CHAPITRE IX
SYSTÈME SENSORIAL.
Les extrémités périphériques des fibres nerveuses sensitives aboutissent soit à la surface des membranes muqueuses et de la peau, soit à l’intérieur des organes spéciaux des sens, soit enfin à la trame des divers tissus
organiques. Ces extrémités sont susceptibles de rece • voir des impressions, et sont capables de les transmettre par un mouvement centripète jusqu’aux centres nerveux.
Lorsque ces impressions sont transmises jusqu’au cerveau, elles déterminent ce qu’on appelle une sensation, c’est-à-dire une modification du moi, qui l’avertit d’un changement dans l’état du corps. Le cerveau étant intact ainsi que les conducteurs nerveux, une impression sentie lui est constamment transmise par l’irritation de toute extrémité nerveuse sensitive des nerfs de l’axe cérébro-spinal.
Dans les circonstances ordinaires, les extrémités des nerfs ganglionnaires qui Se distribuent aux organes intérieurs destinés à la vie de nutrition , appareils respiratoire, circulatoire, digestif et sécréteur, ne transmettent pas jusqu’au cerveau les impressions qu’elles reçoivent, et leur irritation physiologique n’est pas accompagnée de sensation. Ainsi, le sang entre dans le cœur et en sort; les aliments parcourent le tube digestif sans que nous ayons conscience de leur passage au contact des surfaces vivantes. Ces parties peuvent être piquées et coupées sur l’animal vivant sans qu’il manifeste de la douleur. Mais les douleurs qui se produisent dans ces parties par suite de l’état de maladie prouvent que les nerfs ganglionnaires sont doués aussi de sensibilité. Seulement, cette sensibilité, habituellement latente, ne se développe qu’accidentellement et dans des conditions exceptionnelles.
De ce que, dans les circonstances ordinaires, les impressions reçues par les extrémités nerveuses ganglion^
naires ne sont pas accompagnées de sensation, il n’en faudrait pas conclure que ces impressions n’existent pas et ne sont pas transmises à des centres nerveux autres que le cerveau. Il est certain, au contraire, que ces impressions se produisent e^ se transmet' ent jusqu’aux centres ganglionnaires pour produire , par réaction de ces centres, soit des mouvements, soit des formations sécrétoires, ainsi que le prouvent la contraction progressive de toute la longueur du tube digestif sur les matières alimentaires qui touchent sa membrane muqueuse, et le fait de la formation de salive, de suc gastrique, de suc intestinal, de bile et de suc pancréatique, que provoque le contact de la matière alimentaire à mesure qu’elle traverse la bouche, l’estomac et l’intestin.
Ainsi, les extrémités nerveuses ganglionnaires transmettent constamment l’impression qu’elles reçoivent à leurs ganglions centraux ; ce qui détermine, sans que l’animal en ait conscience , des réactions motrices et nutritives, et transmettent quelquefois ces impressions jusqu’aux centres nerveux supérieurs, ce qui détermine des sensations sous forme de douleur.
Les extrémités sensitives des nerfs cérébro-spinaux transmettent toujours leurs impressions au cerveau sous la forme de sensation ; mais, soit en raison de la disposition de ces extrémités, soit en raison de la nature des parties nerveuses centrales où les fibres aboutissent, les sensations diffèrent notablement les unes des autres.
Les sensations externes ont pour condition de leur manifestation l’action immédiate d’un corps extérieur pondérable ou impondérable sur l’extrémité nerveuse
sentante, et elles se produisent sous cinq formes distinctes qui constituent les cinq sens ; le toucher, le goût, Y odorat, la vue et Y ouïe. Elles sont relatives à la connaissance que l’animal doit acquérir sur les corps et les êtres qui l’entourent.
