‹ Le Méchant malgré luiChapitre 6 sur 37 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

DURVILLE, MERINVAL.

MÉRINVAL.

Causons, en attendant Votre administrateur. Sans doute , un honmie habile ? Qui veut bien, pour les champs , quitter un jour la ville ^

Suspendre ses travaux Jont les constans efforts Consument son g^énie ... à signer des rapports.

DURVILLE

C'est Tadministrateur d'une grande assurance , Dont les correspondans vont par toute la France. Il a dans ses bureaux des hommes de talent, Et des emplois payés très-généreusement.

MÉRINVAL, ironiquement.

De m'avoir avec lui, vous m'avez jugé digne I Je rends toute justice à cet honneur insigne. Il faudra bien dîner, boire sec au dessert. Pour la digestion faire un petit concert , Et puis jouer gros jeu : car c'est là ce que j'aime. Tout perdre ou tout gagner , voilà le bon système ; C'est celui du moment. D'ailleurs , j'ai du bonheur. Je voudrais ruiner un administrateur.

DURVILLE

Son talent pourrait bien faire tourner la chance :

MKRINVAL.

Le hasard seul fait tout au jeu comme en finance. Avez-vous invité vos aimables voisins ?

L'été , grands campagnards ; l'hiver , bons citadins , Qui mêlent assez bien, si je sais m'y connaître. Les travers des cités au mauvais ton champêtre i* Aurons-nous Saint-Albin, votre savant ami? Sans lui, je ne m'amuse et ne ris qu'à demi. Mais voudra-t-il quitter la Perse et l'Arménie.^ A propos , je lui crois à présent du génie. De votre aimable nièce on le dit amoureux ; Le savant a du goût, et c'est rare chez eux.

DURVILLE

Nous attendons encore un autre personnage. Dont vous allez aussi bien vous moquer, je gage.

ib LE MECHANT

3IÉÎ11NVAL.

Qui donc ?

DUR VILLE

Je ne crois pas qu'il soit connu de vous. Son arrivée ici m'a mis tout en courroux. Il se permet aussi de prétendre à ma nièce , Et pour la demander , d'accourir il sVmî)resse. Je le recevrai mal , c'est Félix de Limeuil.

MÉRINVAL.

C'est mon intime ami ; faites-lui bon accueil.

Bon ! son intime ami , la chose est amusante ! Il n'ose s'en moquer, lui qui toujours plaisante.

MÉRINVAL, sérieusement.

Je plaisante sur tout : mais non sur l'amitié. A Félix , des long-temps, par choix je suis lié : C'est un homme d'honneur, je l'estime, je l'aime, Lui manquer , ce serait me manquer à moi-même.

DURVILLE

On le dit cependant fort timide et fort doux.

MÉRINVAL.

Qui vous a dit cela ?

DURVILLE

Suffit.

MÉRINVAL.

Mais entre nous, Parce qu'il serait doux, timide et pacifique, Vous le traiteriez donc ? • . •

DURVILLE

Mal.

MERINVAL, à part.

L'idée est comique !

Ah ! de Félix on clierche à traverser Tamour ; Je veux, en le servant, faire à Durviile un tour.

Vous vous parlez tout bas.

, 3IÉRINVAL.

Je ris d'une malice- ■■ • €e reprenant

Qu'on vous a faite , et veux vous rendre un bon office.

DURVILLE

Qu'est-ce donc?

MÉRINVAL.

En ami , je veux vous préserver D'un assez grand malheur qui peut vous arriver.

DURVILLE

Achevez.

MÉRIISVAL.

Ce Félix, s'il faut être sincère.

Est un homme excellent; mais trcs-vif, très-colère. Poussé, jusqu'à l'excès par ses emportemens , Il est très-dangereux dans ses ressentimens.

DURVILLE, surpris.

Ah! mon Dieu !

MÉRINVAL.

Vous tremblez?

DURVILLE

C'est donc un homme à craindre '

MÉRINVAL.

Il ne l'est que pour ceux dont il pourrait se plaindre ;

l8 LE MECHANT

Il dit qu'on ne doit pas se laisser outrager,

Et que tous les moyens sont bons pour se venger.

DURVILLE, inquiet.

Tous les moyens !

MÉRINVAL.

Sans doute. Il raisonne à merveilles.

Il faut Lattre les gens avec armes pareilles.

DURVILLE

Quelles armes encor pourrait-il employer?

MÉRINVAL.

Celles de son esprit qu'il pourrait allier Au crédit que son nom doit avoir dans le monde. Sur sa bravoure aussi je pense qu'il se fonde. Ainsi , n'en parlons plus. Traitez-le bien ou mal, C'est votre affaire , à vous ; pour moi , c'est fort égal.

DURVILLE

Que diantre , ce matin, m'a conté Joséphine ?

MÉRINVAL.

Les femmes ont le tort de juger sur la mine.

DURVILLE

Et ma nièce ?

MERINVAL.

Il a fait , sans doute , le galant; Avec celle qu'on aime , on n'est jamais méchant.

J'allais m'en rapporter à deux folles bavardes ! Je vais, d'après cela , me tenir sur mes gardes , Et le recevoir mieux que je ne le voulais.

MÉRINVAL.

Et vous ferez très-bien.

MALGRE LUI. IQ

DURVÎLLE.

Oui, (le ce pas je vais ï^aire tout préparer. Je vous quitte.

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