‹ Le médecin de la cité (volume 2)Chapitre 10 sur 11 · II · texte numérisé non relu

II

— Sans plus cliercher, et pour mieux comprendre, apprends, Antonin, que Saint- Audry, cet officier dont tu vantais la générosité, à qui tu gardes si douce souvenance des services importants qu'il ta rendus,n'était autre que l'agent de Denise et le distributeur des bienfaits dont elle te comblait.

— Se pourrait-il ?

— Oui, c'est à sa généreuse sollicitation que le roi , qui l'estime, a détruit l'action du procès qui menaçait d'engloutir ta fortune entière, c'est encore elle qui, par la bouche de Saint-André, t'a fait offrir honmeur et emploi, elle qui, comblant tes vœux, m'a fait ouvrir les portes de la

Bastille où, sans sa généreiisiî proleclion, je languirais peut-être encore.

— Bonne Denise ' ah ! combien ne lui dois-je pas d'excuse et de reconnaissance ! Montigny, pense-tu qu'elle daignera me pardonner ?

— Je le pense, mais viens t'en assurer, ami. Cela dit, Montigny entraîna Antonin et tous deux se dirigèrent vers le quartier de l'Arsenal, où ils atteignirent une petite rue étroite et la maison qu'habitait Denise. Ce fut au fond d'un jardin et sous un berceau de chèvre-feuille , que les deux amis trouvèrent Denise assise, triste et pensive, où Antonin transporté, tomba aux

genoux de la je» ne femme qui poussa un cri de surprise en l'apercevant.

— Eh bien ! ne vous avais-je pas dit qui! reviendrait, chère Denise? ûl entendre Montigny.

— Ajoute, repentant et plus épris que jamais... Denise, ma bien-aimée, daigneras-tu me pardonner une injuste prévention? disait Antonin agenouillé et en pressant les mains de Denise qui, émue, tremblante, n'osait le fixer et détournait des yeux où roulaient de grosses larmes.

— Que venez-vous me demander, monsieur? fit entendre la jeune veuve.

— Ton amour, ta précieuse possession !

reprit le jeune homme.

— Veuillez donc au moins, monsieur, m'apprendre ce qui m'a valu ce retour à votre estime? dit Denise avec froideur et sévérité.

— La parole de l'ami qui, ayant entrepris votre justification, a su vous montrer pure à mes yeux.

— Ainsi, la voix d'un autre a su trouver grâce pour moi à vos yeux, après que la mienne, sincère et suppliante, n'a pu obtenir de votre part qu'incrédulité ei mépris. Monsieur de Courvaie, votre repentir vient trop tard, Cur vos dédains ont tué dans mon

cœur le tendre sentiment que vous aviez su y faire naître, enfin, ce n'est plus vous que j'aime.

A ces mots, Antonin frappé de surprise, se releva vivement.

— Alors, qui donc aimez-vous, madame?

s'écria-t-il.

— Celui qui eut toujours confiance en ma vertu , qui me jugea incapable de faillir, et pour moi, pour m'arracher à un indigne époux, exposa sa vie; celui qui, ami sincère et généreux, tout en brûlant pour moi d'une flamme secrète, ne cessa de me parler en votre faveur; enfin,

c'est Anatole de Montigny, à qui j'offre aujourd'hui mon cœur et ma main en lui apportant en dot le gouvernement de Saintonge, que le roi lui accorde pour prix de ses loyaux services.

— Denise! chère Denise! s'écria alors Montigny, ivre de joie et prêt à se jeter aux pieds de la jeune femme, mais que la pitié retint, en contemplant la douleur empreinte sur les traits d'Anlonin.

— Ami, à chacun selon ses œuvres ; sois heureux, puisque mieux que moi tu as su t'en rendre digne ; va, que ma présence ne soit pas le sujet d'une pénible contrainte. Aime-là comme je l'eus toujours aimée, et vous sachant heureux, Anlonin

sera moins à plaindre, dit de Courvale en plaçant la main de Montigny dans celle de Denise pour s'enfuire aussitôt après, l'âme douloureusement affectée .

Six mois après cette dernière scène, le baron de Montigny, gouverneur de Saintonge, épousait publiquement Denise Minard, le roi ayant signé au contrat. Antonin de Courvale, un an plus tard, et le temps ayant cicatrisé la plaie que la perte de Denise avait faite à son cœur, s'unissait à son tour à la fille d'un gentilhomme de la Bourgogne. Quant à Gobinac, le duelliste, dont Montigny avait sollicité et obtenu la grâce à sa rentrée en France, dont il s'était enfui la nuit même qu'il avait tué Brizard, notre gascon donc éprouva la vive salis-

faction d'apprendre la mort de son épouse et que la chère dame, avant de trépasser, l'avait institué le légataire universel de ses biens, en compensation de toutes les tribulations qu'elle lui avait fait endurer.

FIN nu DEUXIEME ET DERNIER VOLUME.

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