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En moins d'un année, grâce au trafic avantageux que faisait Brizard Laridon, cet homme, de simple locataire d'abord de Thôtel qu'il occupait dans la rue des Trois-Pa\illons, en était devenu le propriétaire. Devenu maître de cette riche demeure, notre chevalier d'industrie s'était donc empressé d'y faire des embellissements et de remplacer l'ancien mobilier par un autre plus moderne et duquel rien ne pouvait surpasser la richesse et la beaulé. C'était dans ce somptueux séjour que cet homme, que nous rencontrâmes jadis au Cours-la-Reine, pauvre et couvert de haillons, se prélassait orgueilleusement et commandait à un monde de valets revêtus d'une brillante livrée , où il donnait insolemment audience à une foule de solliciteurs auxquels il vendait effrontément, à
prix d'or, des emplois, des places, des titres et des pensions, tout ce qui aurait dû être, sous un plus honnête ^gouvernement, la récompense du mérite ou de la valeur.
C'était encore dans une des nombreuses et élégantes pièces de cette magnifique demeure que Laridon, le regard furieux, le visage enflammé se promenait à grand pas en donnant les signes de la plus vive impatience.
— Sortir, s'absenter, au moment où elle m'est le plus nécessaire , au moment où le roi l'envoie chercher! Mais la malheureuse veut donc me ruiner ou que je fasse pendre son coquin de père? murmurait Laridon en frappant du poing avec fureur sur les marbres et les meubles au moment où
Denise, pâle et se traînante peine, entrait II. 10
dans l'appartement el se présentait à ses regards.
— Tudieu 1 femme du diable, d'où sortez-vous? reprit notre homme en s'avançant sur Denise.
— De la chapelle , où j'ai prié pour mon père.
—Votre père' je l'enverrai incessamment au bourrau, si vous n'apportez plus de zèle dans mes intérêts... Allons, à votre toilette, vite, et en route pour Versailles , la belle, car le roi vous demande.
— Mais, monsieur, je suis ce soir malade, souffrante, et...
— Qu'importe ! les affaires par-dessus tout, et encore mieux lorsque c'est un roi qu'il s'agit de satisfaire. Hâtez-vous, ma chère Denise, songez qu'il faut notre fortune qui est, je vous jure , en fort bon chemin , grâce à votre adresse et à vos charmes, et laquelle, depuis longtemps, égalerait celle d'un prince du sang, si, par votre farouche bégueulerie, vous n'aviez rebuté déjà vingt personnages des plus puissants et des plus généreux.
— Hélas ! cet horrible rôle que vous m'imposez, n'aura-t-il jamais une fin? se mit à soupirer Denise.
— Parbleu , la belle , je vous conseille de vous plaindre d'un emploi qui ne vous
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procure que plaisir, liomniages el adoralion de la pari de tout ce que la cour et la villeont de gens aimabieset distinguésid'un emploi qui met à vos pieds roi, princes et seigneurs qui. tous à l'envi, se disputent vos bonnes grâces, le moindre de vos sourires. Allons, allons, vous êtes aussi sotte qu'injuste, ma mie, en pleurnichant et vous plaignant sans cesse d'un sort que vous envient les plus nobles comme les plus puissantes dames de la cour. Mais assez causer, ma chère, et, de ce pas, courez à votre toilette.
Une heure après cet entretien et comme minuit sonnait, Denise, accompagnée de son digne époux, après être montée en carrosse, roulait sur Versailles.
- Çà, ma chère lemme, se mil à dire en roule l>aridon , rendez-moi compte , s'il vous plait, de l'état des attaires que je vous ai chargée d'amener à bien.. Leduc de St- Aigremont consent-il enfin à céder son régiment au petit prince de Carignac ?
vous savez que cette cession doit me rapporter deux mille iouis?
— Monsieur de Saint- Aigremonl refuse, répondit Denise.
