INTRODUCTION
« Le moi est haïssable », a dit un philosophe. Notre modeste travail s’éloignera le moins possible de cette maxime, et si nous sommes parfois obligés de lenfreindre, nous nous en excusons par avance.
Nous n'avons retenu, en effet, d’une longue participalion directe à {a médecine de bataillon qu'une légitime fierté des services qu'elle peut rendre et, si nous envisageons quelques modalités nouvelles dans le rôle du médecin de bataillon, ce n’est pas sans un désir sincère et désintéressé d'apporter notre faible témoignage à l'œuvre accomplie. Les suggestions qu'on voudra bien nous permettre de présenter s’inspirent uniquement de l'intérêt qu'il pourrait y avoir à définir et délimiter, si possible, ce rôle dans tous les domaines de la médecine, comme dans ceux de l'hygiène. Notre jeune expérience nous défend d'y apporter un esprit critique, mais notre ardente préoccupation des soins à assurer aux combattants nous autorisera sans doute à rechercher le mieux, qui n’est pas toujours l'ennemi du bien.
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Nous avons l'espoir qu’on voudra bien nous excuser de ne pas présenter une thèse purement médicale, mais nous avons pensé que les choses de la guerre,
quand elles touchent le rôle du médecin de 1" ligne,
ne sont ni étrangères à la médecine, ni indifférentes au corps médical .
Sous notre titre, nous voulons tout d’abord que l’on ne s’attende pas à trouver une étude complète. Tant de champs d'action, et si divers, s'ouvrent journellement au médecin de bataillon, que certes plu-
sieurs volumes ne suffiraient pas à fixer dans les”
détails le rôle de celui qui, tout à l’avant, parfois isolé, assume la lourde responsabilité des quelques six cents vies humaines dont il a la garde.
Laissant courir notre plume sous la dictée des souvenirs, nous nous sommes simplement proposé de retracer ici les plus grandes questions qui se sont posées pendant celte guerre à l’esprit de ceux qui devaient à la fois « prendre soin de la santé de leurs hommes, leur procurer le minimum d’inconfort par
le maximum d'hygiène, assurer le plus rapidement
et le mieux possible les pansements et l'évacuation de leurs blessés ».
Toutes les questions relatives à l'hygiène ont été fort complètement traitées déjà par le Médecin aide major Dalidet, dans sa thèse de Lyon 1918, et nous nous contenterons le plus souvent d'y renvoyer. Les diverses circulaires ministérielles ou du G. 0. tee parues depuis 1914 ont également fixé bien des points, et nous n'y reviendrons que fort rapidement pout mémoire.
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« Mais alors, s’écriera-t-on, que reste-t-il et que vont donc renfermer ces quelques pages ? Sera-ce un traité. de déontologie, sera-ce une compilation de notes officielles et d'articles de règlement du Service de Santé en campagne ? » — Nous nous hâtons de répondre : non. Si nous avons été conduit à écrire ces lignes, c'est que, avec tous ceux qui ont vécu à l'avant ces années de guerre, nous avons fait lexpérience qu'il n'y avait pas eu une médecine de bataillon, mais bien des médecins de bataillon. Ce manque d'unité de vues et souvent d'efforts ne s’expliquail que trop par la situation même du médecin dans l’armée, son « assimilation », l'absence d’aclion seulement de par son grade et ses fonctions elles-mêmes. Il y a eu des médecins de bataïllon : les uns ont su s'imposer au commandement, qui ont trouvé là une aide constante comprenant la nécessité de la liberté absolue de l’action médicale dans un domaine bien défini et où, seul, le médecin était capable de se mouvoir utilement. De ceux-là, l'œuvre a été féconde. D’autres ont eu affaire à un commandement qui les laissait agir à leur guise, parmi lesquels les plus actifs ont marqué leur place pour le bien de leurs hommes, et les plus calmes, rebutés d'avance par les difficultés et le manque de moyens, se sont cantonnés dans la partie exclusivement clinique de leur rôle, négligeant ainsi des obligations qui, pour sembler des à-côtés, el ne pas être fixées par des règlements, n'en étaient pas moins capitales. Et de toutes ces divergences de vues el d'action sont éclos des résultats prouvant la nécessité d'une méde-
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re TMS cine de bataillon régie par des règles formelles, mais lesquelles règles ne pourront être appliquées qu’aulant que le médecin aura, ans son département sanilaire, la même autorité, les mêmes pouvoirs que n'importe quel autre chef dans son unité.
Ce bref exposé de souvenirs se ressentira du marque de documents. Nous espérons toutefois qu'on voudra bien nous pardonner quand nous aurons dit que tous les matériaux, réunis en vue de cette thèse, ont dù être détruits par nous au moment où nous avons élé fait prisonnier, le 27 mai 1918. Depuis, nous ne nous sommes guère servi pour notre travail que de notre mémoire, malheureusement fort infidèle.
Nous insprrant des fruits que l'expérience a laissé lant à nous-mêmes qu'aux camarades aux côtés desquels nous combattions, nous envisagerons donc très succinctement les principales circonstances où varie le rôle du médecin de bataillon, et pour €e faire nous suivropns le bataillon en tranchée et en secteur calme, puis en attaque, dans la guerre de mouvement, ef enfin au repos. Nous signalerons bien franchement les erreurs que nous avons vues comimes les amélio-
rations que nous avons constatées.
Si nous avons pu faire parfois nous-mêmes l'épreuve de quelques conceptions que l’on trouvera dans ce travail, nous tenons avant tout à en remercier ici les chefs ou les camarades de régiment qui nous ont rendu la tâche facile en nous laissant agir dans notre domaine, et en aidant souvent à nos moyens si faibles dans la mesure de leur pouvoir. Ces pages
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leur seront un lémoignage de reconnaissance pour cette collaboration.
Mais avant de commencer cet aperçu où vit à chaque ligne le souvenir de ceux qui rartagèrent avec nous les noires heures des échecs, les lourdes heures de la tranchée, les heures graves et rouges des attaques, les heures enfiévrées des avances, que l’on nous permette d'envoyer notre hommage ému tout parparticulièrement aux vaillants camarades tombés, làbas, au champ d'honneur, et qui, eux, n’ont pas eu la suprême consolation de la victoire, de la France délivrée, récompense et but de leurs sacrifices. A tous ceux-là qui sont morts en héros, officiers de compagnie, soldats, ou bien humbles médecins de bataillons, que notre salut soit aussi notre profond remerciement pour le suprême et sublime exemple de bravoure et de dévouement qu'ils nous ont donné.
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