‹ Le médecin Antoine MenjotChapitre 1 sur 4 · MAURICE TAVERNIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

MAURICE TAVERNIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR

12, Rue de Vaux, 12

Univers/i

c^ is

I ie IMIécieoin

ANTOINE MENJOT

NOTES PÉRIPASCALIENNES

On sait que Pascal appréciait l'esprit et les écrits du médecin Antoine Menjot.

Qu'était Antoine Menjot ? Il appartenait à une famille de Champagne (1). Il était le petit-fils de Nicolas Menjot qui habitait Vitry-le-François en 1574, et dont la femme, Jeanne CoHin, était la fille de Jehan Collin, écu3^er, sieur des Essards, bailli du comté de Beaufort, qui fut, au XVP siècle, un traducteur fort estimé (2). Il n'est

(1) Nous suivons ici la version acceptée par la famille Menjot. d'Eibenne, qui compte Antoine Menjot parmi ses ancêtres. Quekiues documents et notes du Cabinet des titres de la Bibliothèque Nationale, en particulier le recueil Cliérin 184, font venir celte famille de Normandie.

(*2) Jehan Collin, « licencié es loix, bailly du Comté de Beaufort, demourant à Chaalons en ('hampaigne », ainsi qu'il s'intitule dans les titres de ses publications, a traduit en français VH'isloire de Eérodian, auUirur grccq. Paris, lôll ; Lyon, 17)4(5 ; — le traité de l'Educjilion et de la nourriture des enfunts, de Plutaniue, sans date, in-S" ; — Le Llnre de Plularque de la Tranqailtite de Vesperil , ITvJS ; — Le Livre de Ajuytié de Cicéron, Paris, 1587 et 154v>, in-8";— les trois livres des Lois elle Songe de Sciplon, de Cicéron, Paris, 1541, in-8', et l'Introduction à la vraie sapience, de Loys Vives, 1518, in-S». — Nous trouvons en 155"2, un Jehan

pas sans intérêt de constater que, dans sa famille, Antoine Menjot qui devait être, comme bien des médecins du XVIP siècle, un excellent latiniste, comptait au moins un humaniste distingué.

Son père, Jehan Menjot, était de la religion réformée. Il avait épousé, par contrat de Sainxot, notaire à Paris, le 20 mai IGOO, Anne Maillart, fllle d'Antoine et de Renée Maillart, tante de Tallemant des Réaux. Etaient présents à ce mariage noble Pieire Menjot, conseiller au Présidial de Vitry-le-François, et Samuel Menjot, frères du futur ; Claude Le Sergent, auditeur en la Chambre des Comptes de l^aris ; Antoine de Rambouillet, oncle, et Paul de Ijouvigny, beau-frère de la future, ainsi que d'autres personnages.

Nous savons .qu'Antoine Menjot avait tout au moins une sœur qui se maria en secondes noces à Gilbert Hessein, fils de noble Gilbert Ilessein, valet de chambre du lioi, qui eut [)Our lils Pierre Ilessein, secrétaire du Roi (1), ami de Racine et de Boileau et plus encore de la contradiction, et pour flile Marguerite Hessein. Marguerite Hessein, par son mariage avec Antoine Rambouillet, chevalier, seigneur de la Sablière, est

Collin, réformé, membre du Conseil de ville de Cliâlons-sur-Marne, qui paraît être notre traducteur. Philarète Chasies le signale dans sa Chronologie de Vhistoire littéraire et de l'histoire des arts pendant le XVI" siècle et rap[)elle !'« un des utiles traducteurs du XVP siècle » (Philarète Cliasles, Etudes sur le seizième siècle en France, Paris, Charpentier, 187t), p. 410).

(1) Cf. sur Pierre Hessein, les lettres de Racine, t. VJ, j). 575 et passiin et t. VU, p. 39 et passion des Œuvres de J. Racine, seconde édition, revue et corrigée par M. Paul INIesnard, Paris, Hachette, 1888, collection des Grands écrivains de la France.

bien connue sous le nom de M^^e de la Sablière. Elle s'est rendue illustre par sa beauté, son esprit, la généreuse protection qu'elle accordait à La Fontaine. Après avoir été « l'Arthénice des libertins de bonne compagnie», elle finit en écrivant des /?e^g.'2;7on.<;c//re7ee??nc5(l). M'"<^ de la Sablière qui était, comme Menjot, protestante, mais se convertit un peu avant la révocation de l'éditde Nantes, était ainsi la nièce d'Antoine Menjot (3).

Antoine Menjot paraît être né à Paris vers 1615 (3). Où fit-il ses humanités ? Nous l'ignorons. Il « vint étudier

(1) Cf. Louis Roche, La Vie de Jean de La L'onlaine, Paris, Pion, ]9i;3, p. :^03 et suiv., p. 238 et suiv., p. 317 et suiv.; Perrens, Les libertins en France au XVII" siècle, Paris, Caliiiann-Lév3% hsoiJ, p. 339; Walckenaer, Histoire de la vie et des ouvrages de Jean de La Fontaine, Paris, Didot, 185S, t. I, p. 242.

(2) Cf. Notice généalogique sur la famille Menjot, viconiles de Champ fleur et Groustel au Maine, seigneurs de Banimartin en lirie, Paris, au bureau de V Annuaire de la Noblesse, 1870, p. 9-10. Les armes des Menjot étaient : d'argent au chevron d'azur, accompagné en chef de deux épis de blé, tiges et feuilles de gueules, penches dans le sens du chevron et en pointe d'un lion du même. — Antoine Menjot portait les épis en pal et brisait d'un chef chargé de trois étoiles.

(3) Eugène et Emile Ilaag (La France protestante, I84r)-I8r)9, 9 vol. in-8'', art. Menjot) écrivent : « Si les dictionnaires biographiques ([ui nous fournissent [ce lieu et] cette date, n'ont pas commis une erreur, il est étrange que la naissance de Menjot ne se trouve pas inscrite sur les registres de Charenton. Nous en conclurions qu'il était né dans le sein de l'P^glise catholique si, vers le même temps, en 1618, ces registres ne faisaient mention de Jean Menjot, procureur en la Chambre des comptes, comme parrain de Jean Lombart, la marraine étant M"'» Nicolas Briot. femme du tailleur général et graveur des monnaies de France, et un peu plus tard, en 1G32, du baptême d'Auguste Gaudon, tils de Samuel

la médecine (1) à Montpellier (2) » où seulement les protestants pouvaient rétudier. Pour pouvoir entreprendre ces études médicales, il lui fallait prouver qu'il avait fait des études littéraires complètes. A l'Ecole de médecine de Montpellier, « le chancelier a le soin d'immatriculer les écoliers après qu'ils ont été examinés par un des procureurs de l'Ecole, et qu'ils lui ont présenté leurs lettres de maîtrise ès-arts, et les attestations de leur cours de philosophie », dit Astruc dans son Mémoire pour servir à nustoii^e de la Faculté de médecine de Montpellier (8). Il en était, d'ailleurs, de même à Paris.

Menjot « prit ses degrés à Montpellier en KvlB (4) ». A son retour, il s'établit à Paris où il vécut avec dis-

Gaudun, sieur de la Ralluère, et d'Anne Menjot, d'où il résuUe que dès lors une partie au moins de sa famille professait le protestantisme ». Antoine Menjot qui se montra comme un protestant convaincu, nous parait bien être né d'un père et d'une mère protestants. En 1600, il était parrain d'un enfant du peintre Alexandre Dugarnier.

(1) Sur la médecine et les médecins au XVII« siècle, cf. E. Jovy, Pascal inédil, V. Notes pathologiques sur Pascal et son entourage, Vitry-le-François, 1912, où pour la première fois nous avons extrait des Portefeuilles du médecin Vallant des documents médicaux inédits relatifs à Pascal.

(2) [Astruc], Mémoires pour servir à l'histoire de la Faculté de inédecine de Montpellier, Paris, Cavelier, 1767, p. 3S3.

(3) Astruc, eodem libro, p. 76.

(i) Astruc, eodem libro, p. 383. Voici ce que dit encore Astruc ; « Il composa des dissertations pathologiques presque sur toutes les maladies distribuées en quatre parties qu'il publia en ditïérents temps, les deux i)remières en 1665, la troisième en 1674 et la quatrième en 1677, toutes imprimées à Paris, chez Sébastien Mabre- Cramoisy. Elles sont très bien écrites, en très bon latin, (|uoique un peu trop emphatiques pour des ouvrages didacti<jues. c:es mémoires sont pathologiques, sans aucune thérapeutique, ce qui

tinction, comme il convenait à un parent des Hessein et des Rambouillet de la Sablière.

Menjot était, comme médecin, recherché par le monde protestant : aussi le voyons-nous en relations suivies avec le maréchal de Schomberg(l) et sa seconde femme, Susanne d'Aumale (2). Il écrivait à cette dernière la lettre suivante :

On ne peut être plus pénétré que je le suis des boutez extrêmes dont vous m'honorez. Je n'ai pas la témérité en ce rencontre, non plus qu'en matière de religion, de m'imaginer que ce soit l'effet de mon mérite, mais plutôt celuy de votre pure grâce que je souhaiter ois passionnément pouvoir rendre efficace. Mais en vérité, Madame, il y a des raisons d'importance touchant mes affaires domestiques qui ne me permettent pas d'accepter l'avantage que

poLirroit faire juger que Menjot ne pratiquoit pas la médecine. Pour la théorie elle y est telle qu'on la connoissiot de son temps. Cependant ces dissertations se font lire avec plaisir. Menjot vécut dans une grande liaison avec les médecins de Paris, et la Faculté donna une approbation solennelle à ses ouvrages. 11 mourut avant l'an 1G97, plus (ju'ocLogénaire ». Nous avons voulu ne pas manquer de rapporter ce que disait Astruc sur un médecin qui avait honoré l'école de Montpellier; mais ses renseignements ne semblent pas très sûrs. Il est certain que dès 16G0 des « dissertations pathologiques » parurent à la suite du traité que composa Menjot sur les fièvres malignes. Quelle est cette approbation solennelle donnée pai- la Faculté de Paris aux ouvrages de Menjot, dont parle Astruc ?

(1) Frédéric- Armand, comte de Schomberg, protestant, était d'une autre famille que les Schomberg, comtes de Nanteuil et ducs d'Halluin qui s'étaient faits catholiques. Deux d'entre eux, Henri et Charles de Schomberg, furent aussi maréchaux de France.

(2) Cf. sur Suzanne d'Aumale, Victor Cousin, Madatne de Sablé, Paris, Perrin, 1885, p. 402.

vous me faites l'honneur de me proposer, et il ne plaît pas à la Providence que les choses soient de longtemps disposées d'une autre manière. Cependant, Madame, je puis vous protester très sincèrement qu'il n'y a ni éloignement de demeure, ny attache de famille, et, si j'ose me servir de termes consacrez, ny Ange ny Principauté, ny Puissance, etc., capa'jle dans toutes h'S occasions de retarder un moment le service que j'ay voué à Monseigneur le Maréchal et à vous et qu'un tel sentiment sera le dernier mourant en mon cœur. Je suis avec un profond respect. . .(1).

Au même moment, Menjot adressait ce billet au Maréchal :

Puisqu'il vous a plu de confirmer les offres obligeantes que je reçois présentement de Madame, il est juste, Monseigneur, que je vous en rende mes très humbles actions de grâces ; il faudroit que je fusse le plus ingrat de tous les hommes si tant d'honnètetez n'en gravoient dans mon cœur une reconnoissance éternelle. Sur ce que vous m'ordonnez de ne pas encore m'engager pour un logement, je vous diray, Monseigneur, qu'il y a environ trois semaines que j'en signay le Bail à M. des Marchais, rue de Gléry (2), mon ancien quartier ; mais que je sois prés ou loin de vous, c'est la même chose à l'égard de mon zèle pour votre service, et j'ose me flatter que vous me croirez toujours... (8).

(1) Œuvres posthumes, p. 93, Lettre à Madame la Maréchale de ScJiombevfj.

{•Ij C'est dans ce domicile que devait mourir Menjot.

{■i) Opuscules posl/iumes, p. 91, Lettre à Monseigneur le Maréchal de Schoniberg. — Ces lettres ont été écrites après la promotion de Frédéric-Armand de Scliomberg au marécliaJat qui est (lu. o'.i juillet lo75. Mais l'intimité de Menjot avec les Scliomberg est d'une date plus ancienne. Nous verrons Menjot opposer la tidéiite [)rotestante de Scliomberg à la conversion de ïurenne dans une lettre de 10(Jo-lGG7.

Chez les Catholiques, Meujot compta aussi d'illustres clients.

Il fut à un moment donné le médecin de Racine — peut-être au début de sa vie théâtrale (1660). — ou, tout au muiiis, il lui donna quelques conseils sur sa santé. Racine s'en souvient quand il écrit de Luxembourg, le 24 mai 1687, à Boileau malade :

Je vis M. Dodartcomme je venois de recevoir votre lettre et la lui montrai. Il m'assura que vous n'aviez aucun lieu de vous mettre dans l'esprit que votre voix ne reviendra point, et me cita même quantité de gens qui sont sortis fort heureusement d'un semblable accident. Mais sur toutes choses il vous recommande de ne point faire d'effort pour parler et s'il se peut de n'avoir commerce qu'avec des gens d'une oreille fort subtile ou qui vous entendent à demi-mot. Il ci'oit que le sirop d'abricot vous est fort bon, et qu'il en faut prendre quelquefois de pur, et très souvent de mêlé avec de l'eau, en l'avalant lentement et goutte à goutte ; ne point boire trop frais, ni de vin que fort trempé ; du reste vous tenir l'esprit toujours gai. Voilà à peu près le conseil que M. Menjot me donnoit autrefoîS{i).

Au dire de Louis Racine, notre grand tragique racontait, en effet, « quand il vouloit rire », qu'un médecin, — et cette lettre nous apprend que c'était Menjot, — « lui a^^ant défendu de boire du vin, de manger de la

(1) Lettres de Racine, n" 62, dans les Œuvres de Jean Racine, seconde édition, revue et corrigée, par M. Paul Mesnard, Paris, Hachette, 18S8, t. VJ, p. 562 (Collection des Grands écrivains de la France). — M. Hamon, le célèbre médecin et solitaire de Port- Royal, était mort le 22 février 10S7.

viande, de lire et de s'appliquer A la moindre chose, ajouta : « Du reste, réjouissez-vous » (1).

î'Jenjot publia, en 1660, une « histoire et thérapeutique des fièvres malignes », accompagnée de quelques dissertations pathologiques : Febrium ?nalignaru7n historia et curaiio. Accesserunl disserlaliones pathologicae de r}ieumalis7no, de bo?nMs aurhtm, de calalepsi, de incuho, de spuria convulsione et spas^no cijnico, de delirio la génère, de paraphrosyne, de furore uierino, Parisils, apud Gasparum Meturas, via lacobaea, sub signo SS. Triai latis, prope Maturiuenses, MDGLX (2).

1/auteur promettait de faire suivre les dissertations jointes au traité des fièvres d'une « Histoire pathologique » complète, si cette « gerbe » avait réussi à plaire

(1) Kodem llhro. — Cf. E. Jovy, Pascal inédit, V. Notes pathologiques sur Pascal et son entourage, p. 244.

(2) Ce livre aurait été réédité en I0G2, 1605, 1(171 et 1077. — Les bio-bibiiograplies qui placent la première édition de ce livre en 1GG2 et la pnblication de la première partie des Dissertationes patJioIogicae en lOG"*, paraissent se tromper. Si la première édition de ce livre était de 1(3G2, et si la première partie des Dissertationes pat/iologicae n'avait paru qu'en IGGô, Pascal n'aurait peut-être pas eu le loisir de voir le livre et de connaître la dissertation De delirio in génère à laquelle il semble faire allusion dans la lettre (pie nous citons [)lus loin. La letti'e de Pascal à Madame de Sablé est d'ailleurs datée de décembre ItGO, et la Bibliothèque nationale possède bien l'exemplaire dont nous citons le titre, avec la date de IGGO et le nom de Gaspard Meturas. Comme Menjot n'avait pas mis son nom sur ce livre, les contemporains l'attribuèrent un instant au médecin Jean de Gorris dont il est souvent question dans la correspondance de Gui Patin.

aux savants : « Atteœtas dissertationes intégra subsequetur Historia Pathologica, si viris erudttis o>a-///.« arriserit ».