— Tudieu ' c'est que pour le décider vous n'avez point assez joué de la prunelle, ma chère. 11 faudra revoir ce duc et déployer tous vos moyens de séduction pour l'amener où nous voulons... D'après ma recommandation , avez-vous lait votre visite
à monsieur de Richelieu, afin de le détourner du projet qu'il s'est mis en tête de faire de madame d'Etiolé , la maîtresse du roi ? projet dont la réussite vous serait nuisible, chère épouse, auprès du souverain qui, peut-être, déjà fatigué de vos grimaces et de votre pruderie, accepterait volontiers pour favorite une femme non moins belle que vous, et beaucoup plus facile.
— Je n'ai osé , monsieur; l'audace, la réputation galante et redoutable du duc de Richelieu m'ont fait craindre et reculer devant cette démarche.
— Sottise de votre part; avez-vous peur que Richelieu vous prenne de force?
— Je redoute l'insulte à laquelle vous m'exposez sans cesse, monsieur.
~- Vous irez chez le duc, pas plus tard que demain, je le veux, cela sera !
A cet ordre impérieux , Denise ne répondit que par un profond soupir.
— A propos, la famille du prince de K... lequel est enfermé depuis trois ans à la bastille, de par ordre du roi, méfait offrir cent mille livres si, par votre crédit auprès de Sa Majesté, je parviens à lui faire rendre la liberté. L'affaire est bonne et faisable, vous vous en occuperez sérieusement.
— Accordez-moi au moins le droit de
demander aussi la liberté de mon pauvre
père qui, depuis un an , et sans pitié pour
sa souffrance , pour mes larmes et mes prières , vous retenez sous les verroux
d'une lugubre prison.
— Certes, je ne demanderais pas mieux que de voir le cher beau-père en liberté et de vivre avec lui en bon camarade, mais aussi pourquoi est-il autant rageur et se permet-il d'attenter à ma vie, chose perfide et des plus indélicates, surtout envers un ancien ami de jeunesse et de débauche? ce qui fait, madame, que je vous défends de lui jfaire ouvrir la cage sans ma permission, sous peine de dénonciation et de pendaison de par sentence de haute et criminelle justice.
— Mon Dieu ! ne m'arracherez-vous ja-
mais à celle odieuse el cruelle dominalion! Dieu puissant, prenez ma vie, car je ne me sens plus la force de la supporter ! se mit à murmurer Denise douloureusement , prière que Laridon salua d'nn bruyant éclat de rire.
La route venait de s'achever en silence, et le carrosse de s'arrêter dans la cour du château de Versailles, lorsqu'un chambellauj prenant Laridon à part à sa descente de voiture, lui annonça que le roi, s'étant subitement trouvé indisposé dans la soirée et ne pouvant recevoir, remettait au lendemain l'audience particulière qu'il consentait à accorder à madame Brizard.
En apprenant ce contre-ordre, Denise en ressentit autant de joie que son indigne mari en éprouva de mécontentement; mais
cti n'était que partie remise, car,après avoir achevé le reste de la nuit dans une hôtellerie de Versailles, la pauvre femme, ainsi qu'un condamné conduit au supplice, fut ramenée au château dans la matinée , et introduite dans l'appartement privé du souverain. Louis XV, en voyant entrer cette femme pâle et languissante, qui s'efforçait de grimacer le sourire , s'empressa de venir à sa rencontre pour la conduire sur un siège où il se plaça à ses côtés.
— Sire, je viens à vous...
— Demander quelques grâces et faveurs de par ordre de votre mari, je sais cela; mais avant d'écouter votre supplique, je veux et j'exige, charmante Brizard, que
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VOUS me fassiez entendre certaine réponse qii'i! me tarde d'apprendre et que vous m'avez promise, dit le roi, interrompant Denise, et en passant un bras amoureux autour de sa taille divine.
— Sire, qu'exigez-vous? que je vous aime d'amour, que je cède aux transports du tendre sentiment que je vous ai inspiré, dites-vous? hélas! soyez indulgent, bon comme il vous plait de l'être souvent, en n'exigeant rien de ce qui pourrait porter atteinte à mon honneur.
— Quoi ! autant de vertu, de résistance, lorsque tant de femmes ! = .. en vérité, madame, je ne puis comprendre cette obstination de votre part, à vouloir me rendre
ie plus amoureux comme le plus malheureux des hommes, en venant sans cesse ici exposer à mes yeux éblouis vos attraits enchanteurs , attiser mes désirs brûlants, lorsque votre cœur impitoyable a juré de rester insensible à mon amour.
