‹ Le médecin de la cité (volume 2)Chapitre 3 sur 11 · OO · texte numérisé non relu

OO

— Maudit soit de la pécore, et de sa

bégueulerie î s'écrie Laridon furieux en se

levant à son tour; avez-vous peur que

monsieur M'com te ne vous mange, sotte !

■■«♦ pour vous alarmer ainsi d'un simple badi-

nage dont vingt, cent femmes qui vallent mieux que vous,se trouveraient honorées?. , Excellence, excusez cette momie qui, totalement étrangère aux usages et coutumes du beau monde . s'effarouche d'un rien et ne sait que pleurnicher.

— De grâce, belle Denise, ne vous affligez pas ainsi et ne voyez en moi qu'un homme désireux de votre estime et de votre confiance, un homme qui met aujourd'hui à vos pieds sa personne, sa fortune el tout son crédit.

— Allons, remerciez Son Excellence de ses bonnes dispositions à votre égard, c'est le moins que vous puissiez faire, je pense, dit Laridon qui, pour seule réponse, n'obtint de Denise qu'un regard où perçait le plus souverain mépris, auquel le misérable riposta par un coup d'oeil menaçant et terrible.

— Quoi ! n'obtiendrai-je de votre bouche charmante nulles paroles ni consolations, madame? interrogea le seigneur en se rapprochant de Denise pour saisir sa main et la presser dans les siennes avec tendresse.

— De tous les biens que vous daignez m'offrir, monsieur, je n'ambitionne que

voire estime, votre protection pour ma faiblesse, et je désire, surtout , que votre respect puisse égaler toujours celui que je ressens pour votre personne, dit Denise d'une voix sévère.

— Tenez, Excellence, tout cela va mal , fort mal ! j'ai pensé bien faire en vous présentant ma chère moitié, ainsi que la politesse me l'ordonnait envers un protecteur tel que vous, et je m'aperçois que je n'ai fait qu'une gaucherie capable de m'attirer votre disgrâce, veuillez donc excuser et oublier les momeries de cette mijorée rétive qui . je le :vois bien , a besoin d'être fortement stylée aux usages du jiionde et de laquelle je vais vous débarrasser aussitôt... Allons, madame, en roule a l'instant même !

— Brizard , un peu de patience, et surtout gardez- vous... '

— Je vous comprends, Exceilence. Oh !

n'ayez sur ma patience et ma douceur nulle mauvaise pensée, car, si je vous débarrasse aujourd'hui de cette pleurnicheuse, c'est afln de pouvoir m'entretenir avec elle, et vous renvoyer demain, en la personne de ma femme , une solliciteuse apprivoisée et toute aimable.

Quelques instants encore où le comte d'Argenson employa toute sa rhétorique à consoler Denise , à l'assurer de son estime etde son admiration pour sa personne, puis,aprèslui avoir baisé respectueusement la main, il lalaissaemmener parLaridon qui s'empressa de regagner son hôtel sans avoir

adressé une seule parole à Denise pendant tout le trajet.

— Ça, à nous deux, maintenant, madame, et pour mieux me faire comprendre, je pense devoir, d'abord ," vous instruire du motif qui m'a tait vous prendre pour femme , dit Laridon rentré chez lui et seul avec Denise. Sachez donc que, jeté sur cette terre sans fortune ni avenir, et pourtant aimant l'or, le luxe et les plaisirs, j'ai juré, en qualité d'homme d'esprit, de faire du patrimoine des sots ma propriété et d exploiter, à mon profit, les faiblesses de l'humanité. J'ai encore pensé que l'art du courtisan et celui de vendre aux ambitieux, aux avides solliciteurs les faveurs delà cour, était un moyen prompt, adroit et facile d'arriver à la fortune, ce que

doit vous prouver ma condition actuelle comparativement avec celle tant misérable où j'étais plongé lorsque je fis votre rencontre, il y a de ça quelques mois, auCoursla-Reine. Tout m'a donc réussi jusqu'à ce jour ^ cependant , m'apercevant que ma fortune ne grossissait pasj assez vite au gré de mes désirs , que mes profits ne suffisaient pas à couvrir mes dépenses, je me suis donc mis en tête de traiter les affaires en grand et de prendre pour associée une jolie femme , dont la beauté, l'esprit et la grâce me viendraient en aide, et à qui roi, princes et seigneurs, séduits par ses charmes, ne puissent , par le refus, répondre à ses ambitieuses demandes. Or , rencontrant en vous , madame ^ toutes les perfections requises pour faire une admirable sollicileiise, je vous ai donc épousée

afin de vous vouer à ce haut emploi , vous promettant , en récompense de votre adresse et de votre soumission, liberté, fortune et plaisirs. Vous devez alors comprendre combien , ce soir , auprès du ministre , votre début a été gauche et maussade , et combien encore , à juste droit, j'ai dû être mécontent de vous.

Maintenant, répondez, Denise, que doisje attendre de votre soumission? termina Laridon.