Ce livre, d'un latin élégant et agréable, et d'une pensée souvent originale, fut communiqué à Pascal par la marquise de Sablé dont jNIenjot était l'un des médecins consultants, comme nous le prouve une lettre de remerciements qu'adressa à ce sujet Pascal à la marquise :

Décembre luGO.

Encore que je sois bien embarrassé, je ne puis différer à vous rendre mille grâces de m'avoir procuré la connoissance de M. Menjot, car c'est à vous sans doute, Madame, que je la dois. Et comme je l'estimois déjà beaucoup par les choses que ma sœur m'en avoil dites, je ne puis vous dire avec combien de joie j'ai reçu la grâce qu'il m'a voulu faire. Il ne faut que lire son épitre pour voir combien il a d'esprit et de jugement ; et quoique je ne sois pas capable d'entendre le fonds des matières qu'il traite dans son livre, je vous dirai néanmoins. Madame, que j'y ai beaucoup appris par la manière dont il accorde en peu de mots l'immatériaiité de l'àme avec le pouvoir qu'a la matière d'altérer ses fondions et de causer le délire. J'ai bien de l'impatience de vous en entretenir (1).

La lettre de Pascal nous apprend que Menjot était connu de la fam.ille Perler, puisque la sœur de Pascal, ]vime Périer, avait parlé fort avantageusement de ce médecin à son frère. Pascal formulait, en outre, dans

(1) Mscr. fr. 17041, f" 288. — Ce billet n'est point de l'écriture de Pascal ; il a été ou dicté ou copié. Cf. Pensées, fragments et lettres de Biaise Pascal, publiés par Prosper Faugère, 2' édition, Paris, Leroux, 1897, p. 67.

cette lettre une très favorable appréciation du livre de Menjot dont la dissertation De delirio in génère pourrait bien avoir inspiré en partie ces lignes des Pensées :

Nous avons déjà un autre principe d'erreurs, les maladies. Elles nous gâtent le jugement et le sens. Et si les grandes l'altèrent sensiblement, je ne doute point que les petites n'y fassent impression à leur proportion (1).

Le médecin en titre de M'"« de Sablé, Vallant, montra à Menjot cette lettre de Pascal à la marquise, si louangeuse pour lui et pour son livre sur les fièvres malignes. A son tour, Menjot remercia M^^ede Sablé d'avoir fait connaître son ouvrage à Pascal ; il se montra très sensible à ce jugement de Pascal qu'il devait, croyait-il, plutôt à sa bienveillance qu'à un examen tout à fait exact de son livre :

M. Vallant me fit voir cette lettre dv:; M. Pascal, laquelle est la plus obligeante du monde. Mais, Madame, je ne sais que penser d'un témoignage si avantageux ; car je considère d'une part la sincérité et le savoir sublime de ce grand homme, de l'autre aussi je sais que la charité est la première des vertus chrétiennes ; de sorte que j'ai de la peine à distinguer entre la justice et la grâce, principalement en

(1) On a déjà rappro.^lié de ce passage les lignes suivantes de Montaigne : «Et ne fault pas doubter, encores que nous ne le sentions pas, que, si la fiebvre continue peult altérer nostre âme, la tierce n'y ai)porte quelque altération selon sa mesure et proportion... Si ma santé me rid et la clarté d'un beau jour, me voyià honneste homme; si j'ay un cor (pii me presse l'orteil, me voilà renn-ongné, mal [)laisant et inaccessible » (Montaigne, Apol., t. III, p. ^51).— Cf. Pensées, — édition Havet, Paris, Delagrave, 1887, t. I, art. III, I 3, p. 35; édition classique Brunschvicg, Paris, Hachette, 1900, section If, fragment 8'^, p. 3G8 ; édition Brunschvicg des Grcmds écrivains de la France, Paris, Hachette, 190-1, t. II, p. 12.

une personne qui sans cloute la met en pratique avec autant de chaleur qu'il la soutient. Quoi qu'il en soit, je lui suis extrêmement obligé d'avoir daigné jeter les yeux sur un ouvrage si peu considérable, et je vous rends très humbles grâces, Madame, de m'avoir procuré cet honneur (1).

Le médecin Hédouin écrivait au même moment, — le 23 décembre 1660 — de Lyon à son ami Vallant avec qui il avait fait ses études médicales à Montpellier :

J'ay veu l'ouvrage de M. Menjeot. Je trouue certainement cela bien digéré. Et il s'est bien appropi'ié ce qu'il a leu dans Golher ['?], dans Durest (2) et dans Sennert (8) et dans quelques autres où il me semble d'avoir presque tout vu ce que j'ay trouvé dans son ouvrage, mais non pas d'une manière si polie et si chastiée (4).

Menjot distribuait sans aucun doute ses écrits parmi ses amis protestanls, et aussi parmi les catholiques. Il

(1) Portei'euille de Vallant. — Pensées, fragments et lettres de Biaise Pascal, publiés par Prosper Faugère, Paris, Leroux, 1897, t. I, p. 43i.

(2) Probablement Louis Duret, médecin ordinaire de Charles IX et de Henri III, né à Bagé, dans la Bresse, en 15'27, mort à Paris le 22 juin 1586. Il professa la médecine au Collège royal, étudia surtout Iiip[)ocrate, fut un humaniste distingué et mit dans ses ouvrages beaucoup d'élégance et de goût. A moins qu'il ne faille lire : Diicrest. Toussaint Ducrest a écrit un Coininentarlus de feb)'ibiis cognoscen Us et curandls, Lausannae, l')80, in-S".

(3) David Sennert, médecin, né à Breslau en 157^, professa d'abord la médecine à Lacadémie de Wittetnberg, et y introduisit en l(i02 l'enseignement de la chimie. Il mourut a Wittemberg en 1G37. Les œuvres complètes de ce médecin avaient été publiées à Lyon en 1650 ; c'est probablement de cette édition que se servait Hédouin.

(4) Mscr. fr. 17052, f« 307, v°.

est assez probable qu'avec son caractère modéré, il en faisait hommage aussi bien aux sectateurs de Port- Royal qu'aux partisans des jésuites. Nous le voyons offrir l'un de ses ouvrages à x\rnauld d'Andilly qui priait M'"^ de Sablé de l'en remercier dans une lettre que nous croj^ons pouvoir rapporter aux tout premiers jours de 1662. Il semble y élre fait allusion à la sœur ('atherine de Sainte-Suzanne, la fille du peintre Philippe de Champaigne, tout à coup guérie à cette époque (1) d'une paralysie, accompagnée de fièvre, qui durait depuis dix-huit mois. Quelle que soit la date de cette lettre, nous voyons Arnauld d'Andilly soupirer après la conversion de Menjot et souhaiter de le voir bientôt passer du protestantisme à la religion de Port-Royal :

Ce Lu n cl y matin.

J'ay tellement pensé en vous sur le miracle que vous auez pu sçauoir de M. Vallant, comme je luy ay dit qu'il semble qu'il soit fait tout exprès pour vous, puisque rien ne vous peut tant assurer qu'il est véritable que le tesmoignage d'un médecin aussi habile qu'il est et en qui vous puissiez avoir ainsy qu'en luy une entière conficince. Il faut auouer qu'il ne s'en est jamais fait qui soit venu plus à propos et dans un temps plus précis pour justifier une action aussi importante que celle sur le sujet de laquelle il s'est rencontré, mesme entre nos amis, cette diuersité d'opinions qui doit cesser nuiintenant, puisqu'il n'y a plus lieu de douter que celle en faveur de laquelle Dieu s'est déclaré, ne soit la meilleure.

(\) M. (Jazier dit par erreur dans son édiLion des Mémoires d'Hermant (t. V, p. 4'24, note 1) que cette guérisoii se produisit en

\mi.

Je suis trop obligé à M. Menjot de ce qu'encore que je n'aye pas le bien de le connoistre, il a voulu me faire part de ses ouvrages : et je vous supplierois, si je l'osois, de prendre la peine de l'en remercier pour moy. Gomme vous sçauez quelle est mon incapacité en ce qui est de la médecine, tout ce que j'ay pu a esté de juger par son épistre quelle doit estre la beauté de tout le reste : et je souhaiterois de tout mon cœur auec vous que son àme fust aussi éclairée pour connoistre les véritez de la foy que son esprit l'est pour pénétrer dans celles de la nature. Mais comme c'est de Uieu seul qu'il peut recevoir cette grâce, tout ce que l'on peut faire pour luy est de le prier de vouloir la luy accorder (1).

Vers 1664, « Nicole fut conduit à s'occuper plus à fond qu'il n'en avait dessein de la perpétuité de la foi catholicfue dans TEucharistie, de la manière dont il faut entendre et dont on a toujours entendu le mystère du corps et du sang de Jésus-Ghrist dans la communion (2). Il avait fait une Préface destinée à èlre mise

(1) Mscr. fr. 10587, f>' 6G. L'adresse est, ainsi libellée : Pour Madame la, Marquise de Sablé. Au dos : d'AndlUj/ sitr M. Menjot.

(2) Les jansénistes semblaient peu désignés pour détendre le dogme de l'Euoliarislie, puiscjue, dans la pratique, ils affectaient un rigorisme tel qu'ils détournaient de la communion. Avec leur pharisaïsme ordinaire, ils s'emparèrent du rôle qui ne leur appartenait point. Cf. les idées qu'expose à ce sujet, d'un ton un peu brilanni(jue, mais d'une manière iiUéiessante. le 1'. Dalgairns, dans la Sainte Communion considérée au point de vue philosophique, tliéolocjique et pratique, Paris, Bray et Relaux, 1881, t. I. p. 31.'î. Au dire de Ra[)in (t. IIl, p. 152), H.'ircos, neveu de Duvergier de Hauranne et abbé, nprès ce dernier, de Saint-Cyran, « ne pouvoit approuver le démêlé qu'eurent Arnauld et Nicole contre Claude, ministre de Cliarenton, ny tout ce qu'ils écrivirent sur la transsubstantiation, prétendant que c'étoit sortir hors de leur sujet, et qu'ils dévoient se renfermer dans la matière de la grâce ».

en tête de Y Office du Saint-Sacrement (1659), office composé ou augmenté des leçons des Pères par M. le Maître (1) dont ce fut le dernier travail, et traduit en français par le duc de Luynes. La Préface de Nicole ne fut pourtant pas mise à ce livre d'édification et de piété; « on jugea plus à propos de ne mêler rien qui sentit la contestation dans un livre qui était uniquement destiné à nourrir la piété des fidèles ».

« Ainsi ce traité demeura suijprimé durant plus de deux ans, et ce ne fut que par rencontre qu'on en donna depuis deux ou trois copies ». Menjot eut, par INIf"^ de Sablé, la première toujours à être au courant de tous les événements littéraires ou théologiques, communication de cette Préface, et nous possédons la lettre avec laquelle il retournait à M™'^ de Sablé cet écrit qui l'avait fort ému, lui, protestant :

Aucun escrit de vos théologiens sur le subiect de l'Eucharistie ne m'a si fortement touché que celuy, Madame, qui m'a esté confié sur vostre parole (2). Je vous le renuoie après l'auoir leu par deux fois auec exactitude et admiration tout ensemble. Il prouue dés l'entrée que, si la transsubtantiation est une doctrine fausse et monstrueuse,

(1) Cf. Oscar de Vallée, A ?i^ome Lemaistre et ses coniemporains, Paris, Michel Lévy, 1858.

(2) Quelques lettres de Menjot à M'"" de Sal)lé ont élé données dans les Opuscules poslhinnes de M. Menjot, Amsterdam, 1()'.)7, p. 187-199. Cette lettre sy trouve sous ce titre : Lettre à Madctme la marquise de Sablé, touchant lo fj rem 1er livre de Messieurs de Port-Roj/al sur VKucliaristie. Il y a des différences nombreuses entre le texte de l'autographe conservé à la Bibliothèque nationale et le texte imprimé. Il y a aussi de nombreux retranchements. Nous ne les relèverons pas, et nous nous contenterons de reproduire exactement l'original.

comme veulent les protestans, il n'est pas possible qu'elle ait esté introduite clans l'Eglise immédiatement après le siècle des Apostres, mais qu'il faut de nécessité qu'elle soit beaucoup moins ancienne. Les raisons alléguées pour la défense de cette proposition sont à mon ingénient si belles et si inuincibles qu'elles ne peuuent estre contestées. Il insiste qu'on ne sçauroit cotter ny l'autheur ny le temps ny mesrae la manière d'une telle innouation, à sçavoir si elle s'est faite insensiblement, ou tout à coup, si elle a esté générale ou si elle s'est establie tantosten un lieu et tantost en un autre. Il adjouste qu'il n'est pas imaginable que ni les pasteurs ni les peuples tant catholiques que schismatiques, comme les Grecs, Arméniens et ^Egyptiens ne se soient pas esmeus à la naissance d'une opinion si extraordinaire et si erronée, et de là il infère que la transsubstantiation n'a jamais esté nouuelle dans l'Eglise, mais qu'elle est descendue sans interruption depuis les temps apostoliques jusqu'à nous. Peut estre que des gens versés n'auroient pas grand [)eine à respondre à toutes les difficultés si d'aduanture ils ne l'ont desja fait, mais pour nioy qui ne la connois que comme les choses du nouveau monde par la relation d'autruy, je n'entreprendray point de toucher à ces questions de fait; seulement, iMadame, prendraije la liberté de vous déclarer naïvement ma pensée. Ce n'est pas d'aujourd'huy que l'histoire a esté assez négligente pour taire à la postérité des fait3 et des circonstances considérables, ou du moins, si ces choses-là n'ont pas eslé oubliées, il se peut faire (lue les livres en nyent esté perdus. Nous ignorons l'inuention de la boussole, du canon et de quelques autres descouvertes assez modernes. Quelle impossibilité donc i a t il que la présence réelle du corps de Jésus Christ au sacrement de la Cène ait été subjette au mesnie sort d'autant i)!us que cette doctrine se trouve esclose en un temps auquel les plus profondes lenebres de l'ignorance couuroient toute la face de l'Eglise. A l'esgard

de la manière de son introduction arriaée en tant de lieux sans bruit et sans contradiction, posé que cela soit véritable, nous soustenons qu'elle s'est faite par l'artifice du père des mensonges, plus imperceptible sans comparaison à l'esprit humain que les subtilités des joueurs de gobelets ne le sont à nos sens. La lettre de diuorce est permise aujourd'tiui dans l'église grecque, laquelle on conuient auoir esté orthodoxe comme ayant esté plantée de la propre main de l'Apostre des Gentils. Cependant on ne peut nier que cet usage ne soit directement opposé aux maximes de l'Euangile, encor qu'il ne soit pas aisé de marquer précisément la première institution de cette coustume criminelle, non plus que d'asseurer si elle a esté receue des Grecs peu à peu ou tout à coup ; si elle a commencé par quelque église particulière ou si elle a rempli l'Orient tout à la fois, si c'a esté auec quelque résistance ou bien du consentement unanime des clercs et des laïques. En vérité. Madame, les maladies dont les causes sont cachées, ne laissent pas d'estre maladies, elles sont mesme d'autant plus dangereuses que leur origine est incongnue. Nous ne sçaurions descouurir en quel siècle la petite vérole a commencé de paroistre et quelles prononces du monde en ont esté les premières infestées, et néantmoins c'est la plus mortelle peste de nos enfans, et i)lusieurs personnes aduancées en âge n'en sont pas exemptes. Je conclus donc. Madame, qu'en matière de religion, sans s'amuser ni aux authorités humaines, ni aux doubles, pour ne pas dire à la chicane, de l'histoire, le plus court et le meilleur est de recourir, selon l'ordonnance de Jésus Christ, a Moyse et aux prophètes et d'examiner sans préjugé s'il en estait ainsi dtc co?nmencement. Car non seulement la règle de la parole de Dieu ne peut estre fautiue, mais l'application de cette règle aux dogmes de la foy se peut faire assurément par une personne raisonnable qui ne cherche que son salut, et qui est esclairée de la lumière de celuy qui en est

- in —

le père dans la Grâce aussi bien que clans la Nature. Qu'on dispute tant qu'on voudra, ce principe est sans doubte le plus asseuré sur lequel seul doit rouler la foy et le salut des véritables chrestiens. Mes brebis, disoit le fils de Dieu, oyent ma voix et 7ne siiiicent. Il est vray qu'il ne sort plus de la bouche du Sauueur, mais par sa bonté il l'a fixé dans le liure de l'Escripture sainte qu'il a dictée à ses seruiteurs, et qu'il a conseruée jusqu'à nous par sa prouidence sans aucune altération, car, comme il dit luy mesme, le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passe- 7'ont pas. Pardonnes moy, Madame, si j'ay osé contredire les sentimens d'un homme dont l'esprit a quehiiie chose d'angélique (1), et dont les décisions en toute autre rencontre me tiendroient lieu de loy. Je verray aujourd'huy à Gharenton nos libraires pour le livre duquel je vous ay parlé. J'espère vous l'aller porter bien tost et par mesme moien receuoir, Madame, de vostre bonté l'absolution de la longueur ennuieuse de ma lettre (2).