— Sire, en osant ainsi venir vous importuner , hélas ! je ne fais qu'obéir , vous le savez...
— Oui, aux volontés du plus exigeant des hommes qui, parfaitement convaincu de la puissance irrésistible qu'exercent les divins attraits de sa charmante femme, s'en fait un mérite, une arme même pour nous arracher grâces et faveurs. Oh ! le drôle *st adroit ! quant à moi, belle Brizard, ne
voulant pas être plus longtemps la dupe de cet ambitieux mari et le martyr de l'indifférence de sa femme, trouvez bon que je réserve mes largesses pour qui m'aimera et m'en donnera la preuve.
— Sire, me feriez-vous l'injure de douter de l'amour et du dévoùment de votre fidèle sujette ? demanda Denise en souriant.
— Aimez tant qu'il vous plaira le roi de France, de cet amour public que lui portent vingt millions de sujets, mais c'est un amour moins général, plus expressif que vous demande aujourd'hui , non le roi , mais un amant qui vous adore, répond Louis en attirant à lui la tête de la jolie
femme, pour déposer un brùlantbaiser sur ses lèvres et tenter, en même temps, un larcin amoureux.
— Pitié, sire ! s'écria alors Denise en s'échappant des bras du souverain pour courir, rouge et alarmée, se réfugier à l'extrémité de la chambre. Ah! laissez-moi , sire , car plutôt mille fois la mort que le déshonneur , même de la part d'un roi, reprit Denise effrayée en cherchant à éviter Louis qui, le regard enflammé, la poursuivait les bras ouverts pour la saisir de nouveau. Hélas' n'est-il donc nulle sécurité pour une femme honnête, même auprès de ceux que Dieu a placés sur terre et qu'il a fait rois pour protéger la vertu contre les atteintes du vice?
~ 159 — dit Denise de l'accent du désespoir.
A ces mots, Louis s'arrêta subitement en fronçant le sourcil, puis s'en fut se jeter pensif sur un siège.
— Grâce ! si mes paroles ont pu vous offenser, sire, reprit la jeune femme un instant après, en voyant le roi mécontent, garder le silence et tenir les yeux baissés.
— Les rois, madame, ne sont pas plus que les autres hommes exempts de faiblesses et de passions, et s'ils succombent quelquefois, la faute est à ceux qui sont assez vils pour spéculer sur leurs faiblesses, répondit Louis avec humeur.
— Oh ! je sais que vous êtes fort et généreux lorsque vous le voulez ; je sais encore, sire, qu'étant habitué en amour à des triomphes faciles, vous n'en estimez que davantage la vertu et l'honneur chez une femme, et c'est convaincue de ces grandes qualités que vous possédez, que je me rapproche de vous, mon roi, sans regret et sans crainte, afin de vous demander grâce et respect , faisait entendre Denise en s'avançant vers le roi pour s'agenouiller à ses pieds.
— Relevez-vous, enchanteresse, je vous déteste ! allez-vous-en, je ne veux plus vous revoir jamais, reprend Louis en donnant du bout des doigts un petit soufflet amical à Denise, qui, s'emparant aussitôt de la
main du monarque, la porta à ses lèvres pour y déposer un baiser.
- Tenez, vous êtes une petite sauvage et en même temps une petite sotte car; enfin, cette grande vertu dont vous êtes si fière, croyez-vous donc que le monde y ajoute foi et vous en tient compte lorsqu'il vous sait ici, avec moi, en audience particulière? Non, non' ne le pensez pas, car tous vous disent ma maîtresse et ils se trompent sur notre compte en vous calomniant et en me croyant heureux par votre possession.
— Sire, que votre estime me soit acquise, que ma conscience ne me reproche rien, et je suis contente.
— Cela ne suffit pas, enfant; car ii ne s'agit pas d'être sage, il laut encore passer pour tel, ('t ceci vous est interdit, grâce aux visites que vous m'avez faites, aux quelques faveurs que j'ai distribuées d'après votre demande. Ah! voire mari est un grand fou ou un grand coupable I dit le roi indigné, pour reprendre vivement : voyons ce qu'il vous envoie demander?
