INTRODUCTION
Les maladies professionnelles sont connues depuis très longtemps. Quelques-unes sont décrites par ARIS- TOTE, HIPPOCRATE, PLINIUS, etc., mais leur étude réelle, au point de vue médical, puis prophylactique, date de 1700, après la publication du traité de RAMAzzINI « De morbis artificum diatriba ».
Depuis, ces études se sont multipliées.
L’accroissement constant de la production, les pro-. grès du machinisme et de la chimie, la découverte et Putilisation de nouvelles substances augmentèrent considérablement la pathologie professionnelle.
Le législateur s’inquiéta de plus en plus des dangers courus par les travailleurs et rendit obligatoires : la déclaration des maladies professionnelles, la réparation des troubles causés par certaines d’entre elles ainsi que par les accidents du travail et l’emploi de quelques mesures de protection.
N’est-il pas paradoxal de constater que cette réparation obligatoire n’eut pas pour effet immédiat de stimuler la prévention ? Les employeurs payèrent de très grosses primes d’assurances correspondant au risque traditionnel et n’essayèrent en aucune manière d’atténuer ou d’éliminer ces risques.
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Il fallut longtemps avant que l’intérêt individuel et l'intérêt collectif s’éveillassent et que l’on songeât à faire appel au Médecin.
Alors, naquit « Le Médecin d’usine ».
De nombreux articles, de remarquables conférences secouèrent l'indifférence et la routine générales.
Les Américains, en gens pratiques, comprirent de suite le rôle capital du médecin dans la production; sa collaboration est constante et généralisée dans leurs usines.
D’autres pays en saisirent également l’importance; la France, il est regrettable de le constater, commence seulement à s'intéresser à la question.
Que l’on nous permette, dès maintenant, de citer quelques exemples qui prouveront de façon indiscutable l'intérêt que peut retirer l’industriel de la collaboration du Service médical.
Lors du percement du canal de Panama, la malaria et la fièvre jaune firent tant de victimes que les travaux faillirent être arrêtés à jamais. Les Américains qui les reprirent envoyèrent alors sur les lieux un médecin muni de crédits importants et de pleins pouvoirs. Les mesures prises par celui-ci ramenèrent la mortalité de 25 % à 1 % et le canal fut achevé.
La National Cash Register Cy consacre chaque année 75.000 dollars au service médical et estime que ce dernier lui en rapporte 120.000.
Le Docteur CoLLis pense que la généralisation du
EN, ne service médical en Angleterre économiserait annuellement à l’industrie 140 millions de livres sterling.
Partout où le service médical a été organisé, les pertes ont diminué dans une très grande proportion : des 3/4 à la Morton Cy Worcester, des 4/5 à la Goodrich Cy Akron (Ohio) (R. SANb).
Les bénéfices d’une entreprise, écrit le Docteur Harry E. Mocx, sont proportionnels aux soins que l’on prend de la santé des ouvriers.
Ces chiffres, plus éloquents qu’un long plaidoyer, ne suffiront-ils pas à convaincre les industriels que le service médical est un service qui paie et non une œuvre philantropique de luxe ?
Quant à l'intérêt social que représente le service médical à l’usine, ce sera un des points de notre thèse.
Nous plaçant dans le cadre général de l’industrie, nous esquisserons les grandes lignes d’action du médecin d’usine. Sa tâche variera par suite de l’extréme diversité des industries. Il faut tenir compte, en effet : des divers types de transformation ou de fabrication (chimie, métallurgie, textile), de la mécanisation ou du machinisme plus ou moins développé, des lieux d'emplacement des usines (grandes villes ou provinces, personnel urbain ou rural), de l’embauchage régulier ou saisonnier, des grandes collectivités nationalisées (chemins de fer, marine, certaines usines de guerre), des grandes administrations
(banques, compagnies d'assurances), des mines, etc.
Le Docteur René BARTHE écrivait au début de son article « Le Médecin d’usine »
« Vers quels objectifs doit-il tendre ses efforts « Avec quel esprit doit-il appliquer cette science « toute nouvelle de la Médecine du travail ?
« Voici ce que nous essaierons de traiter car il
Fa)
« semble que l’on ignore trop souvent ce que sont « les Devoirs et la Technique du Médecin d’usine.
« Encore maintenant reste d’actualité ce qu’écri- « vait, en 1930, le Docteur GLIBERT, Inspecteur gé- « néral honoraire du service médical en Belgique, à « propos du médecin d’usine :
« C’est là un rôle important dans les usines. Bien « compris, il offrirait, en même temps que des ga- « ranties d'assainissement avantageux pour tous, un « champ nouveau et fructueux à l’activité d’un grand « nombre de nos confrères. Il est peu connu, plus « exceptionnellement rempli et souvent dédaigné « de ceux d’entre nous qui pourraient s’y intéresser.
« Nous pouvons même, peut-être, aller plus loin et « dire que, dans le conflit qui oppose la nécessité du « travail moderne à la nature de l’homme, c’est à la « science médicale qu’échoit la mission de régler les « adaptations réciproques indispensables à la bonne «< marche d’une saine production.
« D'une part, une activité collective avec ses dis- « ciplines, ses règles, ses conditions physiques et chi- « miques communes à un groupement donné; d’au- « tre part, les réactions proprement individuelles de
MOI < l’homme dont la personne psychique ou physique « garde son particularisme.
« Le Médecin d’usine sera le meilleur arbitre au « cours de cette confrontation en raison de sa for- « mation scientifique et de la connaissance qu’il doit « avoir des facteurs techniques du travail indus- « triel ».
Quelques principes généraux seront nécessaires pour lexposé de cette étude; ils dominent l’action du médecin vers quelque branche de l'industrie que s'oriente son activité.
Son action sera essentiellement et presque exclusivement dirigée vers la Prévention.
Tous les chapitres de notre thèse, quelle que soit leur différence apparente, ont pour objet principal la préservation de la santé individuelle et collective en fonction du milieu industriel.
La médecine d’usine, essentiellement préventive, ne devra jamais empiéter sur le domaine de la médecine curative, ce aui n’exclut, en aucune façon, l’idée d’une collaboration étroite avec elle.
La tâche du médecin d’usine, telle que nous la concevons, est suffisamment lourde pour qu’il ne fasse pas de la médecine de soins.
Nous voyons déjà que prendre un médecin d’usine pour donner de banales consultations gratuites est . une grossière erreur trop souvent commise malheureusement.
Le Médecin d’usine devra passer la plus grande
partie de son temps dans l’usine et non se borner à un travail d’infirmerie.
Il s’incorporera au travail de l’usine, il connaîtra à fond le fonctionnement des machines, les produits employés, les secrets de fabrication et étudiera particulièrement l’ouvrier dans son travail.
Il ne peut donc arriver à ce résultat qu’en consacrant presque tous ses instants à regarder objectivement et analytiquement le travail fourni.
Il évaluera ainsi exactement les risques mécaniques, chimiques, les aptitudes physiques, physiologiques et psychiques nécessaires aux différents travailleurs.
Il jouera parfaitement son rôle de protecteur et de conseiller technique et sera un élément de coordination entre les différents services : Direction, Ingénieurs techniques, Délégués ouvriers.
Ces quelques principes posés, nous étudierons le rôle du médecin suivant le plan suivant :