ROLE MEDICAL PROPREMENT DIT
Les secours d'urgence
Organisation de l'infirmerie
Le Médecin d’usine apportera toute son attention à la bonne organisation des secours d’urgence, car c’est d’elle que dépendra le plus souvent le sort d’un blessé.
Est-il nécessaire de rappeler cette notion courante, mais fondamentale, de traumatologie: la bonne marche de la guérison d’une plaie dépend surtout de la rapidité d’action du praticien et de la correction des premiers soins ?
Activer la guérison d’un blessé, c’est réduire le risque et la durée d’incapacité de travail, par suite, la durée d’absence du travailleur.
Nous laisserons sciemment de côté la question de correction des premiers soins qui nous entraînerait trop loin. Disons cependant qu’elle exige du médecin d’usine des connaissances sérieuses de chirurgie et des principes généraux de traumatologie.
Le Médecin se souviendra toujours qu’il ne doit traiter de plaie, même bénigne, sans un outillage chirurgical complet.
Son rôle d’ailleurs n’étant pas de traiter, il se boruera, le plus souvent, à prodiguer les soins d’urgence aux shockés, à faire un pansement provisoire correct, à appareiller une fracture de façon à permettre le transport du blessé dans des conditions maxima de sécurité.
Ce qui importe surtout, c’est, avons-nous dit plus haut, la rapidité avec laquelle seront donnés les premiers soins.
Deux principes fondamentaux domineront cette question:
1° Rapidité et correction de la relève d’un blessé. Son transport dans un abri;
2° Rapidité d’alerte du service médical.
Lorsqu'un ouvrier est blessé, il importe de le retirer rapidement et correctement de sa fâcheuse posilion et pour cela le Médecin constituera des équipes de sauveteurs secouristes.
Comment les recrutera-t-il ?
Si l’usine possède une équipe de pompiers avec voiture, le rôle de secouristes leur sera naturellement dévolu.
Le système d’alerte des sauveteurs sera alors le même que celui d'incendie. La voiture des pompiers, munie d’un dispositif spécial pour brancard, sera équipée, le cas échéant, d’un appareil de respiration artificielle et de carboxygénothérapie.
Si cette formation n’existe pas, le Médecin opérera son recrutement parmi les ouvriers en choisissant les plus intelligents et les plus robustes.
Il désignera, si possible, une équipe de secouristes par atelier ou par chantier. Le nombre des sauveteurs sera déterminé par l’importance et la nature de l’usine.
C’est au Médecin que reviendra le soin d’éduquer ces secouristes par des conférences suivies d’exercices pratiques et il sera guidé, en cela, par les risques propres de l’usine.
Cette instruction portera sur les questions générales suivantes :
1° Transport d’un blessé par des moyens de fortune (couverture roulée, par exemple) ;
2° Notions fondamentales des premiers soins à donner aux accidentés.
Il n’oubliera pas d’insister tout particulièrement sur ce qu’il ne faut jamais faire, par exemple : laver une plaie, déshabiller un blessé, etc.
Le secouriste apprendra à appareiller une fracture, soit au moyen de l’écharpe de Mayor pour le membre supérieur, soit en utilisant la jambe saine comme attelle pour le membre inférieur.
Il devra également être capable de faire correctement un pansement préliminaire qui sera, le plus souvent, pratiqué au-dessus des vêtements pour protéger la plaie de contaminations nouvelles au cours du transport ;
3° Secours aux asphyxiés, aux électrocutés.
Là où les risques d’asphyxie sont à craindre, les secouristes seront entraînés à la relève d’un accidenté dans une atmosphère toxique. Ils seront dotés d’un
masque dont l’application nécessitera des exercices sérieux et répétés. Le maniement des appareils de respiration artificielle et de carboxygénothérapie qui seront, autant que possible, placés à proximité des endroits dangereux leur sera familier ;
4° Traitement des hémorragies.
C’est intentionnellement que nous avons mise à part cette question, car nous nous élevons avec force contre l’emploi intempestif du garrot.
Les Docteurs GLIBERT et STASSEN « croient que, dans l’immense majorité des cas de traumatismes graves consécutifs aux blessures par accidents du travail, l’application du garrot ne s'impose pas et que la compression locale au niveau de la plaie, par des cartouches de pansement, est amplement suffisante. L'un de ces experts, dans le service chirurgical des charbonnages qu’il dirige, a supprimé depuis cinq ans le garrot des caisses de secours. Il a vu arriver à sa clinique d’endroits situés à 16, 20 et même à plus de 60 km., des centaines de fractures compliquées des membres dues à des écrasements sans que jamais il ait eu à déplorer, durant le transport, un cas de mort par hémorragie ».