— Veuillez lire, sire, répond Denise en présentant un papier.
— Qu'est cela ! . . . une demande en grâce delà part du prince de K...; non, non! ce drôle mourra à la Bastille, je l'ai promis.
— Sire , un peu de clémence, et Dieu
vous en récompensera, dit Denise d'une voix suppliante.
— Or ça. madame, savez-vous que celui pour qui vous implorez ma clémence est un homme abominable qui s'avisait, pour passer son temps, à tirer sur mon peuple comme sur un gibier de chasse; crime qui devait lui coûter la vie, dont je lui ai fait grâce, mais à la condition qu'il achèverait à la Bastille le reste de ses jours, et je tiendrai parole. Point de miséricorde pour les scélérats et les assassins !
A ces derniers mots prononcés avec fermeté, Denise sentit tout son corps frissonner; la pauvre femme venait de penser à son père. Encore quelques instances en
faveur du prince prisonnier, mais voyant le roi tenir bon, Denise n'insista plus, et quelques minutes après elle prit congé de Sa Majesté, dont un gracieux sourire lui prouva qu'elle emportait Testimeet l'amilié du roi.
— Eh bien ! cette grâce du prince? s'informa vivement Laridon en revoyant sa femme.
— Inutile d'y penser, monsieur, le roi
la refuse avec opiniâtreté.
— Bonne récompense perdue ; c'est fâcheux ! mais je m'en console en pensant au crédit immense que me procure aujourd'hui l'audience secrète que vient de vous
accorder Sa Majesté ^ car, ma chère, qui, désormais, osera faire entendre un refus au mari de la favorite du roi ! s'écria, joyeux, Laridon, à qui Denise ne répondit que par un soupir et par un regard de mépris.
Yl
liieideiils divers.
Le surlendemain de son entrevue avec Denise, Anlonin , l'âme affaissée par la douleur et après une nuit sans sommeil, se leva de grand matin afln d'avoir le temps d'écrire quelques lettres et surtout à sa
mère, avant de se rendre chez le vieil officier de Versailles, ce protecteur inconnu que lui avait envoyé la Providence. Comme le jeune homme était à son bureau, Gobinac, tout joyeux, vint l'interrompre pour lui communiquer un de ces papiers du jour, appelé Nouvelles à la main, sorte de Ga zette en opposition avec le gouvernement, moyen de suppléer au despotisme de la censure qui, en dépit de la police , se vendait et distribuait ouvertement; iéuilles hardies qui dénonçaient les turpitudes du pouvoir, les exactions des gens en place, et les anecdotes croustilleuses , scandaleuses, dévergondées de la cour et de la ville ; feuilles enfin, où, bien souvent, le mensonge et la calomnie prenaient leurs franches coudées.
— Sandis! mon cher Ânlonin, voici dé quoi vous consoler dé la perle d'une ingrate maîtresse, et capable dé changer envers elle vos regrets, votre amour en un mépris souverain.,. Tenez , lisez ce petit article que renferme ce journal, et dites-moi après ce que vous en pensez.
AntoniUj troublé, prit donc la téuille pour lire ce qui suit :
« Hier, la belle madame Brizard, dont » la beauté fait en ce moment sensation » à la cour comme à la ville, a été reçue » parle roi , qui lui a accordé une audience >» secrète de plus de trois heures. On >> assure que cette jeune et belle femme, » dont Sa Majesté est, dit-on, fort éprise,
» ne vise à rien moins que de supplanter la » favorite en titre. »
— L'infâme ! accepter tant de lionte ! s'écria Antonin après avoir lu et en froissant la feuille avec colère.
— J'espère, moucher, que maintenant la chose est claire; trois heures avec lé roi, avec lé plus puissant galantin dé France, voici qui dit tout et est positif, sandis !
— Hélas ! s'il ne m'est plus permis de l'estimer, qu'il me soit au moins permis de laplaindre,'moi, qui l'ai tant aimée! s'écria Antonin les yeux noyés de larmes.
— Cadédis ! et moi donc qui l'adorais,
quelle déception ! ami. nous nous consolerons ensemble; mais, pour lé quart- (l'heure^ permettez que je vous quitte, afin de rétourner auprès dé mon adorable moitié, dé ma légitime qui, ce matin, est d'une exigence monstrueuse.
