X.OLOTTE
Est-il toujours tendre et fidèle ?
M. DE RAMSAY
Ali ! le rapport n’en disait rien.
LOEOTTK.
Qui est-ce qui les fait donc, les rapports?
M. DE RAMSAY
N’importe.... Mais Léon aura de l’avancement à la première promotion.
IOLOTTE.
Il serait possible !... Voilà tout ce que je voulais savoir; et maintenant, colonel, comme je n’ai que ma parole , je vous dirai un grand secret que moi seule ai découvert.
M. DE RAMSAY
Parlez vite.
LOEOTTE.
C’est qu’il y a quelqu’un ici qui adore en secret madame de Liineuil , ma cousine.
M. DE RAMSAY
Ce serait vrai !... et qui donc ?
LOLOTTE
Un jeune et beau militaire.... le colonel de mon cousin Léon.
nr. DE RAMSAY.
O ciel !
LOLOTTE
Oui , monsieur, vous-même !... personne ne s’en doutait, excepté moi; parce que, dans la société , on se méfie des pères ou des maris — jamais des petites filles; et ce sont elles qui savent tout.... aussi ai-je vu tout de suite que vous aimiez ma cousine.
Silence!... lié bien , oui !... je donnerais
pour elle ma vie et ma fortune Ce procès
* que j’avais contre elle, je l’ai perdu exprès
pour l’enrichir.... il est vrai que j’ai été bien secondé par mon avocat, qui m’a servi sans
le savoir enfin, je fais tout au monde
pour plaire à madame de Limeuil , et parfois
COMEDIE- VAUDEVILLE
j’ai cru avoir réussi.... mais depuis quelques jours elle est triste, rêveuse, mélancolique.... et tout en m’accueillant mieux que jamais, elle me prie dé ne plus la voir.... Qu’est-ce que cela signifie?
LOX.OXTE.
Je crois m’en douter.... il y a contre vous, dans la maison , quelqu’un qui a un grand crédit — un M. Roselyn, jeune docteur, plein de grâce et d’élégance , qui a de belles dents , le ton patelin , le sourire romantique.... en un mot, le Dorât de la Faculté; car il a toujours dans sa poche le journal des modes, et fait ses ordonnances en madrigaux.
Aik : V i os maris en Palestine.
Sur papier rose ou de Chine
Il met ses ordres du jour.
Et parle de médecine
Comme l’on parle d’amour.
{bis.)
Plus fin que ses camarades,
Jamais il ne risque rien ;
( bis. )
Car il ne prend de malades ,
Qu’ autant qu’ils se portent Lien.
M. DE RAMSAY
Vous voulez plaisanter.
ROLOTTE.
Eh ! mon Dieu non excepté ma pauvre
cousine de Limeuil , qui y va de franc jeu, en conscience, toutes les dames que je vois
ici ne sont malades que pour leur plaisir
Nous avons madame Raymond , la femme d’un receveur, qui a voulu nourrir pour faire ses volontés , parce que l’on ne contrarie jamais une femme qui nourrit.... nous avons madame de Cernay , la femme d’un négociant, qui prétend ne pouvoir marcher, pour que son mari lui donne une voiture.,.'. L’une consulte le docteur sur M. Oscar son petit garçon.... l’autre, sur les moyens de bonifier son teint ; et ma tante Vermont, la maîtresse de la maison , sur les moyens de
maigrir vous jugez alors quel ascendant
il a pris sur toutes ces dames.
COMEDIE-VAUDEVILLE. I I
M. DE RAMSAY
Et qui yous a fait croire qu’il me nuise auprès de madame de Limeuil ?
ROEOTTE.
Je ne sais.... peut-être vos intérêts gênentils les siens!... car il se mêle de tout.... des querelles, des raccommodemens , de la vaccine, des baptêmes et des mariages.... c’est lui qui s’oppose au mien.
M. DE RAMSAY
Vraiment !
ROROTTE.
C’est une indignité.... il dit que je ne suis pas en âge de me marier.... Léon dit que si, et je croirais plutôt Léon.... Enfin, monsieur, c’est le docteur qui est l’ennemi commun; il faut donc ou le mettre de notre parti , ou le perdre.
M. DE RAMSAY
A merveille.
ROROTTE.
Le moment est favorable; car ces dames
12 LE MÉDECIN DE DAMES, sont pour quelques jours dans ce château, à six lieues de Paris , chez mon oncle Vermont , le banquier, qui ne pense qu’aux effets publics , et qui n’est jamais malade, lui , tant que le tiers consolidé se porte bien.... Le docteur ne peut quitter sa clientelle , et , pendant son absence , en nous entendant tous les deux , nous pourrions peutêtre.... Mais , silence.... je crois qu’on sort de table.
M. DE RAMSAY
Dieux! que de monde!... je m’en vais; je ne veux pas que cela me compte pour une visite; je vous prie seulement de vouloir bien remettre à madame de Limeuil cet album qu’elle m’avait prêté pour y tracçr quelques dessins.
LOLOTTE
Un album !
M. DE RAMSAY
Je viendrai tantôt savoir ce qu’elle en pense.... Adieu , mademoiselle.... adieu, mon
COMÉDIE-V AUDEV 1LLE. I 3
aimable alliée je vous confie mes intérêts ;
et moi , de mon côté.... je penserai à Léon , je vous le promets. (Il sort.)