— Nulle lâche complaisance, rien de ce que vous espérez, monsieur, répliqua sèchement Denise.

— Corbleu ! voici ce qui s'appelle répondre avec franchise, sans être cependant votre dernier mot.

— Je vous dis ce que je pense, monsieur; non, je n'accepterai pas un emploi honteux qui m'exposerait chaque jour aux insultes de vos grands seigneurs, à qui votre complaisance donnerait le droit de me manquer de respect.

— Erreur, madame, une femme adroite sait toujours se faire respecter quand elle le veut, et de sa part un peu de séduction, de coquetterie, en ne l'engageant à rien, lui fait tout obtenir.

— Je ne comprends pas ce langage, et je repousse de toute ma force l'emploi humiîijînt dangereux que vous osez m'ofi'rir.

— Et moi, madame, je dis que vous le remplirez à merveille et sans plus tarder , réplique Laridon d'un ton calme.

— Jamais!! s'écrie Denise avec force.

— Ah ! ah ! fait Laridon en souriant d'un air goguenard, pour reprendre aussitôt en ces termes :

— Alors , prêtez-moi donc encore votre attention pour écouter une petite anecdote de laquelle le récit vous rendra souple comme un gantâmes volontés. 11 yavaitune (ois un pauvre diable de médecin, n'ayant ni sou ni mailles et ne sachant à quel saint se vouer pour exister ainsi que la jolie fille que le ciel lui avait donnée. r\e voilà-t il pas

qu'un beau jour , après avoir longtemps réfléchi , que ce cher docteur se met en tète, afin de se faire une réputation, de se former une clientelle , d'attendre la nuit, dans la rue, les gens au passage, de courir sur eux armé d'un poignard et de les blesser au côté gauche , pour s'enfuir ensuite vers son domicile, puis revenir un instant après au secours de la victime , dans l'appareil d'un homme arraché au sommeil et qui vient de sortir de son lit... Quoi ! vous pâlissez, Denise, auriez-vous déjà deviné?... Eh bien, oui! ce médecin n'est autre que votre infâme père qui, durant six mois, a porté l'elTroi et la désolalion dans la ville , lui qui, chaque nuit, assassinait sans pitié les passants^qui a frappé Antoninde Courvale, lui qui me réservait le même sort, doni j'ai su arrô-

1er le bras, arracher le masque, el que j'ai frappé de mon épée au-dessous de l'épaule au moment oui! s'enfuyait. Vous devinez, maintenant, j'espère, pourquoi il vous a arraché à vos amours, à un hymen honorable pour vous donner à moi , comment je suis devenu le maître de sa volonté , de sa vie, de sa vie que je livre au bourreau, si vous ne m'obéissez?

— Mon Dieu ! mon Dieu ! tuez-moi. car je ne puis plus exister ! mon père un assassin! lui que je révérais, que j'aimais plus que moi-même !.. Mais, non , c'est impossible ! vous mentez, oh ! vous mentez ! mon père n'a pu se rendre coupable de pareils crimes, ni rompre en ce point avec l'honneur et l'humanité ! Hélas ! hélas ! dites

donc que vous m'avez menti , ou je vais expirer de douleur devant vous et à l'instant même' Ainsi disait Denise, folle de désespoir, en se tordant les bras, en se traînant aux pieds de son mari qui souriait à sa douleur.

— Non, il ne faut pas mourir, il faut vivre,au contraire,pour m'aider à faire une brillante fortune, pour la partager avec moi et nous enivrer de plaisirs. Rassurezvous donc, car la vie de votre père sera sauve, son prétendu honneur restera intact , moi-même je m'empresserai de lui obtenir un riche emploi, ou j'en ferai ce qu'on appelle un médecin à la mode , un homme important, alors tous les trois nous serons heureux, satisfaits , mais toujours

à celle condition que vous m'obéirez , que par vos grâces, la coquetterie, des demifaveurs sans conséquence et distribuées à propos, vous saurez vous emparer de l'esprit des personnages puissants auxquels nous allons avoir affaire, hommes faibles et vicieux , qui , une fois dans vos chaînes , que vous leur aurez mis Pamour en tête, n'auront plus rien à vous refuser et vous livreront même la France entière, si vous vous donnez la peine de la leur demander ; car, ainsi sont bâtis tous ces grands seigneurs à qui notre roi libertin et insouciant a confié les rênes et l'honneur du pays. Ah ça , comprenez bien, ma chère, qu'en cette circonstance, je ne prétends pas vous imposer une ignoble prostitution , à vous l'adresse de conserver votre honneur intact, de tenir^ la dragée haute

à tous ces enragés libertins , et de les payer en monnaie de singe après avoir largement usé de leur immense crédit. Oh !

croyez-moi, croyez-moi ! débarrassez-vous de cette sotte et incommode pruderie qui paralyse en vous le génie et l'adresse ; devenez spirituelle , entreprenante , audacieuse même , et la France est à nous , car je soutiens que nul puissant de la cour ne pourra résister à vos charmes.