Les sensations internes se produisent spontanément sans ou avec action d’un corps au contact de la surface sentante; elles ont pour caractère commun d’être une sensation pénible, et elles se manifestent sous la forme de besoins sentis : besoin de respirer, derejeter l’urine, les matières fécales ; faim, soif ; besoin de la reproduction. A ces sensations se rattachent la satiété, le dégoût, la nausée, le besoin de bâiller, de tousser, de cracher, d’éternuer, etc. Toutes ces sensations internes représentent une modification des extrémités nerveuses des nerfs cérébro-rachidiens, distribués aux appareils respiratoire, digestif et génito-urinaire, dont la condition est, pour un certain nombre, le contact d’un corps avec la surface sentante ; dont la condition est pour plusieurs, telles que la faim et la soif, une modification spontanée, inconnue.
Les sensations externes représentent aussi une modification des extrémités des nerfs cérébro-rachidiens; mais les conditions de leur manifestation sont mieux connues et plus faciles à déterminer.
Le toucher est la' forme la plus générale et la plus répandue des sensations externes. Toutes les extrémités sensitives des nerfs rachidiens et du nerf trifacial ont la propriété de transmettre, quand elles sont irritées par un agent quelconque, la sensation. du toucher, et de plus la sensation de chaud ou de froid.
Pour que le toucher soit possible, il suffit que le corps extérieur soit en contact avec la membrane ou le tissu où aboutissent les fibres sensitives terminales. La main, en raison du plus grand nombre de ses fibres sensitives, et en raison de sa configuration qui lui permet de saisir les corps, de les embrasser et de les mouvoir, est l’organe du toucher par excellence, celui qui est apte à faire connaître dans toutes leurs nuances les plus variées les qualités tactiles des corps.
Le goût a pour organe la portion de la muqueuse buccale qui recouvre la langue et la gorge. Les nerfs conducteurs de l’impression sensitive sont pour la langue le nerf lingual , qui se distribue à la muqueuse de manière à se terminer par de petits renflements appelés papilles, et pour l’arrière-bouche le nerf glosso-pharyngien. La plupart des corps solubles dans la salive modifient le nerf gustatif de manière à donner naissance à des impressions qui sont perçues sous les mille formes de la saveur, susceptibles d’être rapportées à plusieurs types, le doux, le sucré, l’amer, l’acide, etc., et se résumant, au point de vue du but final, en saveurs agréables et désagréables.
Des caractères analogues de variété, d’indétermination et de résolution en sensations qui plaisent ou répugnent, appartiennent aux odeurs, lesquelles résultent du contact des particules odorantes émanées des corps avec la membrane muqueuse des fosses nasales où s’épanouissent les nerfs olfactifs. L’air atmosphérique , dans son passage au travers des fosses nasales pendant l’inspiration, est le véhicule des particules odorantes dont s’imprègne le mucus de la pituitaire.
Par le toucher et le goût, l’animal ne prend connaissance des qualités de la matière extérieure qu’à la condition du contact immédiat des corps avec son propre corps. Par Y odorat , bien que les particules odorantes soient l’objet essentiel de la sensation, et agissent aussi, pour produire l’odeur , par contact immédiat, l’animi est informé de la présence, à une distance plus ou moins grande, des corps qui sont la source des émanations odorantes. C’est à Y ouïe, et surtout à la vue , qui sont, à proprement parler, les deux sens de la connaissance, que l’animal doit la réalisation de ses rapports de sensibilité avec tous les corps et avec tous les êtres qui, situés en dehors de lui, ont avec la destination de sa vie une relation quelconque.
La condition physiologique essentielle de ces rapports est pourtant aussi un contact, mais c’est le contact avec la surface sentante soit d’un corps impondérable, la lumière, soit d’une impulsion oscillatoire des ondes lumineuses ou des ondes sonores qui se transmettent au travers de l’air à de grandes distances, des corps lumineux jusqu’au nerf optique pour la vision, et des corps en vibration sonore jusqu’au nerf acoustique pour l’audition.
Mais pour réaliser, dans des conditions efîcaces, avec toutes les nuances relatives à la variété des phénomènes, ce contact des parties sentantes avec les agents extérieurs , le nerf dans sa terminaison, et l’organe où il se distribue dans sa conformation, ont reçu une appropriation qui les assimile dans leur aptitude spéciale aux instruments d’optique et d’acoustique que l’industrie humaine est parvenue à créer à l’imitation des œuvres de Dieu.
