II
— Aussitôt que j'aurai terminé trois choses, répondit ce dernier.
— Et quelles sont ces choses? demanda Ântonin.
— La première, c'est la démarche que, Sans plus tarder, je vais fdire aujourd'hui à Bicêtre auprès du cdusin de mon compagnon de captivité ^ la seconde et la plus importante, est l'exécution d'un projet qiii me trotte par la tête, celui enfin de bien m assurer si véritablement Denise a mérité et mérite tout l'insultant mépris que toi et un public imbécile déversent sur elle^ quant à la troisième et dernière, c'est afin de savoir à qui ou à quoi je suis rede-
vable des huit mois de prison que je viens de faire.
— Eh bien ! crois-moi , Montigny , de tout cela ne remplis que la mission dont t'a chargé le pauvre prisonnier, car c'est un devoir que t'impose l'humanité ; quant à cette Denise, que t'importe cette femme que je m'efforce de ne plus aimer, et que je veux oublier, cette femme dont la honte est réelle, publique, que chacun cite comme la maîtresse d'un roi libertin après avoir été celle de maints courtisans d'une cour corrompue. Maintenant, pourquoi vouloir connaître tes ennemis^ ceux à qui lu fus redevable de la perte de ta liberté? acte infâme' qui te prouve assez le pouvoir, la force de tes ennemis, et que pour toi il n'est aucun moyen de les punir ou de te
venger. Crois-moi , renonce à tous ces vains projets, viens, tedis-je, et au plus tôt regagnons notre paisible province où nous a (tendent des parents, des amis, la paix et le bonheur.
— Oui, partons, mais après que j'aurai accompli la tâche que je me suis imposée, telle est la volonté suprême que rien ne pourra changer^ répondit Montigny avec fermeté.
Quelques instants encore et l'ex-mousquetaire, après avoir engagé Antonin à l'accompagne/' dans le petit voyage qu'il allait entreprendre, s'élança ainsi que son ami dans un carrosse de louage pour rouler ensuite vers Bicêtre. Les deux jeunes gens avaient à peine quitté l'hôtel de Go-
binac, que ce dernier, selon les conseils et les instsuclions de Monligny, se présentait devant sa femme revêtu d'un costume com- 5)let de Gille, le visage et les mains couverts de farine. En voyant son mari fagoté de la sorte, la dame stupéfaite poussa un cri d'effroi et de surprise, en se renversant sur son siège et en s'écriant ;
— Qui va là?
— Sandis! moi, madame, qui, soumis à vos volontés, vient d'endosser lé costume dé rigueur que je suis fermement décidé à né quitter qu'à l'expiration du vœu dont vous mé rendez victime
— Quelle horreur ! vous n'havre bas de
flonte en vous brésentant costume de la sorte, betite scélérate? s'écrie la dame en fureur.
— Pas la moindre, madame, et la preuve c'est que vous allez vous habiller à l'instant même pour m'accompagner dans une promenade, au grand cours, que je raé propose dé faire.
A ces mots, la tendre épouse, pour toute réponse, de s'élancer sur son mari dans l'espoir de le châtier, selon sa coutume, c'est-à-dire, pour le mordre et le pincer, mais Gobinac, bien conseillé par Montigny , s'empressa de sortir de dessous sa veste de Gille une longue batte en bois, à l'usage des arlequins, et d'en fustiger sa femme
tout en esquivant son approche avec
adresse et dextérité en tournant autour de
la chambre. La grosse allemande surprise
de tant d'audace chez un homme qu'elle
avait habitué à la plus humble soumission,
criait et pleurait de rage, faisait entendre
la menace, mais Gobinac ne tenant aucun
compte de cette fureur, n'en continuait pas
moins le badinage et de frapper la grosse
femme qui, bientôt harcelée, essoufflée, se
laissa tomber sur un siège, pâmée et sans
force, instant propice dont Gobinac profita
pour la faire enlever par deux valets de
louage, retenus par lui à cet effet, et la
transporter dans un carrosse où il se plaça
à ses côtés, laquelle voiture partit aussitôt
et gagna les boulevarts. La grosse femme
revenue à elle, et se voyant emporter,
commença par essayer de sauter aux yeux
de son mari qui, se méfiant du méfait, s'empressa de lui saisir les mains, et de paralyser sa mauvaise intention.
— Où me conduisez-vous, betite scélérate ? s'écria là dame.
— Au grand cours, afin d'y faire ensemble quelques tours dé promenade, et dé montrera la société qui l'encombre à cette heure, la nouvelle livrée que vous m'avez imposée, chère tourlérelle.
— Si vous havre l'abomination de faire cela, moi havre celle de vous arracher les yeux à notre retour, dit l'allemande furieuse.
— Sandis ' vous n'aurez pas cette satisfaction, car, après avoir prouvé à tout Paris que vous êtes une folle, je vous conduis aussitôt du grand cours à l'hôpital des fous où je vais vous faire enfermer pour lé resle dé vos jours.
A ces mots, la dame pâlit, sa fureur s'apaisa, et un torrent de larmes s'échappa de ses yeux.
— Allons , madame , descendons et veuillez accepter mon bras, car je meurs d'envie dé faire un tour sur ce boulévart que la foule encombre, reprit Gobinac après avoir fait arrêter les chevaux.
Alors la grosse femme de se mettre à
pleurer encore plus tort, tout en suppliant Gobinac de renoncer à ce projet et de ne pas l'exposer à la risée publique-
— Sandis! madame, est-ce moi qui ai désiré m'affubler dé la sorte? non certes, mais bien vous, qui avez prétendu faire un Gillé dé votre mari et l'exposer à la risée de chacun ; or, soyez donc assez courageuse pour affronter tout lé ridicule de votre propre ouvrage, répoadit Gobinac avec force et caractère.
— Ah ' betite monstre ! c'est ainsi que tu agis envers ton femme ! malheur ! car che havre à brésent toi en horreur! . . che te quitte, che t'apandonne, che te ruine, che te...
— Silence, tourléreile, et obéissez, interrompit Gobinac en faisant geste de vouloir sortir du carrosse dont un valet venait d'ouvrir la portière, ce qui fut cause qu'en apercevant un Gille avant la saison du carnaval, les promeneurs et les flâneurs commencèrent à s'assembler autour du carrosse et à faire entendre des huées et des sifflets.
Voyant cela, notre comtesse encore plus effrayée s'empressa donc de se cramponner après Gobinac, en le suppliant de reconcer à son projet , comme de son côté elle le laissait maître à l'avenir de porter quel vêtement et quelle couleur il lui conviendrait.
^ Sandis! je veux plus encore, je veux
être le maître a la maison, et qu'un bon contrat, en m assurant la moitié dé votre fortune, mé mette désormais à couvert dé vos caprices et dé votre tyrannie.
— Ya, ya, ma betitemari, che havre pien l'envie de vous satisfaire, répondit la dame avec empressement.
Sur cette réponse , et un signe de Gobinac, la portière se referma aussitôt et les chevaux , prenant le trot, s'ouvrirent un passage à travers la foule, qui longtemps poursuivit le carrosse de ses cris et de ses huées ?
Voyant la voiture entrer dans la cour d'une maison qui n'était pas la leur, après
avoir roulé quelques instants, madame Gobinac alarmée de nouveau, s'empressa d'en demander la cause et de s'informer où et chez qui ils étaient.
— Chez mon notaire, ma tourterelle, devant qui, avant dé rentrer dans notre cher petit ménage, vous allez mé faire la donation en question, répondit le mari en sautant en bas du carrosse pour pénétrer chez le garde-notes, où le suivit sa femme, rouge de colère, de dépit , et tout en se mordant les lèvres.
Gille et sa femme trouvant le contrat tout dressé et en bonne forme , d'après les précautions prises d'avance par Gobinac, la grosse épouse n'eut donc qu'à ap-
prouver et à signer, ce qu'elle fit de la plus mauvaise grâce possible , et lui valut l'avantage de rentrer chez elle aussitôt après, pour y faire une querelle affreuse à son mari ; mais Gille Gobinac, voyant sa fortune assurée et désormais à l'abri des caprices d'une vieille et méchante folle, ne fit que rire de sa fureur et de ses menaces, en bénissant tout bas Montigny, et le bon conseil qu'il lui avait donné.
Le fou (le Bicêlre.