— N'espérez pas, n'espérez pas ! car je sens que je vais mourir, répondit Denise accablée.

Non pas ! vivez pour voire père.

Mon père! ah! qu'il s'jloigne, qu'il

parte s'écrie Denise.

— Cela lui est défendu, ma chère, car, en ce moment, les portes d'une prison d'état qui viennent de se fermer sur lui le retiennent forcément en France, petite précaution que j'ai jugé nécessaire de prendre afin dem'assurer votre soumission d'abord, puis la présence du cher docteur dans Paris, pour mieux l'avoir à ma disposition.

— Mon père prisonnier, privé de sa liberté , malheur l malheur ! dit Denise en versant un torrent de larmes et levant ses mains jointes vers le ciel.

— Ne crois pas cet imposteur, mon enfant, car je suis libre et me voici ! fait

eniendreMinard en paraissant subitement dans ia chambre, armé d'un pistolet qu'il s'empresse de décharger sur Laridon presque à bout portant.

— ^ i.a fureur a trahi ton espoir, Minard, car, au lieu d'atteindre au cœur^ la balle n'a fait que traverser les chairs du bras, répond froidement Laridon tout en agitant violemm'ërttle cordon d'une sonnette.

— Ah ! fuyez, mon père, fuyez, car cet homme, sans pitié, \a vous livrerau bourreau, s'écrie Denise en poussant vers la porte son père qui voulait s'élancer sur Laridon.

— Laisse moi, laisse-moi arracher la vie

à cet infâme, dussé-je mourir après lui !

Et comme Minard disait ainsi, des valets accourus en nombre, s'élançaient sur lui et le terrassaient, sur un signe de leur maître.

— Entraînez ce furieux, et en vertu de cet ordre, qu'il soit livré au guet et conduit en prison , dit Laridon en remettant à un de ses valets la lettre de cachet demandée au comte d'Argenson, et que celui-ci, dans la soirée,lui avait glissée dans la main en arrière de Denise.

Ce fut alors qu'en voyant maltraiter son père par des valets furieux qui s'efforçaient

de l'entraîner et de comprimer les efforts qu'il faisait pour leur écliapper. Denise, dont le désespoir ne peut se dépeindre, courut se jeter aux genoux de Laridon, en ce moment tombé sur un fauteuil et alTaibli pai le sang qu'il perdait.

— Grâce ! pitié pour lui , et je vous obéirai, et je serai votre esclave soumise ! Au nom du ciel, ne perdez pas mon père • rendez-le moi I rendez-le moi r

— Volontiers, mais lorsque tu m'auras donné les preuves de cette soumission que tu me fais entrevoir, ma toute belle.

Et lorsque Denise, après avoir reçu cette

— lOi —

réponse de Laridon, tourna la tète pour voir son père, elle ne l'aperçut plus dans la chambre, car les valets venaient de Ten- Irainer, Ce fui alors que la jeune femme, réunissant le peu de force qui lui restait, se releva vivement pour courir au secours de l'auteur de ses jours dont les cris, les imprécations arrivaient encore jusqu à elle; mais, hélas! peine inutile, les portes étaient vérouillées, etDenise,suffoquéepar la douleur, tomba à la renverse presque mourante sur le parquet de la chambre.

riiisieiirs mois apiès.

— He, sandis ! je né mé tionipe pas ! c'est ce cher dé Courvale, Dieu me pardonne ! s'écriait Gobinac en voyant entrer un malin Antonin dans la chambre richement meublée ou, eîendu paresseusement

sur une chaise longue, notre gascon s'amusait à parcourir la gazette du jour.

— Lui-même , mon (^her , que le coche d'Auxerre vient de jeter, il y a une heure au plus, sur la rive parisienne et qui vient demander asile, hospitalité à vous et à votre femme , la ci-devant comtesse de Ricmann, pour les quelques jours qu'il doit passer dans cette ville où l'amène le désir de parler au roi.

— Mon cher ami, soyez lé bien venu dans mon hôtel^ où je vous prie dé vous régarder comme chez vous.

— Merci de votre bonne réception. Ah

ça, ne pourrais-je présenter mes hommages à votre épouse, pour laquelle ma mère m'a chargé de mille civilités?

— Pas encore, madame dé Gobinac n'étant visible, même pour moi, que sur lé midi, et il n'est que dix heures, sandis !... Ah ça ! et cette santé, comment va-t-elle? quoique toujours un petit peu pâlot, je pense que nous né nous ressentons plus M cette terrible maladie que nous fîmes à la suite dé dé enfin, vous savez?

— De ringratitude , de l'abandon de l'infidèle Denise , voulez-vous dire ? INon , mon cher, car le temps, en me rendant peu à peu la santé, a aussi effacé de mon

cœur le souvenir d'une femme indigne de mon amour et qui a préféré à mon nom, au titre de mon épouse, un Laridon, un chevalier d'industrie, répond Antonin avec émotion et tristesse.