LE MÉDECIN DE LA FAMILLE Gî>
L'œil, organe de la vision , est constitué par un ensemble de parties fort complexes qui se rapportent soit à sa conservation et à ses mouvements, soit à son action d’instrument optique.
L’instrument optique est le globe de l’œil. Il consiste en une enveloppe spliéroïdale, la sclérotique, qui offre à sa partie antérieure un segment circulaire transparent, la cornée, pour le passage des rayons lumineux, et à sa partie postérieure un trou rond par lequel s'introduit le nerf optique , qui se développe immédiatement en une membrane nerveuse, la rétine , doublant en dedans la sclérotique de manière à tapisser les trois quarts postérieurs de la cavité spliéroïdale du globe de l’œil. C’est sur cette expansion nerveuse qu’arrivent les rayons lumineux pour la pénétrer de part en part et s’arrêter sur une membrane absorbante , imprégnée de matière noire, la choroïde. Au niveau de l’union de la cornée avec la sclérotique, la cavité de l’œil est séparée en deux parties par une cloison verticale , membraneuse , musculeuse , diversement colorée , mobile , Y iris, percée au centre d’une ouverture arrondie , la pupille. La partie antérieure de la cavité de l’œil est remplie par un liquide transparent, humeur aqueuse. La partie postérieure contient le cristallin , lentille arrondie bi-convexe, placée de champ derrière l’iris , enchâssée en arrière dans une concavité du corps vitré, masse transparente constituée par des cellules pleines d’eau, qui remplit toute la cavité postérieure jusqu’au contact immédiat de la rétine.
Les rayons lumineux qui tombent sur la cornée peuvent parvenir jusqu’à la rétine en traversant les divers
milieux transparents , la cornée , l’humeur aqueuse , le cristallin et le corps vitré En traversant ces divers milieux qui sont de densité différente et qui représentent un système de lentilles convergentes, ces rayons éprouvent une triple réfraction. Il en résulte que ces rayons changent de direction en traversant ces milieux , de manière que le faisceau de rayons divergents qui, parti d’un point extérieur, tombe sur la cornée, et représente un cône dont la base est sur la cornée, parvient jusqu’à la rétine en représentant un cône de rayons convergents dont la base est à la cornée et le sommet à la rétine. La rétine devient ainsi le foyer des rayons lumineux émanés des corps, où ces rayons peignent ces corps sous une image que l’on peut constater sur un œil d’animal , à la condition que la sclérotique soit transparente par suite de l’état d’albinisme. C’est l’impression de cette image sur la rétine qui est transmise par le nerf optique jusqu’au cerveau, ou elle devient une sensation perçue.
Pour s’accommoder aux diverses conditions de la vue nette et distincte des objets dans toutes les variétés de distance, d’éclairement et déposition, l’instrument optique est susceptible de mouvements. Les mouvements de l’iris, en faisant varier les dimensions de l’ouverture pupillaire, font varier la quantité des rayons admis. Le globe del’œilest comme suspendu dans un état d’équilibre entre des forces musculaires, représentées par quatre muscles droits, un inférieur, un interne, un externe, et par deux muscles obliques. En agissant séparément ou en combinant diversement leur action, ces, muscles impriment au globe de l’œil des mouvements qui font prendre
à Taxe de l’axe de l’œil toutes les directions que réclament les variétés de position dans les objets.
Au-devant du globe de l’œil s’étendent les paupières, dont la supérieure, par son mouvement d’élévation ou d’abaissement, représente comme un rideau qui permet ou interdit l’accès à la lumière.
Les s ourdis, développés au-dessus des yeux, et les cils, dont est garni le bord des paupières, défendent contre l'irritation de la poussière le globe de l’œil constamment baigné à sa surface par les larmes, pour l’entretien de sa transparence et la facilité de ses mouvements.
L’appareil de l’audition n’est pas moins compliqué que l’œil, et les usages de ses diverses parties constituantes sont moins exactement connus.