Après avoir roulé deux grandes heures, le carrosse qui renfermait Antonin et Montigny fut s'arrêter devant la porte du château ou pourmieux dire, de la prison ethôpital de Bicêtre. Ayant pénétré dans cette
vaste demeure de la misère, du crime et de la folie, nosdeux jeunes gens se firent conduire chez le gouverneur , vieux gentilhomme, qui instruit de leurs noms et qualités, s'empressa de leur faire l'accueil le plus poli et dans lequel personnage Montigny reconnut, non sans plaisir, un ancien ami de feu son père. D'abord, un long entretien où il ne fut question que dudit cousin, prisonnier à la Bastille, au sort de qui promit de s'intéresser le gouverneur, puis vint ensuite grand nombre de questions de la part des jeunes visiteurs, concernant la maison où ils se trouvaient, sur son régime et les malheureux qui la peuplaient, questions auxquelles s'empressa de répondre le gouverneur de la meilleur grâce possible, pour ensuite s'offrir à Antonin et à Monligny, en qualité de cicérone s'il leur
plaisait de visiter et de parcourir ce vaste hôpital.
iVprès avoir accepté avec empressement cette offre obligeante, Montigny et Antonin suivirent donc le gouverneur pour une longue promenade à travers les cours et les bâtiments immenses où, à leurs yeux effrayés et surpris, se déroulait le hideux panorama de toutes les afflictions et des misères humaines, où s'offrait à leurs regards, une foule de malheureux enlevés à la mendicité pour venir passer dans cette vaste prison une existence toute de misère, d'abandon et de privation. Ayant visité le quartier dit des bons pauvres, après avoir passé avec mépris devant les prisons, d'où s'échappaient H 17
un biuit infernal et d'horribics imprécations. Le gouverneur introduisit les deux curieux dans l'enceinte des fous où ils furent aussitôt entourés d'une fouie de malheureux idiots, aux traits hagards, nature dégradée, réduite à toutes les infirmités de la première enfance et végétant dans l'abrutissement le plus complet. Les deux amis, tout en répandant l'aumône à pleines mains à ces malheureux, contemplaient avec intérêt ei le cœur oppressé, tous ces hommes jeunes ou vieux, groupés autour d'eux, affectant un maintien tantôt composé et décent, tantôt prétentieux ou grotesque, et tous faisant entendre le langage de la déraison, les phrases les plus incohérentes. Sur un signal du gouverneur, les surveillants se hâtèrent de disperser cette foule idiote et importune pour
livrer passage aux visiteurs, que leurs pas conduisirent du côté des cabanons qui renfermaient les fous furieux, dont les deux amis apercevaient avec effroi les figures hâves, décharnées et grimaçantes appliquées sur.les barreaux de leur affreux et infecte cachot.
— Ah! c'est toi! te voici' écoute: écoute! Deux coups seulement au côté droit, et je te guérirai ensuite! Écoute! écoute : fit entendre une voix, au son de laquelle Antonin et Montigny se retournèrent aussitôt pour apercevoir un fou furieux qui, la tète à cheveux blancs ei hérissés appuyée sur la grille de son cabanon, et le bras passé à travers les barreaux , ieur faisait signe d'approcher, de venir à lui. A peine les deux amis eurent-ils un instant contemplé.
avec horreur , l'expression vraiment e(- (rayante qui s'échappait des yeux de ce malheureux insensé,ses traits décharnés et sa bouche écumante, qu'ils échangèrent entre eux un regard où se peignait une étrange impression de suprise et d'effroi .
— De par Dieu' voici des traits qui ne me sembient pas étrangers, s'écria Montigny, en fixant le fou avec plus d'attention encore.
— Moi de même, je crois avoir connu cet tiomme... De grâce, monsieur le gouverneur , ne pourriez-vous aider notre mémoire, en nous apprenant le nom de cet insensé? dit à son tour Antonin.
— Je voudrais vous satisfaire, mais ici cet homme est un anonyme, et tout ce que je puis vous apprendre seulement, est qu'il nous a été envoyé ici, il y a de çà trois mois, par le gouverneur du tort l'Évèque, prison dans laquelle a pris naissance la folie furieuse de ce malheureux, qui, diton, fut un médecin renommé.
— Un médecin ! s'écria Antouin alors frappé de surprise tout en fixant encore plus attentivement le fou, qui ne cessait de lui faire signe d'approcher.
i r— C'est lui! oh! c'est lui, je le reconnais! reprit Montigny en pâlissant el saisissant vivement le bras d'Anlonin , prêt à s'élancer vers ie cabanon.
— Gardez-vous d'approcher de trop près, songez que cet homme est un furieux qui vous déchirerait de ses mains, s'il parvenait à vous saisir, dit le gouverneur.
— Fou 1 lui fou 1 prononce avec horreur et surprise Antonin.
— Oui fou, et pour la vie. Apprenez que cet homme, ce forcené qui se dit être, dans sa folie, un de ces misérables qui, il y a peu de temps, désolaient la Cité et poignardaient la nuit les passants attardés; mais, lait-il entendre encore, s'il blessait ainsi traitreuseaient les gens, ce n était que pour avoir le plaisir de les guérir iuimème et afin de s'en faire des clients. Vous avouerez avec moi, messieurs, que si la
chose pouvait ■ exister îelle, ce serait,
pour un médecin, un moyen aussi sin
gulier que barbaie de se former une
clientelle, disait le gouverneur, tandis
que, tout en écoulant, les deux amis,
le regard tendu sur ie fou, pâlissaient
encore plus et ressentaient un affreux
ifiiritoo frisson leur parcourir tout le corps.
— Au nom du ciel! monsieur, et à prix d'or , ne pourrait-on mieux loger ce malheureux, et prendre plus de soin de lui? s'informa Anlonin douloureusement affecté, tandis que Montigny était livré à une profonde rêverie.
— La folie furieuse de cet homme s'oppose entièrement à l'accomplissement de
votre désir, monsieur; d'ailleurs ^ et d'après l'avis destiommes de l'art qui l'ont visité ce matin, ce malheureux n'a plus que peu de jours à vivre.
— Viens donc' elle t'attend! Vois comme elle est belle , comme ce bouquet virginal lui sied bien... Viens, hàte-toi, car il veut te la ravir ^ il me menace ^ il me montre i'échalaud '.. li ne l'aura pas, il ne l'aura pas... Cette fois, c'est au cœur que je le frapperai... Une l'aura pas! Viens, viens ! ainsi s'écriait le fou, ou pour mieux dire, Minard, en se démenant comme un furieux dans sa cage, dont il s'efforçait de briser les barreaux qu'il mordait avec rage.
— Eloignons-nous, messieurs, car notre
présence semble exciter la fureur de ce pauvre insensé, faisait entendre le gouverneur au même instant où Minard venait de quitter subitement la grille de son cabanon et de disparaître dans l'obscurité de cette affreuse demeure.
— De grâce, un instant encore , monsieur, car il nous importe de bien nous assurer de l'identité de ce fou avec le savant médecin que nous croyons reconnaître en lui de qui l'humanité sauva la vie de mon ami, que les assassins de la Cité avaient une nuit frappé de leur poignard, répondit Montigny qui, après avoir demandé et obtenu du gouverneur la permission de s'approcher davantage du cabanon et dans l'espoir défaire revenir le fou à 'la grille,
s'ingénia de prononcer à haute voix le nom de Denise.
— Denise ! Denise ! se mil alors à rugir Minard en venant se précipiter la tête la première sur la grille et se briser le crâne sur les barreaux, pour ensuite tomber à la renverse en poussant un alTreux hurlement auquel succéda le plus morne silence.
— Mort ! mort! sans doute ! s'écria Montigny effrayé, en courant jeter un regard dans le cabanon, mais pour y apercevoir Minard étendu et baigné dans son sang.
— Mort ! dit à son tour un des surveil-
lants, en sortant du cabanon où il vena;l d'entrer sur l'ordre du gouverneur.
— Que ce cadavre soit porté à I amphithéâtre, prononça iioidement le gouverneur.
- Monsieur, cet homme était en effet le docteur Minard, célèbre médecin, enfin celui dont le zèle,et l'humanité arrachèrent maintes fois à une mort certaine ceux qui tombaient sousle poignard devils assassins; moi-même, je lui suis redevable de la vie, c'est pourquoi^ aujourd'hui, je réclamerai la permission delui faire rendre, à mes frais, le dernier service que l'homme puisse recevoir de ses semblables, dit Antonin, à qui le gouverneur accorda aussitôt le droit
(le faire inhumer ledélunl comme il le jugerait convenable.
— Comment se fait-il, ajouta le gouverneur, qu'un homme de talent et qui a rendu autant <le services à l'humanité ait été réduit à venir mourir misérablement dans un hôpital? Je vous demanderai encore quelle faute a [)u le priver de sa liberté et lui mériter une captivité au fort l'Evèque, dont il n'est sorti que pour venir ici?
— Je ne saurais vous répondre, monsieur, car moi-mèmeje ne puis comprendre comment il se fait qu'un être inoffensif, ainsi que l'était le médecin Minard, comment un homme, que j'ai connu il y a peu de temps heureux et au-dessus du besoin, a
pli s'attirer la Sivérité dos lois et descendre aussi subitement à un pareil degré de misère et d'abjection, dit Antonin.
— Ah ! tu ne comprends pas? oh! je le conçois, pauvre innocent ! mais moi, j'ai tout deviné, tout compris, tait entendre Montigny, en s'adressant à Antonin, puis continuant : Mon cher gouverneur, dit-il, quelle innocence, quelle liberté et quelle fortune sont à l'abri de la puissance d'une lettre de cachet, par le bon temps qui court, surtout lorsque nos seigneurs de la cour ont sans cesse les poches pleines de ces foudres terribles? Vous êtes riche, paisible, rien de mieux, mais malheureusement vous êtes en sus possesseur d'une jolie femme ou d'une jolie fille ; un puissant et libertin
seigneur aperçoit l'une ou l'autre, devient amoureux de l'une ou de l'autre , vous n'êtes nullement d'avis, vous tendre mari ou bon père, de faire de votre femme ou de votre fille la maîtresse de ce galant, lequel trouvant votre morale parfaitement ridicule et en opposition avec ses volontés, s'empresse de tirer de sa poche une lettre de cachet , de la remettre à un exempt qui, sur cet ordre signé de Sa Majesté, vous fourre à la Bastille ou autre prison, ce qui permet alors au noble seigneur de vous enlever femme ou fille et de livrer votre maison à l'abandon et au pillage. Voiii en peu de mots, gouverneur, l'histoire du pauvre Minard.
— Cet homme était donc marié
ijr— Veuf, gouverneur; mais il possédait une fille charmante, et...