Dans le temps où Menjot avait en mains cette copie de l'écrit de Nicole, il la fit lire en tout ou en partie au ministre Claude qui la réfuta « dans une réponse fort ingénieuse, et où il ne manquait rien que la vérité et la solidité, qui ne se peut pas suppléer par l'adresse de l'esprit. Aussi ceux de son parti la relevèrent d'une manière extraordinaire, et ils la multiplièrent tellement par les copies qu'ils en répandirent partout et dans Paris et dans les provinces qu'elle n'est guère moins publique que si elle avait été imprimée ». Il semble que

(1) A remarquer ce mot sur Nicole.

(2) Mscr. fr. 17U59, P 414. — Celle lettre est accoQH).ignée de ces mots : M. Menjot à la Marquise de Sablé. Ces mots, d'une écriture appliquée, ont été placés à la fin de cette lettre.

c'est l'une de ces copies, de la réfutation de Claude, à lui transmise par M"^« de la Suze (1), — Henriette de Colign}^ son ancienne coreligionnaire qui s'était convertie au catholicisme depuis 1653,— que Menjot transmet à son tour à la marquise de Sablé par la lettre suivante :

Lundi, :3 oct.

Enfin, Madame, je vous enuoie l'escrit en question qui me fust donné hier par Mad'R de la Suse ; vous les communiquerés, Madame, à qui il vous plaira, et tout ce que vous ferés sera bien fait. J'en dunneray aduis à M^Gonrar (2) et luy monstreray l'engagement où je me trouuois auec vous, et j'espère qu'il approuuera mon procédé d'autant plus, Madame, que j'obéis à vos ordres. Je me promets pourtant que, quoy qu'on ne fasse point de conditions auec Messes nos docteurs, ils nous feront voir leur response puisqu'il y va de la gloire de Dieu de faire esclalter la vérité et que l'Euangile doit estre presché de dessus les toits. Je vous enuoie aussi. Madame, la copie du certificat que vous aués souhaité de voir contenant la pensée des Luthériens sur l'Eucharistie que j'ay extrait moy mesme de l'original qui est entre les mains de M^^de Turene. C'est une chose pitoiable entre les Chrestiens qu'un sacrement

(1) Cf. Emile Magne, Madame de la Siizc (Henriette de Colif/ny) et la Société précieuse, Paris, Société du Mercure de France, 1908. M""» de la Suze s'était convertie au catholicisnne le 20 juillet 1653, en l'église des Billettes.

(2) Valentin Conrart api)artenait au calvinisme. — Cf. dans E. Jovy, Ze^' vléjnoires inédits de Mathieu Fej/deau, curé de Yitry-le- François (25 mai 1669 - 3 juin 1676)., commentés par une relation contemporai^ie, Vitry-le-Erançois, Denis, 1905. p. 404 et suiv., une lettre de Conrart, datée d'Atys [Athis-Mons, où Conrart avait une maison de campagne], 15 octobre iGW, à Mathieu Feycleau, sur une prétendue conversion de ce dernier au protestantisme.

de paix et d'union ait esté changé en un champ de batailles. Mais en cela, comme en toute autre chose, il faut adorer sa Prouidence diuine et la prier de mettre les déuoiés dans le bon chemin (l).

Les n)inistres de la parole de Dieu aux églises de Moiibéliart croient et enseignent touchant l'union sacramentelle du pain de la si« Gène auec le corps de Jésus Christ et du vin auec son sang, qu'elle est surnaturelle et incompréhensible sans transsubstantiation, sans consubstantiation, et sans inclusion locale.

Signé : Matler

Granger (2)

Devant cette publicité donnée à la réponse de Claude, Nicole se décida à faire imprimer son premier écrit, c'est-à-dire sa Préface avec une réfutation de l'écrit de Claude. Le tout parut, en juillet 1()()4, chez Charles Savreux, dans un volume in- 12, sous le titre de Traité sur V Eucharistie où l'on fait voir la perpétuité de la foi de l'Eglise catholique touchant ce mystèi'e^ et montrant qu'il ne s'y est fait aucune innovation depuis les apôtres. Lïiuteur y était désigné sous le nom du sieur Barthélémy. C'est cet ouvrage qu'on appela depuis la 'petite Perpétuité pour l'opposer à la grande Perpétuité dont Nicole et Arnauld allaient bientôt commencer la publication (3).

(1) Mscr. fr. 17056, f" 418.

(2) Mscr. fr. 17056, f» 419.

(3) Cf. sur la publication de ces deux hvres [Noël de Larrière], Vie de Messlre Antoine Arnauld, docAeur de la maison et société de *So;V>o?i;2.e, Paris-Lausanne, 1782, t. II, p. 5-16; [l'abbé Goujel], Vie de Nicole, continuation des Essais de jnorale, à Luxembourg, chez André Chevalier, 1732, t. XIV, p. 117 et suiv.

Le ministre Claude répondit aux deux parties de l'ouvrage de Nicole dans un livre qui parut, in-'i*^ et iii-12, sur la fin de 1665 ; et il s'en fit sept éditions en trois ans. D'après les jansénistes, le succès de ce livre aurait clé du aux jésuites qui, en haine des jansénistes, l'auraient fermement soutenu. Quant à ces doux jansénistes, ils n'avaient rien trouvé de mieux que de faire saisir ce livre. Menjot se plaignit de ces procédés à M'"e (\q Sablé, dans la pensée, sans doute, que la marquise, si iiifluente, consentirait peut-être à protéger contre les coups de ses amis de Port-Royal l'ouvrage du ministre protestant :

[A Madcwie la Marquise de Sablé, sur la saisie faite par un Co7n7nissaire du Chàtelel de la Réponse de Monsieur Claude] (1).

La plume de iMessieurs de Port-Royal a été victorieuse, lorsqu'elle a défendu la Grâce efficace qui a S. Paul pour garaud et le cœur de chaque fidèle en particulier pour témoin. I^^lle ;i aussi triomphé de ceux qui n'ont point eu honte de i)ermeltre en certains cas les crimes les plus iiorribles, comme les duels, les larcins domestiques, le meurtre des enfans dans le ventre de leur mère. C'est encore avec un entier succès qu'elle s'est opposée à ces nouveaux Docteurs qui ont osé attribuer à un homme pécheur et mortel rinfaillibilité du droit et du fait qui n'appartient qu'à Dieu seul. Ce sont là des victoires qui ne peuvent être contestées à ces Messieurs et qu'ils ont obtenues d'autant plus aisément qu'ils ont eu à combattre des adversaires d'une capacité assez médiocre. Mais lorsqu'ils ont entrepris de débiter leurs pensées particulières sur l'impossibilité

(1) C'est le titre donné à cette lettre par l'éditeur des Opuscules posthumes de Menjot.

prétendue du changement arrivé dans l'Eucharistie et qu'ils ont attaqué des gens qui ne leur cèdent ny en érudition, ny en l'art de bien écrire, il ne faut pas s'étonner s'ils n'ont pas réussi à leur ordinaire. Ce n'est donc pas sans quelque apparence qu'on les soubçonne d'avoir traversé secrètement l'impression d'une Réponse qui interrompt le cours de leurs victoires, et de s'être servis en ce rencontre des mêmes moyens que leurs ennemis employent tous les jours contr'eux. En efïet on ne peut juger que ce trouble puisse être venu d'ailleurs, puisque le Magistrat averti toleroit la publication de cet Ouvrage, que le Visiteur des Imprimeries, présent à la saisie du Commissaire, n'en a fait aucune plainte, et que la chose qui est en question, si on y prend garde de près, n'intéresse au fond ny l'une ny l'autre Religion. Ce n'est proprement qu'une dispute d'histoire entre deux hommes qui tachent de faire valoir leurs conjectures. L'un soutient que Paschase, moine de Gorbie dans le neuvième siècle (1), a été l'auteur de la Transsubstantiation; l'autre prétend qu'un tel changement n'a pu arriver dans l'Église. I^osé le cas que le premier se trompe, que fait cela contre les Réformez qui fondent leur Foy sur la contrariété qu'ils trouvent entre la Cène de trois Évangélistes et de S. Paul, et l'Eucharistie Romaine, sans qu'il leur importe en quel temps, et par qui l'innovation a été faite? Supposons au contraire que les raisonnements du second, ne soient pas valables et qu'une nouveauté si considérable ait pu s'introduire insensiblement dans l'Église, conformément aux exemples qu'on allègue de pareils changements, ce ne serait pas néanmoins raisonner juste que de conclure de la possibilité d'une chose son existence actuelle ; et le Catholique Romain n'en demeu-

(1) Cf. sur P.ischase Radbert, Fleury, Histoire ecclésiastique, Paris, Pierre Emery, 1704, t. X, p. 338 et 'pcfssiiii ; AIzog, Histoire universelle de l'Eglise, Paris, Waille, 181G, t. II, p. 241 ; Migne, Patrologia latirid, t. 120.

rera pas moins ferme dans sa créance. Il est donc manifeste que Messieurs de Port-Royal étant les seuls intéressez dans l;i, conteslalion présente, pourront, s'il leur plaît, oblenii- raeileiueiit la main levée du Livre qui a été saisi et épargneront à l'Auteur la peine de le faire imprimer hors du Royaume si ce n'est que par charité ils n'aiment mieux travailler à la gloire de cet Ouvrage, selon le sort ordinaire des Livres persécutez. Je suis, etc.

Le livre de Claude triompha sans doute des obstacles qu'on avait opposés à sa vente, et c'est par la joyeuse lettre suivante que Menjot, toujours peu tendre pour Port-Ro3^al que, par égard pour sa correspondante, il était cependant obligé de ménager, probablement plus qu'il ne voulait, annonçait à M'"« de Sablé l'envoi d'un exemplaire de la Réponse aux deux traités intitulés : La perpétuité de la foi de l'Eglise catholique touchant f Eucharistie il) :

[.4 Madame la Marquise de Sablé, en luy envoyant la Réponse de Monsieur Claudel.

Enfin, Madame, je vous envoyé la Réfulation du Traité de la Perpétuité de la Foy. Cet exemplaire a été délivré par une espèce de miracle, comme autrefois S. Pierre, de la prison où il étoit détenu injustement. Mais je crains fort que, comme ce grand Apôtre ne put vaincre l'endurcissement des Juifs, aussi ce Livre, avec toute sa lumière, ne soit pas assez heureux pour guérir l'aveuglement des gens du monde qui ne suivent pas la coutume et l'exemple. A l'égard de ceux qui se disent les Disciples de S. Augustin, et qui semblent chercher avec soin leur salut, nous verrons par leur acquiescement ou par leur résistance aux

(l) Charenton, IGoO, in-8° ; Saumur, ICGG, iii-12.

saintes véritez qu'on leur propose, s'ils ont part, ou non, à la Grâce qu'ils ont si magnifiquement défendue. Ceux qui aidèrent à bàlir l'Arche ne laissèrent pas d'être enveloppez dans le déluge avec le reste des hommes, et pour dire : c( Seigneur, Seigneur », on n'est pas toujours du nombre des fidèles. Mais il faut principalement que ceux qui sont appelez de Dieu à la conduite de ses Troupeaux, les nourrissent, comme parle S. Pierre, du iaict de sagesse pur et sans mélange tiré du Vieux et du Nouveau Testament que S. x\ugustin appelle les deux mammelles de l'Église. Gai', pour la Troisième, c'en seroit une troisième qui rendroit monstrueux le Corps M3^stiqae de Jésus Christ. Néanmoins, afin de convaincre en toute manière les défenseurs de l'erreur, il a falu les faire condamner non seulement par la Parole de Dieu qui est le seul et infaillible Juge de la Foy, mais aussi par les nouveaux Juges qu'ils ont voulu choisir, quoy qu'au fond incompétens. Ils se sont retranchez dans les Ecrits des Pérès contre l'autorité souveraine des Écritures. Mais vous verrez icy, selon le langage de S. Paul, cette forteresse détruite de fond en comble, et l'erreur vaincue par ses propres armes (i). J'avoue qu'il eût été à souhaiter pour la plus grande édification des Lec-

(1) Cette expression : « Terreur vaincue par ses propres armes » fait penser à l'expression de Pa>eal dans l'Entretien avec M de Saci : « Je ne puis voir sans joie dans cet auteur [Montaigne] la superbe raison froissée par ses propres armes ». Menjot n'écrit pas en se servant d'une réminiscence de Pascal, puisque le texte de cet Entretien ne fut publié qu'en 1728 par le P. Des Molets pour la [)reuiière fois, et pour la seconde fois dans les Mémoires de Fontaine, en 1736. Cftle expression qui a été fort admirée dans le discours de Pascal, parait s'être présentée assez facilement sous la plume des écrivains de cette époque, comme nous aurons probablement l'occasion de le dire [)ar la suite. Relevons encore dans les Opuscules posthumes de M. Menjot (p. 303) une expression analogue: « S'il en étoit ainsi, Monsieur Pellisson, par une addresse à luy propre et singulière, à tourner les armes d'un si habile adversaire contre luy même, auroit rendu à l'Eglise Catholique Romaine le plus grand service qu'elle pouvoit jamais recevoir de tous ses Docteurs unis ensemble ».

-jeteurs, que les quatre Traitez qui composent cette dispute, eussent paru dans un même volume, mais il n'a pas plû à Messieurs vos Docteurs d'y consentir, lesquels, comme politiques de bon sens, ont bien jugé qu'ils ne trouveroient pas leur compte dans la comparaison de leurs raisons et des nôtres. En effet il ne leur a pas été fort difficile en marchant sur les traces de S. Paul, de S. Augustin et de nos premiers Réformateurs, de soutenir la Grâce efficace contre les pelagiens de nôtre Siècle, et il leur a élé encore plus aisé de combattre la morale pestilencieuse de quelques faux Théologiens, mais il n'y a point d'artifice capable d'obscurcir les véritez établies et prouvées dans ce Livre, et nous pouvons dire aujourd'hui ce que disoit autrefois l'Apôtre, que si nôtre Évangile est encore couvert, il ne l'est qu'à ceux qui périssent, savoir aux incrédules, ausquels le Dieu de ce Siècle a aveuglé l'entendement. 11 ne faut pourtant pas faire ce tort à l'Eglise de Jésus Christ que de s'imaginer qu'elle doive fonder sa foy sur tant de passages convainquants des Conciles et des Pères. Car nous ne sommes pas obligez à croire de foy divine qu'il y ait jamais eu d'autre Concile que celuy de Jérusalem dont il est parlé dans les Actes des Apôtres, ny que lesTertulliens et les Theodorets ayent jamais été au monde, ou qu'ils soient les véritables Auteurs des œuvres qu'on leur attribue. Nous ne devons à la déposition de ces Illustres témoins qu'une foy qui leur soit proportionnée, c'est à dire une foy humaine et historique ; et la lecture presque infinie des Anciens Docteurs peut bien nous rendre savans, mais ne peut nous rendre fidèles. La foy est la fille du Ciel, et non de la Terre ; elle est produite, dit S. Paul, par l'ouye de la Parole, non des hommes, mais de Dieu. S'il étoit possible que les Pères qui ont vécu dans tous les âges de l'Eglise et dans tous les Climats du monde composassent un Concile et qu'ils entreprissent de faire des Décrets contraires à l'Ecriture, ou qui n'y fussent pas contenus, il seroit du

devoir du moindre particulier des fidèles, d'avoir une telle Assemblée en exécration, quand il se trouveroit seul sur la terre de son sentiment, autrement il ne seroit pas des Brebis de Jésus Christ, puisqu'il n'auroit pas reçu la g'i'àce d'en pouvoir discerner la voix d'avec celle de l'Étranger.