— Cadédis! je suis encore à mé demander ce qui a pu être la cause dé ce changement subit, el ce qui a décidé le médecin Minard à donner sa jolie fille à un ^homme qu'il délestait et que Denise elle-même ne pouvait régarder en face.

— Quel motif autre que l'inté rét et l'ambition aurait pu changer aussi subitement le cœur de Minard et celui de sa fille à mon égard? répondit Antonin en soupirant.

— Quant au cherdocleur, lédiable m'emporte, si à Paris quelqu'un est capable dé vous dire ce qu'il est devenu ; 'mais pour sa fille , c'est différent, ei si Laridon, pour la décider à vous planter là , lui a fait dé belles promesses , au moins lui a-t-il tenu parole, car, dit-on, la belle Denise brille à la cour comme à la ville d'un éclat sans pareil.

— Oui, je sais cela, le bruit des triomphes de Denise a retenti jusqu'à notre province , où il est venu un instant troubler mon repos...

— Je comprends! réveiller un amour mal éteint , interrompt Gobinac.

— Dites ma pitié, en apprenantque cette femme que j'ai connue vertueuse et modeste, lancée par un infâme et corapiaisant mari dans le sentier de la perdition , est devenue une hardie courtisane, faisant trafic de ses caresses et les échangeant contre des emplois , des pensions et des brevets...

— Dont lé mari fait un magnifique commerce et qu'il vend au poids de l'or, capédious! A propos ! vous est-il venu encore à l'oreille que sur lé bruit dé ses charmes et dé son esprit , ié ro. a demandé à ce que la belle Brizard, ainsi qu on déteigne Denise, lui soit présentée à la cour, oùSa Ma jesté très galanli^ lui a (ail , assure-t-on, la plus gracieuse réception?

— Je sais cela, et l'on ajoute même que le roi lui a accordé, à Versailles, plusieurs audiences particulières.

— Cela dit tout , sandis !

— Hélas ! qui aurait jamais pensé cela d'elle! soupira amèrement Antonin.

— He, mon cher, il n'y a que lé premier pas qui coûte, et puis, lé moyen qu'une jeune et jolie femme, qui n'aime pas son mari , résiste longtemps à la séduction , surtout à celle tant raffinée de nos grands seigneurs?

— Une àme véritablement honnête ne

— liO —

s'écarte jamais du devoir que lui a tracé l'honneur. Mais, laissons cette malheureuse femme que je n'aime plus, que je méprise, ei parlez-moi de votre mariage ^ de votre femme j mon bon Gobinac , j'espère que vous n'avez pas eu, jusqu'alors, à vous repentir d'une union consacrée sous les auspices de l'amour, et qu'en échange de la grandeamitiéquevous a témoignée la comtesse de Ricmann en vous faisant don de sa main et de sa fortune , vous la rendez la plus heureuse femme du monde ?

— Cadédis ! je lé crois bien, il n'y a que moi qui suis lé plus infortuné des hommes'

— Vous plaisantez, sans doute ^ dit

— Hi — Antonin en souriant avec incrédulité.

— Sandis! non, je né plaisante pas ! saciiez, mon cher dé Courvale, que ce n'est point une femme que j'ai épousée, mais un véritable tyran femelle, un monstre qui mé désespère par son exigeance et par sa jalousie, et fait dé moi son très humble serviteur. Tel que vous mé voyez, moi, Télémaque Gobinac , propriétaire d'une vieille femme et dé cent mille livres de renie, moi un des plus jeunes, des plus aimables et (les plus riches seigneurs dé France et dé Navarre , je né puis faire une démarche , un pas sans la permission dé mon épouse ; qu il m'est interdit dé recevoir chez moi ni ami, ni connaissances, qui que ce soit enfin, sans, auparavant , avoir consulté lé bon

vouloir dé madame, mieux encore , dé rés^arder une femme en face, sans encourir l'horrible martyre d'êire pincé ou mordu jusqu'au sang par ma douce et colombe moitié.

— En vérité, Gobinac, j'ai peine à vous croire.

— Eh bien, mon cher, donnez-vous cette satisfaction lé temps que vous allez passer au milieu dé mon heureux ménage. A propos! dites-moi donc, si vous avez enfin revu ou du moins entendu parler dé ce cher ami monsieur Anatole Montigny?

— Non, Gobinac, et horriblement in-

quiet sur le sort de cet ami, disparu si subitement il y a plus de quinze mois, dont la famille, ni moi, n'avons reçu aucune nouvelle , depuis ce temps. Je vous avouerai que le but principal du voyage que Je fais aujourd'hui à Paris, est pour tâcher de retrouver cet ami ou de savoir ce qu'il est devenu, afin de tranquilliser, s'il se peut, des parents inquiets et désolés, ainsi que mon pauvre cœur, auquel un destin cruel s'est plu à ravir tout ce qui lui était cher.

— Sandis ! ètes-vous bien sur que ce cher Montigny né serait pas à la Bastille, ou enfermé dans quelqu'autre prison d'État ?

■Ce qui est assez probable, s'il n'est pas

iiioil, ce que je vais m'efforccr de découvrir.