— El celte fille coupable, toute puissante à la cour, celle fille, qui d'un mot aurait pu rendre son père à la liberté, à la vie ? a eu l'infamie de l'oublier, s'écria Antonin avec force et dégoût.
— Malheur et honte à celte misérable ! dit le gouverneur indigné.
— El moi, je ne dis rien encore, préférant attendre et entendre avant de condamner et de lancer l'anathême, fil entendre à son tour Monligny .
Une heure après ce dernier entretien et
Antonin ayant donné ses ordres pour les obsèques de Minard , lesquelles devaient avoir lieu le lendemain, où il se proposait d'assister. Antonin donc, en compagnie de Montigny, prit congé du gouverneur et quitta Bicêtre.
— IN'as-tu rien à me dire, ami, et quelle pensée te préoccupe, que tu demeure ainsi silencieux? interrogea Antonin voyant Montigny garder le silence et enfoncé dans une profonde réflexion.
— Non, car ce soir nous ne pourrions nous entendre ni nous comprendre, mais demain, oh! demain, j'espère en avoir long, bien long à te conter; or. attends ami, attends !
plus la ^bouche, ce qui fut cause que la route s'acheva en silence, Antonin ayant pris le parti d'imiter son compagnon.
In prolecleur.
Le lendemain du jour témoin des derniers événements, Denise, toujours belle, quoiqu'une extrême pâleur couvrit son charmant visage , était seule, sur le midi, enfermée dans son petit oratoire, où, âge-
nouillée sur un prie-dieu devanl I image du Christ, elle priait avec ferveur et les yeux noyés de larmes ; oui , elle priait et du plus profond de son cœur pour son père d'abord, afin que le ciel lui pardonne les crimes dont il s'était rendu coupable et qu'il ne le châtiât pas trop rigoureusement; puis elle priait encore pour que Dieu la rappelât à lui afin de la soustraire à la honte, au mépris que lui imposait chaque jour, à chaque heure , le plus infâme et le plus odieux des maris. A ces prières venait quelquefois se mêler un nom cher à son cœur, celui d'Antonin ; Denise, alors, suppliait le ciel pour qu'il la rendit pure aux yeux de cet amant qui la croyait coupable, et dont le mépris était pour elle un horrible désespoir.
Tandis que des lèvres de la pauvre femme s'échappaient de pieuses et saintes paroles, tandis qu'elle élevait son cœur pur au ciel, le bruit et le cri de l'orgie retentissaient à ses oreilles, parce que, non loin d'elle, les vins les plus rares comme les plus exquis coulaient à grands flots , parce que Laridon traitait ce jour chez lui une bande d'amis, du moins gens se disant tels, et qu'à table, au milieu d'eux, il se livrait à une joie insouciante et immodérée.
— Je bois à toi, marquis d'Escoufle, criait Laridon dans l'ivresse, en élevant son verre d'une main tremblante et en s'adressant à un petit jeune homme placé à table et en face de lui.
— Et moi , à ta santé, superbe et puis-
sant Brizard, puis encore à la réussite de nos projets, s'empressa de répondre ledit marquis d'Escouffe.
— Quoi, marquis, tu as des projets et tu ne nous en a pas fait part, observe un des convives.
— Comment, vicomte, tu ignores que ce cher d'Escouffe ne vise rien moins qu'à échanger son marquisat contre un comté, et que le puissant Brizard le seconde de tout son pouvoir en cette circonstance? fait entendre un autre personnage.
— Excellent et infaillible protecteur que possède d'Escouffe dans notre très honoré
amphitryon, duquel le pouvoir est sans borne, ce dont il nous a cent fois donné la preuve.
— Eh ! messieurs i quelle puissance sur la terre oserait résister aux beaux yeux de la charmante Armide dont se sert ce cher industriel pour escamoter les grâces et laveurs qu'il nous vend au poids de l'or, observe en riant un petit marquis présent et buvant.
— 11 est certain qu'on ne peut rien refuser à la belle Brizard ; quant à moi , si javais une couronne et qu'elle la voulût, ce serait à ses genoux que je m'eslimerais honoré et heureux de la déposer.
— Ce cher de Valbranche est d'une galanterie outrée, dit le marquis d'Escouffe.
- Je dis ce que je pense, messieurs, car je ne trouve rien de plus beau ni de plus suave que la charmante femme de notre amphitryon.
— Cent fois trop belle pour un semblable faquin.
— C'est Vénus dans les bras de Vulcain.
— Dis plutôt, chevalier, la colombe dans les bras d'un vautour.
— Une nuit, une seule passée dans les brasd'une pareille femme, et je m estimerais
le plus fortuné des hommes, s'écrie avec enthousiasme un offlcier de chevaux-légers.
— C'est pourtant un bonheur dont jouit chaque nuit impunément et à notre barbe ce vilain décrassé.
— Allez , allez votre train , mes seigneurs; mais, tout en causant, gardezvous d'oublier de verser rasade, riposte Laridon en riant et renversé paresseusement sur son siège.
— Holà! ne faites pas aussi bonne bouche à ce maraud, messieurs, car ce bonheur que vous lui enviez , je tiens de lui, dans un moment d'ivresse, qu'il ne l'a jamais goûté, et que, jusqu'alors, le drôle n'a
été le mari de sa femme , que de nom seulement, dit d'Escouffe.
— Impossible ! impossible ! ou alors, le cher amphitryon n'aurait ni sang ni feu dans le corps.
— Voyons, homme très positif, rappelle un instant la raison à ton aide ; enfin, fais trêve à l'ivresse, s'il se peut, et avoue que, privé de sens, de cœur, n'ayant rien autre que l'intérêt qui bat chez toi, tu n'as jamais songé à profiter du trésor dont l'effet imbécile du hasard t'a fait l'heureux et indigne possesseur? interroge un des convives.
— A vous la déraison, à moi la prudence et le calcul ; à vous la mission d'escompter votre jeunesse et votre fortune,
mais à moi le grand art de résister à la tentation, celui de ne point sacrifier à un instant de volupté l'idole dont je suis possesseur et que chacun encense , l'idole dont les charmes et la pureté doublent cent fois le prix de sa personne ainsi que ma fortune, prononça lentement Laridon, tout en s'humectant à plusieurs reprises les lèvres d'un certain vin de Xérès dont il tenait un verre plein.
— J'espère^messieurs, que semblable réponse vous suffit pour bien connaître et apprécier l'homme etson infâme excuse?Âinsi, ce drôle convient à notre nez, à notre barbe, qu'aux dépens des gens de bien il exploite les charmes et la virginité de sa femme. Avouez donc avec moi, mes amis, qu'il se-
rait agréable de punir ce faquin, en lui ravissant l'intéressante et trop belle créature ^ dont il fait un aussi vil trafic des charmes et de la possession, dit le marquis d'Escouffe.
— En venant à bout de se faire aimer d'elle, en la ravissant à la domination de son maraud d'époux, observe un convive.
— Ma foi!... ce serait bonne justice, messieurs, que d'arracher à ce pourceau la perle précieuse qu'il traîne dans !a fange et dont il expose sans cesse !a pureté a devenir la proie de quelque goujat enrichi, fait entendre de Valbranche.
— Bien ! très bien ! mes bons amis, allez
votre train, gouailiez, insulliz tout à votre aise, jeunes imprudents ; oubliez que pour me venger et punir vos insolents sarcasmes, je tiens dans mes mains le fil de votre avenir, la boîte d'où s'échappent aujourd'hui ces titres, ces places, ces honneurs auxquels vous aspirez tous ; oubliez que de ma protection dépend votre sort et la réussite de vos ambitieux projets.
A ces mots, prononcés par Laridon et accompagnés d'un rire satanique, chaque convive s'apercevant qu'il s'était trop avancé, que l'amphitryon qu'ils insultaient n'était pas encore à bout de raison, baissa le nez et pinça les lèvres.
— A boire et souvent! amis, reprit Bri-
zard presque aussitôt avec gaité et insouciance, en présentant son verre vide au marquis d'Escouffe, qui s'empressa de lui verser rasade.
Tandis que les choses se passaient ainsi et que les verres s'entrechoquaient au bruit des cris des convives de son mari, Denise continuait de prier avec ferveur, lorsqu'un valet, le seul qui lui portâtquelquo intérêt parmi tous ceux qui étaient au service de la maison, pénétra en silence dans l'oratoire pour lui présenter une lettre à son adresse, qu'un étranger venait d'apporter avec recommandation expresse de ne la remettre qu'à elle seule et en particulier.
Le valet s'étan retiré, Denise s'occupa de briser avec insouciance le cachet de la-
dite lettre, pensant ne rencontrer dedans que des phrases galantes et banales, enfin une déclaration d'amour accompagnée d'offres brillantes, ainsi qu'elle en recevait chaque jour et à chaque heure, langage insultant, audacieux que ce croyait en droit d'adresser à la femme d'un Laridon chaque homme riche, puissant et amoureux , missives outrageantes pour sa vertu, pour sa fierté, et que Denise, après en avoir deviné le sens du premier coup-d'œil, s'empressait ordinairement de mettre en morceaux et de jeter loin d'elle avec indignation. Mais, cette fois, à peine la jeune femme eut-elle aperçu la signature placée au bas de ladite lettre, qu'un cri de surprise, presque de joie, s'échappa de son sein et qu'avec empressement elle se mit à lire.
— Oh ! oui , oui, j'irai à ce rendez-vous, car il m'écoutera, il me croira lui ^ il me justifiera aux yeux du cruel qui ose me croire coupable et devenue indigne de son estime ! s'écria Denise avec feu pour ensuite jeter un regard sur une pendule qui alors marquait deux heures après midi.
