SYSTÈME LOCOMOTEUR ET SENSITIF
Chacune des parties et du squelette est susceptible , relativement aux autres parties, de mouvements plus ou moins étendus qui peuvent être rapportés aux mouve-
ments de flexion , d'extension, d’ abduction , d1 adduction et de rotation.
Dans ces mouvements les os jouent le rôle de leviers, la puissance est l’action musculaire, la résistance est le poids de l’organe à mouvoir. Toutes les variétés de l’action du levier se trouvent réalisées dans la mécanique des mouvements des animaux, qui exigerait, pour être développée, des détails que cet ouvrage ne saurait comporter, et qui, dans les actes les plus compliqués, tels que la station, la marche, la natation, se résume en des applications variées de la puissance du levier représenté par l’os mobile, sous l’influence de la force représentée par la contraction musculaire.
Les mouvements offrent des différences importantes relativement aux causes internes qui les déterminent. Sous ce point de vue, les mouvements peuvent être distingués en volontaires et involontaires.
Les mouvements volontaires comprennent tous les mouvements de la locomotion, et une partie des mouvements nécessaires à la vie de nutrition, l’ingestion des aliments, est régestion des matières excrémentielles, et jusqu’à un certain point les mouvements de la respiration. Tous ces mouvements se produisent dans des muscles à fibres rouges, par l’action des nerfs moteurs de l’axe cérébro-spinal, et sous une influence centrale qui a son point de départ dans la couche corticale du cerveau.
Les mouvements involontaires comprennent tous les mouvements du tissu contractile, dans la peau, les vaisseaux, tous les mouvements des muscles à fibres pâles ou rouges qui se rapportent à la progressiou du
sang, des matières alimentaires et excrétoires, et au mouvement de l’air. Les mouvements du cœur et du tube digestif, depuis le pharynx jusqu’à l’anus, se produisent sous l’influence d’une action nerveuse qui part des ganglions du grand sympathique, et sont indépendants de l’axe cérébro-spinal qui peut être détruit sur l’animal vivant sans que ces mouvements cessent de se produire avec leur caractère rythmique. Les deux mouvements d’inspiration et d’expiration sont indépendants de la volonté, ainsi que le prouve leur persistance pendant le sommeil, et sont subordonnés à l’action de la moelle allongée, ainsi que le démontre leur persévérance après l’ablation du cerveau et du cervelet sur l’animal vivant.
Un autre exemple de mouvements involontaires, se produisant dans des muscles d’ailleurs soumis à la volonté, s’offre à propos de la coordination instinctive des mouvements associés soit pour le maintien de l’équilibre du corps, soit pour la marche, la course, le saut, la natation, qui dépend d’une influence nerveuse ayant son point de départ dans le cervelet. Si sur un animal vivant on a détruit le cerveau seulement, l’intelligence et la volonté sont abolies ; mais la possibilité de se tenir debout, de marcher, persiste, et se perd au contraire dès que le cervelet est détruit.
Ainsi, le cerveau régit les mouvements volontaires, le cervelet coordonne les mouvements instinctifs, la moelle allongée entretient les mouvements respiratoires, et les ganglions du grand sympathique déterminent les mou vements du cœur et du tube digestif.
Lps diverses parties du système nerveux concourent
chacune pour une part à l’accomplissement des phénomènes de mouvement et de sensibilité. Entrons dans quelques détails :
Les nerfs jouent le rôle de conducteurs des influences à l’aide desquelles se produisent les sensations et les mouvements. Pour les sensations , l’influence produite sur l’extrémité nerveuse par l’action des corps, se transmet de la périphérie au centre , par les cordons nerveux, jusqu’à l’axe cérébro-spinal. Pour les mouvements, l’influence excitatrice qui part de l’axe cérébrospinal se transmet du centre à la périphérie par les cordons nerveux, jusqu’aux muscles dont la contraction produit le mouvement. Les nerfs représentent donc deux systèmes de conducteurs pour deux espèces d’influences qui marchent en sens contraires, et qui constituent comme deux courants : un courant centripète pour la sensibilité, un courant centrifuge pour la motilité.