— - Comment ? sandis !

— En m'adressant à plusieurs personnages puissants, pour lesquels on m'a remis quelques lettres de recommandation.

— Hé, sandis! que né vous adressezvoustoutdé suite, dans cette circonstance, à la puissance du jour, à la belle Brizard, conseille Gobinac en riant.

— Quelle amère plaisanterie vous faites là , mon cher, réplique Antonin avec sévérité.

—C'est juste, j'ai dit une bêtise etjé vous en demande pardon... Ah ça, dites-moi, dé Coui vaie , est-ce que nous voulons rester garçon? est-ce que vous né pensez pas à prendre femme dans votre pays d'Auxerres?

Tel est le désir brûlant de ma mère, qui chaque jour me tourmente pour que je me marie , et même a déjà fait choix de celle qu'elle me destine; mais je n'ai pu encore me décider , tant mes premières et dernières amours m'ont indisposé en faveur d'un s exe perfide et inconstant.

Au moment où Antonin terminait ces mots, la porte de la chambre s'ouvrit brusquement pour laisser voir et entrer l'ex -

comtesse de Kicmann, qui, encore plus vieille, plus grosse et plus laide qu'au temps passé, se précipita en couraut dans la pièce pour venir placer son visaged'écrevisse sous celui d'Antonin.

— Ah! ah! vous êtes méners? de Couvale! pieu! pien'- enchantée de vous voir; ma domestique i havre venu dire à moi qu'une betite cheune homme étaitvenu voir mon mari, et che accourais bour le mettre à la borle tout de suite.

— Eh bien! que vous disais-je, mon cher , s'écrie Gobinac avec bumeur.

— Y a, che havre bas du tout l'envie que ma betit mari fasse de mauvaises

connaissances qui le dérangeraient de sa ménage, che veux qu'il ne connaisse que son betite femme qui l'adore peaucoup et buis vous, ma bclile Anlonin... Abrobos, comment se borte madame votre mère ?

— On ne peut mieux, madame, et je suis chargé , de sa part, de vous présenter ses civilités et de vous renouveler l'assurance de sa parfaite considération. Maintenant, madame , veuillez, à mon tour , me permettre de m'informer de l'état de votre précieuse santé.

— La betite santé à moi i serait pien ponne pien meilleure, si !a betite homme de moi n'havre bas sans cesse donné à ma cœur des sujets de jalousie, si elle vou-

iait adorer moi comme che adore elle.

— Cadédis ! que faut-il donc faire pour vous prouver mon amitié? franchement, je l'ignore et j'y perds mon latin î s'écrie Gobinac en colère.

— Che voudrais , ma chéri , que tu havre toujours moi sur ta cœur • répond càlinement la grosse femme.

— Merci, cela serait trop pesant ! dit l'époux.

— Che voudrais encore que tu m'emprasse toujours, toujours, et surtout que

lu n'iiavre bas des yeux bour d'autre que bour ton betite femme.

— Mais, madame Gobinac, au lieu dé débiter des bêtises, les choses inconvenantes que vous dicte une passion effrénée,, vous feriez beaiicoup mieux, ce mé semble, d'accueillir convenablement lé lils dé votre intime amie et surtout, d'aller donner des ordres pour lé déjeuner, dont ce chei Antonin doit ressentir le pressant besoin après un long voyage.

— Ya, va! abrès que vous aurez emprassé votre betite femme, répondit lallemande en se penchant sur Gobinac qui , pour se débarasser d'elle, lui appliqua un gros baiser sur la joue.

Huit jours après son arrivée à Paris, Antonin de Courvale étant sorti un beau matirî de riiôtel des époux Gobinac , s'élança dansIaville,vêtuavecéiéganceetgoût,pour monter ensuite dans un carrosse de louage dont les chevaux, d'un pas lourd et lent, prirent la roule de Versailles. Arrivé dans cette dernière ville, dans ce séjour des rois, notre gentilhomme provincial se présenta au'chàteau, où il fut admis en présence de hauts et puissants personnages , avec lesquels il avait à s'entretenir d'affaires importantes, d'une, entre autre, concernant la fortune de sa mère et la sienne qu'un malheureux ot injuste procès, que leur intentait l'intendant de leur province, menaçait d'engloutir en totalité. Reçu avec hauteur et dédain, malgré les lettres qui le recommandaient a Tinduigence de ces

— Ui —

hommes, ajourné, congédié avec des paroles décourageantes, Antonin , triste et pensif, se disposait à quitter le chàteâiif, lorsqu'on traversant une galerie qui conduisait aux appartements privés du roi, il vit venir au loin et devant lui , plusieurs seigneurs qui tous s'empressaient autour d'une femmejeune et souriante de laquelle ils semblaient envier un regard , un mot favorable. Antonin, peu sOucicuxd'une pareille rencontre, aurait désiré l'éviter; mais !e moyen ? aucune issue ne se présentait.