Trois heures encore d'attente avant de me rendre au lieu qu'il m'indique; ah ! quelles seront longues à s'écouler ! se mit à murmurer Denise en soupirant.
Déjà l'aiguille avait deux fois fait le tour du cadran, lorsque la jeune femme, occupée d'une sainte lecture, vit s'ouvrir brusquement la porte de son oratoire, seul lieu dans lequel son mari daignait ordinairement respecter sa solitude, et paraître ce dernier dans un état complet d'ivresse , le sourire
de la stupidité, et de l'abrutissement sur les lèvres.
— Ne... te dé... dérange pas, beauté fièreetcru... cruelle..; je te trouve infiniment volup... tueuse dans cette po...
pose enchanteresse et propice à l'a... l'amour, disait Laridon en s'approchant de Denise qui surprise, assise et penchée sur une chaise longue, s'était empressée de se lever à la vue de son mari, pour ensuite fixer cet homme avec frayeur et dégoût, puis l'interroger sur le but de sa visite.
— Ce que je veux ? un baiser, ma colombe, le premier que j'au... jaurai reçu dé toi ; puis, ce soir, que tu... tu me reçoive dans ta couche enchanteresse ainsi II. 19
que doit le faire une fem.... femme sou...
mise aux vo... lontés de son sei... seigneur et maître.
— Monsieur ! se mit alors à s'écrier Denise avec effroi et hors d'elle.
— Oui, oui ! je conçois la sur. . . surprise; mais c'est ainsi, car ils m'ont tous... tous fait honte, ils m'onl... ils m'ont ap... appelé sans... sans cœur, et je veux leur prouver que ma., ma femme est à moi... Ce coquin de d'Escoufte, il y... y aura de quoi le faire crever de... de rage, lui qui... est amoureux de toi en diable... Et de Valbranche donc, qui en.... en tient., oh! mais il en ti... tient... Allons, baise-moi, ma... ma mie, et qu'ils en crèvent tous de dé... dépit...
En disant ainsi, Laridon saisissait Denise par la taille ; Denise qui, pour échapper à un baiser empesté, «'empressa de s'arracher à l'étreinte amoureuse de Laridon pour courir, pâle et tremblante, se rélugier à 1 extrémité de l'oratoire.
— Eh bien ! des façons, de la pru... pruderie, chère beauté^ corbleu • il faut ce... céder, ou malheur alors ' reprend le mari en allant se jeter sur la chaise longue pour s'y étendre paresseusement. Allons, viens ici, viens, et que tes caresses soient le. .. le doux prélude du... du bon... bonheur que tu me réserves cette nuit... ah î ils sont tous amoureux de toi ! Ah! ils me raillent, les beaux muguets'... Bien! mes chers amis, à vous le dé... désir, les œillades, les sou . . . soupirs langoureux; mais à moi . . .
moi la possession et la... la réali... té... Viendras-tu, lorsque je t'appelle? ajouta Laridon d'unt voix de tonnerre en s'adressant à la craintive Denise qui, tremblante, se tenait tapisedans un coin et n'avait garde de se rendre à l'invilation. Un million et plus en caisse, la plus belle femme de France et de Navarre, une terre, un hùlel, des chevaux, tout cela à moi, bien à moi, à leurs... à leurs dépens, les niais, et ils me... méprisent, ils... m'ap... m'appellent manant.. Un titre, maintenant I je veux un titre, me fai.. laire marquis.., duc, oui... duc !... Parfait • partait ' ah! ah! ah! ah! ils en crèveront... en crèveront... de dépit...
Ces derniers mots à peine achevés, Laridon cédait au sommeil de l'ivresse, et
Denise, après avoir remercié le ciel par un doux regard adressé au Christ suspendu au-dessus de son prie-dieu, s'échappa vivement et en silence de son oratoire, pour peu d'instants après quitter l'hôtol et se diriger seule et à pied vers la Place-Koyale où, à peine arrivée, une main se plaça sur son bras pour arrêter sa marche précipitée.
— Denise ! fit alors entendre une voix.
— Vous, monsieur Montigny ? ah ! le ciel soit loué, car c'est lui qui vous envoie à mon secours, s'écria Denise après avoir reconnu le jeune homme.
— Ainsi, toujours bonne, contiante, v,ous
avez daigné venir à ce rendez-vous que vous demandait ma lettre de tantôt?
— Avec empressement, monsieur, enfln comme le doit faire l'opprimé lorsqu'un protecteur l'appelle.
— Denise, nous avons beaucoup à nous dire, veuillez donc me suivre dans certaine demeure située non loin d'ici, où ii nous sera permis de causer en sûreté et tout à notre aise?
— Conduisez-moi , monsieur , je vous suivrai sans aucune crainte.
Et sur cette réponse , Montigny prit le bras de la jeune femme, qu'il
conduisit d'un pas rapide et en silence jusqu'au boulevart du Temple, où il l'introduisit dans la maison et dans la chambre de Manette , chambre dont il avait la clé sur lui après l'avoir reçue de îa danseuse qui, pour cette entrevue, lui avait prêté su demeure en toute conflance. Bientôt assis, près l'un de l'autre, Montigny voyant Denise en larmes, commença ainsi :
— Denise, pourquoi ces pleurs?
— Je suis si malheureuse ! répondit celle dernière.
— Oh! je lésais; votre mari est un infâme , et vous la plus vertueuse des femmes.
— Quoi ! monsieur, ainsi que tanl d'autres vous ne croyez pas ia pauvre Denise une femme perdue , immorale et sans pudeur, la maîtresse du roi, enfin, après avoir été celle de tous les hommes de la cour?
— Non, Denise; car je le répète, je crois fermement que vous n'avez jamais failli à la vertu et que vous êtes digne en tout de l'adoration d'un homme de bien.
— Oh • vous avez raison, monsieur; Denise, la pauvre Denise tant méprisée, est encore digne de toute votre estime, car son honneur est intact, et son cœur, sa personne aussi purs que le jour où vous vous
séparâtes d'elle pour ne plus la revoir qu'aujourd'hui.
— Hélas ■ pourquoi alors, pauvre femme, avoir accepté le rôle déshonorant que vous a imposé un indigne époux ? pourquoi toute votre volonté, votre courage ne se sont-ils pas opposés à cet outrage, en demandant secours et protection à vos amis... Denise, vous gardez le silence, vous craignez de m'instruire et de m'ouvrir votre cœur?..
— Ah- ne m'interrogez pas, monsieur; qu'il vous suffise de savoir qu'une horrible fatalité, en m'arrachant malgré moi au bonheur, à mes plus chères espérances, m'a faite l'esclave asservie de celui (jii'il
m'a fallu accepter pour mari, de l'homme implacable, dont la volonté de fer ordonne, menace et tue si je n'obéis, répond la jeune femme avec force et désespoir.
— Denisejevous ai entendue dire, jadis, que la mort vous serait préférable au déshonneur; et cependant, lorsque ce dernier a atteint votre réputation, vous n'avez point su mourir, dit Montigny en fixant attentivement la jeune femme.
Mourir' oh oui I tel fut mon vœu le plus ardent , celui que je forme encore chaque jour; mais ce bienfait ne m'est point encore permis.
— Car il vous faut vivre pour que votre
père vive, n'est-ce pas, pauvre femme?
pour que le déshonneur du médecin Minard ne s'accomplisse pas, enfin, pour soustraire l'auteur de vos jours à une mort ignomineuse, à l'échafaud?...
En écoutant ces derniers mots, Denise poussa un cri affreux et faillit perdre connaissance dans les bras de Montigny, qui s'empressa de la secourir et de la rappeler à la vie.
— Calmez cet effroi , chassez toutes craintes de votre ame , chère Denise ! car moi seul et votre odieux mari connaissons cet horrible mystère, ce secret affreux devant lequel vous courbez la tête, et duquel vous payez le silence du plus pénible et du plus douloureux asservissement. Ah! parlez-moi sans feinte et sans trembler ,
car je suis le libérateur que le ciel vous envoie, celui qu'il a choisi pour vous rendre honneur et liberté, pour châtier l'infâme qui a été assez barbare pour vous arracher sans pitié à vos amours , à une union fortunée et désirée de votre cœur.
— Mon Dieu! mon Dieu! vous menacez, vous parlez de châtiment! Au nom du ciel, gardez-vous, monsieur, d'irriter mon époux, de m'attirer encore plus de haine et de malheur de sa part ; songez bien que ce misérable est capable de tout; enfin, que de sa volonté dépendent la vie ou la mort de mon père ! s'écrie Denise alarmée et suppliante.
— Ainsi, sous l'empire de cette crainte.
vous consentez, madame, à rester éternellement la victime de Brizard , à continuer d'obéir à ses volontés déshonorantes et à ses caprices infâmes?
— Oui, tant que mon père existera; pour \n. pour le sauver ! murmura Denise en soupirant. ,
— Pauvre femme, armez vous donc de tout votre courage, et apprenez enfin que cette tâche cruelle et sublime que vous vous êtes imposée est terminée, car votre père n'existe plus.
— Mon père est mort ' ô ciel ' malheur ! malheur ! s'écria Denise à cette nouvelle,
pour ensuite tomber à genoux et perdre tous sentiments.
~- Oh! je te rendrai à l'honneur, au bonheur , pauvre femme • je le jure en ce moment , à Dieu , à Dieu qui , prenant pitié de toi , me secondera dans cette sainte tâche, murmura alors Montigny en semparant de Denise pour aller la déposer sur un lit et ensuite courir appeler du secours.
