‹ Le Médecin d'UsineChapitre 8 sur 14 · ESA · texte numérisé non relu

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Quelques exemples illustreront mieux notre thèse.

1° Dans les ateliers où le travail est identique, la courbe de morbidité doit être identique. Si elle augmente dans un atelier, le Médecin devra en rechercher les causes et prendre les mesures hygiéniques adéquates ;

2° Lorsqu'un nouveau produit de fabrication sera introduit à l’usine, l’étude critique et cette courbe, avant et après, permettra au Médecin de juger les effets toxiques du produit et l’efficacité des mesures de protection employées.

Il fera procéder à l’analyse chimique de ce nouveau produit afin de déterminer exactement sa nature. Il se méfiera de certains produits qui, sous des noms commerciaux, cachent leur véritable identité et, par suite, leur toxicité, laquelle peut n’apparaître qu'après une période de latence assez longue.

Dans bien des cas, cette courbe permettra d’attribuer une étiologie professionnelle à des troubles non caractérisés et qui serait passée inaperçue.

Prévention des accidents du travail.

Il est à considérer que les accidents du travail sont dus à deux facteurs :

1° Facteur mécanique ;

2° Facteur humain.

Celui-ci est le plus important, la plupart des statistiques montrent que 25 % des accidents sont le fait de la machine.

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Dans les usines d'automobiles Opel (Allemagne) où de sérieux efforts préventifs ont été réalisés, 43 % des accidents sont imputés par le Docteur HALLER- MANN « à des fautes d’inattention qui reçoivent leur explication originelle dans une indisposition attribuable à des troubles maladifs ».

1° FACTEUR MÉCANIQUE. — Le rôle de protection est du domaine de l'ingénieur qui observera les règlements imposés par la loi sur le travail, le Médecin ne s’assurant que de leur application.

2° FACTEUR HUMAIN. — Nous l’envisagerons sous l’aspect individuel et sous l’aspect collectif.

Aspect individuel. — Deux ordres de causes favorisent les accidents : :

1° Le facteur endogène,

2° Le facteur exogène.

Le facteur endogène. — Nous devons admettre qu’il existe chez certains individus, pour des raisons physio-psychiques, une impossibilité d’adaptation à leur travail et qui présente une importance capitale.

SCHRIDDE a remarqué que la plupart des victimes de l'électricité industrielle présentaient les signes d’une constitution thymo-lymphatique.

PÉRi cite de nombreuses causes de cette impossibilité d'adaptation : la faiblesse de constitution, certaines maladies internes ou de la nutrition ou d’origine toxique, certains troubles fonctionnels qui sont cependant compatibles avec la capacité de travail, certains états psychiques chez des sujets apparemment nor-

maux : soit difficulté de diriger l'attention et de la maintenir pendant le travail, soit imparfaite lucidité mentale chez des individus présentant une intoxication chronique latente (éthylisme surtout, etc.).

Pour le Professeur SIEGMuND, de Kiel, il faut également attribuer à la prédisposition, au terrain et à l « usure » physiologique, une importance spéciale dans les maladies et les dommages professionnels.

Le degré de résistance à la fatigue est également à considérer.

La physiologie a montré les répercussions de la fatigue sur tous les organes de l’individu. Celle-ci a pour point de départ l’épuisement des matériaux dynamogènes et une intoxication qui intéresse surtout le système neuro-musculaire.

L'augmentation du nombre d’accidents provoqués par la fatigue est si évidente que nous n’insisterons pas.

Le Médecin d'usine s’efforcera de rechercher les causes de fatigue et d’y remédier.

Le Professeur Giovanni LORIGA, de Rome, les faisait dépendre :

1° du nombre d'heures de travail, des pauses ;

2° des conditions d'hygiène et de sécurité (organisation technique et matérielle du travail),

3° des causes économiques : insuffisance des salaires ne permettant pas la satisfaction de besoins physiologiques élémentaires,

4° des causes psychiques : goût au travail et à la production, états de souffrances familiales, tares organiques, etc.

Facteurs exogènes. — Leur nombre est important, tous tendent à diminuer j’attention de l’ouvrier. Nous n’en citerons que quelques-uns faciles à dépister : préoccupations intellectuelles, soucis familiaux ou sociaux, éthylisme, etc.

Aspect collectif. — Les statistiques, que tout Médecin d'usine doit connaître, savoir établir et interpréter, le renseigneront sur l’état de ses ouvriers et lui donneront de précieuses indications. Elles lui permettront de constater que l’importance des accidents varie suivant les ateliers, l’horaire de la journée, les conditions de température, l’éclairage.

On a constaté, par exemple, que le nombre des accidents progressait pendant Ja matinée, qu’il était deux à quatre fois plus élevé à la fin qu’au début, qu’il décroissait l’après-midi et qu’il atteignait son point culminant au milieu de la séance du travail.

