‹ Le médecin de la familleChapitre 1 sur 43 · PARIS · texte numérisé non relu

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PRÉFACE

Le bonheur sur la terre, est une violette qui croît dans la mousse ou sous la ramée ; il ne lui faut qu’un coin abrité, de l’ombre, une température moyenne et la rosée du ciel. Le bonheur comprend la santé, des goûts simples, des mœurs pures, des croyances sincères, et la réciprocité cordiale des affections.

Un poëte l’a dit avec raison :

Pour vivre heureux, vivons cachés.

La santé est indubitablement le premier et le plus précieux des biens de ce monde. Sans elle, la vie n’est qu’une amère dérision, et mieux vaut le repos éternel qu’une existence cacochyme.

Chose étonnante, il est si peu de gens qui se préoc-

PRÉFACE

cupent sérieusement de la conservation de ce bien inappréciable, qu’on serait tenté de croire qu’ils pensent n’avoir jamais à craindre de le perdre. Et pourtant une multitude de causes de nature diverse nous assiègent constamment, se concertent sans cesse et travaillent sans relâche pour nous enlever ce bien à nul autre pareil : l’air que nous respirons, les corps qui nous entourent de toutes parts, les aliments dont nous usons, jusqu’à la profession meme que nous exerçons, tout enfin semble conspirer par moments contre nous, et chercher à jeter le brandon de la discorde dans le jeu régulier de nos fonctions organiques.

Toutes ces causes morbifiques existent et agissent nonobstant notre volonté et malgré tout le désir que nous avons de les voir détruites.

Mais il en est d’autres que nous enfantons de gaieté de cœur: ce sont les plus terribles et les plus meurtrières, par la raison qu’elles nous atteignent d’une manière plus directe et qu’elles nous frappent plus profondément : l’intempérance, le libertinage, les veilles prolongées, le travail forcé, la paresse même, enfin les passions, qui sapent la vie dans sa sève et brisent la santé plus vite et d’une manière plus nette que toutes les causes destructives.

Naître, souffrir et mourir, voilà la destinée de l’homme, s’est écrié un philosophe. Oui, sans doute, l’homme a beaucoup à souffrir : on pourrait dire néanmoins qu’il doit une grande partie de ses misères à son imprévoyance et à ses excès.

Avouons-le : l’homme, méconnaissant souvent tout le prix de la santé, et ignorant les sages préceptes

PRÉFACE

établis par la science pour la conservation de ce bien si cher, commet journellement des actes qui lui préparent des maux quil aurait pu s’épargner.

S’il est d’une nécessité réelle que l’homme sache ce qu’il doit faire et éviter pour conserver la santé et se préserver desmaladies et des infirmités qui trop souvent abrègent l’existence ou la rendent pénible, à supporter, il n’est pas moins indispensable qu’il connaisse quelques moyens d’une efficacité reconnue par la science, poulies employer alors que sa vie sera menacée ou que sa santé sera sur le point de faillir.

En effet, parmi les accidents auxquels nous sommes exposés, il en est quelques-uns qui attaquent la vie d’une manière si rigoureuse, qu’ils ne laissent pas le temps d’appeler les secours nécessaires, et que les ressources de l’art deviennent inutiles, faute d’être administrées sur-le-champ. Il en est d’autres d’une nature plus bénigne à la vérité, mais dont les conséquences sont souvent plus graves qu’ elles ne devraient l'être, par la raison que l’on n’emploie pas assez promptement les remèdes indiqués. Enfin, il est une foule de petites incommodités auxquelles nous sommes journellement sujets, et qui paraissent avoir si peu d’importance qu’on n’y prête pas la moindre attention. Cependant, elles font parfois des progrès, et c’est alors qu’elles méritent un soin plus particulier, tandis que quelques moyens simples, mis à contribution dès le commencement, les auraient fait disparaître en très-peu de temps.

En plaçant l’homme àla tête de la création, Dieu n’a pas voulu le livrer sans défense aux maux qui l’attendent sur le chemin de la vie. Il suffit de jeter un regard

PRÉFACE

sur les productions qui embellissent la terre, pour voir qu’il a répandu partout des secours et des consolations.

Voilà les considérations qui nous ont fait entreprendre l’ouvrage que nous offrons aux familles. Nous nous sommes abstenu de termes techniques autant que la na ture du livre nous le permettait, afin d’en favoriser l’intelligence aux personnes qui ne sont point initiées dans la science médicale. Nous avons aussi négligé l’élégance du style, pour nous attacher à la clarté. Nous ne savons si nous avons réussi.

Nous osons espérer que ce livre sert, comme l’a été naguère celui que nous avons adressé à la classe ouvrière sous le titre de : Médecin de V Ouvrier , favorablement accueilli par les familles, et qu’elles retireront la plus grande utilité des instructions suffisamment détaillées qu’elles y trouveront.

Notre récompense est toute trouvée dans la pensée d’avoir accompli une bonne action.

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