Le pansement compressif sera donc appliqué dans la grosse majorité des cas et les secouristes ne seront autorisés à recourir au garrot qu’exceptionnellement et dans des circonstances bien déterminées.
Les diverses équipes devront pouvoir s’entr’aider facilement grâce à un système de liaison bien organisé. Cette méthode, en dehors de leffet psychologi-
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que, créera entre tous les réseaux de secours une unité d’action appréciable en cas de sinistre grave.
Un système d’alerte, le plus souvent téléphonique, sera institué. Les ouvriers connaîtront les modalités d’alerte de l’équipe des secouristes et le Médecin s’assurera de cette connaissance lors des visites de chantier.
En cas d’accident grave, il sera immédiatement prévenu, car c’est à lui seul qu’incombera le soin de diriger les secours et de faire transporter le blessé à l’infirmerie.
Infirmerie.
Son emplacement sera determiné par la disposition des locaux pré-existants et par les nécessités de Pusine.
Le Docteur FEIL conseille de placer l’infirmerie près de l’entrée, à côté des bureaux de la Direction, et il en déduit les avantages suivants :
1° Possibilité d’appel rapide du médecin par téléphone ;
2° Facilités pour l’ouvrier passant devant l’infirmerie, à l’arrivée et à la sortie du travail, de demander un conseil ou de se faire panser.
D’autres auteurs, comme le Docteur A.-J. AMor, préconisent un emplacement central.
Le plus souvent, cet emplacement sera désigné par la Direction. Le Médecin s’efforcera d’obtenir qu’il
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ait des voies d’accès faciles pour le transport des blessés et qu’il soit pourvu de lignes téléphoniques.
Organisation de l'infirmerie.
En principe, elle comprendra 5 pièces :
1° Une salle d’attente,
2° Une salle d'examen,
3° Une salle de pansement,
4° Le bureau du Médecin,
5° Une salle de repos.
SALLE D’ATTENTE. — Nous utiliserons la plus petite pièce ou, au pis-aller, un couloir. Chauffée, éclairée, cette salle sera munie de quelques sièges.
SALLE D'EXAMEN. — De dimension moyenne, chauffée, bien éclairée, elle comprendra: une table-bureau, quelques chaises, une table d'examen, un petit lavabo avec eau courante, un paravent derrière lequel pourrait se déshabiiller l’ouvrier.
Elle sera dotée de l’instrumentation courante de médecine générale.
Nous y adjoindrons :
1° Une instrumentation élémentaire O.R.L. et Ophtalmologie,
2° Quelques instruments pour mesures biotypologiques :
bascule, toise,
Oscillomètre enregistreur de Boulitte,
Spiromètre,
Dynamomètre,
Quelques tubes à essai et réactifs pour examens d'urine.
SALLE DE PANSEMENT. — Cette pièce, large et spacieuse, chauffée, éclairée par une large baïe, carrelée de préférence, aux murs peints de couleur claire, avec lavabos et installation d’eau chaude et froide, sera d’une propreté rigoureuse.
Un ventilateur à aïilettes permettra de stimuler les malades lipothymiques.
L’outillage comprendra :
1° Une table de pansement en métal ;
2° Une vitrine renfermant les instruments du praticien : bistouri, rasoir, pinces hémostatiques, seringues, aiguilles, etc.; quelques médicaments d’urgence ;
3° Une table d'examen en métal ;
4° Un fauteuil avec appui-tête (types perfectionnés permettant les bains de pieds, de bras) ;
5° Un seau en métal pour déchets ;
6° Un petit stérilisateur au gaz ou à l’électricité ;
7° Une demi-douzaine d’instruments, tels que cuvettes pour bras ou jambes, etc. ;
8° Un brancard, type armée ou en métal ;
9° Quelques appareils d’immobilisation provisoire pour fractures, comme ceux du Service de Santé Militaire.
C’est là un minimum indispensable et il serait souhaitable que des crédits fussent généreusement octroyés au Médecin pour l'achat d’instruments complémentaires dont le choix sera dicté par les accidents propres à l’usine.
Il existe des installations remarquables à grand développement aseptique, comme celles préconisées par le Docteur SALMONT, Professeur au Conservatoire des Arts et Métiers, et qui sont utilisées dans certaines usines de la banlieue parisienne et de la région de l'Est.