Enquête el duel.
>.')■ / Le lendemain de son entrevue avec Denise, Montigny se présentait à Versailles où 1 appelait une audience particulière du roi, faveur réclamée par lui et que le monarque bienveillant s'empressait de lui accorder.
— Vous à Versailles, mon brave ; y venez-vous entendre les reproches que méritent de ma part votre désertion et votre peu de dévouement à ma personne, ce que m'a prouvé votre retraite précipitée, lorsque c'était avec satisfaction que je vous comptais parmi le nombre de mes fidèles mousquetaires? fit entendre le roi en voyant paraître le jeune homme.
— Sire, mon sang et ma vie à votre service, au moindre mot de Votre Majesté; quant à ma retraite, veuillez me la pardonner et ne vous en prendre qu'à mon mince patrimoine, qui ne m'a pas permis de soutenir plus longtemps les charges que m'imposait le noble corps où votre bienveillance avait daigné me placer ..
— Vous n'avez donc pas de fortune, Monligny?...
— Fort peu, Sire, mais suffisamment pour aller vivre ignoré dans ma province.
— A votre âge ? dit le Roi surpris.
— Sire, contre mes goûts ; mais nécessité fait loi.
— C'est juste. Ah ça, que venez-vous me demander ?
— En quoi , Sire, j'ai pu m'attirer votre
disgrâce et vos rigueurs; enfin, ce que
personne jusqu'alors n'a pu m'apprendre, II. âo
et ce qui m'a décidé à venir m'en informer auprès de Votre Majesté.
— Ma disgrâce , mes rigueurs ! mais il n'a jamais tlé question de tout cela de ma part envers vous que j'estime et dont je n'ai toujours eu qu'à me louer.
— Alors, Sire, veuillez donc me faire connaître ce qui m'a valu les huit mois de prison que je viens de faire à la Bastille, où l'on m'a écroué de par votre ordre et votre volonté suprême.
— Corbleu ' croyez bien, jeune homme, que jamais ma volonté n'a été telle, s'écrie Louis XV, impatient; puis, reprenant : Je vois, dit-il, mon brave ami, que vous avez
été la victime de quelque peiite vengeance de coterie de la part de ces hommes qui ne rougissent pas d'abuser de mon nom et de l'autorité que la nécessité me force de placer dans leurs mains, pour la faire tourner à leurprofltet tourmenter mon pauvre peuple qui certes ne manque jamais de s'en prendre à moi des abus qu'on exerce injustement à son égard; mais tranquillisez-vous, mon cher Montigny, car vous n'avez rien perdu de mes affections, et jaloux de réparer, autant que possible, le mal que des méchants vous ont fait eu mon nom , vous n'avez qu'à choisir et à demander tel emploi, telle place qu'il vous plaira d'occuper pour l'obtenir à l'instant même de notre royale personne.
— Ah ! Sire , que de bonté, s'écrie Mon-
ligny en tombant aux genoux du Roi.
— Relevez-vous, mon ami. et parlez sans crainte.
— Sire , il y a en moi un but , une idée fixe, enfin un impatient désir de connaitre la main d'où est parti l'ordre de mon arrestation.
— Sans doute pour vous donner le plaisir d'une petite vengeance? Croyez-moi, jeune homme , il est beau de pardonner et prudent de ne point irriter un ennemi puissant ainsi que le doit être celui qui vous a joué ce vilain tour.
— Sire , votre justice n'est-elle pas là pour me protéger ?
— D'accord, mais ils ont le bras long et la bouche muette quand ils le veulent , et quoique je sois le maître, on ne me dit pas tout ce qui se fait ni tout ce qui arrive.
— Sire, je vous le répète, je tiens infiniment à connaître celui qui m'a privé de ma liberté, non pour me venger de lui, mais pour apprendre de sa bouche la faute qui m'a attiré une aussi sévère punition que celle qu'on m'a fait endurer.
— Soupçonnez-vous quelqu'un? Ne pouvez-vous m'éclairer?
— Sire , je ne puis vous signaler que le comte d'Argenson, de qui j'ai déjoué certain soir les intentions galantes, en proté-
une jeune et vertueuse fille contre ses entreprises amoureuses , et c'est le même soir que j'ai été arrêté en rentrant chez moi.
— Justement, d'Argenson, mandé par moi , est en ce moment à Versailles ; allez le trouver de ma part et sommez-le, en mon nom, de vous exposer les griefs qui vous ont attiré sa sévérité. S'il se refuse à vous satisfaire, venez aussitôt m'en instruire... Quant à votre fortune, reposezvous sur moi du soin de l'améliorer. Allez, mon jeune ami, allez.
Montigny, sur ces paroles, prit congé du Roi, puis, hardi et joyeux , s'en fut à la recherche du comte d'Argenson qu'il rencontra à la chancellerie, et à qui, il demanda
au nom du Koi, un instant d'entretien particulier que ie ministre s'empressa de lui accorder de la façon la plus gracieuse.
—Monseigneur, ce n'est pasassez que Sa Majesté m'ait autorisé à venir vous adresser une simple question qu'elle n'a pu résoudre, il me faut encore une permission que je réclame de votre bienveillance , dit le jeune homme se voyant seul avec le ministre.
— Parlez, mon cher Montigny, je vous permets et je vous écoute.
— Monseigneur, je vous dirai donc que je désire apprendre, de votre bouche, en quoi j'ai pu démériter de vos bonnes grâces
géant et quelle faute m'a valu de votre pari une détention de huit mois à la Bastille.
— Huit mois de Bastille, mais c'est affreux! Croyez, mon cher Montigny, que ce n'e.-t point à moi que vous êtes redevable de cette longue et pénible captivité; que loin d'avoir démérité dans mon estime, ainsi qu'il vous plaît de le dire, jamais, au contraire, je n'ai cessé de ressentir en votre faveur une amitié profonde et sincère.
— Même en dépit de certaine petite discussion qui s'éleva entre nous un soir dans la demeure du docteur Minard ?
— Ah 1 ah 1 je me rappelle • à l'occasion
de la jolie Denise, dont vous \ous lites , en cette circonstance, le chevalier et le défenseur, dit en riant d'Argenson.
C'est cela même , monseigneur.
— Non, mon jeune ami, car votre conduite alors fut celle d'un honnête homme, et loin de vous attirer ma colère , elle ne fit que doubler l'estime que je vous ai toujours portée; cependant, rencontrant en vous un obstacle à mes entreprises amoureuses, j'avouerai, avec iranchise. qu'un instant vous éveillâtes mon courroux , mais cet injuste sentiment tarda peu à s'appaiserpour faire place aussitôt à une meilleure disposition.
— El cependant, monseigneur ^ le soir même je (us arrêté, emprisonné , de quelle part : je ne sus jamais rien.
— Moi je le devine, et je vous nommerai, comme étant votre persécuteur e'. l'unique auteur de votre captivité, le nomme Brizard Laridon, un misérable dont vous et moi avons été les victimes et les dupes, un drôle enfin qui, aujourd'hui, grâce à son audace, à son intrigue, plus encore à la beauté de sa femme, jouit à la cour d'un crédit illimité.
— Grand merci, monseigneur, de ce renseignement. Mais un mot encore... Que pensez-vous de la femme de cet homme et quel cas faites-vous de sa vertu ?
— ô'ia —
— Je la plains d'appartenir à un pareil manant; je l'admire et la déclare la plus honnête comme la plus vertueuse femme du monde.
— Je pense absolument comme vous, monseigneur ; oui , Denise est un ange dans les griffes d'un démon, et je me suis imposé la tâche de l'en arracher.
— Noble pensée, mon cher Montigny, mais rappelez-vous que le démon est bien fin et que vous avez affaire à forte partie, répliqua le ministre de qui, après un quart d'heureencored'uneconversation amicale, Montigny prit congé pour se diriger aussitôt vers la rue des Trois-Pavillons, où il pénétra dans l'hôtel de Brizard.
— Holà ! valet, ton maître est-il au logis ? s'informa le jeune homme au premier do mcstique qu'il aperçut dans la cour.
— Non, monsieur Montigny, mon maître n'est pas chez lui en ce moment.
— Tu sais mon nom? tu me connais?...
En effet, je le remets, tu es Laramé, mon ancien valet de chambre.
— Moi-même, qui ai eu cet honneur, répond le valet en souriant et saluant.
— Et tu es aujourd'hui au service du sieur Brizard!
— F'aute de mieux pour le moment , monseigneur; mais s'il vous plaisait de me réintégrer auprès de votre honorable personne, dans mes anciennes fonctions, parlez, je suis tout à votre service.
— Je ne dis pas non ; mais un peu plus tard, mon garçon, car en ce moment, ma fortune délabrée m'impose inhumainement le soin de me servir moi-même...
Ah ' ça, tu dis donc que ton maître est absent?
— Oui, monseigneur.
— Quand doit-il rentrer?
— Nous l'ignorons, monseigneur, car
vous saurez que le cher homme est en ce moment à la recherche de sa femme qui s'est enfuie de chez lui dans la journée d'hier.
— Ah! ah! et que pense Laridon de cette disparition ?
— Il jure, tempête , il est d'une colère épouvantable ; quant à nous autres valets, qui depuis longtemps aimons et plaignons la pauvre femme , nous formons tout bas des vœux pour qu'elle échappe à la tyrannie de ce méchant mari et pour qu'il ne puisse la retrouver.