Ayant dit, Gobinac s'échappa de la chambre, et de Courvale , resté seul, soupira douloureusement.
— C'en est tait, oublions-la , oublions cette femme indigne des regrets et de l'amour d'un honnête homme, murmura le jeune homme, en essuyant sespleurs, pour ensuite reprendre la plume et essayer, mais en vain, de continuer sa correspondance.
I/heure étant arrivée de se rendre chez le vieil offlcier, deCourvalesemiten roule pour se présenter à la demeure de son protecteur, qui l'attendait et vint à sa rencontre en lui faisant le plus aimable accueil .
— Asseyons-nous, mon jeune ami, et hàtez-vous de m'expliquer les affaires qui vous amènent à Paris et vous font solliciter à la cour, dit l'officier.
Invitation à laquelle Antonin s'empressa de se rendre en s'étendant longuement sur le procès qu'intentait, à sa mère ainsi qu'à lui, le gouverneur de leur province.
Fort bien ! sous peu on vous fera
justice des prétentions de cet incivil gouverneur; soyez sans inquiétude et croyez votre affaire en bonnes mains.
Maintenant, mon jeune ami, sans craindre d'abuser de l'intérêt que je vous porte et que vous m'avez inspiré, dites-moi franchement si vous seriez flatté d'occuper quelque poste honorable et lucratif, soit à la cour, soit dans le gouvernement?
— A la cour, oh ! jamais ' merci, monsieur, de votre offre obligeante; mais mon unique désir est de vivre en paix et obscur dans la province qui m'a vue naître, etd y consacrer mon temps et mes soins à la meilleure des mères que je prie Dieu de me conserver.
— Ainsi vous n'avez rien autre à exiger
de moi. hors mes soins pour arrêter ce malheureux et injuste procès qui menace votre fortune ?
— Rien autre , monsieur , répondit Antonin ; puis après un instant de silence : cependant, reprit-il, j'oserai encore abuser de votre extrême complaisance en vous priant de m'indiquer les moyens les plus sûrs pour me procurer des nouvelles du marquis Anatole de Montigny, un de mes amis d'enfance , bon et excellent jeune homme , dont la subite disparition, plonge sa famille et ses amis dans la plus vive inquiétude.
— Ce jeune homme occupait-il quelque emploi ? s'informe l'officier.
— Au moment de sa disparition, il sortait des mousquetaires de la maison du roi; je vous dirai encore qu'on le suppose enfermé dans quelque prison, àia Bastille, peut-être.
— Je m'en informerai, et, à moins que quelque faute s^rave n'ait été la cause de sa détention, je pourrai sans doute vous rendre cet ami.
— Que votre charité est grande, monsieur, et combien je vous devrai de reconnaissance. Mais quelle est donc l'étendue de votre puissance, pour pouvoir, à votre guise, obliger ainsi les malheureux
Ma puissance n'esl aulre que celle
du roi qui, jaloux de réparer autant que possible les injustices et les erreurs de ceux à qui il confie le bonheur de ses sujets, daigne prêter, de temps en temps, l'oreilleàmes réclamations. Par exemple, hier, j'étais tout prêt de lui parler de vous, de l'intéresser en votre faveur, lorsqu'il m'a fallu le quitter pour faire place à madame Brizard, à qui il désirait donner audience.
— A Denise ! exclama Antonin avec tristesse.
— Ah ! ah ! vous savez le nom de cette femme charmante ? auriez-vous l'avantage et le bonheur de la connaître, et d'être connu d'elle?
— Oui, répond tristement Antonin.
— Alors je vous en félicite^ mon jeune ami. Quelle femme! ou plutôt quel ange de beauté et de vertu! dit l'officier avec enthousiasme.
— Ah I dites plutôt quelle infâme et honteuse courtisane, car ainsi mérite d'être traitée la maîtresse banale des seigneurs et des puissants du jour, s'écrie Antonin avec indignation.
— Monsieur de Courvale, j'ignore ce qui a pu mériter de votre part, à madame Brizard, les dénominations injurieuses que vous venez défaire entendre, mais ce qu'il