BUREAU DU MÉDECIN. — Une petite pièce chauffée et bien éclairée suffirait; un bureau, une chaise en constitueraient l’ameublement.
Nous y voudrions, à défaut de laboratoire, un microscope pour examens de sang, de crachats, etc. deux armoires fermant à clé, ou plutôt, deux classeurs métalliques dont l’un muni d’une serrure de sûreté et qui serviront de fichiers, un appareil téléphonique.
SALLE DE REPOS. — Cette salle n’est pas obligatoire, mais elle est cependant, à notre avis, d’une utilité incontestable.
Chauffée et bien aérée, elle posséderait deux lits au minimum pouvant être facilement contournés.
Elle servirait à mettre au repos les blessés shockés, les asphyxiés, les électrocutés et faciliterait le traitement du shock initial.
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Des appareils de respiration artificielle et de carboxygénothérapie compléteraient avantageusement l'installation.
Les blessés récents auraient à leur disposition une salle moins septique que l’infirmerie où sont traitées journellement des petites plaies infectées. Quant aux grands blessés, ils y séjourneraient dans d’excellentes conditions, en attendant leur transfert dans un service hospitalier.
SALLE DE RADIO. — Indispensable dans les usines importantes, cette salle sera aménagée en chambre noire. Un appareil de radioscopie, type O.P.HS. par exemple, rendrait d’inappréciables services pour les visites d’'embauchage ou de dépistage. Son utilisation est indiquée dans les usines où se produisent des troubles pulmonaires : silicose, anthracose, etc.
Enfin, pour la très grande industrie, il y aurait lieu de prévoir des installations pour spécialistes : O.R.L.,, Ophtalmo., Consultations dentaires, etc.
Examens médicaux
Nous n’examinerons, dans ce chapitre, que les examens n’intéressant pas les rôles social, technique ou préventif du Médecin que nous nous réservons d’étudier dans les autres parties de notre thèse.
Le premier travail du Médecin d’usine consistera dans l'établissement d’un Fichier médical.
Fichier médical.
Dans notre installation de Bureau, nous avons demandé deux classeurs métalliques à usage de fichiers, l’un d’eux muni d’une serrure de sûreté.
L’un contiendra la fiche individuelle d’aptitudes, l’autre le dossier sanitaire de l’ouvrier.
FICHE D’APTITUDES. — Remplie lors de l’embauchage, elle renseignera la Direction sur la valeur professionnelle de l’ouvrier, ses aptitudes physiques et psychiques et servira d’indice pour son orientation. Administrative, autant que médicale, elle pourra être communiquée aux chefs de service sur leur demande.
Le Médecin s’inspirera pour l'établissement de cette pièce de l’esprit le plus large du secret professionnel.
DOSSIER SANITAIRE INDIVIDUEL. —- Strictement confidentiel, ce dossier sera renfermé dans le fichier muni d’une serrure de sûreté et dont la clef restera toujours entre les mains du Docteur.
Il ne sera communiqué sous aucun prétexte — exception faite pour le médecin traitant qui pourra le consulter — et ne sortira jamais du bureau du médecin d’usine.
Il sera établi dès la visite d’embauchage ; le médecin y consignera l’examen médical pratiqué suivant les principes développés dans ce chapitre.
Une visite, rendue obligatoire après quelques mois
de travail, lui permettra d’obtenir une observation médicale complète de l’ouvrier dès ses débuts à l'usine.
Seront inclus dans le dossier : les résultats de tous les examens pratiqués (de chimie, de cytobactériologie, de sérologie, de radiographie, de psychotechnique, etc.), la correspondance médicale échangée avec les médecins traitants, les services hospitaliers ou spécialisés, les laboratoires.
Il mentionnera les résultats des diverses visites de contrôle ou d’aptitudes, les phénomènes pathologiques présentés par le travailleur pendant son séjour à l'usine et contrôlés par le médecin.
L'intérêt et l’importance de ce dossier n’échapperont à personne : médecins et ouvriers en tireront grand profit pour l’avenir. A sa sortie de l’usine, l’intéressé emportera ce document précieux pour lui.
Il n’est guère possible d'établir un modèle type de dossier qui puisse répondre, à Ja fois, aux exigences de chaque industrie, au caractère et aux méthodes de chaque médecin et il appartiendra à chacun de créer le type qui lui convient le mieux.
Visite médicale
Cette visite journalière aura lieu à heure fixe ; son importance sera liée à celle de l’usine. Seuls seront admis les blessés et les malades.