La science a démontré qu’il y a dans les nerfs deux ordres de fibres pour les deux ordres de fonctions, c’est-à-dire des fibres sensitives et des fibres motrices , que les fibres sensitives sont celles qui, près de leur insertion à l’axe cérébro-spinal, traversent un ganglion, caractère de structure qui manque aux fibres motrices. En effet, si à l’aide d’un agent soit physique, soit chimique, et notamment à l’aide d’un courant électrique, on irrite , sur un animal vivant , ou un nerf dépourvu de ganglion ou une racine antérieure de nerf rachidien, on détermine des mouvements dans les muscles auxquels se distribuent les fibres de ce nerf, sans que l’animal éprouve aucune sensation. Si l’on irrite un nerf pourvu
de ganglion ou une racine postérieure de nerf rachidien, il ne se produit pas de mouvement et l’animal exprime une vive douleur. Enfin, si l’on irrite un nerf composé des deux ordres de fibres, un des nerfs rachidiens par exemple , on provoque à la fois chez l’animal des mouvements et de la douleur. Que les nerfs agissent comme de simples conducteurs, c’est ce que prouve la paralysie du sentiment et du mouvement qui se produit dans toute partie dont les nerfs ont, par suite d’une section, d’une ligature ou d’une désorganisation, cessé de communiquer librement avec l’axe cérébro-spinal.
Les parties centrales .jouent le double rôle de conduc teurs et de centres d’influence, et chacune des divisions du système nerveux central a , sous ce double point de vue, un office spécial. Tout porte à croire que dans toutes ces parties , la substance blanche représente l’élément conducteur, et la substance grise l’élément actif. En ce qui concerne le mouvement et la sensibilité, voici le rôle que, dans l’état de nos connaissances, la science assigne à chacune de ces divisions.
La moelle épinière, qui reçoit ou fournit les 31 paires de nerfs rachidiens, dont les branches se distribuent à la peau et aux muscles des quatre membres et du tronc, est. comme les nerfs composés de deux ordres de fibres, un simple conducteur : pour le mouvement, par ses cordons antérieurs ; pour la sensibilité, par ses cordons postérieurs. La section ou la désorganisation de la moelle épinière dans un point quelconque de sa longueur a pour effet immédiat de déterminer la paralysie de toutes les parties du corps qui reçoivent leurs nerfs du segment de moelle inférieur à la lésion. Si la section
ou la désorganisation ne porte que sur une moitié de la moelle épinière, la paralysie n’atteint qne la moitié correspondante du corps.
La moelle allongée joue aussi le rôle de conducteur par rapport à la sensibilité et à la motilité, en tant que les sensations arrivent jusqu’à la conscience et que les mouvements dépendent de la volonté. Seulement, en raison de l’entrecroisement des faisceaux conducteurs dans l’épaisseur de la moelle allongée, les effets de paralysie qui dépendent d’une lésion, soit de la moelle allongée elle-même, soit du cerveau et du cervelet, sont des effets croisés, de telle sorte qu’une lésion de l’organe nerveux à droit entraîne la paralysie à gauche.
Les pédoncules du cerveau et du cervelet, ainsi que leur expansion dans ces deux organes, jouent aussi le rôle de conducteurs par rapport à l’action dévolue à ces deux centres nerveux, qui est, pour le cervelet, de coordonner les mouvements instinctifs, pour le cerveau, de déterminer les mouvements volontaires et de percevoir les sensations, action dont la source et la condition sont dans la substance grise corticale qui constitue, à la périphérie de ces organes , une vaste membrane repliée sur elle-même sous forme de circonvolutions. Par leur substance grise, la moelle allongée et la moelle épinière sont aussi des centres d’influence motrice.
Enfin, les ganglions du nerf sympathique, qui reçoivent de la moelle épinière des fibres motrices et sensitives, communiquent aux nerfs ganglionnaires la propriété d’être des conducteurs de sensibilité et de motilité, et doivent à leur substance grise la propriété d’être aussi des centres d’action.
En définitive, dans les phénomènes de sensibilité, l’extrémité nerveuse, constituée par des fibres sensitives, recevant une impression, transmet de la périphérie au centre cette impression le long du nerf jusqu’au cordon postérieur de la moelle, d’où cette impression est conduite de bas en haut le long de ce cordon, et au travers de la moelle allongée jusque dans le cerveau, où elle devient une sensation perçue quand elle est parvenue à la couche corticale. Dans les phénomènes de mouvement, une impulsion partie soit de la couche corticale du "cerveau ou du cervelet, soit de la substance grise de la moelle allongée, de la moelle épinière ou des ganglions, se transmet du centre à la périphérie le long des fibres motrices du cerveau et du cervelet, des cordons antérieurs de la moelle et le long des nerfs jusqu’à leurs extrémités, constituées par des fibres motrices, où cette impulsion devient la condition déterminante du mouvement.