DES HABITUDES
L’habitude est, d’après nous, une faculté acquise par l’organisme, de répéter les mêmes actes par suite de la continuité, des mêmes impressions, si bien que cette faculté finit par s’exercer spontanément, parfois même à l’insu de l’individu qui l’accomplit, et par devenir pour lui une source de nouveaux besoins.
Pour établir l’hygiène des habitudes, une première question se présente d’abord à décider : L’habitude exerce -t-elle une influence favorable sur sa santé? lui est-elle indifférente? ou bien peut-elle avoir, par suite
de son existence, de fâcheuses conséquences pour réconomie? Il n’est pas difficile de répondre à ces questions.
Les habitudes qui exercent une influence favorable sur la santé et qui sont la conséquence de l’éducation, de la vie commune et de la profession, sont, en général, le résultat d’une hygiène bien entendue, et reposent sur l’exercice modéré et régulier des principales fonctions de la vie matérielle et intellectuelle.
Il faut les respecter, les favoriser et même les régler. — Un certain nombre d’autres habitudes sont indifférentes, et n’exercent aucune influence pernicieuse sur l’ensemble de la santé ni sur la régularité des divers actes physiologiques qui la constituent. Elles peuvent être désagréables ou incommodes pour les individus qui les ont contractées, ou pour les personnes avec lesquelles ils se trouvent ; mais l’hygiène n’a rien à y voir ni aucun conseil à donner.
L’usage du tabac n’est pas toujours aussi innocent qu’on le croit bien.
Le tabac à priser émousse et finit par éteindre un de nos sens, celui de l’odorat ; il détermine une irritation et un flux continuel d’humeurs vers le nez, qu’il serait parfois dangereux de supprimer et qu’on ne peut entretenir qu’en augmentant chaque jour la prise. Mais l’habitude de mâcher (chiquer) du tabac est bien autrement dangereuse : elle occasionne des pertes continuelles de la salive nécessaire à la digestion ; elle rend l’haleine fétide, noircit et fait gâteries denter. Fumer outre mesure présente à peu près les mêrnps inconvénients, surtout quand on use du brûle-gueule, et qu’on fume du caporal.
LE MÉDECIN DE LA FAMIlFLE
Il est enfin des habitudes dangereuses et dont la persistance ne peut manquer de troubler, d’une manière plus ou moins fâcheuse, la santé générale et la régularité des divers appareils. Il faut tâcher de les faire disparaître, et pour y parvenir il est necessaire d’avoir égard à l’âge et au tempérament. Î1 faudra ensuite mettre en pratique quelques-uns des principes généraux suivants :
Si l’habitude est décidément vicieuse et funeste à l’individu, il doit chercher à la supprimer sans retard.
Si cette habitude est vicieuse et fortement enracinée, comme l’abus des alcooliques, ce n’est que progressivement qu’on peut chercher à la faire disparaître, car la soustraction immédiate des boissons fermentées ou distillées pourrait avoir de graves inconvénients.
Si l’habitude est nuisible par ses effets trop répétés sur l’organisme, et si en même temps elle est inhérente à l’exercice de la profession de l’individu, on doit chercher à l’atténuer ou à la modifier, afin d’en diminuer les inconvénients. L’ouvrier ne doit renoncer à des habitudes qui font sa vie et sa fortune, que lorsque des expériences infructueuses, répétées plusieurs fois, et des maladies ou des accidents survenus en ont imposé l’obligation.
Nous ne pouvons terminer ce chapitre sans dire un motde l’onanisme (masturbation). Lesdeux sexes y sont exposés. Elle est cependant plus fréquente chez les garçons.
C’est dans les endroits où des enfants sont rassemblés en certain nombre, et en vertu de la contagion si facile
de l’imitation, que L’onanisme est malheureusement ré pandu : tels sont les pensionnats, les maisons d’éducation, les colleges. ■ — On l’observe encore quelquefois chez des sujets voués à une abstinence trop absolue des fonctions génitales. .
Les effets les plus ordinaires que l’onanisme exerce avec une certaine fréquence sont les suivants : la maigreur, malgré un bon appétit et des digestions faciles ; une pâleur générale, et quelquefois un teint légèrement plombé de la face ; les yeux cernés d’un cercle bleuâtre, et quelquefois un peu enfoncés dans l’orbite ; une certaine paresse intellectuelle, et quelquefois une grande inaptitude au travail. Parmi d’autres accidents, nous signalerons encore la débilité musculaire, une susceptibilité nerveuse, des battements du cœur, des étouffements et des intermittences dans le pouls.
On doit encore mentionner le désir de la solitude, une tristesse que rien n’explique, de la céphalalgie, de la gastralgie.