Quelque excès qu'il paroisse dans ce discours, le commandement qui nous est fait dans l'Épître aux Galates, va sans comparaison plus loin, car un Ange confirmé en grâce, et un Apôlre ravi au troisième Ciel ont infiniment plus de lumière que tous les Pères joints ensemble ; et toutefois s'il se pouvoit faire que l'un ou l'autre nous enseignât quelque chose de contraire à ce qui nous a été enseigné, S. Paul nous ordonne expressément de fulminer anathème et contre l'Ange et contre luy même. Voilà l'invincible fermeté, ou, si vous voulez, l'entêtement d'un véritable Chrétien qui le rend, selon le stjle de l'Ecriture, plus que vainqueur des erreurs aussi bien que des persécutions. Et il n'y a pas d'apparence que cette liberté des fidèles puisse être contestée par ceux qui veulent que de simples filles jugent si une signature, commandée par leurs supérieurs, est conforme ou non à la Loy de Dieu. Car pourquoy ne leur sera-t-il pas aussi permis d'examiner si la foy qui leur est proposée par ces mêmes Supérieurs, est de révélation divine, ou si elle ne l'est pas. La raison assurément est égale, et il n'est pas plus juste de vouloir croire en Dieu sous la caution d'autiui que de prétendre luy obéir sans auparavant apprendre de luy même sa volonté. Mais je ne prens pas garde, Madame, que je m'étens au delà des bornes d'une Lettre, et que je m'engage insensiblement dans des matières qui ne sont pas de ma profession. C'est pourquoy je passe des véritez divines aux humaines, pour vous assurer de mes très humbles respects aussi bien que de la sincérité avec laquelle je suis tout à vous(l).

(1) Opuscules posthuines de M. Menjot, p. 194.

Après la publication de celte réponse de Claude, Nicole voulut reprendre d'une seule vue et rassembler tous ses arguments. Il se mit à préparer le volume qui ouvre le traité de la grande Perpétuité. « Ce fut à Cbàtillon-sur-Seine, village prés de Paris, dans la maison de M. Varet, grand-vicaii-e de Sens, que l'ouvrage fut commencé. Il fut continué chez M. le Roi dans son abbaye de Haute-Fontaine, où M. Arnauld et M. Nicole se retirèrent après l'emprisonnement de M. de Sacy. Ils vinrent ensuite demeurer ensemble à t^aris, dans la rue des Postes, pour continuer ce travail ; et il fut fini à l'Holel de Longueville où ils étaient logés l'un et l'autre ». Le manuscrit de cet ouvrage, probablement copié et recopié avec toute la fébrilité des plumes jansénistes, se répandit et provoqua ainsi, au dire des port-ro3^alistes, une grande émotion. C'est à cette réfutation encore manuscrite de l'écrit de Claude que fait allusion iNIenjot dans la lettre suivante, toute pleine de franchise et d'indépendance :

Je croy Messieurs de Port Royal trop sincères pour estre les auteurs d'un bruit qui court par Paris que leur response en nianuscript à iMonsieur Claude est la cause du cliaug-emeut de religion de Monsieur de Turene. Ne. seroit-ce pas plus tost la prompte et sçauante réplique du P. Nouet que je vous enuoie. Au reste que les catholiques Romains ne se glorifient point tant de cette prétendue conuersion. Comme l'ancienne Eglise a eu d'une part ses Moyses qui ont préféré la bassesse du peuple de Dieu aux grandeurs d'une Cour, et (le l'autre ses murmurateurs qui ont voulu retourner en ^Egypte : aussi l'Eglise de nostre siècle a les Schom-

bergs (1^ et les Turenes. Dieu qui juge des intentions du cœur, leur rendra un jour selon leurs œuvres (-2).

Comme on le voit par ce témoignage vraiment sincère, les jansénistes, avec cet esprit de turbulent orgueil et de jalouse rapacité qui subsiste jusque chez les derniers représentants de la secte, avaient faitcourir le bruit dans Paris que, si Turenne s'était converti au catholicisme, c'était parce qu'il avait lu le manuscrit de \Si grande Perpétuité (}]). Qui ne se vantait d'avoir converti Turenne ? A qui n'a-t-on pas attribué ce changement dans les opinions religieuses du grand capitaine ? On a parlé à ce propos de l'évêque de Châlons, Félix Vialart, du futur cardinal de Bouillon, neveu du maréchal. Bossuet aurait montré à Turenne le brouillon de y Exposition de la foi catholique, et aurait amené cette

fl) Menjot fait sans doute allusion à Frédéric-Armand de Schomberg qui devait, en effet, demeurer ferme dans ses croyances protestantes.

(2) Mscr fr. I70ÔB, f" -llo. — Au dos : M'' Menjot sur la response du père Nouel. De cette lettre inédite le I^. I^e Lasseur, dans les notes des Mémoires du P. René Rapin, 1. 111. p. 480, a cité une phrase.

(;]) D'après le P. Rnpin (t. III, [>. 180>, Turenne démentit formellement ce bruit, « ayant pris la résolution de se convertir avant que le livre fut co nmencé ». Le P. Le Lasseur s'ex})riinc ainsi dans ses notes sur Rapin : « De la perpéhdté de la foi, — c'est avec ie livre de la. Fréquente Com^n union le seul des nombreux ouvrages d'Arnauld dont le titre soit resté populaire. Il n'a Jamais été condamné, et on en a fait grand bruit ; on |)rovo(iua à diverses reprise^ \qs félicitations de Rome à son sujet. L'ouvrage qui est en grande [)artie et peut-être en totalité de Nicole, est à peu près oublié ; il n'y a guère aujourd'hui en France que M. de Sacy, des Débuts, pour en garder le culte et la mémoire ». Il y a bien encore aujourdUiui en France au moins quelqu'un qui continue cette adoration de M. de Sacv.

conversion : « Bossuet, par un seul écrit, incomplet, informe encore et au simple état d'ébauche, désabusait alors le grand Tu renne », dit Floquet, le plus amusant des biographes (1). A ce compte, que ne dut pas produire sur l'esprit de Tillustre soldat le manuscrit plus achevé, plus complètement rédigé, de la grande Perpétuité ? Nicole, Arnauld auraient eu avec lui plusieurs entretiens sur TEucharistie et auraient, — dit encore emphatiquement le même Floquet qui répand uniformément sa bienveillance rétrospective sur tous, — « triomphé de tous les doutes de son esprit ». Menjot, bien qu'il soit l'ami de certains jansénistes et aille dans le monde janséniste, ne se laisse pas prendre aux vantardises habiles de I^ort-Iloyal qui veut faire croire qu'il sert la politique du Iloi. 11 parle ironiquement de cette sincérité qu'il sait si rare chez MM. de Port-Royal et ne veut pas paraître croire, — quoiqu'il soit bien certain que telle est la vérité, — qu'ils aient mis en circulation le bruit que la puissance de l'argumentation de l'ouvrage manuscrit ail ramené le maréchal dans la communion de l'Église catholique. Four lui, il croit plutcM que c'est la « prompte et savante réplique » d'un jésuite, le F. Nouet, intitulée : L>i présence de Jésus- Christ dans le Saint- Sacrement pour répondre au ministre qui a écrit contre la Perpétuité de la foi, Faris, Muguet, 1666, qui a été la cause de cette abjura! ion de Turenne que Menjot, en bon protestant qu'il

(1) Cf., dans Floquet, Etudes sur la vie de Bossuet, Paris, Didot, 1855, t. IIJ, p. 254, le passage qui a pour titre : Labjuralion de Turenne due à Bossuet.

est, se garde tout naturellement d'admirer. Les jansénistes oiit alors beaucoup critiqué le I^. Nouet qui encore aujourd'hui est considéré comme l'un des maîtres de la vie spirituelle (1). Ils lui reprochaient de s être mis sur les rangs vers le même temps qu'Arnauld et Nicole, afin de « ne pas laisser à MM. de Port-Royal la gloire d'avoir seuls combattu les calvinistes {'2) ». Le ministre Claude qui démontrait ainsi qu'il voyait clair, déclarait, dans une réponse très courtoise qu'il fit au I\ Nouet, qu'il voyait en lui son seul véritable adversaire, et que les gens de Port-Royal ne comptaient pas: « Je suis oijligé de considérer le P. Nouet comme le véritable défenseur de l'I^giise romaine, je veux dire comme celui qu'elle a autorisé pour le soutien de sa cause sur le sujet de F [eucharistie, et entre les mains

(!) « Qui est-ce qui connaît aujourd'hui, — disait orgneilleusement l'auteur de la Préface Inslorique et critique sur les deux ouvrages de la Perpéiuilé de la foi, dans l'édition des Œuvres complètes d'Arnauld, — les ouvrages du P. Nouet contre le ministre Claude, et qui est-ce rjui ne connaît pas les ouvrages de Port-Royal contre ce ministre et contre ses ayant-cause? » Aujourd'hui la Perpétuité de la Foi est passabieuient oubliée, et le P. Nouet passe toujours |)Our l'un des meilleurs écrivains ascétifiues. Le P. Faber, au moment de la renaissance catholifiue en Angleterre « contribua beaucoup à la circulation dans ce pays des livres spirituels d'auteurs étrangers, tels que Boudon. Surin, Rigoleuc, les deux Lallemant, Courbon. Lombez et Nouet. 11 fit traduire et édita la Doctri7ie spirituelle de Louis Lallemant et l'Octave du Saint-Sacrement de Nouet » (Rowden, Vie et lettres du P. Faber, traduites par le P. Philpin de Rivières, Paris, Palmé, 187:2, t. IL p. 346).

(2) Dirois qui se séparait alors du parti janséniste, reprochait au P. Nouet d'avoir « respondu au ministre Claude sans critique, citant de fausse^ pièces, comme s'il auoit dormy pendant 800 ans ». Il avouait pourtant qu'« il escrivoit asses purement ». — Cf. Griselle, Le ton de la prédication avant Bourdaloue, Paiis, Beauchesne, 1906, p. 273.

de qui elle a confié un de ses plus notables intérêts, sans vouloir permettre aux écrivains de Port-Royal de rentrer en lice pour sa querelle, ni en qualité de volontaires, ni en qualité de troupes auxiliaires, quelques protestations qu'ils aient faites d'agir fidèlement et de n'avoir aucun commerce avec les ennemis de la créance romaine » (1).

Ajoutons, pour préciser, que l'abjuration deTurenne se fit le 23 octobre 1668, que la grande Perpétuité de la foU2) ne parut qu'en 1669, et que VEocposition de ta foi catholique ne fut livrée au public que le 1*^'" décembre 1671, tandis que le livre du F. Nouet est au moins de 1666.

Menjot, en signalant le P. Nouet à la nuirquise de Sablé comme un polémiste instruit, comme l'auteur probable de la conversion de Turenne, et en lui faisant parvenir le livre de ce jésuite, cboisissait précisément l'auteur qu'il fallait citer pour provoquer Tindignatioii,

(1) Préface historique et critique sur les deux ouvrages de la Perpétuité de la foi de l'Eglise catliolique touchant l'Eucharistie, dans Je tome XII des CEuvrcs complètes d'Arnauld, Paris- Lausanne.

(2) La perpétuité de la foy de l'Eglise catholique touchant l'Eucharistie de/fendue contre le livre du sieur Claude, ininisire de Charenton, imprimé à Sens chez Louis Prussurot, Imprimeur de Monseigneur l'Archevesque de Sens, et se vend à Paris, chez Charles Savreux, libraire juré, sous la Tour de Notre Dame, du costé de l'Archevesché, à l'Enseigne des Trois Vertus, 1660. — M. Camille Gilardoni semble insinuer que tout ou partie de la Perpétuité aurait été imprimé à l'imprimerie clandestine qui aurait existé à Hautefontaine : « Nicole résolut de profiter de ses loisirs à Hautefontaine, dit secours que lui offraient la belle bibliothè(|ue et les presses de l'abbé Le Roi pour faire un grand ouvrage (jui confondrait les Protestants...» (L'abbaye dn Hautefontaine et le jansénisme dans le Perthois, Vitry-le-Frajiçois, Tavernier, 1804, p. 80-81). Le titre de l'ouvrage indique bien, comme on voit, Sens comme lieu d'impression.

toujours prête, d'ailleurs, des amis jansénistes de M^^^ de Sablé auxquels, il n'en pouvait douter, sa lettre serait montrée.

Menjot était d'autant plus hardi dans sa sincérité qu'il n'ignorait peut-être pas que le fils même de AP"^ de Sablé, Henri de Laval, évêque de La Rochelle, avait donné à ce livre de la gt^ande Perpétuité dont on lui avait communiqué le manuscrit, l'approbation la plus louangeuse : « Nous avons cru que ce n'étoit pas assez de partager avec le commun des fldelles la jo^^e qu'ils auront de voir leur foy soutenue si puissamment contre les attaques de l'erreur ; mais qu'outre cela nous devions apuier cet ouvrage de nostre autorité et rendre, comme nous faisons, un témoignage authentique de la saine et solide doctrine qu'il contient, et de l'espérance que nous avons que l'Église en tirera de très grands avantages » (1).

Menjot, toujours désolé quand il se produisait quelque défection parmi les protestants, écr-it encore à I\["^« de Sablé la lettre gémissante qui suit, à propos de la conversion d'une dame ou d'une demoiselle protestante dont nous ne connaissons pas le nom :

(1) Celte approbation se trouve dans les pages liminaires du livre. Parmi les autres approbations on trouve celles de Pavillon, le fameux évèfiue janséniste d'Alet, et celle de Bossuet, « docteur en théologie de la Faculté de Paris, Doyen de l'Eglise cathédrale de Metz ».

Samedi matin, ■

J'espère, Madame, de vostre sincérité ordinaire l'histoire au vray de la conférence tenue hier chez vous. Je ne sçay si j'ay raison, mais je soubçonne que la conqueste a précédé le combat et que la future prosélyte a voulu seulement chercher un prétexte pour un dessein desia formé dont les véritables motifs pourroient bien paroistre dans quelque temps. La charité néantmoins me fait souhaiter d'estre mauuais deuin, ne m'estant pas possible de voir de ces naufrages quand (1) à la foy, comme parle l'Escripture, sans une horreur meslée de compassion. Excusés, Madame, mon zèle pour une religion que je ci'oy cognoistre et que j'aime parfaitement (2).

Menjot aimait les lettres, et les lettrés le recherchaient et l'appréciaient. Gomhaud, l'un des premiers membres de l'Académie française et protestant comme Menjot, avait composé sur ce dernier une épigramme laudative dont le médecin avait été très flatté :

Manjol, loin des erreurs de Ja troupe ignorante. Tu prens la Panacée où je prens l'Amaranthe, Sur nn mesme sommet, dans un mesme vallon, Et cherchant les vertus dont la Mort est charmée, Par des Arts différens, sous un mesme Apollon, Tu conserves la vie, et moy la renommée (3).

(1) = Quant.

(2) Mscr. Fr. 170ÔB, f» 413.— Au dos : M' Menjot à M'^ la Marquise de Sablé.

(3) On trouvera le texte decette é[)igramme dans les Epigranimcs de Gombaud, Paris, 1651, in-8^ p. 127, liv. III, 8, ArLs cVA%)OllO)i. Il reparut une édition de ce livre en 1657, in-12.

Voici comment il remerciait le poète de ses aimables vers :

Votre Epigramme, Monsieur, me donne tout d'un coup ce que peu de personnes acquièrent avec bien de la peine et du temps, et vous savez par votre propre expérience à quel prix vous possédez l'immortalité que vous m'accordez si libéralement. Pour me gratifier, vous abusez la Postérité qui, sur la déposition de votre jugement incapable de se tromper, ne concevra de moy rien de médiocre, me voyant en parallèle avec vous. Le Chef de notre Art qui fut le favori d'Apollon pour les choses de la Médecine, comme vous l'êtes pour celles de la Poésie et de l'Éloquence, obtint autrefois des honneurs divins de la première ville de Grèce pour en avoir chassé la plus contagieuse et la plus grande des maladies. Et aujourd'huy le moindre de ses Disciples sans l'avoir mérité voit son nom consacré par le plus bel esprit de notre siècle dont les écrits sont moins périssables que le bronze et le marbre de l'antiquité. Ainsi vous abrégez le chemin de l'éternité; il ne faut plus de vertu extraordinaire, ni de labeurs pénibles pour se défendre contre l'oubli. Il suffit d'être de vos amis pour avoir place auprès de vous en la mémoire de nos neveux. Il ne me manque plus qu'une plume comme la vôtre afin de vous rendre une reconnoissance aussi durable que vos faveurs, et de i»ublier l'excès de vos bontez au delà même de ma vie. Je suis. . .(1)

Menjot avait la plus grande admiration, non seulement pour Gombaud, mais pour Vaugelas, pour Godeau, pour tous les écrivains de l'époque de Louis XIII auprès desquels la littérature du règne de Louis XIV lui paraissait assez pâle. Il exprimait avec vivacité ses sen-

(1) Opuscules posthumes, p. 124.

timents à ce sujet dans une « lettre à Monsieur Bazin sur un panégyrique du Roy en latin » (1).