Le Médecin d’usine ne perdra jamais de vue que son rôle est de donner des conseils médicaux et non de traiter. Le cas échéant, il conseillera au malade de consulter son médecin habituel et lui remettra une
fiche indicatrice. L’interrogatoire tiendra compte des technopathies possibles. La consultation, menée sans hâte et avec soin, prouvera au personnel le désintéressement et la sollicitude du Médecin à son égar‘.
Seront donnés seulement les premiers soins.
Des constatations médico-légales, soigneusement notées, devraient pouvoir permettre au médecin d'usine de délivrer un certificat initial d'accident de travail à l'intéressé, si celui-ci ne pouvait l’obtenir de son médecin habituel.
Visite d’embauchage.
Elle est indispensable et répond à des soucis de sécurité d'autant plus légitimes que les conventions collectives tendent à stabiliser le personnel de la grande et de la moyenne industrie. Un examen médical complet, ne demandant guère plus d’un quart d'heure, sera pratiqué.
Il portera sur les antécédents pathologiques et professionnels, le poids, la taille, l'aspect général, les organes abdominaux et thoraciques, y compris le pouls et la tension artérielle.
Il serait utile de pratiquer une radiographie systématique et une numération globulaire avec formule leucocytaire.
On notera la capacité spirométrique, on examinera soigneusement l’appareil dentaire, la vision, l’audition, le nez, la gorge, la peau, etc.
Un examen psychiâtrique sommaire permettra de
ESS. 0 déceler les petits mentaux susceptibles d’être dangcreux pour la collectivité.
Les nécessités du travail propre à l’usine guideront le Médecin sur l’opportunité d'épreuves complémentaires (de laboratoire ou de psychotechnique). Cellesci seront surtout réservées à l’embauchage de certaines catégories de spécialistes : conducteurs de train, de grue, d’autos, etc.
Le Médecin d’usine devra bien connaître les questions de terrain et de sensibilisation aux toxiques, mises en lumière par MM. Duvorr et POLLET, qui lui faciliteront, après un interrogatoire sérieux sur les antécédents professionnels, le dépistage des sujets susceptibles d’être sensibilisés par les produits toxiques qu'ils manipuleront.
Cette visite aura un triple rôle à remplir :
1° Rôle d’élimination,
2° Rôle de choix,
3° Rôle de classement.
RÔLE D'ÉLIMINATION. — Elle sauvegardera le personnel de l’usine en écartant les sujets contagieux (tuberculose, gale, maladies vénériennes) pendant la période où ils sont dangereux.
Elle augmentera la sécurité collective en refusant les sujets trop déficients ou porteurs de lésions congénitales ou acquises qui limiteraient trop fortemert leur coefficient de sécurité par rapport à leurs camarades d’équipe. Les administrations ont d’ailleurs dressé une liste complète des tares et infirmités incompatibles avec l’activité mécanique de certains ateliers.
RÔLE DE cHoIx. — Comme l’écrivait si justement le Professeur E. MARTIN « Le Médecin d’usine doit s’inspirer de l’idée qu’il faut du travail pour tous ».
Le problème technique que le Médecin aura à résoudre se pose ainsi : « d’une part, le point de vue de l’entreprise : le triage doit tendre vers une limite à minima car il faut trouver les plus aptes dans la proportion exacte où le marché de la main-d'œuvre le permet. C’est aider une collectivité dont l'intérêt est légitimement dirigé vers son meilleur équilibre économique. 4
D'autre part, le point de vue médico-social : le triage doit tendre vers une limite à maxima. La vie de l’homme est légitimement dirigée vers son droit au travail qui ne peut être réduit que par de très sérieuses considérations.
Chacune de ces positions a sa raison d’être et sa valeur. Il appartient, non pas de les opposer, mais de les concilier » (R. BARTHE).
Le jugement portera sur l’ensemble des constatations somatiques, psychologiques et physiologiques et non sur un examen fragmentaire.
René SAND constate que l’embauche ainsi pratiquée ne rejette que 2 à 3 % des candidats.
RÔLE DE CLASSEMENT. — Une fiche d’aptitude, destinée au Service de la main-d'œuvre, permettra d’orienter judicieusement les embauchés. Une collaboration étroite du Médecin et du Psychotechnicien pourra être envisagée dans certains cas.