— 0 ciel ! en croirai-je mes yeux? c'est elle! c'est la perfide Denise- L'inlï^me! comme elle paraît heureuse- Comme ces iiommages qu'on lui rend semblent l'eni-

vrer d'orgueil... Dieu! quelle est belle' plus belle encore qu'elle ne le parut jamais à mes regards. Comment l'éviter? comment fuir sa rencontre, sa vue? Hélas; elle me regarde, elle pâlit... me reconnaîtraitelle? Omon cœur ! mon pauvre cœur, ne bals pas ainsi, souviens-toi que cette femme t'a trahi, oublié, frappé mortellement !

Et tandis qu'Antonin pensait ainsi, immobile, enchaîné à la même place par une force invincible que son regard obstinément attaché sur Denise ne pouvait s'en détacher; cette fenmie et les seigneurs qui l'accompagnaient passaient devant lui.

Anéanti, l'àme dévorée d'amour, de regret et de douleur, Antonin, qui se sentait défaillir , se laissa tomer sur une ban- <ÎLietle, où il fut arraché de l'engourdisse-

ment dans laquelle il était resté plongé l'espace d'une heure, par un vieil officier à l'air vénérable qui vint s'asseoir à côté de lui pour l'interroger en ces termes :

-Seriez-vous indisposé, mon jeune ami-

— Non, monsieur, j'attends ici quelqu'un, fit réponse le jeune homme en essayant de se lever, mais que le vieil officier retint par le bras.

— Attendriez-vous, par liazard. que les gens auprès de qui vous êtes venu solliciter

aujourd'hui à Versailles, viennent vous apporter consolation et espoir? Alors, vous

resteriez longlemps à celte place, croyez moi.

— Quoi ! vous savez, monsieur?.

— Toutes vos affaires, combien on vous a tantôt ici abreuvé de dégoût, d'humiliation; et moi, jouissant de quelque crédit dans cette cour, dans ce foyer d'intrigue, d'abus et de corruption, prenant votre peine en pitié, je me suis décidé à vous venir en aide, à vous protéger de tout mon pouvoir, monsieur Antonin de Courvale

Quoi- monsieur, vous savez aussi

mon nom ? s'écrie Anlonin au comble do la surprise.

— Et bien autre chose encore, mon jeune ami... Mais, voici l'heure où on va fermer cette galerie , où mon service me réclame, où il faut nous séparerpour nous revoir bientôt... Tenez, voici mon nom , mon adresse, venez après demain matin sur les dix heures chez moi , à Paris , où nous causerons de vos affaires, où je vous apprendrai ce que, d'ici là, j'aurai déjà fait d'heureux dans vos intérêts... Adieu, monsieur de Courvale, au revoir, au revoir!

Et cela dit, l'officier, après avoir pressé la main d'Antonin , s'éloigna sans plus

attendre. Quelques minutes encore, afin de

bien se remettre del'émotion etdela surprise

où venait de le plonger l'apparition de ce

protecteur inattendu , et notre jeune baron

quitta le château pour reprendre la route

de Paris, puis chemin de l'hôtel de

Gobinac, situé non loin de la porte St-An-

loine où il trouvale gascon en train d'expier

une récente rébellion aux volontés de sa

iémme et condamné, sous peine d'être pincé ou mordu, à tourner au coin du feu

le rouet de la dame, tandis que cette

dernière filait en silence.

Entrevue.

Le lendemain de son voyage à Versailles et au retour de plusieurs courses par la ville, Antonin, en rentrant, trouva chez ses hôtes une lettre à son adresse qu'un inconnu avait apportée dans la matinée , lettre dont le jeune homme, après s'être enfermé chez lui, s'empressa de briser le

cachet pour lire ces quelques lignes que lui adressait une main inconnue, qui ne s'était même pas donné la peine de signer; <' Une personne désire voir et entretenir M. de Courvale, plus encore, recevoir ses consolations; si son cœur est toujours le même, c'est-à-dire, bon et sensible , il ne repoussera sans doute pas la prière qui lui est adressée dans cette lettre , celle de venir ce soir au rendez-vous que lui indique un être malheureux[qui, ayant foi dans son obligeance , l'attendra à la neuvième heure, dans une maison de la rue du Chaume, au Marais, portant le numéro 7. Monsieur de Courvale n'aura qu'à se présenter pour être aussitôt introduit, »

Après avoir lu cette mystérieuse invitation , Antonin se mit à réfléchir quel-

— loo —

ques instants. Qui peut lui donner ce rendez-vous? Que peut-on avoir à lui dire?

N'importe^ il ira, car celui qui le demande se dit malheureux et paraît désirer ses consolations.

Ce parti pris, notre jeune homme acheva la journée avec les époux Gobinac , ce qui le rendit de nouveau témoin des ridicules exigences d'une vieille folle amoureuse et jalouse à l'excès.