Puisqu'une personne pour laquelle j'ay infiniment de respect, souhaite que je m'explique sur le poëme Latin que vous m'avez envoyé, je vous dirai librement, Monsieur, qu'il me paroît une espèce de Gazette plutôt qu'un Panegirique, et que la plus grande partie des vers me semblent trop forts pour un amas de relations hebdomadaires, et trop peu élevez pour l'éloge d'un Grand Roy. Bon Dieu, quelle différence de cette pièce, et du Panegirique François de Monsieur le Cardinal de Richelieu ! il n'est pas possible de relire encore à présent ce chef-d'œuvre de M. Gombaud sans en être enchanté tout de nouveau. Aussi l'Académie naissante étoit-elle composée des Vaugelas, des Godeaux, et de plusieurs autres Esprits de la première Grandeur, et j'estime qu'elle peut être comparée à l'Église du Siècle des Apôtres, laquelle depuis ces temps sereins et bien-heureux, est insensiblement déchue de sou ancienne splendeur (2). Mon dessein n'est pas d'entrer dans le détail du Poëme de question ; mais je ne puis ni'empècher de remarquer en passant, que l'Auteur ose conter entre les actions Royales et Héroïques de Sa Majesté, d'avoir gratifié Messieurs les Académiciens d'un appartement dans son Louvre pour y tenir leurs Assemblées. Feu Monsieur le Chancelier Seguier en avoit fait autant dans son Hôtel sans qu'on l'ait placé pour cela au rang des Héros. L'honnêteté de ce Chef de la Justice en faveur des Muses donna seulement occasion à

(1) Opuscules posthumes, p. 136.

(2) Ces paroles de Menjot nous font penser à ce fragment d'un dialogue tout récent de Gyp qui a pour titre : Papotages : « M'"« d'Antan : Elle est en train de se transformer, hein, l'Académie! — Un Monsieur (qui écoute depuis un instant) : Heureuse transformation î... — M. d'Horty (bourru) : Ça dépend des goûts !...».

cet excellent Sonnet de M. Gombaud, dont la chute est si heureuse :

Et mieux que chez Luculle hôte du Grand Pompée, On trouve chez Seguier la Salle d'Apollon.

Obligez-moy, Monsieur, de remercier de ma part l'Illustre Monsieur l'Abbé de la Chambre (1) de toutes les bontez qu'il a pour moy, je les reconnois avec d'autant plus de gratitude, que je sens les mériter moins. Il est digne fils de Monsieur son père, qui pendant sa vie m'a honoré de son

(1) L'abbé Pierre Cureau de la Chambre, curé de Saint-Barthélemj^ à Paris, fut de l'Académie française. Il aimait à rendre service aux savants et aux lettrés. — Il était le fils de Marin Cureau de la Chambre, médecin de Louis XIII et du chancelier Séguier. Ce médecin a beaucoup écrit. Signalons parmi ses nombreux ouvrages ses Nouvelles pensées sur les causes de la lumière, du débordement du Nil et de l'amour d'inclination, Paris, 1634, in-4° ; — Nouvelles conjectures sur la digestion, Paris, 1636, in-4'' ; — Les caractères des passions, 1650-1662, 5 vol. in-4'' ; — Traité de la connoissance des anitnauœ où tout ce qui a été dict pour et contre le raisonnement des bestes est exayniné, Paris, 1648, in-4°; — Le système de l'âme, 1663, in-4% — Lart de connoître les h07nmes, Paris, 1659 et 1667, in-4'' ; — Discours sur l'amitié et la haine qui se trouvent entre les animaux, Paris, 1667, in-8°.

On rencontre ces lignes dans la Préface des Nouvelles conjectures sur la digestion, Paris, 1636, in-4'' :

« On ne sçauroit à mon advis estre blasmé si l'on cherche de nouvelles routes, si l'on prend d'autres guides, et si on laisse aussi hardiment Aristote et Galien, comme ils ont fait ceux qui les ont précédez. Aussy, quoj^ que l'on veuille dire, nous sommes dans la vieillesse du Monde et de la Philosophie ; ce que l'on appelle Antiquité, en a esté l'Enfance et la Jeunesse. Et après qu'elle a vieilly par tant de Siècles et tant d'Expériences, il ne seroit pas raisonnable de la faire parler, comme elle a fait dans ses premières années, et de luy laisser les foiblesses qui se trouvent aux opinions qu'elle a eues en ce temps là, et que l'on veut encore faire passer pour des oracles ».

A lire ce passage qui a déjà été signalé par Barthélémy Hauréau (Nouvelle biographie générale, Didot-Hœfer, Paris, 1859, t. 28, p. 502) et par M. Ch. Adam (Etudes sur les principaux philosophes, 1903, p. 218), on trouve bien diminuée l'originalité du

estime et de ses judicieux avis, lorsque je prenois la liberté de lu5^ communiquer mes Ouvrages avant qu'ils vissent le jour, comme de sa part il me gratifloit de la lecture de ses Manuscrits avant leur impression. Aimez-moy, Monsieur, et me croyez votre, etc.

Un manuel de médecine composé par un Allemand, Jean-André Schmitz, fut publié à Paris en 1666, avec

passage tant vanté de Pascal, dans le fameux Fragynent cVun traité sur le vide (De l'autorité en matière de philosophie), qui exprime la même pensée en des termes à peu près identiques : «...De sorte que toute la suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement : d'où Ton voit avec combien d'injustice nous respectons l'antiquité dans ses philosophes ; car, comme la vieillesse est l'âge le plus distant de l'enfance, qui ne voit que la vieillesse dans cet homme universel ne doit pas être cherchée dans les temps proches de sa naissance, mais dans ceux qui en sont les plus éloignés ? Ceux que nous appelons les anciens, étaient véritablement nouveaux en toutes choses, et formaient l'enfance des hommes proprement; et comme nous avons joint à leurs connaissances l'expérience des siècles qui les ont suivis, c'est en nous que l'on peut trouver cette antiquité que nous révérons dans les autres ».

La même idée a d'ailleurs été formulée bien avant La Chambre et Pascal par Roger Bacon dans son Opus rnajus où il l'attribuait à Sénèque, et par François Bacon dans son Novuin organum et dans le De aug mentis scienliarum. C'est François Bacon qui l'a vigoureusement condensée ainsi : Antiquitas saeculi, juventus ?nundi (Cf. Havet, dans l'édition des Pensées, Paris, Delagrave, 1887, t. II, p. 27-4 ; Jourdain, dans l'édition de Pascal, De l'esprit géo7nétrique. — De l'art de persuader. — De l'autorité en matière de philosophie, Paris, Hachette, 1864, p. 64, note 1).

M. Brunschvicg, dans Biaise Pascal, Œuvres, t. IL Paris, Hachette, 190S, p. 141, note 1 (collection des Grands Ecrivains de la France), cite le passage de Cureau de la Chambre que nous avons précité. Cette reproduction est déparée par un contre-sens. Il faut lire : la faire parler, au lieu de : la faire porter.

des corrections et des additions de Christian-Constantin Rumpf, médecin de l'électeur palatin Frédéric V(l). A ce livre (1) s'ajoutait une intéressante lettre, d'une latinité ingénieuse et recherchée, d'Antoine Menjot à Rumpf de variis sectis amplectendis, — sur l'indépendance d'esprit qu'il convenait d'apporter dans l'étude de la médecine où il ne fallait pas s'attacher à une théorie unique.

Nous donnerons la traduction de celte lettre dont les larges idées, le libéral éclectisme scientifique montrent que Menjot méritait vraiment d'être apprécié de Pascal :

Au très illustre Christian Constantin Rumpf, ami très estin»able, Antoine Menjot, Conseiller et Médecin du Roi (1).

Tu m'avertis aimablement, bien cher ami, que certains s'étonnent que, dans mes « dissertations pathologiques », je ne me sois pas attaché servilement à une doctrine philosophique et médicale et que d'un esprit plus libre j'aie suivi telle ou telle école. En vérité j'avoue que parfois je penche vers l'école de Démocrite, parfois je suis du parti des péripatéticiens, parfois je suis Galien, parfois je le combats, tantôt je me révolte contre les Pyrotechniciens

(1) Mcdiclnae praclicae co^npendium, authore Joh. Andréa Schmilzio, M éd. DocL. et Prof., opus postlmiiuim, quampluriaium suppleraentis aiictum et recensitiun a Ch. Constantino Rompfio M. D. Accessit Ampl. et Clarissimi Viri Dom. D. Ant. Menjotii, Cons. et Med. Reg., Epistola apologctica de variis sectis amplectendis. Lutetiae Parisiorum, apud Joannem d'Oiiry, ad insigne D. Joannis, sub extreino Pontis novi, prope supremiim coenobium RR. PP. Augustinorum, MDCLXVI, cum priuil. Régis et approb. Facult. Paris. — Ce livre reparut à Utreclit en 1682 : tertia editio longe auctior et correctior, apud Johannem Rubiium Bibliopolam,

(2) Menjot est cité parmi les « autorités » de ce livre.

(8) Nous donnerons en appendice le texte de cette lettre.

d'autrefois, tantôt je suis de leur avis. En vertu de quelles idées ai-je évité d'être d'une seule « religion », je vais te rap[)rendre en quelques mots. Si parmi les œuvres d'art il ne s'en rencontre aucune qui ne soit tout à fait et absolument parfaite, si, au contraire, dans les statues de Pyrgotèle et de Lysippe, dans les tableaux d'Apelle et de Protogène, on regrettait l'absence de telle qualité, quel est celui qui, dans l'étude de la nature dont les secrets sont si mystérieux, oserait se vanter d'avoir une opinion en tous points heureuse et qui ait en elle tous les caractères de la vérité? Mais il y a des esprits étroits et raides qui décrivent autour d'eux, à l'instar de ceux qui sont initiés aux sciences magiques, un cercle qu'il est impie de franchir. Pourquoi n'apprécions-nous pas plutôt tous ceux (^ qui débitent la sagesse », pour me servir d'une expression de TertuUien? Pourquoi, avec les fleurs cueillies de tous côtés, ne composons-nous pas la guirlande de la vérité, à la façon des abeilles qui composent le miel avec des fleurs de toute espèce? Les Problèmes d'Aristote se placent, à mon avis, au premier rang de ses écrits. Je sais que les littérateurs classiques en rabaissent l'autorité parce qu'il a éclairci la plupart des questions douteuses, non pas tant par son autorité qu'à l'aide de la science des anciens. Mais c'est précisément pour ce motif qu'on doit les recommander surtout. Le coryphée des philosophes n'a point eu honte, quand il lui a paru qu'il était lui-même insuffisant, de s'en aller tout franchement en dehors des limites du Lycée vers l'Académie de Platon, vers le Portique de Zenon, vers les bosquets d'Epicure. Galien lui-même n'a pas eu si mauvaise opinion des Empiriques qu'il n'ait volé parfois vers leur camp, prêt à s'enrôler avec eux s'il n'avait été engagé visà-vis des Dogmatiques. Les anciens Empiriques étaient, il est vrai, des philosophes estimés et en honneur, et ils n'étaient point, comme les empiriques de nos jours, plongés dans un abîme de maladresse ignorante. Je ne puis

pardonner à ce même Galien de se déchaîner avec tant de violence contre les partisans de la médecine méthodique (1), lorsque les « caractères communs » de Thessalus concordent exactement avec les préceptes les plus élevés et les plus généraux d'Hippocrate, « ajouter et enlever », et aussi « comprimer ce qui est relâché, relâcher ce qui est comprimé », et lorsqu'Aristote a établi deux causes universelles de maladies, l'w épaississement » et le « relâchement » qui répondent à la « maladie resserrée » et à la « maladie fluente » des partisans de la médecine méthodique. Mais notre grand Hippocrate de Gos a été surtout mon guide et mon maître, lui que personne ne saurait accuser de s'être attaché à quelque hérésie, à moins que ce ne soit un lecteur nouveau qui ne s'est pas encore plongé dans son œuvre. En effet, dans son livre sur les quatre éléments et leurs qualités, il a jeté des principes si solides qu'Aristote lui a emprunté les germes de la science de la nature, quoiqu'il ait passé sous silence, dans ses livres de physique, le nom d'un si grand homme, pour qu'on ne put surprendre qu'il avait travaillé avec les idées d'Hippocrate. Une fois seulement, dans ses livres sur la Politique, \\ en a fait mention avec froideur et rapidement. Cette jalousie est d'autant plus injustifiable qu'Hippocrate et Aristote ne furent point contemporains. Le premier, qui vécut cent ans auparavant, florissait au temps d'Artaxerxès Longue- Main, le second à l'époque de Darius. Platon, le maître d'Aristote, a parlé avec éloges d'Hippocrate. Ce même Hippocrate, dans son livre sur l'ancienne médecine, enseigne qu'il y a au dehors et au dedans du corps des sortes de figures qui diffèrent beaucoup entre elles, par rapport aux affections qu'elles apportent, soit au malade, soit à l'homme sain, et il rappelle r« assemblage » et la

(1) Les mélhodiques étaient une secte de médecins fondée à l'époque d'Auguste par Thémison de Laodicée ; ils réglaient le traitement médical sur des principes théoriques.

(( séparation » des atomes. Et, au premier livre de la diète, il fait mention de la Lumière et d'Orcus dans la génération et la conception des mixtes qui à leur naissance deviennent visibles et par leur mort retournent dans l'Hadès, c'est-àdire sont soustraits à la vue, à cause de leur dissolution en atomes non visibles ; c'est ce que dit Virgile : « Je remplirai ma destinée, et je serai rendu aux ténèbres ». Qui est assez aveugle pour ne pas voir qu'Hippocrate suit en tous ces passages les principes de son ami Démocrite? Dans ce même ouvrage il dit encore : « Tout ce que les hommes veulent et tout ce qu'ils ne veulent pas, arrive par une fatalité divine». Et aussi : ^ Tout remplit la destinée qui lui a été fixée et dont les mouvements et les révolutions ne sauraient être évités ». Et encore, au livre sur V Art : « Le spontané n'a point d'être, c'est un pur vocable ». C'est là l'opinion même des Stoïciens sur le destin dont le disséminateur, le créateur et le père a été le grand Hippocrate, et dont Zenon a été le nourricier. C'est ainsi que la puissance divinatrice de l'àme, qui est le pendant de la puissance Imaginative que les Stoïciens attribuaient à l'àme, se trouve dans Hippocrate, au livre des chairs. Il écrit que le « principe qui échauffe l'àme est immortel », c'est-à-dire que l'âme connaît tout, et le présent et l'avenir. Par ces mots, pour le dire en passant, il paraît avoir indiqué ce pressentiment caché du bonheur, et surtout du malheur imminent, dont le sentiment est encore plus vif, par lequel l'àme est frappée d'une joie ou d'une douleur anticipée. C'est ce que dit élégamment Sénéque, dans son Thyeste, avant le lugubre repas d'Atrée : « La cruelle tempête menace les matelots lorsque, sans qu'il y ait de vent, les espaces tranquilles de la mer recèlent des orages ». Et avant que les hommes soient accablés par un grand danger qui fond sur eux, le cœur bat ; les larmes coulent malgré nous; une excitation et un avertissement secret nous y poussent. Enfin les Chimistes se glorifient que les premiers éléments de leur art se trou-

vent dans les œuvres d'Hippocrate ; ils y sont renfermés comme dans un trésor sacré, surtout au livre déjà loué sur ^ancienne médecine où il exalte les forces de l'acide, du salé, de l'insipide et des qualités similaires. Ainsi il est évident qu'Hippocrate a non seulement adhéré à ces diverses écoles, mais qu'il s'est trouvé l'architecte et le fondateur de ces mêmes doctrines et qu'il a été le Patriarche à la fois des Philosophes et des Médecins. Il n'j^ a donc aucune raison pour que des censeurs moroses s'étonnent davantage que, sous la conduite d'un si habile pilote qui ne sait ni tromper, ni se tromper, j'aie navigué en tous sens sur tant de mers pour rechercher la vérité. Plût aux Dieux qu'il fut permis d'en explorer le fond à l'aide d'une sonde ! Adieu, très savant ami, et continue à aimer Menjot qui t'est lié par l'affection et qui t'appartient. Paris le 26 juin de l'année 1665 après la naissance du Christ (1).