Cette fiche comportera :
a) Aptitudes physiques générales (travaux lourds, moyens ou faibles) ;
b) Tolérance aux conditions physiques (chaleur, humidité, température, courants d’air, etc.) ;
c) Tolérance sensorielle aux bruits, à la lumière ;
d) Aptitudes aux horaires d’équipe, etc.
Aïnsi pourront être utilisés : cardiaques bien compensés, emphysémateux, petits rénaux, etc., qui, sur un examen d'aptitude générale, auraient été infailliblement rejetés.
La visite d’embauchage serait un recrutement inhumain si nous délaissions les refusés dont la fiche sera transmise à la Direction, avec la simple mention < non embauchable » sans en indiquer les raisons.
Différents cas d'élimination sont à envisager :
a) Refus temporaire pour affection épisodique ou infirmité opérable.
Nous envisagerons la possibilité d’un examen ultérieur en informant l'intéressé de son état et des moyens de guérison appropriés : chirurgicaux, par exemple, pour les varices, les hernies ;
b) Refus pour inaptitude aux travaux exigés dans l'usine.
Le Médecin peut juger les aptitudes d’un candidat insuffisantes pour les exigences physiologiques du travail d’une usine ; il l’en informera et le mettra en rapport avec le service social.
Nous souhaitons, avec le Docteur BARTHE, que les groupements industriels prennent l'initiative de créer un office social de centralisation qui serait un organe
de liaison entre les divers services d’embauchage. Cet organisme, placé sur le terrain médical, permettrait d'utiliser normalement ces individus dans d’autres rayons industriels.
c) Refus pour maladie ou infirmité. — Nous croyons préférable d’informer l’intéressé des raisons qui motivent l’inaptitude ; nous lui conseillerons de se confier à nouveau à son médecin traitant.
Si le candidat le désire, nous lui donnerons les renseignements qui le dirigeront vers un office public de soins ou d’hospitalisation, vers les consultations spécialisées (O0.P.H.S., par exemple), vers les associations de secours, comme l’aide aux cardiaques, aux rhumatisants, elc.
Nous humaniserons ainsi le service d'embauche, et nous montrerons la nécessité de fixer les règles du placement des malades et des infirmes : centres de réorientalion, centres de reclassement, centres d’étude des aptitudes limitées.
L'organisation du travail des malades et des infirmes, étudiée par G. IcHOK, trouvera un stimulant dans les décisions et requêtes du service d'embauche.
Visites périodiques.
Le Médecin reverra fréquemment, au début, les nouveaux ouvriers. Bien que médicalement reconnus aptes au travail qui leur a été affecté, ils peuvent présenter une sensibilité particulière aux substances eriployées.
MM. Duvoir et POLLET ont récemment montré, dans un travail sur l’intolérance en pathologie professionnelle, toute la valeur qu’il fallait attribuer à la prédisposition du terrain.
Le Médecin se méfiera des relèves par roulement qui font courir le risque de remplacer des éléments adaptés à de faibles teneurs d’un corps chimique, par des intolérants possibles dont on ignore la susceptibilité et qu’il sera utile d'examiner à nouveau.
Cette surveillance s’exercera également sur es absents qui peuvent revenir sensibilisés.
La nature des produits chimiques employés à l'usine, la connaissance des machines, des procédés secrets de fabrication, l’observation attentive des conditions dans lesquelles s’effectue le travail, les visites fréquentes des ateliers, des interrogatoires sommaires d'ouvriers, seront autant d'éléments qui fixeront le Médecin sur l’opportunité de ces visites.
Il en est cependant qui seront faites à date fixe : visites mensuelles des ouvriers au plomb pour la recherche du liseré saturnin, des hématies à granulations basophiles, visites semestrielles des ouvriers travaillant dans les mines de charbon pour l’examen pulmonaire (anthracose) ; des ouvriers se servant de ben: zol ou de tétrachloréthane et dont l’examen portera spécialement sur les troubles nerveux propres à ces produits, visites annuelles des spécialistes appartenant au service de sécurité, en vue du renouvellement du certificat d'aptitude à la conduite des machines, etc.
Il nous est impossible, dans ce travail, de passer en revue toutes les technopathies et il appartiendra à l'initiative du Médecin de s’exercer librement à ce sujet, compte tenu de la périodicité légale.
Ces examens pourront être faits facilement car ils ne demandent qu’une instrumentation réduite et tout Médecin d’usine doit être capable de les réaliser dans son laboratoire.
Il les fera, non parce que la loi les rend obligatoires, mais parce qu’il a conscience de la grandeur de sa mission et qu’ils lui permettront de déceler une technopathie à son stade initial où elle est parfaitement curable.
