .''j'en serais enchanté.

DOLIGNY

Limeuil aime Henriette ?

MERINVAL.

Oui , c'est la vérité.

DURVILLE

Croiriez-vous qu'à-présent ma nièce le refuse ?

MERINVAL.

Bon!

DOLIGNY

Rien n'est plus certain.

MÉRINVAL.

Une erreur vous abuse .

Reo;ardez-les : ils sont dans un parfait accord.

DURVILLE , se retournant.

Se peut-il ?

Ouï , VOUS dis-je. Il est vrai que d^abord On ne s'entendait pas ; mais grâce à mon adresse , Un mot a réuni Pâmant et la maîtresse.

HENRIETTE , un peu honteuse.

J'ai réfléchi , mon oncle , à ma vivacité , Et je dois me soumettre avec docilité.

Comptez donc désormais sur mon obéissance.

MERINVAL.

Eh bien , vous le voyez : j'en étais sûr d'avance.

DURVILLE

Je veux qu'au cher Félix tu remettes ton sort ,

Vous aurez tous mes biens. . • j'entends , après ma mort.

FELIX

Eh ! Monsieur, l'intérêt ne fut jamais mon guide : Me prendriez-vous donc pour une âme sordide ?

DOLIGNY

Je veux que vous teniez quelque chose de moL Recevez de ma main le brevet d'un emploi , Que je ne puis donner avec plus de justice.

FELIX

Ah ! Monsieur ! . -

DOLIGNY

Mais aussi , plus d'humeur , de malice , De propos contre moi , d'épigrammes surtout.

Monsieur , par ce discours vous m'étonnez Leaucoup.

DOLIGNY

Voyons votre épigramme. . . allons, je veux Tentendr*.

FELIX , très-surpris.

Mais avant de la dire , il me faudrait l'apprendre.

BOLIGNY.

Quoi , vous n'avez pas fait un impromptu sanglant ?

FELIX , avec fierté.

Jamais dans Part des vers je n'eus aucun talent. La satyre directe à mes yeux est un crime : Monsieur , j'ai cru devoir ma place à votre estime ; Et j'aurais de la crainte obtenu vos bienfaits ! Ah ! de les recevoir , certes je rougirais. (A DurvUle).

Si les mêmes motifs me donncui Henriette , Je ne puis accepter ce que mon cœur rejette. Je serai malheureux , j'en mourrai de regret ; Mais je dois refuser ce qui m'humilierait.

DURViLLE.

Je suis tout stupéfait !

DOLIGNY

Je tombe de surprise.

Qui peut nous expliquer une telle méprise ?

MERINVAL , tragiquement.

Moi!

Comment , Mérinval ! . .

MERINVAL , tragiquement.

Moi , dis-je , et c'est assez.

MALGRE Lri. 79

Gaîment.

Puisque vous avez vu vos projets renverses. Félix n'est point méchant , son noble caractère S'opposait à Fessai que j'ai cru devoir faire.

DOLÏGNY.

Quoi , c'est vous ?

MERINVAL.

Oui, Monsieur ; le monde est si méchant ! On n'y peut réussir qu'en suivant son penchant. ÎMais la méchanceté ne peut pas tout atteindre , Et quiconque la craint , prouve qu'il doit la craindre.

DOLIGNY

Pourtant , cette éjjigramme ...

FELIX

Il n'en existe rien.

MERmVAL.

Non : mais si vous voulez , moi , je la ferai bien.

DOLIGiSY.

Cela n'est pas utile.

DURVÎLLE.

Et le procès ?

J'espère Que vous ne voudrez pas m'engager à le faire. Dans le monde , parfois, je suis plaisant , mocqueur ; IVlais je ne sus jamais badiner sur l'honneur. Félix est mon ami , je connais sa faiblesse , Et j'aime à me venger de quiconque le blesse.

DURVILLE , avec empressement.

Il mérite ma nièce ; et certes sa bonté N'est point , à mon avis , sa moindre qualité.

DOLIGNY , de même.

Je ne m'en dédis point. Il mérite une place Que briguerait en vain la bassesse ou l'audace.

MERINVAJL.

Nous voilà tous contens.

HENRIETTE

Ah ! monsieur Mérinval , Vous donniez donc au bien l'apparence du mal ?

^ FELIX, tendrement , à Henriette.

Je ne suis point méchant.

MERINVAL.

Sans doute , c'est très-sage Ne sois cependant pas trop bon dans ton ménage.

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