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— Laramé, tes dispositions me plaisent, fais en sorte que je me rencontre avec
Brizard et il sera possible que ton vœu, ainsi que celui de tes camarades s'accomplissent promptement.
— Ma foi, monseigneur, malgré tout le désir que j'éprouve de le voir se réaliser, je ne puis vous préciser au juste que la demeure de sa maîtresse, où vous puissiez rencontrer celui que vous cherchez.
— Sa maîtresse • mais n'est-ce point une nommée Estelle, une ex-danseuse du boulevart?
— Juste, monseigneur, dont la demeure est située Vieille-Rue du-Temple, non loin
d'ici. Quelques mots encore au valet et Montigny quitta l'hôtel de Brizard, pour diriger ses pas du côlé de la Vieille-Ruedu-Temple, en murmurant tout bas et avec animation.
— Oh • je la retrouverai, je la retrouverai, et alors malheur au taquin !
Une maison de fort belle apparence, dans laquelle pénétra notre ex-mousquetaire, où, après avoir demandé la faveur de parler à la maîtresse du lieu^ il fut introduit par un petit jockey et d'une façon assez mystérieuse, dans une chambre élégamment meublée, dans laquelle le laissa ce dernier pour aller l'annoncer à Estelle, qui, au nom de Montigny, son
ancien amant, donna aussitôt au jockey l'ordre ^e l'introduire auprès d'eile.
Montigny, conduit par le petit valet au charmant et coquet boudoir d'Estelle, y aperçut aussitôt la jolie femme couchée paresseusement sur une ottomane de satin, et vêtue de la façon la plus gracieuse comme la plus élégante. Estelle, en voyant paraître Alontigny, l'accueillit avec le plus aimable sourire en lui présentant sa jolie main à presser en signe d'amitié.
— Enfin , vous voici donc , méchant ^ d'où venez-vous, depuis un siècle que vous m'avez abandonnée sans daigner m'en prévenir.^ interrogea Estelle en faisant un si- II 21
gne au jeun«' homme de venir s'asseoir près d'elle, après avoir vu s'éloigner son jockey.
— D'où je viens , ma toute belle ? De la Bastille, où m'a fait enfermer un misérable, sans seulement me donner le temps de faire mes adieux à mes amis.
^"'^ A la Bastille! ô ciel ! Et qu'aviez-vous fait, hélas' pour encourir cette punition ?
— J'avais pris le parti d'une jeune et vertueuse fille contre des libertins qui voulaient attenter à son honneur.
— Rien que cela! pauvre ami? reprit
l'ex-danseuse , d'un ton plaintif, en jetant son bras autour du cou de Montigny pour l'attirer à elle et lui donner un baiser que le jeune homme ne daigna pas lui rendre.
— A ce qu'il parait, ma toute belle, vous avez mis mon absence à profit, et la fortune vous est devenue favorable, à en juger par le luxe de votre demeure ?
— Oui, mon chéri; grâce au ciel, j'ai su faire la conquête d'un seigneur riche et généreux qui me comble d'or et d'amour, mais dont l'humeur brutal me contraint de marcher droit et à sa guise.
Serait-il jaloux ?
— Pas positivement; cependant, si le malheurvoulàit qu'il rencontrâtun homme chez moi , je pense qu'il ne se ferait aucun scrupule de le jeter par la fenêtre.
— Diable ' tel est donc le sort qui nie serait réservé, si ce redoutable adorateur me surprenait ici et à vos côtés.
— Cher ami, je vous sais trop brave pour croire que vous enduriez un semblable traitement; en tout cas, vous n'avez rien à redouter en ce moment, et sans aucune crainte, nous pouvons nous livrer au plaisir que nous inspire notre réunion , car mon enlreteneur, tout entier à la recherche de sa femme qui s'est enfuie de chez
lui, ne pense nullement aujourd'hui à venir troubler notre heureux lête-à-tèle.
— Et sans doute que cette femme l'aura quitté pour suivre un amant? interroge Montigny.
— Non pas, mais pour se réfugier dans un couvent d'où, lui a-t-elle écrit, elle est décidée à attendre que les lois aient prononcé, entre elle et lui, une séparation de corps.
— Peste ! et que pense cet homme d'une semblable décision?
— Elle l'exaspère; mais ce qui l'a mis
plus en fureur, a été d'apprendre la mort du père de sa femme, un vieux médecin qu'il estimait fort, à en juger par le regret qu'il éprouve de sa perte.
— Perdre à la fois une femme et un ami qu'on aime , je conçois que la chose est cruelle.
— Oh ! ce n'est pas qu'il soit fort amoureux de sa moitié, mais ce qu'il regrette le plus, sont les immenses avantages qu'il retirait des charmes de cette femme, qui n'est autre que la belle Denise, dont vous devez avoir entendu parler à la cour comme à la ville.
En eiïet, je la connais quelque peu.
Monligny veiiail de prononcer ces derniers mois, lorsque le petit jockey se précipita tout effaré dans le boudoir, pour prévenir EsteUe que Monsieur venait d'arriver et qu'il était sur ses talons. A cette nouvelle , Estelle pâlit . se lève, et tremblante supplie Montigny de se cacher au plus vite, mais le jeune homme de lui répondre par un grand éclat de rire en portant la main sur la garde de son épée.
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L'ex-danseuse, plus pâle que la mort, se disposait à renouveler sa prière lorsque Brizard, le chapeau mis de travers, le sourcil froncé , le visage renversé , furieux , se présenta sur le seuil de la porte pour toiser Montigny de la tête aux pieds d'un regard insolent.
— Eh bien ! ne me reconnais-tu pas , manant? fit entendre Monligny efi s'avançant bravement sur Laridon.
— Oui, je vous remets maintenant; mais cela ne m'explique pas ce que vous venez taire ici, répond Brizard.j
— Je suis venu pour t'y chercher et te demander raison des huit mois de Bastille que tu m'as fait faire, maître fourbe; enfin, j'y suis venu pour te cracher à la face et te tuer comme un chien, service que je veux rendre à la sociéti' en la débarrassant d'un misérable de ton espèce, qui...
— Halte-là ! jeune homme, car veus ve-
— Signez de m'en dire cent tois plus qu'il n'en faut pour mériter l'honneur de vous mesurer avec moi; mais avant de dégainer, savez-vous que quiconque ose s'en prendre à moi est mort et enterré ?
— Je sais que tu es un bretteur, un misérable, un être infâme, digne tout au plus de mourir sous le bâton d'un honnête homme ; mais, comme j ai juré que tu n'en échapperais pas, je consens à souiller mon épée de ton sang, quitte de la briser après.
— Ah ! ah ! En garde donc, insolent muguet! s'écria Laridon furieux, en tirant son épée.
— Est-ce donc ici que tu veux le battre.
chevalier d'industrie- demanda AJonligny.
— Certes, et pour en terminer plus \îte, répondit Brizard.
— Allons donc, s'écria alors Montigny en croisant son téi contre celui de son adversaire.
Alors, et malgré les prières d'Estelle, un combat acharné s'engagea à l'inslant même. Laridon et Montigny, guidés par la fureur, se menaçant du regard et du fer, se poussaient, s'escrimaient l'un et l'autre avec adresse et vigueur, tandis que les cris de l'ex-danseuse , en jetant l'alarme dans toute la maison, faisaient accourir les voisins pour être témoins de la chute de Montigny,
à qui Laridon venait de passer son épée au travers du corps.
— Mort! nnort! s'écrièrent alors les personnes présentes en se penchant sur le
jeune honnme, lequel^ étendu sur le parquet , ne donnait plus signe de vie et perdait son sang à longs flots.
— Vite, un chirurgien ! s'écria une voix à laquelle Laridon , en s'éloignant, répondit par un grand éclat de rire.
liberté.
Antonin deCourvale, depuis huit jours, n'ayant pas revu ni entendu parler de Montigny et fort inquiet de cette nouvelle disparition, craignant qu'il ne fût arrivé quelque fâcheuse aventure à son ami, Anto-
nin donc s était empressé de se mettre à la recherche du jeune homme, lorsque, ivant d'avoir rien encore appris sur le sort de cet ami, il reçut une lettre d'Auxerre, dans laquelle on lui annonçait que sa mère était dangereusement malade etqu'il eût à se rendre au plus tôt auprès d'elle s'il voulait la retrouver encore vivante et recevoir sa bénédiction; nouvelle qui vint le glacer de douleur, de crainte et lui faire oublier Montigny et pour prendre aussitôt la poste après avoir à la hâte fait ses adieux aux époux Gobinac qu'il laissait en assez mauvais accord.
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Or, il y avait donc à |>eu près trois semaines que le jeuile baron de Courvale avait quitté le toit de ses hôtes, lorsqu'un matin et en l'absence de Gobinac, on vint
annoncer i\ I épouse de ce dernier que le marquis de Lireuil sollicitait l'honneur de lui présenter ses respects et de lui faire sa cour respectueuse. Surprise autant qu'enchantée de cette visite inattendue, l'excoratesse de Ricmann s'empressa de se placer à sa toilette , afin de réparer au plus vite le désordre de sa coiffure, pour ensuite donner ordre à ses gens d'introduire le noble visiteur dans lequel elle vit paraître un homme bien fait, élégant, aux manières nobles et distinguées, lequel s'empressa de la saluer humblement le sourire sur les lèvres.
— Mille et un pardons, adorable dame ; Céleste créature , si, sans avoir l'honneur d'être connu de vous, je prends l'excessive
liberté de venir déposer mes tiommages à vos pieds.
— Ya, ya, che gombrendre fort bien ; vous havre entendu barler de moi et vous venez me féliciter; pon! pon!