Visites de contrôle.
Le Médecin d’usine, qui devra posséder de solides connaissances médico-légales, jouera ici le rôle délicat d'expert.
Dès qu’un ouvrier sera absent pour maladie, il ira le visiter en ami, après s’être mis en rapport avec le médecin traitant. Il vérifiera si l’affection présentée par le malade n’est pas une technopathie qui puisse l’obliger à envisager de nouvelles mesures prophylactiques.
Il réprimera les abus toujours possibles et rendra moins nombreuses les absences de 24, 48 heures, qui ne sont justifiées que par de vagues malaises et qui ont une répercussion fâcheuse sur le rendement de l’usine.
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Il contrôlera l’évolution de la maladie ou de l’accident de travail et fixera, d'accord avec le médecin traitant, la date de reprise du travail. L’ouvrier sera d’ailleurs examiné à sa rentrée. Cette action du Médecin d’usine soulèvera certainement, au début, quelque émotion parmi les médecins traitants ; mais ceuxci le verront avec plaisir, par la suite, prendre, après entente avec eux, la responsabilité de fixer la date de reprise du travail.
Nous ne pensons pas, d’ailleurs, que ce contrôle puisse être mal interprété par la majorité des travailleurs, car il ne peut gêner que quelques rares ouvriers paresseux qui pourraient être tentés par la douceur d’une prolongation de congé à demi-solde que n’osent refuser certains confrères un peu trop indulgents.
Médecine préventive à l'usine
« Plusieurs industries représentent une source de « dangers pour ceux qui la pratiquent, et les malheu- < reux ouvriers, accablés par les pires maladies, là < où ils croyaient trouver leur vie et celle de leur fa- « mille, meurent en maudissant leur ingrate profes- « sion ».
Voilà ce qu’en 1700 écrivait RAMAzzInt, le « Père de la Médecine Industrielle », dans son magistral ouvrage : « De Morbis Artificum Diatriba ».
Il est inconcevable, qu’au xx° siècle, ces paroles
soient toujours d'actualité et que le travail puisse encore tuer l’homme. Aussi, estimons-nous que le Médecin d’usine doit apporter toute sa science et tout son cœur à rendre le travail inoffensif au travailleur.
Il y parviendra, non en traitant les affections, mais en les prévenant par un dépistage des technopathies, par des mesures de protection, d'hygiène, en un mot, par la Médecine préventive, telle que la conçoivent les auteurs modernes.
Ce rôle important du Médecin aura un double résultat :
1° Préservation de l’ouvrier ;
2° Accroissement du rendement par la réduction des absences et l’utilisation rationnelle des individus.
Nous étudierons successivement :
1° La prévention des maladies professionnelles ;
2° La prévention des accidents du travail ;
3° La prévention par sélection à l’embauchage et par les examens périodiques ;
4° La Médecine préventive générale. Le Médecin conseiller de santé.
Prévention des maladies professionnelles.
Cette prévention n’a été imposée que partiellement jusqu'ici par le législateur ; mais les nombreuses lois, concernant les maladies professionnelles et le droit à indemnité des victimes, en font une nécessité impérieuse pour les chefs d'industrie,
La liste de ces maladies augmente chaque année et le décret d'octobre 1935 comporte un nombre déjà imposant de maladies professionnelles dont la déclaration est obligatoire.
N’est-il pas en outre préférable, dans l’intérêt général, de prévenir plutôt que d’indemniser ?
Comme l'écrit si justement le Docteur BARTHE :
« Les moyens techniques de défense appartiennent à l’ingénieur dont la science a des possibilités de réalisation considérables, mais encore faut-il qu’un conseil médical vienne apporter au chimiste la connaissance exacte des dangers encourus ».
Le Médecin d’usine réalisera cette prévention suivant deux plans :
1° Plan individuel,
2° Plan collectif.
1° PLAN INDIVIDUEL. — Les visites périodiques dont nous avons parlé précédemment lui permettront le dépistage précoce des technopathies et le contrôle des intolérances. Le dossier sanitaire lui donnera d’utiles indications ; le diagramme des absences attirera son attention et lui imposera un examen complet et sérieux de l’ouvrier.
2° PLAN COLLECTIF. — Le Médecin établira une courbe de morbidité par atelier. Cette courbe sera déterminée par le nombre de jours d’absence des ouvriers, et ses fluctuations lui permettront de tâter « le pouls » de l’atelier.
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