Les vibrations sonores sont transmises par le moyen de l’air au nerf acoustique.
L ' oreille externe cartilagineuse représente comme le pavillon d’un cornet acoustique dont le tuyau commence au conduit auditif, creusé dans l’os temporal. C’est par ce canal que s’introduisent les ondes so nores, pour venir frapper et mettre en vibration une membrane élastique tendue an fond de ce canal, le tympan.
Au delà de cette membrane existe une cavité, la caisse , qui est remplie d’air qu’elle reçoit de l’arrière-bouche par un canal appelé trompe d’Eustache. En arrière de cette cavité et à l’opposite de la membrane du tympan existe une membrane du même genre qui bouche deux ouvertures appelées fenêtres ovale et ronde. Ces deux membranes sont réunies par une chaîne de petits os
appelés marteau , enclume , os lenticulaire , étrier, mus par deux muscles.
Les vibrations de la membrane du tympan se transmettent à la membrane de la fenêtre ovale au moyen de cette chaîne osseuse, de l’air contenu dans la caisse et des parois osseuses de cette caisse. Les fenêtres ovale et ronde mettent la caisse en communication avec le vestibule qui est l’aboutissant d’un système de canaux appelés limaçon et canaux semi-circulaires, dont l’ensemble forme le labyrinthe ou V oreille interne. Ces canaux contiennent de l’eau dans laquelle plongent les filets du nerf auditif. Les vibrations de la membrane des fenêtres se transmettent à l’eau et au nerf ; et le nerf, en transmettant ses impressions au cerveau, réalise la condition de la sensation de l’ouïe.
Les sensations et les sentiments qui expriment les besoins et les 'penchants, le désir de satisfaction qui leur est inhérent, les émotions de plaisir ou de peine qui se rattachent à la manifestation et à la satisfaction des besoins et des penchants, les idées qui se produisent pour représenter ces divers états actuellement par \& perception, et en quelque sorte perpétuellement par la mémoire , les jugements que l’intelligence produit avec les idées, les volitions par lesquelles l’àme, après délibération sur les mobiles et les motifs % se détermine à Y action, tous ces faits, qui entrent comme éléments dans le déploiement de la force de l’âme, quand elle se manifeste pendant la vie, sont liés à l’action physiologique du système nerveux, et plus particulièrement à l’action du cerveau, qui est à proprement parler l’instrument de lame.
Pour la réalisation de ses rapports sociaux, l’homme a, comme moyens de communication avec les êtres animés, les expressions passionnées et la voix qui lui sont communes avec les animaux, la parole qui lui appartient en propre.
La parole est formée par le concours de deux organes, le larynx et la langue.
Le larynx , constitué par les cartilages thyroïde , cricoïde et arythénoïde, qu’unissent des ligaments, situé au-dessous et en arrière de la langue, à laquelle il est uni par l’os hyoïde, forme un tuyau respiratoire, une sorte d’embouchure qui s’ouvre au fond du gosier par une ouverture, la glotte , au-dessous de laquelle est placé un opercule mobile, Xépiglotte , destiné à fermer cette ouverture au moment du passage des aliments et des boissons. A l’intérieur de la glotte existent deux replis antéro-postérieurs, cordes vocales , que des muscles peuvent tendre, écarter, rapprocher, raccourcir, et que l’air expiré peut mettre en vibration à la manière des anches pour produire des sons.
La langue, qui est située dans la bouche et qui est constituée par des muscles, en prenant diverses formes et diverses positions, et en s’aidant du concours du voile du palais, des lèvres et des dents, imprime aux sons produits par le larynx, sons vocaux ou voyelles, l’articulation qui leur donne le caractère des consonnes, de manière à former des syllabes, éléments des mots.
C’est ainsi que se trouve produite la parole, qui, par son mécanisme, n’est pas au-dessus de la portée de certains animaux ; mais qui, en tant que les mots expri-
ment des idées et se rattachent à l’admirable création des langues, révèle dans l’homme, en même temps que la supériorité de son génie, la supériorité de sa nature et de sa destination.