En 1674, Menjot qui poursuivait la publication de ses Dissertations pathologiques dont il avait donné les premières dans l'édition de 1660 du Traité « des fièvres malignes» et dont il avait plus tard donné une seconde série, en donna la troisième partie dans la seconde édition de ce traité des fièvres.

On trouve dans les Portefeuilles de Vallant quelques lettres d'an médecin d'xVubeterre, M. de La Closure.

(1) Menjot dut prendre la défense des idées qu'il avait exprimées dans cette lettre par un ouvrage intitulé : De varii's sectis amplectendis adversus Hadriani Scauri ineptias, Paris, 1666, in-r2 ; réimprimé avec l'édition de VHistoria et curatio febrium tnalignarum de 1674, in-^" ; puis à Utrecht en 1682. in-8°.

Aubeterre, petite ville, sur la Dronne, de l'élection d'Angoulême, à une distance égale de cette ville et de Périgueux, avait titre de comté, et de marquisat, et sa juridiction s'étendait sur dix-neuf paroisses et quarante fiefs. La Closure paraît avoir été attaclié en qualité de médecin à l'illustre famille seigneuriale d'Aubeterre (1). Nous le voyons à Paris, le 81 mai 1673, chez Madame d'Aubeterre, alors malade, et faire venir auprès d'elle Vallant comme médecin consultant. Quelques-unes de ces lettres sont relatives à l'épilepsie. Elles furent adresséespar La Closure à Vallant à propos, précisément, de la troisième partie des Dissertations pathologiques de Menjot. La Closure émit, touchant cette maladie, quelques explications et quelques hypothèses, et pria son ami Vallant de les faire connaître à Menjot :

D'Aubeterre, le 10 de mars 1(374.

Je m'estois desia dit de vostre part tout ce que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire sur l'escript de ma maladie, mais ie vous avoue que je n'ay pas laissé de receuoir auec un extrême plaisir la confirmation qu'il vous a pieu de m'en donner. Gela me fait voir que, quelque foy que l'on ait dans ce monde, elle n'est jamais si forte qu'elle n'ait besoin de quelque petit secours étranger, et je vous remercie. Monsieur, d'auoir bien voulu soutenir la mienne dans cette conioncture aussi efficacement que vous avez fait. J'ay eu en passant à Périgueux pour aller en Limousin ou

(1) Aubeterre est aujourd'hui un chef-lieu de canton, arrondissement et à 39 kilomètres de Barbezieux (Charente), 714 hab. On y signale des ruines féodales et une église souterraine de Saint- Jean. François d'Esparbès de Lussan, vicomte d'Aubeterre, maréchal de B'rance, mourut en janvier 16"-28 au château d'Aubeterre et fut enterré au couvent des Minimes d'Aubeterre qu'il avait fondé.

i'auois esté apellé, huit iours seulement de fleure continue, mais elle a esté si rude que i'ay failly à y succomber ; elle fut causée par une chute de cheual que ie fis de nuit dans un lieu assez éleué, et ce fut aparemment le sang épanché dans la poitrine qui mit le feu au logis. Quatorze ou quinze médecins tant de la ville que de la campagne furent à mon secours, et i'ay si bien fait que, peu de iours après, ie me suis trouué en estât de pouuoir entreprendre une course de plus d'un mois de laquelle ie ne fais que reuenir, ce que ie vous dis seulement affin que vous ne m'accusiez pas d'auoir tant demeuré à répondre à votre obligeante lettre qui ne m'a pas trouué icy.

Je n'en ay reçu aucune de Monsieur Merveillaud, comme vous me le mandez, et je n'aurois peut estre pas même deuiné ce que vous me voulez dire, si en mesme tems que j'ay receu votre lettre, je n'en auois aussi reçu une de Madame du Boy de l'hostel de Guise (1) qui m'apprend qu'un certain Monsieur de Certany qu'elle dit estre son fils et qui auoit laissé entre les mains de feu mon frère quelques obligations qu'il auoit eues en succession d'un gentilhomme de ce voisinage, a esté tué à Maestrich. Je luy ay fait répondre par un homme de Givray qu'elle m'auoit enuoyé ici et qui ne m'y rencontra pas, mais si vous la voyez avant qu'elle ne la reçoive, ie vous suplie de luy dire que i'ay ces obligations et que ie ne cherche qu'à m'en décharger, mais qu'il faut qu'il me paroisse que Monsieur de Gertany est mort, et qu'elle en est la véritable héritière, car, comme c'est un dépost qui a esté mis de bonne foy entre les mains de mon frère, je ne puis, ce me semble, valablement m'en defîaire qu'auec ces précautions.

(l) La femme, sans doute, de Goibaud Du Bois, le maître d'hôtel de M""^ de Guise. — Cf. sur Goibaud Du Bois, E. Jovy, Bornât, poète latin malheureux, étude 'péripascalienne, Paris, Henri Leclerc, 1912, p. 14, et Pascal inédit V, Notes pathologiques sur Pascal, Vitry-le-François, 1912, p. 16.

Vous m'auez fait un extrême plaisir de m'aprendre que Monsieur Menjot a donné au public une troisiènie partie de ses Dissertations pathologiques, parce qu'ayant les deux autres, je seray bien aise d'y ioindre celle la et de voir surtout comment luy qui escrit si agréablement et si doctement de toutes choses, se demesle de l'épilepsie dont la nature est cachée aux plus sçavants.

Pour moy qui n'ay pas, comme vous pouvez penser, la vanité de croire que j'aye sur cette maladie des ueûes que tout autre n'ait pas, ie ne sçay pas si ie me dois hasarder de vous en dire ma pensée ; touttefois, à cause que vous me témoignez le désirer, ie le feray tout simplement pour vous faire voir de quelle soumission d'esprit ie suis à votre esgard.

Je remarque donc en premier lieu que l'épilepsie est une maladie du système des nerfs : car il est évident que sa cause prochaine n'est ni dans ie sang ni dans les parties sanguines, mais uniquement dans les nerueuses et qu'il n'y a d'autre différence entre l'épilepsie idiopathique et la sympathique (1) qu'en ce que la cause de la première est dans le vois! nage "de la source des nerfs où elle porte plus principalement le désordre, et que celle de l'autre en est plus ou moins éloignée.

2o Je considère que cette maladie a ses retours et qu'elle a par conséquent sa minière (1) qui, à la façon des fer-

(1) Cette distinction était classique dans la médecine du temps. On la trouvera dans la traduction du Traité de Primerose sur les erreurs vulgaires de la Médecine, avec des additions très curieuses, par M. de Rostagny, médecin de la Société Royale et de S. A. R. Madame de Guise, à Lyon, chez Jean Certe, 1689, p. 315.

(2) Minière s'emploie d'ordinaire pour désigner une « terre ou roche d'où l'on tire les métaux, les minér.'iux, les substances combustibles, etc.» ; mais il se dit aussi en médecine « des parties du corps où il s'amasse et s'épaissit des matières qui forment des obstructions ». Beschere\\e( Dictionnaire national, Paris, Garnier,

mens, a la vertu de se grossir, et d'où elle tire de tems en tems la matière de ses paroxismes.

En troisième lieu ie coniecture que cette minière est très petite en volume puisqu'elle réside parfois dans le bout d'un doit sans y faire de tumeur ny douleur, mais très grande en vertu, puisqu'elle est capable d'exciter de si grands orages.

Enfin ie remarque que ces etïets sont principalement de porter le désordre aux esprits animaux iusques dans leur source et d'exciter ensuite dans tous ou plusieurs membres des mouuemens violents et irréguliers : de manière que, pour bien comprendre la cause de ces mouuemens forcés, je pense qu'il est nécessaire de sçauoir comment se font les volontaires et les réguliers.

Lorsque les esprits animaux sont distribués également dans tous les membres et que leur cours est doux et naturel, cella fait le mouuement que l'on appelle tonique, ou plutôt il ne se fait aucun mouuement particulier ; mais lorsque la volonté les pousse en quelques muscles plus abondamment qu'en quelques autres, cella fait que ces muscles qui se remplissent d'esprits, deuiennent plus gros et conséquemment plus courts, d'où il arriue que les membres ausquels ces muscles sont attachés, sont tirés vers quelque costé, et cella fait tous les diuers mouuemens que nous voyons. C'est donc l'esprit animal qui est la cause de tout mouuement, sçauoir du naturel lorsqu'il est distribué auec ordre et mesure, et du violent lorsqu'il est poussé tumultuairement. Il ne reste donc plus à sçauoir sinon ce qui pousse ainsi si impétueusement l'esprit dans l'épilepsie, car il n'est pas probable, comme semble l'enseigner Helmont, qu'il se puisse de luy mesme irriter à ce point qu'il

lK)ô, 2*' édition, t. IJ, p. 523) a judicieusement noté ce sens dans lequel Ambroise Paré, bien avant La Closure, avait employé minière. Littré ne fait pas mention de cette acception.

entre comme cella de son propre mouuement dans cette espèce de fureur.

A voir de quelle manière commence l'insulte (1) épileptique, il est visible que sa matière se raréfie et prend feu quasi tout d'un coup, ce qui me fait juger qu'elle est à peu près de Ja nature de la poudre, sinon de la commune, du moins de celle qu'on appelle fulminante, qui se fait auec le nitre, le souffre et le sel de tartre, laquelle fait son effet, non pas auec du feu, comme l'autre, mais en l'exposant à un certain degré de chaleur, comme l'on fait l'or fulminant ; car en supposant que cette matière composée de ces trois différentes substances deuienne à estre agitée par quelque cause que ce soit dans quelqu'une des branches des nerfs, il est d'une suite nécessaire que, se raréfiant, elle est poussée le long des tuyaux iusques à l'origine des esprits ausquels il n'est pas possible qu'elle ne donne la chasse, c'est-à-dire qu'elle ne les pousse violemment et irrégulièrement dans les membres où ils font tous ces prodigieux et terribles mouuemens ; lesquels durent iusques à ce que cette matière spasmodique vienne à estre dissipée ou à perdre ses qualités ennemies, c'est-à-dire à changer de grosseur, de figure et de mouuement, ce qui suffit pour redonner le calme aux esprits, et l'on ne peut pas disconuenir que cette matière ne soit d'une nature nitrosulphurée. parce que les esprits dont elle est comme la suye, le sont. Mais affin de pouuoir bien rendre raison de tous les phénomènes, il faut aussi y associer encore un sel fixe alcalisé qui soit parfaitement meslé aux deux autres substances, parce que par un semblable meslange on conçoit assés comment, toutte cette matière venant à estre fortement agitée, les particules nitreuses et sulphurées qui, de leur

(1) Insulte, substantif,dérivédu bas-IaLin insultiis, «agression»,' très souvent du masculin au XVTP siècle, est ici employé comnie terme médical dans le sens d'accès, attaque. Littré n'a pas noté l'acception où l'emploie assez heureusement La Closure.

nature, sont assez volatiles, tendent autant qu'elles peuuent à s'eschaper, à mesure que celles du sel fixe ausquelles les autres sont étroittement associées, s'efforcent tout au contraire de les retenir : mais parce que l'agitation des deux premières substances deuient enfin si forte que le sel fixe n'est plus capable de les arrester, cella fait que le tout s'enuole auec violence et qu'ayant des mouuements, des grosseurs et des figures tout à fait différentes de celles des esprits animaux auec lesquels cette matière se mesle, ils en sont facilement dispersés.

Outre ces trois différentes substances dont ie conieclure que la matière épileptiqae est composée, il faut encore sans doute y joindre, pour faire la minière, une matière purement terrestre qui demeure après la détonation comme une teste morle (1) ou dans l'endroit où elle est formée ou dans les environs, affin qu'elle y serue comme de matrice pour s'impraegner de nouueau des mesmes particules nitreuses, salines et sulpliurées qui produisent en leur tems les mesmes effets, et il est aisé de conceuoir que touttes ces diuerses substances se peuuent trouuer meslées auec les esprits animaux dans les tempéramens brûlés, comme sont les épileptiques, parce que, les esprits n'estant i)roprement que la fleur du sang, qui, dans cette conioncture, ne peut manquer d'èlre chargé tant de souffre impur que de toutes espèces de sels, qui ne sont aussi iamais sans quelque meslange de terre volatilisée, il faut de nécessité que les esprits qui en sont tirés, en participent ; de manière que toutes les fois que les diuers atomes de matière minérale viennent à s'engager ou dans l'origine ou dans les branches de quelques nerfs, ils y doiuent produire une espèce de crasse qui

(1) « Tête morte ^), expression dont se servaient les alchimistes pour désigner le résidu non liquide de leurs analyses. Cette expression venait de ce que, dans leur langage figuré, ils comparaient ces résidus à une tête de laquelle la distillation avait enlevé l'esprit. On dit plus souvent : caput mortitiun.

sert de minière à Tépilepsie, et l'on n'aura pas de peine de comprendre qu'elle s'y puisse en effet former sans y faire d'obstruction sensible, parce qu'elle ne s'y amasse que peu à peu et que cependant les esprits animaux s'y conseruent touiours leur passage libre iusques à ce qu'enfin la mesure uienne, comme l'on dit, à se combler, et que les esprits qui trouuent de la peine à passer parmi les pores de cette matière grossie, fassent effort pour s'ouurir le passage, estant euidant qu'ils doiuent faire là à peu près ce que fait le vent quand il est resserré entre des portes, c'est à dire y souffler auec plus d'impétuosité que de coutume ; ce qui suffit pour raréfier le plus subtil de cette minière, pour produire enfin l'insulte épileptique.

Je coniecture que cella se fait à peu près de cette sorte, parce que je voy que tout ce qui agite extraordinairement les esprits animaux, comme font la ioye, la peur, le vin, le commerce des femmes, etc., recueille l'épilepsie, ce qui ne peut arriuer qu'à cause que ce sont les esprits agités qui mettent le feu aux poudres.

Sur cette hypothèse l'on peut facilement donner raison pourquoy les épilepsies nocturnes, ou les incubes épileptiques, ne se reueillent que la nuit, car ne se faisant pendant le sommeil ny mouuement volontaire, ny aucun usage des sens, et les esprits n'estant par conséquent plus employés à leur organe, il en doit nécessairement couler dauantage dans les nerfs qui vont aux parties nourrissières qui n'ont aparemment point de valuules comme les autres, mais qui, pour le besoin qu'ont ces parties de iouir sans interruption du commerce des esprits, demeurent touiours ouuertes, de façon que, si la minière épileptique se trouue dans quelqu'une des branches de ces lassis de nerfs qui sont dans l'abdomen ou dans quelque scion du nerf récurrent, comme elle est touiours dans les épilepsies nocturnes, il est certain que le feu y doit prendre plus tôt la nuit que le iour parce que c'est le tems que les esprits y sont auec plus d'affluance.

On peut encore donner par là plus plausiblemenl la raison pourquoy l'épilepsie est d'une guérison si difficile, car, soit que l'on regarde le lieu de sa minière qui est la moelle des nerfs où les remèdes ne vont que très difficilement, soit que l'on considère la nature de cette minière, on voit assez la difficulté qu'il y a de l'oster.

Enfin par cette liypothèse on comprend encore plus sensiblement, ce me semble, comment les mélancoliques (1), c'està-dire les brûlés, deuiennent facilement épileptiqiies, parce que ces gens là ont le sang composé de parties plus solides et plus ambarrassées, qu'ils l'ont chargé déplus de toulte sorte de sels et de i)lus de souffre impur que les autres, et par conséquent plus propre à former cette suye que l'ai dit composer les petites minières épileptiques.

Voilà, monsieur, l'idée en gros que i'ay de cette maladie. Vous y trouuerez sans doute bien des choses à redire : aussi ne vous la donné je pas pour estre entièrement rectifiée, mais seulement comme une coniecture qui a besoin d'un plus grand examen. Vous me ferez touiours un fort grand plaisir, non pas de la faire voir à Monsieur Menjot, comme vous me le mandrz, parce qu'il n'y a pas de plaisir d'exposer ses resueries à touttes sortes de personnes, surtout à celles qui ont l'esijrit délicat comme l'a Monsieur Menjot, mais de m"en dire, vous, votre S(ni liment. Sur touttes choses faites moy l'honneur de me croire aussi i)arfaitement à vous qu'il est possible de l'estre.

