‹ Le médecin de bataillon d'infanterie en campagneChapitre 32 sur 51 · TOILETTE DU CHAMP DE BATAILLE · texte numérisé non relu

TOILETTE DU CHAMP DE BATAILLE

Il est un dernier point, et non des moindres, qui nous reste à envisager : si le bataïllon, après son altaque, n'est pas relevé immédiatement el reste deux ou plusieurs jours sur ses positions. Je veux parler de l’organisation, et, dans” l’organisation, d'abord de la toilette du champ de bataille.

Le M. A.-M. Dalidet, dans sa thèse, a traité très complètement la question et, au point de vue théorique, uous sommes absolument de son avis. Mais nous uous permettrons de-ne pas être entièrement d’accord avec lui, dans la réalité. Si l'envoi des cadavres à l'arrière en un cimetière de régiment et de G. B. D. est Ia meilleure des solutions à adopter, pratiquement, et tant que le terrain d'attaque n’est pas devenu secteur organisé, c’est avec les moyens dont nous disposons, chose impossible.

La ligne conquise, où gisent les corps, est d’un accès pénible, les cheminements y sont difficultueux et interminables. La distance entre le P. S. de bataillon et le P. S. du régiment ou le relai du G. B. D. est grande. La réaction ennemie occasionne, après l'attaque, un nombre sérieux de blessés. Comment demander, outre les corvées de soupe, les corvés d'eau, les évacuations et le commencement d’instal-

lation d’un P.$S., comment demander aux seize brancardiers du bataillon de faire encore de nombreuses allées et yenues supplémentaires pour diriger les morts sur l'arrière P

Evidemment, si des équipes spéciales montaient dans ce but, cette manière de faire serait la seule à adopter. Mais à l'impossible... et, dans ces conditons, le médecin de première ligne a recherché un ensevelissement qui permette à la fois de retrouver les tombes, d'indentifier les morts et d'éviter les infections que feraient naître la décomposition des cadavres.

Souvent, el cela est triste à dire, il fait, à la nuit tombée, identifier et enterrer ses morts par petits groupes, en reportant sur un plan envoyé à la division l'emplacement des sépultures, avec les indications utiles. Une humble croix de fortune, une bouteille, un bidon ou une boîte à masque renfermant lenom et l’unité du décédé, deviennent temporaire-

‘nent les seuls vestiges de ceux qui dorment là le

dernier sommeil de la gloire et du sacrifice. Si l’ennemi réagit peu, notre médecin pourra peut-être faire amener auprès de son P.S. ceux qui sont tombés et créer ainsi un petit cimetière de bataillon.

Ces deux manières, il faut bien l’avouer, sont trop souvent dictées inéluctablement par la nécessité, et, souvent aussi, hélas ! nous avons vu ces humbles héros déterrés plusieurs fois par les obus ennemis. On les ensevelissait à nouveau, la nuit suivante, navré de ne pouvoir les mettre en un lieu où ils eussent

enfin reposé en paix.

ne RE 2

D’autres viendront après (si l’on veut, le médecin du champ de bataille), qui pourront rassembler ces restes sacrés, entretenir leurs tombes. Gelui qui marche de l’avant et demeure peu n’en a pas le pouvoir ant qu'on n'aura pas créé des équipes spéciales uniquement chargées de ce soin.

Et ce n’est pas sans avoir essayé de mieux faire que nous sommes arrivés à cette conclusion. En l'écrivant, nous reévovons les terribles coins d’'E..., dans la Somme, de la M..., dans l’Aïsne, ‘et en toute conscience, nous avouons que nous ne pouvions alors faire plus que ce que nous avons fait.

Qui dit toilette du champ de bataille, dit encore nettoyage, incinération ou ensevelissement des cadavres d'animaux. Lourde besogne, quand, comme après les affaires de l’Aïsne, 1917, un train de combat ennemi tout entier a été fauché sur une route avec ses attelages.

Là encore, nos moyens étant trop faibles, nous avons trouvé une aide utile dans les corvées de la section spéciale de la division, sous la conduite de notre caporal brancardier. Besogne périlleuse encore, car si l’on emploie l’arrosage au pétrole et la combustion, la lueur n'est pas sans attirer une

sérreuse réaction de l'artillerie ennemie,

Sr

Page 1