Le Médecin s’inspirera de ces données pour établir les pauses.

Dans son cours (1923), M. Frots exposait :

« Si on prend des mesures pendant plusieurs semaines et si la courbe donne une production continuellement décroissante, c’est que la fatigue intervient et il faut en rechercher les causes. »

La vitesse de production est également une cause déterminante d’accidents ; l’attention soutenue qu’elle exige, la monotonie du travail en série inhibent l’énergie humaine.

« Une constatation, prouvant que la vitesse de production a une influence considérable sur les accidents,

a été faite dans une usine anglaise de fusées en 1916- 1917. Au cours de cette période, la vitesse de production de certains articles typiques a augmenté de 27 % pour les hommes et de 19 % pour les femmes, mais elle a été marquée par un accroissement parallèle de la fréquence des accidents qui a atteint 48 % chez les ouvriers et 14 % chez les ouvrières » (Docteur H.-M. VERNON).

Le Médecin contrôlera le degré de température des ateliers et s’assurera que la ventilation est suffisante.

D’après VERNON et OSBORNE, la température optima est de 18° à 20° centigrades; à 24 degrés la fréquence des accidents augmenterait de 23 % et il en serait de même au-dessous de 16°.

Il s’efforcera d'obtenir un éclairage rationnel des ateliers, la dépense se trouvant facilement compensée par un rendement supérieur de 20 à 25 % et une diminution sensible des risques.

Si l'expérience augmente la dextérité et la sécurité du travailleur, il est cependant nécessaire que le Médecin lui inculque des habitudes de prudence. Des pancartes, des brochures, des films, des causeries atteindront ce but.

Il demandera la nomination de délégués à la sécurité qui enquêteront après chaque accident et rappelleront à leurs camarades les règles à observer pour en éviter le retour.

L’attention vigilante du Médecin, son souci constant de sauvegarder la santé et la vie des travailleurs qui lui sont confiés, exigeront de sa part de multiples con-

sons -

naissances et un dévouement illimité, et il exercera sa bienfaisante action en se pliant aux disciplines communes.

Prévention par sélection à l'embauchage et examens périodiques.

Un premier triage réalisé à la visite d’embauchage nous a permis d’éliminer les individus non utilisables. Or, nous avons vu que, parmi les embauchables, nous avions admis certains ouvriers présentant des tares congénitales ou acquises qui n’entraînaient pas cependant d’inaptitude au travail, mais les rendaient impropres à certains travaux susceptibles d’aggraver leur état. Le Médecin d’usine tiendra compte de ces considérations; il évitera, par exemple, les travaux à poussières aux porteurs d'obstacles des voies respiratoires; les travaux de force, aux cardiaques bien compensés à qui il s’efforcera de donner un emploi sédentaire.

De nombreux auteurs ont étudié les contre-indications des différents métiers.

Parmi les études remarquables sur ce sujet, nous citerons les grilles de LAUGIER et BONNARDEL qui permettent, connaissant les diverses affections d’un individu, de déterminer rapidement les métiers autorisés ou contre-indiqués et rendront d’inappréciables services au Médecin orienteur.

Nous pouvons pousser plus loin la Prévention, grâce à l’organisation physiologique du travail qui essaie de

donner à chacun l’emploi qui convient à ses aptitudes et à ses possibilités psycho-physiologiques. C’est là un chapitre des plus modernes et des plus difficiles de la médecine d’usine, car il ne peut s’étayer sur des règles fixes et rigides; chaque cas demande son jugement propre où l’indépendance de pensée et de décision est particulièrement nécessaire au médecin.

Il existe, en effet, des prédisposés aux accidents ; c’est « l’individual susceptibility >» de GREENWOOD et Hizpa Woops; cette notion est bien connue, ne dit-on pas souvent : « ce sont toujours les mêmes qui se font blesser » 7?

Cette catégorie fut l’objet de nombreuses recherches statistiques, psycho-physiologiques et expérimentales, notamment de LAUGIER, SCHREIDER, LAHY, LAHY et KORNGOLD, à qui nous emprunterons les quelques notions fondamentales ci-dessous. Leurs statistiques prouvent, indiscutablement, qu’un ouvrier, déjà plusieurs fois accidenté, a les plus grandes chances de se blesser à nouveau, et ce, avec une fréquence proportionnelle à son taux préalable d’accident.

Il existe une affinité spéciale pour les accidents qui n'est pas constitutionnelle, mais due à de nombreux facteurs : 1° Les facteurs mobiles qui sont les plus importants et que nous avons étudiés précédemment : les variations somatiques mentales ou pathologiques, l'ambiance industrielle, l’ignorance professionnelle, les soucis domestiques, les troubles sociaux, etc. Ces prédispositions peuvent être améliorées tant par l’ingénieur que par le médecin. 2° Les facteurs fixes qui

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