— Oui, adorable dame, c'est à la cour, dans les cercles les plus brillants qu'en effet j'ai entendu chaque bouche faire votre éloge, vanter vos charmes^ vos vertus, et parler de vos malheurs domestiques, ce qui m'a décidé, moi, marquis de Lireuil, à venir vous offrir mes consolations, fit entendre le marquis en prenant délicalement et familièrement la main de la dame pour la porter à ses lèvres et y déposer un baiser.
— Ya, vous havre beaucoup de galanterie et che havre, moi, infiniment de blaisir à faire votre connaissance. A bropos, de quels malheurs domestiques vous havre blaint moi, marquis de Lireuil ? interrogea l'allemande, d'un pelit air sentimental.
— Eh ! ne sait-on pas en tout lieu qu'un époux dont vous avez fait le sort et la fortune, vous récompense par l'ingratitude, l'abandon et la perfidie.
— Ya, ya, cette betite Gobinac havre bas ditout de reconnaissance.
— Hélas! que ne m'a-t-il été permis
de vous connaître plus tôt, d'admirer vos II. 22
charmes, vos grâces, vos vertus et votre esprit ! Combien , alors , il m'eût été
doux et précieux, ô femme admirable,
séduisante , divine l de déposer à vos
pieds mon cœur, ma main, mon rang
et ma fortune, s'écriait le marquis avec feu
et presqu'agenouillé devant la grosse
femme qui , émue , tremblante de joie et
plus rouge qu'un homard, souriait au sé-
séducteur auquel elle abandonnait sa
main..
— Ya, ya, tout cela havre été peaucoup d'honneur bour moi^ mais il est trop tard , hélas! se mit à soupirer la dame.
'—Ah! si prenant mes regrets et ma douleur en pitié, vous daigniez, au moins,
m'accorder dans votre cœur cette place que j'ambitionne avec transport , reprit le marquis d'un accent passionné.
— Ya, ya ; mais ma betite mari ?
— Votre mari ! un infâme ! un perfide indigne de vous! un homme qui, se jouant de votre tendresse , de votre confiance, vous trompe indignement! un misérable qui prodigue à une autre femme votre or et les caresses qu'il vous dérobe ! ah ! fi !
— Blait-il ? mon betite mari infidèle ! s'écrie la dame , devenant encore plus rouge et de qui le regard venait subitement de s'animer de l'expression de la colère.
— Oui , charmante créature , votre époux est un volage , un monstre qui vous trompe el entretient une danseuse dont il esl amoureux fou, auprès de laquelle il passe tout le temps qu'il vous dérobe.
— Bas possible ! bas possible ' de s'écrier l'allemande, en proie à une vive agitation, et en se levant brusquement pour parcourir la chambre à grands pas.
— Eh bien , je m'engage à vous faire surprendre, aujourd'hui même, le perfide dans les bras de sa maîtresse, mais à la condition, ô mon adorable amie ! que vous daignerez déverser sur moi un peu de cet
amour que j'envie , duquel votre infidèle s'est rendu indigne.
— \a , ya ; mais faites voir tout de suite, afin d'arracher les yeux à cette belite scélérate.
— Suivez-moi donc, madame !
Là-dessus, la dame, presque folle, et sans prendre le temps de couvrir sa tête ni ses épaules, courut s'élancer dans le carrosse du marquis de Lireuil et, assise à côté de ce dernier, elle se laissa entraîner vers le boulevart du Temple où les chevaux furent s'arrêter à la porte de Manette, la danseuse.
Ayant sauté le premier en bas du carrosse , le marquis s'empressa d'aider la grosse femme à s'arracher de la boîte roulante pour ensuite pénétrer avec elle dans la demeure de la danseuse, gravir la montée et s'introduire vivement dans le petit appartement dont une servante venait de leur ouvrir la porte.
Le perfide marquis, instruit et guidé, sans doute , par un mauvais génie , avait ma foi bien choisi son temps , car, au moment même où l'allemande pénétrait dans la chambre à coucher de la danseuse, Gobinac était amoureusement dans le lit et dans les bras de sa maîtresse.
Surpris en flagrant délit, médusé par
l'apparilion de sa (emme, rinlorluné mari n'eut que la force de s'enfoncer au fond du lit où il tarda peu à ressentir les terribles effets du courroux conjugal, par les coups de bâton , qui tombaient sur lui comme la grêle, malgré les cris et les efforts de Manette qui, pour échapper à sa part de correction , s'était empressée de sauter en bas du lit , et en chemise , luttait de tous ses efforts contre la femme de son amant.
Mais, durant cette scène, où donc était le marquis dénonciateur^ Dans son carrosse, où il avait été se réfugier aussitôt après avoir introduit l'allemande chez sa rivale, et en train de rouler, tout en riant seul et aux éclats.
Lasse de frapper, madame Gobinac donna enfin le temps à son mari, moulu, rompu, contusionné , de sortir de sa cachette, d'où elle menaçait de l'arracher.
Quant à la danseuse , voyant la femme légitime et offensée se disposer à tourner son courroux contre elle , elle avait jugé plus convenable de gagner la porte et de disparaître, laissant les deux époux maîtres des lieux et libre de s'arranger comme bon leur semblerait.
Ce fut donc au bruit des injures et des menaces dont sa femme l'accablait que le pauvre Gobinac , honteux et penaud , termina sa toilette pour ensuite suivre la
dame , la bouche muetle et l'oreille basse.
Ne retrouvant plus le carrosse du marquis, ce fut dans une voiture de place que l'allemande se réfugia, pour regagner sa demeure, après y avoir fait monterson mari le premier.
De retour au logis, grande et violente scène, pleurs, désespoir de la part de l'épouse, enfin rupture complète. Huit jours après ces derniers événements, Gobinac n'habitait plus avec sa femme et plaidait contre elle en séparation de corps; deux jours encore et un des valets de l'ex-comtesse, dévoué à Gobinac, lequel lui servait d'espion , venait le trouver en cachette
pour lui apprendre qu'un espèce de marquis de Lireuil, après l'avoir trahi auprès de sa femme, venait encore chaque jour en conter à la dame avec laquelle il paraissait au mieux.
— Sandis ! sérais-je cocu ? s'était écrié Gobinac à cette nouvelle ; au surplus . je m'en fiche ; mais, ce qui m'occupe lé plus est dé connaître ce marquis, et de lui faire payer sa perfidie.
En réponse à ces mots,, le valet lui fit observer que cet homme, venant tous les soirs faire sa cour à sa dame, il lui serait facile, après s'être introduit nuitamment dans l'hôlel, de surprendre ledit marquis , et
d'une pièce voisine , entendre sa conversation avec l'ex-comtesse.
Cette proposition acceptée, Gobinac , le soir du même jour et aidé par le valet, pénétra dans la demeure conjugale, où il fut se cacher dans un petit cabinet de toilette, situé derrière l'alcôve de la chambre k coucher, pièce dans laquelle sa femme avait coutume de donner audience au marquis.
Quelques minutes d'attente, et Gobinac , qui jusqu'alors n'avait fait que d'entendre sa légitime soupirer et murmurer, dans l'attente du marquis, tarda peu, au travers d'un petit vitrage masqué par un rideau de claire mousseline, à voir arriver le marquis dans qui, avec autant de surprise que de colère, il reconnut Brizard
Laridon, lequel, empressé et galant, s'en
vint en souriant de l'air le plus aimable, baiser la main de lagrosse allemande, puis
s'asseoir près d'elle pour entourer sa taille
d'un bras amoureux.
— Eh bien , beauté rare , comment avons-nous passé cette journée? Quant à moi, dans l'attente de me réunir à vous, elle m'a parue longue d'un siècle.
— Moi aussi, che havre, ma chère, trouvé le temps peaucoup longue.
— Ah ! que ce soir vous êtes encore plus admirable ; que ces yeux sont beaux et lutins d'expression, quelle bouche! quel teint ' quelle taille divine ! d'honneur, ma toute adorable, vous êtes le type du beau
et du gracieux . En disant ainsi, d'un ton passionné, Laridon pressait la dame sur son cœur.
— Che admire votre galanterie, marquis, che havre pien envie de vous aimer; mais hélas ! vous êtes beut-être aussi une betite volage comme mon gredin de betite mari ?
— Ah ! qu'osez-vous dire, ma divine, moi infidèle, oh ! jamais ! A propos, avezvous parlé aujourd'hui à votre notaire, concernant les fonds qu'il doit vous compter et que vous devez lancer dans la grande entreprise dont je vous ai parlé? s'informe Brizard.
— Ya, ya, il remboursera à moi cent mille livres.
— Que je viendrai prendre pour en faire aussitôt emploi, ma toute délicieuse reine de mon cœur et de ma pensée !
— Allons, finissez, betite badine, dit la dame en s'opposant très faiblement aux galants larcins que se permettait Brizard.
— Finir ! finir ! lorsque ma passion est extrême, lorsque je meurs d'amour et de désirs? Impossible, beauté sévère! ah' sois moins cruelle et plus sensible à ma flamme, daigne céder à mes transports brûlants' Tout en disant ainsi, Laridon allait un train de poste, et la grosse femme aux
abois, de qui le séducteur culbutait l'indécision était prête à succomber, lorsque, après avoir ouvert brusquement la porte du cabinet, Gobinac furieux s'élança sur Brizard, Tépée à la main.
— Ma betile mari l s'écria alors l'Allemande efirayée.
— Holà ! lami, à bas ce fer avec lequel tu pourrais te blesser, dit Brizard d'un air plaisant et sardonique en retenant le bras de Gobinac.