Ayant entendu sonner la demie après

huit heures , le baron de Courvale ceignit

son épée ^ prit son chapeau et s'achemma

vers le Marais et la rue du Chaume. Neuf

heures se faisaient entendre à toutes les

horloges du quartier , lorsqu'après avoir II 0

(lisîingiiéj à travers iobscurilc qui régnait dans la rue, le numéro 7 tracé sur la muraille d'une maison basse et de pauvre apparence, Aïïtonin frappa deux coups sur la porte que vint aussitôt lui ouvrir une vieille femme à la physionomie vénérable, aux manières nobles et polies, laquelle, sur la déclinaison de son nom , i'engagea à la suivre pour î'iRlroduire à travers un petit escalier et plusieurs chambres propres et passablement meublées , dans un petit salon où cette conductrice le laissa après l'avoir engagé de vouloir bien attendre un instant et de prendre patience. Resté seul dans cette pièce qu'éclairaient plusieurs bougies placées dans des candélabres, de Courvale porta son regard autour de lui , sur les meubles , les tableaux de sainteté qui décoraient la pièce , puis machinale-

— loi —

ment il ouvrit quelques livres qu'il venait d'appercevoir sur une table placée près de lui.

— Décidément, tout m'indique que je suis ici chez des gens religieux, d'ordre et (\e bon goût , ce qui doit me donner confiance , murmurait Antonin, lorsque le bruit d'une porte qui s'ouvrait lui fit tourner la tête et apercevoir une jeune femme d'une mise simple maisdistinguée, dans qui, à sa grande surprise , il reconnut aussitôt Denise : oui, Denise qui , pâle et tremblante, s'avançait vers lui les yeux baissés.

— C'est vous, madame? Ah! si je l'avais su ! s'écria alors Antonin en proie à une forte émotion tout en se levant vivement.

— Vous ne vous seriez pas rendu à mon

invitation, monsieur? dit lajeunefemme ({' un o ux accent.

— Cerl(*s, non î répond de Courvale.

— ileJas! j'ai donc beaucoup démérité dans votre estime, monsieur? Que suis-je maintenant à vos yeux , pour que ma présence soit pour vous un semblable motif de regret et de contrainte? reprit Denise en tombant faible sur un siège.

— Hé, madame, d'après votre indigne conduite à mon égard, devions-nous jamais nous revoir? Or, j'ai peine à comprendre le but de cette entrevue et ce que vous en espérez, dit le jeune homme en affec-

— 'loo

lasit un humeur que son cœur agité

était loin de ressentir, surtout en retrouvant si belle, si douce et pleine d'abnégation cette femme qu'il avait tant aimée.

— Le but que je me suis proposé, eii vous appelant à moi , monsieur, n'est autre que le désir de me justifier à vos

J'CUX.

— Ceci est tout à fait inutile et vous serait, je pense, fort difficile, madame.

— Hélas! au nom de Tamitié et de l'eslime que vous me portâtes jadis, ne me pariez pas avec ce mépris qui, de voire part, me désespère et me tue, dit Denise d'une voix suppliante.

— \ùA —

— Parlez, madame, je vous écoule^ etforcez-vous^ s'il se peut, de juslifler votre infidélité, l'atfreux et cruel abandon dans lequel vous m'avez laissé ; deux crimes de votre part qui ont failli me donner la mort! Oui, justifiez- vous encore sur votre conduite , sur cette honteuse prostitution dont chacun vous accuse. Oh ! parlez, parlez! faites-vous innocente à mes yeux, si cet effort est possible , vous qui avez échangé votre honneur contre de l'or et des faveurs de cour, vous la maîtresse d'un roi après avoir été celle d'une foule de courlisans libertins...

— Ainsi, telle est votre opinion sur ma personne et ma conduite , monsieur? Inutile alors, comme vous le dites . d'essayer

de me jusliOer à vos yeux, interrompt Denise avec fierté et en quittant le siégequ'eile occupait pour continuer ainsi d'une voix ferme : Devant Dieu que je prends à témoin, au nom de tout ce qui m'est cher et sacré, j'affirme être innocente et pure des fautes dont on m'accuse , de n'avoir jamais failli à l'honneur ni à Ja vertu.

— lise pourrait? mais non, c'est impossible! Au moins, Denise, expliquez donc votre conduite^ pourquoi voikî m'avez abandonné et préféré pour époux un !.aridon , un chevalier d'industrie; pourquoi encore, vous jadis si modeste, la canfieur et la vertu même , vous avez subitement foulé à vos pieds ces précieuses qualités pour prendre le masque et ruilurc d'une

courtisane. Oh! oui, expliquez-moi tout cela , sortez-moi, s'il se peut, de l'étrange surprise , de l'extrême douleur où m'a plongé votre perte, où me plonge encore une conduite que je ne puis comprendre, s'écrie Antonin suppliant et en proie à un trouble extrême.

— En vous fuyant, en renonçant à vous, à une union qui devait faire ma gloire et mon bonheur , qu'il vous sufQse de savoir, monsieur , que je n'ai fait que cédera une volonté supérieure qui m'imposa votre perte et mon union avec un autre, comme étant un sacrifice nécessaire.