Des phénomènes plus graves peuvent encore se manifester. Yoici le tableau qu’en donne Georget : « Langueur générale, intelligence affaiblie, moments d’absence, mémoire infidèle, vertiges, yeux entourés d’un cercle livide, pupilles habituellement dilatées ; indifférence et aversion pour les objets qui excitent l’attention des autres, pour les individus du sexe opposé en particulier ; palpitations fatigantes, sommeil troublé par des rêves voluptueux, par des érections et des pollutions nocturnes ; syncopes faciles, flaccidité des organes génitaux. Chez l’homme, uréthrite chronique, qu’on a prise pour une spermathorrée ; irritation du clitoris et
du vagin chez la femme, flueurs blanches. Enfin, les excès de l’onanisme causent des maladies déterminées, toujours difficiles à guérir et souvent incurables. Telles sont l’espèce de folie appelée démence, l’épilepsie, l’hypochondrie, l’hystérie, des phlegmasies chroniques de divers organes, qui se terminent par le marasme, le tabes dorsalis et la mort. »
Ce tableau effrayant, tracé par Georget, n’est que trop exact.
Comment remédier à ce vice malheureusement répandu et quelquefois enraciné d’une manière si incurable? Il faut au moins essayer. Voici les points auxquels il faut faire attention.
Une surveillance sévère, et de tous les instants, des sujets que l’on suppose en proie à cette malheureuse habitude. Cette surveillance, dans les établissements publics, doit être pratiquée, dans ce cas comme dans l’autre, de jour et de nuit. On doit éviter de laisser l’enfant et les jeunes gens dans des endroits isolés ou cachés.
L’exercice porté même jusqu’à la fatigue, surtout avant de se mettre au lit, est un excellent moyen. Telles sont la gymnastique, l’équitation, les longues promenades à pied.
Les occupations de l’esprit, les distractions, en excluant toutefois les tableaux voluptueux et les spectacles, les voyages sont un des moyens qui peuvent venir en aide aux parents qui veulent, et avec raison, délivrer à tout prix leurs enfants de ce vice honteux. Les bains froids, aidés de la natation, sont encore un moyen adjuvant excellent.
Que penser des ceintures exploitées par le charlatanisme, des bandages de diverse nature, des gantelets durs, etc? Ce sont tout au plus des ressources qu’il faut réserver pour les cas où les moyens précédents ont échoué. Pour notre part, nous n’en avons jamais vu obtenir le moindre succès.
§ 5. — De l’hérédité.
En médecine, hérédité signifie une disposition en vertu de laquelle certains états physiologiques ou pathologiques des parents se transmettent aux enfants par voie de génération. Il serait aussi déraisonnable d’attendre une riche moisson d’un terrain stérile que d’espérer des enfants forts et robustes de parents dont la constitution a été altérée par l’intempérance ou par la maladie.
Le peu d’atttention que l’on apporte communément dans les alliances qui 11e doivent finir qu’avec la vie, détruit plus de familles que 11e pourrait le faire la famine ou la guerre ; et tant que les mariages ne seront contractés que d’après des vues d’intérêt, on verra ce mal se perpétuer. Les croisements appliqués à l’espèce humaine peuvent rendre de grands services, et, appliqués judicieusement, contribuer à son amélioration.
1° On sait que les familles qui s’unissent entre elles 11e tardent pas à dégénérer et à s’abâtardir. Les mariages des proches parents entre eux ont également ce résultat. Il faut donc éviter ces sortes d’unions.
2° L’alliance de deux individus de mauvaise consti-
tution et présentant un tempérament faible et lymphatique, donne naissance à des enfants plus faibles, plus débiles* et plus lymphatiques encore. Il faut empêcher ces sortes d’unions et renouveler la constitution et le tempérament par un croisement bien entendu. Ainsi, il convient d’unir un homme fort, vigoureux, à peau brune, à système musculaire développé, avec une femme à cheveux blonds, yeux bleus, peau blanche et fine, à tempérament lymphatique enfin, et vice versa.
3° L’union de deux individus à tempérament nerveux produira des enfants chez lesquels les conditions de ce tempérament seront encore exagérées. Il sera préférable de conseiller le mariage d’un individu au tempérament nerveux avec une personne à tempérament sanguin.
Le traitement méthodique peut, dans l’espèce humaine, contribuer à améliorer les constitutions, les tempéraments et les prédispositions morbides des enfants qui naissent de ces unions.
Lorsque la prédisposition morbide héréditaire a été constatée chez un enfant, ou bien lorsqu’il existe chez les parents quelque maladie héréditaire dont on redoute le développement chez les enfants qui en sont issus, l’hygiène a souvent le pouvoir de combattre, de modifier, ou d’atténuer ces prédispositions morbides, et quelquefois même de les neutraliser complètement.
L’hygiène, à cet égard, a cinq ordres de moyens à sa disposition :
1° Un allaitement convenable, fort et bien constitué, présentant des conditions tout opposées à celles des caractères physiques des parents.
. 2° Après la lactation, une alimentation convenable et propre à combattre la prédisposition morbide.
3° Le choix d’un climat ou d’une localité autre que celle où les parents ont contracté la maladie héréditaire.
4° L’éducation physique et morale agissant en sens opposé à cette prédisposition morbide.
5° La profession qu’on donne à un enfant né de parents de quelque maladie héréditaire peut contribuer aussi à combattre l’influence de l’hérédité.
Ainsi donc, nous le répétons encore en terminant ce chapitre, dans les mariages, on s’étudiera à consulter la santé des époux aussi scrupuleusement que l’on doit consulter leurs inclinations, puisque c’est du concours des dispositions de l’âme et du corps que dépendent non-seulement le bonheur de la société et celui des familles, mais encore la richesse, la force et la sûreté des États.