— Canaille ! Brigand ! il faut que je té
tue, que tu mé paies aujourd'hui tout les mauvais traits que tu m'as faits ! que je venge Minard, Denise, l'ami dé Courvale, enfin tous ceux dont tu as fait lé malheur.
Tandis que Gobinac disait ainsi en luttant contre Laridon , sa femme agitait toutes les sonnettes afin d'attirer ses gens.
— Ainsi, pauvre innocent, tu tiens absolument à te battre avec moi !
Oui, sandis!
Alors, recommande ton âme à Dieu
ou au Diable, dit Brizard en lâchant Gobinac pour tirer son épée et se mettre en garde.
Ce fut alors que notre gascon, à qui la fureur donnait force et courage en cet instant, sans plus attendre, par un coup furieux, enfonça son épée jusqu'à la garde dans la poitrine de Brizard qui poussa un cri et tomba à la renverse. Gobinac se disposait à recommencer lorsque les valets, accourus en foule, retinrent son bras vainqueur.
— Sandis! cadédis! laissez-moi, mes
amis, achever cette canaille maudite ! cela II 23
dans l'intérêt de la société, s'écriait Gobinac en se débattant, tandis que sa grosse moitié perdait connaissance.
— Inutile, car cet homme rend le dernier soupir, dit un valet.
— Capédious ! je l'ai tué , dis-tu, Bastien? interrogea avec effroi Gobinac, en se baissant à son tour sur Laridon. (U'jjj.
— Tué sans miséiicorde, répondirent les valets.
— Alors, au révoir, mes. amis, je mé
sauve
Cela dit, le gascon prit ses jambes à son cou et disparut.
CttUclusioB.
Huit jours après la mort de Laridon, un jeune homme d'une pâleur extrême descendait d'un carrosse public rue de la Roquette cl à la porte du couvent des sœurs hospita-
lières. Après s'être introduit dans la sainte maison et traîné jusqu'au parloir, le jeune visiteur demanda Denise Minard, qu'il désirait entretenir de choses importantes; et la sœur tourière, après l'avoir invité à s'asseoir , la quitta pour aller l'annoncer à celle qu'il désirait voir.
Un instant d'attente et Denise, toujours belle, quoique un peu souffrante et entièrement vêtue de deuil, se présenta au parloir où elle poussa un cri de joie et de surprise en reconnaissant Montigny.
— -Vous! vous enfin, mon cher protecteur! après un abandon de trois mois!
0 ciel! quel changement s'est opéré
dans vos traits! Vous venez donc d'être malade ? auriez-vous beaucoup souffert ? hélas! ah! parlez, rassurez-moi vite, disait la jeune femme alarmée en pressant avec tendresse et aménité les mains du jeune hommes dans les siennes, en le fixant avec douleur et intérêt.
— Oui, chère Denise, j'ai bien souffert, et je viens d'échapper au tombeau après trois mois d'horribles douleurs; au tombeau où a failli me faire descendre pour toujours Taffreuse blessure que m'a faite votre infâme époux à qui, pour vous venger, je voulais donner la mort ; mais qui, plus adroit que moi , m'a percé de son fer.
— Hélas! et vous ne m'avez point fait
appeler à votre secours lorsqu'il m'eût été si doux de vous prodiguer mes soins. Ah ! que j'étais injuste lorsque, ne vous voyant pas venir à moi, je vous accusais d'indifférence et d'oubli.
— Moi , indifférent î moi, vous oublier ! Denise 5 oh ! jamais! mais j'étais mourant, sans connaissance , incapable de prononcer un mot, de tracer une ligne ^ telle est la cause de mon long silence , ma douce amie ^ mais, ce matin, à mon réveil , j'ai béni le ciel en me sentant force et courage, en entendant le médecin m'ordonner l'exercice et de prendre l'air ; alors , j'ai pensé à vous , Denise , à vous qui m'attendiez , m'accusiez d'abandon, et je me suis mis en route pour
cette hospitalière demeure , où je vous ai amenée, il y a trois mois , afin de vous soustraire à l'horrible domination de votre mari et dans laquelle je craignais ne plus vous retrouver.
— Oh ! je n'aurais eu garde de la quitter; on est si bien ici, au milieu de ces filles célestes, de ces âmes pures et saintes , qui toutes s efforçaient de consoler mon cœur désolé ; et puis , ne vous attendais-je pas , vous, mon unique ami, mon seul soutien; vous qui m'aviez promis protection et d'intéresser les lois en ma faveur, de faire prononcer une séparation éternelle entre mon bourreau et moi.
- Denise, celte séparation est pronon-
cée, et c'est la justice du ciel qui a tout fait. Apprenez que voire mari n'existe plus, qu'il y a huit jours , Gobinac , après l'avoir surpris chez la comtesse de Ricmann, sa femme, lui a donné la mort dans un duel...
— Mort] cet homme est mort! 0 mon Dieu ! prenez pitié de son âme et pardonnez-lui comme je lui pardonne! s'écria Denise en tombant à genoux.
— Oui, vous êtes libre, Denise, libre désormais de vous unir à celui que votre cœur aime , à ce cher de Courvale qui , sans doute, n'a pas cessé de vous aimer aussi. Préparez - vous donc à quitter ce couvent pour qu'il me soiL permis
de vous conduire dans les bras d'un ami de qui votre précieuse possession fera le bonheur suprême.
— Ah ! que me proposez-vous , monsieur, lorsque vous ne pouvez ignorer le mépris dont Antonin a osé m'abreuver, lorsqu'il m'a cru coupable, indigne de son estime, et qu'à la face, le cruel m'a jeté l'insulte et l'outrage? répondit tristement Denise les yeux noyés de larmes abondantes.
— Oh! n'importe; venez, car vous lui direz : Je suis innocente, je n'ai jamais failli à la vertu, et il vous croira, Denise.
~ Erreur ! car je le lui ai dit, je le lui
ai juré et il ne m'a pas crue, répliqua douloureusement la jeune femme
— Denise , ayant appris , il y a trois jours, qu'Antonin avait quitté Paris pour courir au secours de sa mère malade , je me suis empressé d'écrire à cet ami afin de vous justifier à ses yeux et pour lui apprendre votre veuvage. Or donc, attendez-vous à le voir accourir et tomber à vos pieds ^ alors, Denise, aurez-vous le courage et la cruauté de le repousser '>
— Il ne viendra pas ^ non , il ne vien^ dra pas, répliqua Denise avec amertume.
— Oui , oui , il viendra, et c'est chez
vous, dans cet hôtel, dont la mort de votre mari vous rend maîtresse , qu'il faut de ce pas, venir l'attendre et le recevoir, reprit Montigny avec persuasion.
— Eh bien ! j'y consens, mais pour revenir m'enfermer pour toujours dans cette sainte demeure et y prendre le voile lorsque j'aurai essuyé de nouveau les dédains de monsieur de Courvale.
— Ainsi, renonçant au monde, vous oublierez même jusqu'au pauvre Montigny qui vous est tout dévoué, et, sans pitié, vous le condamnerez à ne plus vous revoir? dit en soupirant le jeune homme.
— Hélas ! vous-même ne devez-vous pas bientôt quitter Paris, et dans votre province, aller vous unir à quelque sage et douce jeune fille; que ferai-je alors seule, seule au monde?
— Denise, si jamais de Courvale se refusait à vous croire, s'il osait encore douter de votre vertu , refuser votre main , je vous dirais alors, chère Denise!...
— Eh bien! que me diriez- vous? demanda la jeune femme en voyant Montigny s'arrêter et baisser les yeux.
— Je vous dirais, Denise : moi aussi, je suis seul au monde; ne consentez-vous
pas à unir votre sort au mien en devenant ma compagne chérie? reprit îe jeune homme avec timidité.
— Monsieur Montigny , partons ^ quittons ce couvent et allons attendre l'arrivée d'Antonin, répondit vivement Denise en présentant sa main au jeune homme qui la prit en tremblant et en soupirant tout bas : Hélas- elle l'aime donc encore' plus d'espoir, plus de bonheur pour moi !
Le deuxième jour après cet entretien, et Denise ayant quitté le couvent des Hospitalières pour rentrer dans le monde et habiter, non l'hôtel de son époux , mais une petite maison située dans un quartier retiré, Antonin arrivait à Paris et
tombait dans les bras de Montigny,
— Denise, où est-elle? où est-elle, ami? parle, et qu'il me soit permis de tomber à ses pieds, de réparer envers elle mes torts et mon ingratitude, disait le jeune baron.
— Tu l'aimes encore, et plus juste à son égard, tu lui rends donc enfin ton estime ?
— Grâce à toi, généreux ami, qui m'as ouvert les yeux et m'as prouvé qu'elle n'a jamais cessé d'être digne de mon amour. . 0 bonheur ! elle est donc libre ' elle va donc m'appartenir! Conçois-tu mon bonheur, mon cher Montigny f
— Ta mère, revenue, ainsi que toi , à de meilleurs sentiments, consent donc à ton union avec elle?
— Oui, mon cher, cette bonne mère, rendue à la vie, à la santé, nous attend pour nous unir. Mais Denise, encore une fois, où est-elle ?
— Je vais te conduire dans la retraite qu'elle s'est choisie et où tu vas paraître devant elle, où tu devras d'abord la remercier du bien qu'elle t'a fait, lorsque la croyant une femme corrompue, tu l'accablais de ton mépris.
— Le bien qu'elle m'a fait? dit Antonin
surpris.