‹ Le médecin de damesChapitre 15 sur 33 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

ROSELYN, Mmc DE L1MEUIL , LOLOTTE.

liOSELYN.

Je vous assure qu’un tour de jardin vous fera du bien.

Mme DE EIMEUIL.

Cela se peut.... mais je n’en aurais pas la force.... car pour être venue de mon appartement jusqu’ici , je me sens d’une faiblesse....

COMÉDIE— VA UDIiVII.f.E. 3j)

HGSEI.YN.

Asseyez-vous, et reposons-nous un instant. (Il fait asseoir madame de Limeuil, et s’assied à côté d’elle.)

Mmc DE UIMEUIL.

Lolotte , laissez-nous.

jlolotte , a part.

C’est ennuyeux, on me renvoie toujours

quand il arrive.... Les laisser en tête-à-téte

passe encore si c’était le colonel.

(j Elle sort par le fond. )

ROSEJ.YN.

Cette faiblesse est l’effet du bain. ..Voyons

s’il y a de la fièvre ( Lui prenant la main. )

On voit le sang circuler à travers cette peau si blanche et si fine.

Mm® UE LIMEUIE.

Mon Dieu ! docteur.... comme votre main tremble !...

HOSKI.YJV.

Je craignais qu’il n’y eût de l’agitation.... elle est calmée.

Mme DE LIMEUIL.

Hé mais !... comme vous me serrez la main — prenez garde, vous me faites mal.

ROSERYN.

Pardon, je voulais voir.... Oui, la peau est excellente.,., et les yeux?

Air de Céline.

Uu seul instant, je vous en prie.

Tournez vers moi ces yeux cliarmans ; Quoique pleins de mélancolie,

Comme ils sont doux et séduisans !

lVIIne DE LIMEUIR.

Sont-ils mieux?... pour moi, je l’ignore.'

ROSELYN.

Oui , madame , j’ai quelque espoir ;

Mais je n’y trouve pas encore Tout ce que je voudrais y voir.

Et les palpitations.... dont vous vous plaigniez l’autre jour?

COMEDIE-VAUDEVILLE

Mme UE I.IMEUIL.

Je souffre moins.

roselyk.

Sont-elles aussi fréquentes qu’hier ?

Mme UE I.IMEUIL.

Cela va mieux — je vous remercie.... parlons plutôt d’autre chose; car je ne puis m’empécher de penser à ce que vous disiez il y a quelque temps.... Quoi, docteur!...

vous croyez que réellement

ROSELYN.

Oui, madame c’est mon opinion....

après cela , je peux me tromper ; et si vous voulez que nous ayons une consultation?

Mme DE LIMEUIL.

Y pensez-vous? m’en préserve le ciel ! et cependant , savez-vous que c’est bien terrible de ne pouvoir se remarier.... sans mourir.

ROSELYN.

Du moins d’ici à quelque temps.... et après tout, un veuvage de deux ou trois

/)2 LE MÉDECIN DE DAMES, années est-il donc une chose si terrible.... surtout lorsque l’on est, comme vous, jeune, aimable et riche , entourée d’adorateurs.... Il est beaucoup de dames qui feraient, par coquetterie, ce que je vous conseille par raison.

Mme DE LIMEUIL.

Je le sais bien aussi , ce n’est pas pour

moi — mais que répondre aux instances de ma famille, de mes amis. (A part.) Ce pauvre colonel !

ROSELYN.

Je n’ignore point que de tous les côtés de nombreux partis se présentent ; mais vous êtes maîtresse de votre choix , et rien ne vous oblige à vous prononcer. ( Avec hésitation.) Si vous aimiez quelqu’un, je comprends ce qu’une pareille situation aurait de cruel.... mais votre cœur est tout-à-fait libre.... du moins vous me l’avez assuré.

i>Ime DE LIMEUIE.

Oui , monsieur.... ( A part.) Par exemple, je ne suis pas obligée de dire cela à mon mé-

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decin.... (Haut.) Il n’en est pas moins -vrai que, d’après votre ordonnance, me voilà condamnée an célibat ... et n’eût-on aucune idée de mariage , cela seul est capable d’en donner. Cependant , je ne me soucie point de mourir à vingt ans.... mais d’un autre côté , d’ici à trois ans, sait-on ce qui peut arriver?... je n’ai qu’à ne plus être jolie — on n’a qu’à ne plus m’aimer.

ROSELYN.

Est-ce possible?

Mmc I)E RIMEUIL.

Hé oui, monsieur.... si l’on s’impatiente; si on fait un autre choix vous autres doc-

teurs , vous ne comprenez pas tout cela : vous ne pensez qu’à vos livres et à la science.

ROSELYN.

Nous, madame! quelle est votre erreur!

qui peut vous faire croire que nous soyons insensibles? nous , dont le cœur s’ouvre à chaque instant aux émotions les plus douces et les plus cruelles.... Et comment, en effet,

44 LE médecin de dames, ne pas céder à l’intérét le plus tendre.... quand on voit la beauté souffrante réclamer nos soins?... et lorsque, grâce à nous, ces yeux languissans ont retrouvé leur éclat.... quand ces traits cliarmans ont repris leur fraîcheur et leur coloris.... on se dit : c’est par moi qu’elle respire.... c’est à moi qu’elle doit tant de grâces, et tant d’attraits.... et nouveau Pygmalion , on adore son ouvrage.

Mme de niMEUXL, souriant.

Hé quoi! vraiment, docteur!...

M. de ramsay, en dehors.

11 faut absolument que je lui parle.

Mme de limeuil , se levant.

I,e colonel !

roselyn, de même.

Un colonel !

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