La Glosure (-2).

(1) Nous avons rapporté danr, Pascal inédit V, Noies palhologiques sur Pascal cl son entourage, Vitry-le-Krançois, U)P<.>, p. J(]-2 cl siiiv., une intéressante conversation du :23 décembre UîBn entre les médecins Vallant et Brayer sur l'épilepsie que traverse tout à coup et sillonne d'une manière étrange le nom de Pascal. Le procès-verbal en quelque sorte de cette conversation a été tiré par nous pour la première fois du Mscr. fr. 17052, f^' 57-38, de la Bibliothèque Nationale.

(2) Bibl. Nat. Mss. fr. 17055, f" 470-473. — Au fol : 478, on lit, après une formule d'onguent, ces mots : « A mon départ de Paris,

Vallant communiqua, en effet, la lettre si prodigieument c^ inexpérimentale » de La Closure à Menjot qui répondit par les observations suivantes assez ironiques:

Cette opinion touchant l'épilepsie est asseurément fort ingénieuse et part d'un esprit net et éclairé. Elle ne diffère guère du sentiment de Wils dont j'ay parlé dans le dernier volume de mes dissertations pathologiques, ainsi je ne répéteray pas ce que j'en ay écrit, j'adjousteray seulement icy quelques réflexions particulières.

Tout le monde conuient que l'esprit animal est absolument nécessaire pour le mouuement volontaire des muscles, mais aussi l'expérience nous monstre euidemment qu'une forte et subite incitation des parties nerueuses suffit pour exciter dans les muscles des contractions inuolontaires et violentes, ou du moins selon quelques uns il ne faut pour cela qu'une matière vaporeuse qui se distribue tout d'un coup dans les muscles et les enfle comme une voile ou un balon sans que l'interuention des esprits animaux y soit requise.

L'auteur compose la matière épileptique de quatre élémens, à sçauoir de soulfre, de nitre, de sel fixe alkalisé et de substance terrestre, et il prétend que la matière nitrosulphurée est comme la suie des esprits. Cette pensée est hardie et pleine d'inuention ; elle ne manque que de bonnes raisons pour se faire approuuer, et on pourroit, ce me semble, enrichir ce mélange d'une dose d'or dissous dans l'eau royale et précipité, afin d'en rendre plus fulminant le mixte (1) qui en résulteroit. Cette furie des esprits animaux

monsieur Bernier me dit qu'il alloit faire imprimer un extrait de Gassendy en notre langue, en 4 petits volumes ; si l'impression en est faite, ie vous suplie de me le mander auec le nom du libraire ». — On trouve la copie de cette lettre dans Mscr. lat. 14053, p. 638.'

(1) Le tnixte, dans le langage du temps, est un corps naturel, résultant d'éléments altérés. C'est ainsi que le définit Pierre

est difficile à comprendre, car ils sont sans comparaison plus subtils que l'esprit aethéré du vin le mieux rectifié, et toutefois celuj^-ci n'amasse point de suie ; comment donc ceux-là en amasseroient-ils ?

On veut qu'après l'accès épileptique et la dissipation du nitre, du soufre et du sel alkalisé, il reste la substance terrestre de ce composé, laquelle estant impraegnée petit à petit et comme animée de nouvelles particules sulphurées et salines qui s'y joignent, soit la cause du retour des paroxysmes. Je m'étonne qu'on ait oublié d'alléguer pour preuue l'exemple de la terre damnée des chimistes, laquelle, si on l'expose à l'air, s'imbibe auec le temps d'un salpestre qui luy rend sa première fécondité.

Mais comment la matière épileptique ainsi préparée, venant à prendre feu, n'enflamme-t-elle pas en mesme temps les esprits animaux auec lesquels elle se mesle puisque leur nature est sulphureuse et par conséquent pour le moins aussi inflammable que le plus excellent esprit de vin et, cela posé, d'où vient que l'extinction, s'il faut ainsi dire, du iet de l'air ne fait pas enuoler tous les esprits animaux aussi bien que la matière épileptique.

On loge dans l'origine des nerfs ou dans quelqu'une de leurs branches cette substance terrestre qui demeure après l'accès, sans que le sentiment des parties en soit aucunement affoibli, non pas même leur mouuement, encore qu'il demande une plus grande affluence d'esprit. Cependant il est inconceuabie que cette substance terrestre, quelque déliée qu'elle soit et en quelque petite quantité que l'on se l'imagine, ne bousche par son opacité quelques-uns des pores étroits et invisibles des nerfs qui doiuent donner passage aux esprits ; que, si les esprits, par l'impétuosité de leurs mouuements, surmontent la résistance de ces

Barbay : « Miœlum est corpus naturale, resultans ab démentis alteratis » (Petrus Barbay, Commenlarlus in Aristotclis physiccnn, Parisiis, apud Georgium et Ludovicum Josse, 1684, p. 210).

corpuscules terrestres, ce ne peut être qu'en les entraisnant aaoc soy, de mesme que la poussière est emportée par le vent, de sorte que les nerfs deuroient estre nettoies de toute espèce de crasse.

Ou rend raison de ce que les tempéramens brûlés sont exposés à l'épilepsie parce qu'ils abondent des matières salines et sulphurées, mais que dira-t-on des enfans qui y sont beaucoup plus subjects, quoyque tellement esloignés d'une constitution aduste que ceux qui, par curiosité, ont g'ousté de leurs excremens, n'y ont presque point apperçu d'amertume et, ce qui est remarquable, l'aap^e de puberté dans laquelle les humeurs commencent à se saler, est néantmoins laguérison ordinaire de l'épilepsie des enfans.

A l'égard des incubes, ils n'ont d'eux mesmes rien de conuulsif, encore qu'il ait plu au prince des Arabes (1), et après luy à plusieurs modernes, d'appeler l'incube une petite épilepsie, car il est constant que cette sutïbcation nocturne participe plus de l'apoplexie que du mal caduc. De plus, le sommeil éteint causé par l'interception des esprits animaux dans le cerveau qui en est la somme, toutes les parties du corps, tant les sensitives que les mobiles, en sont également priuées, et il n'y a nulle apparence que les parties nourrissières pendant le sommeil, n'aient le priuilège d'en receuoir une plus grande abondance que durant les veilles, ny mesme qu'elles en aient besoin, les esprits animaux ne contribuant rien du tout à la coction des alimens.

Enfin lorsque la fracture du talon ou qu'une piqûre quoyque imperceptible de quelque tendon et principalement des nerfs, ou que la moindre goutte, soit de sanie, soit des serositez, extrêmement acre, qui blesse l'origine des nerfs, produisent inopinément des conuulsions générales de tout le corps, où est alors cette matière spasmodique mesîangée si artistement de principes choisis à plaisir ?

(1) Avicenne.

Voilà, Monsieur, mes difficultés, lesquelles je soumets à vostre jugement, vous suppliant de vouloir critiquer ma critique sans aucune complaisance (1).

La Closure soutint ses idées contre les observations et les objections de Menjot dans un mémoire qu'il adressa à Vallant pour qu'il le transmît à Menjot. Il y joignait cette lettre :

D'Aubeterre, le 6 de Juin 1674.

Si vous sçauiez la vie vagabonde que ie mène, au lieu de me blâmer de ne me donner pas l'honneur de vous écrire aussi régulièrement que io le deurois, vous me plaindriez asseurément et me sçauriez peut estre même quelque gré de la paine que ie souffre, pour ne pouuoir pas faire enuers vous tout ce que ie souhaiterois. J'ay receu votre lettre auec la ioye que vous pouuez penser puisqu'elle m'assure de la continuation de votre amitié que ie tiens très chère, mais elle a esté assurément beaucoup augmentée par la veûe des réflexions que Monsieur Menjot a bien voulu se donner la peine de faire sur mon sentiment de l'épilepsie ; il y a très longtemps que i'auois brouillé la réponse que vous verrez que i'ay faite, mais la grande affaire esloit de la copier ; i'ay porté pour cella près d'un mois mon portefeuille et une escritoire à la campaigne sans en auoir pu trouuer le tems ; je I'ay trouué enfm ce tems la, mais, mon Dieu ! que j'ay raison de craindre que je l'auroy encore mal pris, et que vous en aurez, vous, de me reprocher que, pour y auoir reué si longtemps, i'ay fait de grandes pauuretés. Quoy qu'il en soit, ie vous suplie, monsieur, de vous donner la paine d'examiner ma réponce et, si vous la trouuez assez passable pour estre communiquée à Monsieur

(l) Bibl. Nat.. Mss. fr. 17055, f° 464. — On trouve la copie de ce document autographe dans le mscr. latin 14053, p. 661.

Menjot, de la luy vouloir faire voir. Je l'ay escrite séparée (le votre lettre affin que vous en puissiez mieux disposer. Selon mon i)etit sens, ie ne ti'ouue d'obiection bien forte que celle qu'il prend des enfans qui, pour n'estre pas brûlés dans cet ài^e, ne laissent pas d'estre fort suiets aux épilepsies ; mais quand ie n'y répond rois pas aussi bien qu'il seroit à souhaiter et que cette difficulté ne seroit pas entièrement éclaircie, touiours aurois-ie suiet de demeurer dans ce sentiment par cette grande raison qu'il faut touiours ambrasser l'opinion la plus probable, estant manifeste que celle de l'escole sur le suiet de l'épilepsie ne se peut quasi pas raisonnablement soutenir. Il y a dans le premier article de l'escrit de Monsieur Menjot que mon sentiment n'est pas fort éloigné de Wils ; c'est un autheur que ie ne connois point, et vous m'obligerez extrêmement de me mander si ce n'est pas le copiste qui a mis Wils (1) pour Wiilis ; s'il entend pirler de Wiilis (-2), encore que je fasse ma m.'itière épileptique à peu près de la nature de la sienne, il y a d'ailleurs tant de différence entre sa manière de conceuoir l'épilepsie et la mienne que, si l'on se donne la peine de le lire auec un peu d'exactitude, on verra bien que ie ne me suis pas formé sur luy; aussi la vérité est-elle qu'auant l'auoir leu, i'auois conceu sur le suiet de l'épilepsie touttes les choses comme ie vous les ay escrites, en quoy pourtant ie ne pense pas auoir beaucoup de gloire à acquérir, parce qu'il peut y auoir en cella plus d'imagination que de vérité et que rien au monde n'est si facille que d'auoir des imagi-

(1) Menjot avait bien écrit lui-même Wils.

(2) Thomas Wiilis, célèbre médecin anglais, avait composé : PaLhologiaa ccrebrl et nervosl gêner Is speciniina (Oxford, 1667, in-4'^ ; Londres, 1668, in-12) où il rangeait l'épilepsie et l'hystérie parmi les maladies qui résultent de troubles dans les organes cérébraux. Cette théorie fut vivement attaquée par Highmore auquel Wiilis répondit par l'écrit intitulé : Affeclionuni quae dicuntur hystericae et hypocondrlacae pathologia spasmodica vlndicata... Londres, 1670, in-8<^.

nations ; aussi est ce dans cette veûe que, répondant aux obiections que Monsieur Menjot m'a faites, ie n'ay pas voulu repousser aussi fortement que i'aurois pu, les railleries qu'il y a adroitement meslées, parce qu'il est bon de se faire iustice en toutes choses et que ie sçay que toute personne qui se rend singulier, acuse tacitement les autres de n'auoir pas bonne veûe et que cella leur est en quelque manière iniurieux.

Je ne dis pas absolument que les épilepsies nocturnes ne soyent pas guérissables, mais il est certain que de toutes celles qui m'ont tombé à traitter, celles-ci m'ont touiours paru les plus difflcilles. Je n'en sçay pas bien la raison, sinon que l'on dise de cette maladie comme de toutes les autres, que l'on trouue touiours par expériance estre plus grandes quand elles prennent de nuit que quand elles commencent de iour, peut-être est-ce à cause que la nuit estant un tems de repos auquel la nature n'a pas accoutumé de faire d'elle mesme aucun mouuement considérable, c'est une marque qu'elle doit estre fortement irritée quand elle en entreprend quelqu'un en ce tems là.

J'ay guéri plusieurs épilepsies de tous âges et dans des tempéramens très brûlés, mais il est vray que l'en ay trouué quelques-unes qu'il ne m'a iamais esté possible de guérir, quoy que les malades parussent estre de bon tempéremment ; celles que i'ay guéries, c'a esté en leur faisant quitter absolument l'usage du vin, de Vénus, des épiceries et choses fortes et en leur faisant prendre pendant quelques mois, au premier et au dernier quartier de la lune, du vin émétique auec quelque eau sudoriflque et fort spiritueuse, afin qu'il pût agir par le vomissement, par les selles et par les sueurs, ce qui arrive assez souvent, surtout quand les corps sont très pleins. Entre ces tems la, ie leur fais prendre dans quelque eau spécifique une poudre que ie compose particulièrement auec le diaphorétique d'antimoine, le guy

de chêne et le crâne humain (1). non pas qui n'ait pas esté enterré comme l'on fait communément, mais tout au contraire qui ait esté tiré du sépulchre dans une église à couuert des pluyes, parce que le trouve par ma raison et par mes expériances que celuy la a plus de sel volatile et plus d'esprit mummial (2). Auec cela il est bon dans les adustes de se seruir des bains et mesme du petit lait, mais comme d'un accessoire, car encore qu'à raison de la cause antécédente il semble que les rafraîchissants tiennent icy lieu du capital, touttefois, à cause qu'il faut détruire la minière qui est desià establie, il est absolument nécessaire d'auoir pour cela recours à ces remèdes qui pénètrent et dissipent la cause matérielle du mal ; je n'ay point fait encore l'espreuue de la décoction de Rayac, ny du mercure en onction, mais il se peut bien que ie l'essayerai.

S'il y a quelque chose de nouveau dans l'empire des lettres, ayez la charité de me le faire sçauoir. On dit que Monsieur Denis (3) a remonté sur sa beste à l'égard de son eau styptique dont il s'opiniastre de défendre la vertu. Je ne sçay si Monsieur Bernier a imprimé ce qu'il a fait sur

(1) On voit que La Closure parle ici avec une conviction sérieuse. « Croira-t-on,— disait Esquirol dans le Dictionnaire des sciences ^médicales, Paris, Panclioucke, J81o, t. XII, p. 536, article Epilepsie, — que des médecins même recommandables ont prescrit des vers de terre, avalés à jeun, le pied d'élan, le talon de lièvre, l'arrière-faix d'un premier né, la raclure du crâne humain, des vertèbres, le cerveau de l'homme, du corbeau, le sang humain chaud, les osselets de l'ouie d'un veau, le cœur, le foie de taupe, de grenouille, et tant d'autres substances plus ou moins dégoûtantes, plus ou moins ridicules ? ».

(2) Mummial, pour ?nu?nial, de 7numie, pour momie. On sait qu'il y eut en F'rance un véritable engouement pour l'emploi en médecine de la momie et de la poudre de momies.

(3) Sur le médecin Jean Denis, cf. Astruc, Mémoires pour servir à Vhisloire de la Faculté de Montpellier, Paris, Oavelier, 1767, p. 378 ; E. Jovy, Pascal inédit V, Notes pathologiques sur Pascal et son entourage, Vitry-le-François, 1912, p. ^33.

Gassendi. Ayez un peu pitié d'un panure prouincial, et faites moy du moins touiours l'honneur de m'aimer.

La Closure (1).

Au mémoire qui accompagnait la lettre de La Closure, Meiijot répondit par de nouvelles critiques. Il attachait sans doute assez d'importance aux idées qu'avait exprimées La Closure et à ses réponses, puisqu'il inséra ces pièces parmi les écrits dont il demanda la publication après sa mort (2). On trouvera la preuve de l'intérêt avec lequel il avait lu la première lettre de la Closure par cette lettre-ci qu'il adressait à Vallant:

Jeudi après midy.

J'ai eu tant de lettres à faire que je n'ay pu répondre plus tost au manuscript ; j'ay mesme esté obligé de faire transcrire ma copie par une autre main que la mienne. Vous me fériés plaisir. Monsieur, de m'enuoier le premier manuscript parce que je souliaiterois de le faire copier et de le garder. Je vous rendray vostre original au plus tost. Je vous supplie aussi de me dire le nom et la demeure de l'auteur de vos deux manuscripts, estant bien aise de le cognoistre par luy mesme aussi bien que par ses ouvrages. Au reste je me propose de semaine en semaine d'aller rendre mes respects à Madame la marquise et d'aller disner auec elle, mais il m'est lousjours sùruenu, non seulement des affaires, mais qui pis est, de la contagion ; dès qu'elle

(1) Bibl. Nat. Mss. fr., 17055, ^475.— On trouvera la copie de cette lettre dans le mscr. latin 14053, pag. 618.