Mais celle volonté, ce sacrifice n'ont

pu vous èlre imposés que par votre père , reprend Antonin impatient.

— Oui, par mon père, réplique tristement Denise.

— Pour que l'auteur de vos jours vous donnât un tel époux, il y avait donc urgence , nécessité impérieuse ? Oh ! parlez ! cet homme menaçait-il la vie ou la liberté de votre père? Enfin, quelle puissance a été assez forte pour pousser le docteur Minard à faire le malheur et la honte de sa fille bien aimée, à parjurer la promesse qu'il m'avait faite de m'accepter pour gendre?

— Je voudrais pouvoir vous instruire,

afindebienme justiGerà vos yeux et de reconquérir votre estime;mais ce secret,dont vous m'engagez à soulever le voile, est celui de mon père et je dois le taire... Antonin^ qu'il vous suffise donc de savoir que je vous aimais d'amour extrême, qu'en renonçant à vous, en vous perdant, j'ai perdu tout le bonheur de ma vie^ sacrifice affreux,, douleur profonde que le devoir m'a forcé d'accepter... Maintenant, c'est l'àme en proie au plus profond désespoir, que je vous demande à genoux de ne point me maudire, de ne point me confondre avec ces femmes éhonlées qui ont perdu toute pudeur.. Ah ! croyez-moi, monsieur, croyez-moi ! malgré la trompeuse apparence qui m'accuse, je suis pure, innocente et décidée à mourir mille fois, avant de faillir à l'honneur, a lavorlu. Voilà, monsieur, ce que je \ou-

lais vous dire, ce qui m'a fait désirer avec vous ce dernier entrelien.

— Hélas ! hélas ! je voudrais vous croire, car je vous aime encore plus que ma vie , chère Denise , et il m'en coûte trop de vous mépriser... Au nom du ciel ! par pitié pour vous et pour moi qui souffre 'tant, confiez-moi cet important elfuneste secret auquel je suis redevable de votre perte et de notre malheur commun, ce secret, à !a conservation duquei il vous a fallu sacrilier vos plus chères alTections; alors, n ayant plus qu'à admirer en vous l'obéissance et le dévouement filial, mon cœur, débarrassé du poids affreux qui l'oppresse , vous plaindra et vous re{2;rettera le reste de sa vie,

— Trahir mon père! Oh! jamais! s'écrie Denise avec force. Je vous le répète, monsieur de Courvale, dans tout ce que j'ai fait, depuis un an que nous sommes séparés, tout, jusqu'à cette conduite légère qui m'attire le blâme des honnêtes gens, cette manière d'être et d'agir tant en opposition avec ma pensée et mes goûts, m'ont été imposées et me le sont encore chaque jour, à chaque heure, sans qu'il soit possible de me soustraire à ce honteux despotisme, sous peine d'être mille fois plus malheureuse et plus à plaindre encore que je ne le suis.

— Mais, c'est infâme î c'est horrible ! et ma tête s'égare rien qu'en essayant de trouver le mot de cette affreuse énigme • De-

uise- chère Denise! éclairez-moi, de grâce,

sur ce funeste mystère; ah • faites qu'il me

soit permis de vous arracher au despotisme

qui vous impose la honte et le malheur;

parlez, oh ' parlez, car j'entrevois ici

d'horrihles machinations, la fraude et le mensonge. Denise, on vous trompe afin de

mieux vous opprimer! dites un mot,et peutêtre alors me sera-t-i!permis de vous rendre au repos et au bonheur.

— Non , non , n'espérez pas m'arracher mon secret , car mon père est là, là, qui me crie silence, et me demande grâce et pitié ! s'écrie !a jeune femme en larmes et la tête égarée.

— 0 mon Dieu- tout ceci cacherait-il

un crime? se mita murmurer Antoniii, en fixant sur Denise un regard où se peignait l'épouvante; et comme Denise, pour lui répondre , levait des yeux noyés de larmes, la porte s'ouvrit précipitamment pour laisser entrer la vieille dame qui s'avança vers Denise.

— Madame, il vient de rentrer, il vous appelle, il vous cherche, il est furieux et a la menace à la bouche. Ahl venez vite, car c'est pour vous conduire chez le roi, qui veut vous voir et vous demande à Versailles. Hàtez-vous! s'empressa de dire la dame encore hors d'haleine.

— Vous entendez, monsieur? Eh bien !

maigre moi il faut obéir^ plaignez-moi. dit Denise (le l'accent du désespoir.

— Vous plaindre ! allons donc : parlez , liàlez-vous, madame, car vofre royal amant vous réclame et vous attend. Cela dit et accompagné d'un sourire ironique, Antonin, sans pitié pour le regard suppliant que fixait sur lui Denise attéréc et palpitante de douleur, Antonin donc, s'éloigna d'un pas rapide et gagna la rue où, sans témoin, il donna aussitôt cours au torrent de larmes qui le suffoquaient, en murmurant:

— Hélas ! je l'aimais tant I je ne pouvais l'oublier et il me faut la mépriser ! Ali! c'est at freux '•

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