(2) Œuvres posthu7nes de M. Menjot : Nouveau système d'un médecin célèbre touchant Vépilepsie, contenu dans la lettre par luy écrite à un de ses amis, p. 30 ; Réfutation de ce nouveau système, p. 39 ; Défense de ce nouveau système par son auteur, p. 44; Réplique à la défense du nouveau système, p. 60.

sera passée et que je me verray dans la pureté requise, je me donneray cet honneur. Je suis, Monsieur, très sincèrement vostre très humble et très obéissant seruiteur,

Menjot (1).

Que Menjot ait été frappé par les théories et l'imagiuation scieLtifique de La Closure, il n'3^ a là rien d'étonnant. Vallant a fornaulé sur le médecin d'Aubeterre ce favorable jugement : « M'' de la Glausure est un médecin très sçauant, bon praticien, grand physicien et carthésien, beaucoup d'esprit, peu versé dans la lecture d'Hypocrate, de Galien, etc. (2) ».

Lors de la révocation de l'édit de Nantes en 1685, Menjot fut, malgré son grand âge, exilé à Limoges (3) ; mais il abjura, du moins en apparence, le protestantisme, forcé qu'il y fut sans doute par la vieillesse et ses intérêts. Le Mercure galant (4) enregistra la conversion de (( M. Mangeot (sic), médecin des plus habiles, mais qui n'est point de la Faculté de Paris, parce qu'elle n'a jamais admis les protestants ». Les Etats de

(1) L'adresse est ainsi formulée : Monsieur Monsieur^ Valant, Docteur en mt^'cZecme. Vallant a mis de sa main : Copié. Sur les choses de l'épilepsie. — On trouvera la copie de cette lettre dans le manuscrit latin 14053, page 669.

(2) Bibl. Nat., Mscr. lat. 14053, p. 613.

(3) La France pi^otestante des frères Haag, article Menjot, renvoie au sujet de cette rélégation à Limoges, à un document des Archives nationales, E. 3371.

(4) Mercure galant, janvier 1686, p. 244.

Hollande lui firent offrir une chaire de médecine à l'université de Leyde ; mais poussé, à ce qu'il disait, par le seul amour de sa patrie, et peut-être aussi par l'habitude et sa commodité, il préféra rester en France, et à Paris où, dès lors, il exerça peu.

Cette offre des Etats de Hollande et ce désir de demeurer sujet du roi de France sont affirmés par lui dans une lettre « à un de ses amis sur la médecine et sur les médecins modernes (1) » qui est une critique extrêmement sévère des façons d'agir de pseudo-confrères :

Il s'est fait depuis quelques années quantité de sages réglemens pour corriger une infinité d'abus qui s'étoient introduits dans le public. La licence des gens de guerre a été réprimée, quoy qu'ils soient les uioins disciplinables de tous les hommes. Plusieurs nouvelles Ordonnances ont diminué la chicane de la Justice, ou, pour parler plus juste, la chicane de l'injustice, dont pourtant ii n'en reste encore que trop pour faire qu'un pauvre Client, par les longueurs et par les frais de procédures, demeure fort souvent ruiné, après le gain même de son procès :

Et res atteritur longo sufflamine litis (2).

Mais à l'égard de la Médecine, Messieurs nos Magistrats paroissent avoir pour elle un si profond mépris, qu'ils la jugent indigne de leur application et de leurs soins. Gela

(1) Opuscules posthumes de M. Menjot, p. 149.

(2) Juvenal, sat. XVI, v. 50.

est cause qu'elle se trouve malheureusement exposée en proye (1) au premier venu, et qu'elle s'est tellement gâtée par le mélange des Charlatans, que, contre la destination de Dieu son Auteur, elle est devenue par accident la brigande et la meurtrière des malades. Je me sens donc obligé, par une raison d'honneur, d'en abandonner aujourd'huy la Profession, et de renoncer à la qualité de Médecin, dont le caractère, grâces au Ciel, n'est pas indélébile.

Je l'ay exercée cy-devant dans Paris, qui est ma Patrie, pendant près d'un demi-Siècle, inter scaMem tantam et contagia lucri{2), sans en tirer d'autre fruit que celuy de me faire des amis. J'estime avoir confirmé par cette conduite la distinction judicieuse que fait Hippocrate dans son Epître à Gratéas, d'un Médecin désintéressé, d'avec un Médecin mercenaire, et avoir imité Socrate qui enseignoit gratuitement sa Philosophie aux Athéniens ses Compatriotes.

Mais je suis las de passer plus longtemps pour Collègue d'une infinité de Docteurs sans doctrine, Forgeurs de mensonges et Médecins de néant [3), sortis pour la plupart de la lie du peuple. On ne rencontre autre chose que ces affamez ^Egripetesi^i), gravissimà infamiâ opus quœrentes, battant le pavé depuis le matin jusqu'au soir comme de misérables mendians, qui par mille intrigues basses et honteuses, escroquent de la réputation et de l'employ,

(1) Comparez Bossuet, dans le Panégyrique de saint Bernard. : « Puissante ville de Metz,... ta situation trop importante t'a presque toujours exposée en proie ». C'était sans doute une locution assez commune de la langue du temps. Il n'y a donc pas lieu de s'écrier, à propos de cette expression de Bossuet, avec un trémolo, dans une note : « C'est le data praeda de Virgile », comme le fait un commentateur.

(2) Horat., Epist., hb. I, XII, v. U.

(3) Job, XIII, 4.

(4) « Gens à la recherche des malades », — mot forgé à l'imitation d'agripeta.

pénétrant do?nos et captivas diicunt 7milierculas{i). Mais ce qui paroît incroyable à ceux qui n'en sont pas les témoins oculaires, des marescliaux, des Frères laïcs presque de tous Ordres et de toutes couleurs, des valets qui n'ont plus de maîtres, des Musiciens, des Maîtres à danser, des Artisans, et autres gens de même farine, ont aujourd'huy le front de s'ériger en Médecins, comme si des crocheteurs et des porteurs de chaise entreprenoient de s'asseoir sur les fleurs de lys pour y juger en dernier ressort les procès les plus importans et les plus embarassez. 11 n'y a pas jusqu'à des servantes fraîchement sorties de condition, qui ne se mêlent de traiter les malades, et qui ne débitent leurs secrets spécifiques, leurs Elixirs, et telles semblables fadaises. Quelqu'un, peut-être, s'imaginera faire cesser ces plaintes, en disant qu'il est juste de laisser à nos François la liberté de gagner leur vie. Mais posé le cas que cette maxime soit recevable dans l'occasion présente, et qu'elle soit compatible avec l'intérêt public, au moins la Ville de Paris, d'ailleurs si bien policée, ne devroit pas permettre que des triacleurs de toute Tribu, de toute Langue, de tout Peuple, de toute Nation vinssent jouer sur son théâtre le rôle de Médecins et, en coupant la bourse à ses Habitans, berner tout ouvertement la badauderie Parisienne.

Tros Rutulusve fuat, nullo discrimine habetur {-2).

Ces maîtres fourbes promettent impudemment de dissoudre les pierres des reins et de la vessie, de guérir les gouttes nouées et héréditaires, les phtisies invétérées, les hydropisies confirmées, les carcinomes formez, les folies habituelles, ou naturelles, et en faveur des Dames, de rendre la peau du visage qui a été profondément gravée par les pustules de la petite vérole, aussi belle et aussi

(1) Saint Paul, II ad Timotheum, cap. III, v. 6.

(2) Virg., Aeneid. lib. V, v. 108.

polie qu'elle étoit auparavant. Ils se vantent même de savoir blanchir les Mores, contre le texte de l'Ecriture, An mutare potest uElhiops pellern suani ?

Cependant cette canaille ignorante compose avec les malades à des sommes immenses, et tire d'eux par avance la plus grande partie du payement, qu'elle ne restitue jamais, soit que les malades périssent dès le lendemain qu'ils se sont mis entre leurs mains, soit que par hazard ils survivent empirez plutôt que soulagez. Ce qui est de plus étonnant, non seulement la simple Bourgeoisie, mais aussi plusieurs personnes de la première qualité, qui se piquent pour l'ordinaire de bel esprit, donnent idiotement dans le panneau de ces Imposteurs, qu'on peut appeller les écueils tout ensemble et les Pirates des malades, par où est vérifié le dire de l'Illustre Gombault :

Le peuple fut toujours un sot,

Et bien des Grands sont populaires.

C'est donc à bon droit que les pères de famille qui font quelque figure dans le monde, défendent à leurs enfans d'embrasser la médecine, voyant que la profession en est aujourd'huy avilie à un tel point, qu'un homme de courage et de naissance a honte du titre de Médecin, et que le peuple

...Centura medicos curto centusse licetur (1).

Ce n'est plus le temps auquel Poetus, dans sa Lettre à Artaxerxès, rendoit témoignage à la Médecine d'être une science bien séante aux Dieux ; elle est devenue en nos jours indécente aux honnêtes gens, et tellement déchue de son ancienne splendeur, que si on avoit mis en balance le bien et le mal qui en revient au public, le mal l'emporteroit sans difficulté ; de manière qu'à l'exemple de Tibère qui

(1) Perse, Satire V, v. 19L Le vers de Perse est : « Et centum Graecos. . .».

depuis l'âge de trente ans n'écouta plus les conseils des Médecins, il seroit plus expédient de commettre entièrement la guérison des maladies à la sage conduite de la Nature, que de tolérer plus longtemps l'usage d'un Art, à tout prendre, plus nuisible que profitable, et que Caton le Censeur, pour des raisons moins considérables que celles qui se présentent aujourd'liuy, lit autrefois bannir de Rome par un Arrêt du Sénat ; si ce n'est que les Puissances Supérieures n'aimassent mieux, par leur prudence et par leur autorité, oves ah hircis segregare {i). Mais quoy ! la réformation d'un si pernicieux désordre est plus à désirer qu'à espérer ; car la crainte de mourir fait qu'on se prend à tout indifféremment, comme il a été remarqué des faux Dieux du Paganisme, in orl)e Deos fecit timor.

Cependant il arrive très fréquemment que les malades timides et imprudens se procurent la mort en prétendant l'éviter, et deviennent sans y penser les homicides d'euxmêmes par leur mauvais discernement. Au reste, Monsieur, vous pouvez bien juger que tout ce discours ne touche ny de près, ny de loin ce peu de véritables Médecins qui ont de l'érudition, et que les personnes équitables et éclairées doivent regarder veliU rcliqiiias quœ salvae factae suni (2). Je ne say si mes œuvres ont eu un succès assez heureux, dedans et dehors le Royaume, pour mériter une place parmi ces Médecins distinguez. Quoy qu'il en soit, Messieurs Van-Beuning (3) et Borel, Ambassadeurs de Hol-

(1) Saint Mathieu, cap. XXV, v. m.

(2) S. Paul, ad Ro)tian., cap. XI, v. 28.

(8) C'est Van Beuninghen que l'on disait avoir été représenté, sur de prétendues médailles frappées en Hollande en coniméuîoration de la paix d'Aix-la-Chapelle (I6ijS), où il avait représenté la Hollande en qualité d'ambassadeur, dans l'attitude de Josué arrêtant le soleil, et |)rononçant ces mots : In conspecta tnco constitit sol. Van Beuninghen protesta publiquement dès qu'il eût connaissance du bruit, injurieux pour Louis XIV, qu'on avait répandu à ce sujet.

lande, me firent l'honneur il y a quelques années, de venir eux-mêmes chez moy m'offrir, de la part de Messieurs des Etats, une Chaire de Professeur en Médecine à Leyden, à telle condition que je souhaiterois, dont j'aurai pour leurs Hautes et Puissantes Seigneuries une reconnoissance éternelle. L'amour seul de ma Patrie s'opposa à cette transmigration, et je ne pus jamais me résoudre à ne pas mourir comme j'avois l'avantage d'être né et d'avoir vécu jusqu'alors, sujet de sa Majesté.

Je finis, Monsieur, en vous avertissant que nonobstant mon renoncement à la pratique de la Médecine, je n'ay pourtant pas dessein, quoy que je sois plus que septuagénaire, d'en abandonner l'étude, puisqu'il m'en restera d'autant plus de loisir pour publier de temps en temps de nouveaux Ouvrages et les soumettre au jugement des Sçavans du siècle, et sur tout de cette petite poignée de Médecins Orthodoxes, qui se trouvent mêlez avec la populace Médicale comme un peu de bon grain parmi force yvraye(l), ou comme les Elus en ce monde parmi les Réprouvez.

Je suis (2).. .

Resté en France, Antoine Menjot demeura fidèle à toutes ses anciennes amitiés protestantes. Lorsque vint la révocation de Ledit de Nantes, le maréchal de Schomberg qui était fort attaché à la religion réformée, ne

(1) Saint Mathieu, cap. XIII, v. 24.

(2) Dans les Opuscules postJiumes de Monsieur Menjot, on lit à la suite de cette lettre : « Cette lettre a été imprimée à Paris. en 1691, par M. Bernier, Médecin, dans son supplément au livre des Essais de médecine ». Il s'agit ici de Jean Bernier.

consentit point à abjurer. Il demanda au roi la permission de sortir du royaume. Il ne l'obtint qu'en mars 1686, et à la condition d'aller en Portugal. Scbomberg était devenu illustre dans ce pays par les services militaires qu'il avait rendus à la maison de Bragance dont il avait assuré, par les victoires d'Almexial, en 1668, et de Villa-Viciosa, en 1665, l'éclatant triomphe et l'indépendance contre les ambitions de l'Espagne (1).

Arrivés à Lisbonne, le maréchal et la maréchale de Schomberg n'oublièrent ni Menjot, ni les bons soins qu'il leur avait doniiés, !ii l'agrément de son commerce. La maréchale lui écrivait ainsi :

Je suis assurée que vous sentez de la joye de nous savoir heureusement arrivez ; pour que j'en eusse une entière, il fauflroit que vous y fussiez, et ce souhait est intéressé. Si on étoit bien mal a. le icy, il n'y a aucun secours à y chercher ; les Médecins réduisent toute leur science dans la saignée; ce n'est pas un remède de grand usage pour M. de Schomberg et pour moy, et de bon cœur nous prions Dieu pour vous. Nous avons reçu vos lettres avec joye, et il faut espérer, comme vous dites, que nous aurons encore celle de nous revoir, quoy qu'il n'y ait guère d'apparence, car on ne vient point en Pi)rtugal pour en partir si tôt. C'est un méchant hôte pour des Protestans. L'Inquisition a un peu feuilleté nos livres et ret(>nu une Bible qui étuit coltée

(1) Cf. Frémont dWblancourt, Mémoires contenant Vliistoire du Portugal, Paris, 170!, p. 2->7 et suiv.; Kocli, Tableau des révolutions de l'Europe, Paris, Schoell, 1807, t. II, p. '-^70; Eaquol et Sohnitzler, .W^*'/.s /tislorlquo et pittoresque de l'histoire u?iiverselle, Strasbourg, 1801, tableau 1<!8. Voy. encore sur Schomberg, Primi Visconti, Mémoires sur la cour de Louis XIY, publiés par Jean Lemoine, Paris, Calmann Lévy, s. d., p. 103 et passion.

de la main de M. Daillé(l). L'air est excellent icy; depuis le 10 de ma}' que nous y sommes, nous n'avons eu que sept jours de chaud en deux fois, et toujours de l'air le soir. J'avois eu envie de me baigner ; mais les gens du pays disent que les bains y sont peu soulageants. Je crois que cela vient de ce qu'on s'y baigne dans l'eau de fontaine ou dans l'eau de certaines petites rivières qui viennent des montagnes ; car, pour le Tage, comme la mer y entre, on ne s'y peut baigner. Je lairay et ma santé et moy à la Providence, et il arrivera de tout selon son bon plaisir, luy demandant sa miséricorde et sa paix pour nous, et pour tous ceux où je m'intéresse. Vous savez bien la part que vous y avez et avec quelle tendresse et quelle estime Monsieur de Sctiomberg et moy sommes à vous.

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