SYSTÈME RESPIRATOIRE
Avant de parler du système respiratoire, nous énumérerons rapidement les différentes fonctions de la vie.
Les fonctions de la vie ont été divisées par Richerand en fonctions qui servent à la conservation de V individu et en fonctions qui servent à la conservation de l'espèce. Avant lui, Bichat avait puisé l’idée de cette classification dans Grimaut, à qui elle avait été inspirée par les œuvres de Buffon ou d’Aristote. Les fonctions de la première classe composent la vie individuelle , et se partagent : 1° en fonctions nutritives, ou de nutrition, par lesquelles l’homme assimile à sa propre substance les aliments dont il se nourrit ; 2° en fondions relatives , ou de relation, par lesquelles il se met en rapport avec les êtres qui l’environnent.
Aux fonctions nutritives, toutes intérieures, doivent se rapporter :
1° La digestion , par laquelle les aliments sont transformés en principes nutritifs et en parties non assimilées qui doivent être expulsées de l’économie ;
2° L’ absorption, qui transporte ces principes nutritifs dans le torrent de nos humeurs ;
3° La respiration , qui préside à l’oxygénation du sang : elle le fait passer de l’état veineux à l’état artériel ;
4° La circulation : par elle ce sang pénètre tous les organes, les abreuve, et leur apporte des matériaux de réparation et d’accroissement ;
5°L&nutrition, incorpore ce fluide aux organes dont il doit réparer les pertes et opérer l’accroissement ;
6° La sécrétion , en vertu de laquelle certains organes fabriquent avec le sang des humeurs nouvelles, destinées à remplir divers usages dans l’économie, ou à en être expulsées comme inutiles et nuisibles.
Les fonctions relatives, toutes extérieures, sont :
1° Les sensations , qui nous mettent en rapport avec les êtres environnants, et nous avertissent de leur présence ;
2° La voix et la parole qui nous font communiquer avec eux sans nécessité de déplacement ;
3° Les mouvements , qui servent à approcher ou écarter les objets, et à nous transporter dans l’espace ;
Quant aux fonctions de la deuxième classe, qui constituent la vie de l'espèce , on les divise en :
1° génération , qui exige le concours des deux sexes;
2° Gestation , accouchement et lactation , fonctions exclusivement dévolues à la femme, par lesquelles le
germe fécondé se développe dans la cavité utérine, en est expulsé, et le nouveau -né reçoit sa première nourriture.
Ceci dit, nous passons à la description du système respiratoire.
L’enveloppe extérieure du corps ou la peau, s’arrête au niveau des ouvertures du nez, de la bouche et de l’anus, où elle s’unit avec une peau intérieure plus fine, à épiderme plus mince, qu’on appelle membrane muqueuse. Cette membrane, après avoir tapissé l’intérieur de la bouche et du nez, forme en arrière de ces cavités une espèce d’entonnoir commun, le pharynx, à partir duquel elle se divise en deux prolongements tubuleux, dont l’un, qui fait suite au pharynx, est le commencement du canal digestif èt s’appelle œsophage, dont l’autre, situé en avant, larynx et trachée artère , est le commencement du canal respiratoire. Le canal digestif traverse la poitrine, se développe dans le ventre et se termine à l’ouverture anale, représentant un tube dont l’ouverture supérieure est la bouche. Le canal respiratoire s’arrête dans la poitrine, s’y divise en une infinité de canaux plus petits, et se termine par d’innombrables cellules dont l’association constitue le poumon , représentant ainsi un sac multiloculaire, ouvert dans un tube à double embouchure supérieure, le nez et la louche.
La matière de l’absorption respiratoire, ou le gaz oxygène, entre pour 20,81 sur 100 dans la composition de l’air atmosphérique qui entoure l’homme de toutes parts.
Toute surface respiratoire étant en contact de l’air
atmosphérique, il se fait au travers des parois des vaisseaux sanguins qui avoisinent cette surface, entre le sang qui parcourt ces vaisseaux et l’air, un échange de matière gazeuse. L’air cède de l’oxygène au sang, qui lui rend de l’acide carbonique. Par suite de cet échange le sang se trouve modifié dans sa composition, et en même temps il change de couleur : de rouge foncé qu’il était, couleur qui appartient au sang veineux, il devient rouge écarlate, couleur qui caractérise le sang artériel. Ces trois faits, absorption d’oxygène, exhalation d’acide carbonique et transformation du sang veineux en sang artériel, qui constituent dans leur ensemble les phénomènes essentiels de la respiration, ne peuvent s’accomplir qu’à la condition du contact immédiat de l’air atmosphérique avec la surface respiratoire. Cette surface est renfermée chez l’homme au dedans de la poitrine, d’où la nécessité de mouvements qui aient pour effet d’introduire l’oxygène à absorber dans la cavité respiratoire, et d’en expulser l’acide carbonique. Ce double résultat est obtenu par la succession de deux mouvements alternatifs qui se reproduisent, terme moyen, quinze fois par minute, qui se continuent pendant toute la durée de la vie, et qui sont si essentiels à son maintien, que, dans toutes les langues, respirer et vivre sont synonymes. L’un de ces mouvements consiste dans un agrandissement de la cavité de la poitrine qui entraîne une dilatation du poumon, et qui détermine l’air extérieur à se précipiter pour remplir le vide produit, à travers les ouvertures du nez et de la bouche, dans le larynx, la trachée-artère, les bronches, jusque dans les- cellules pulmonaires : c’est le mouvement
(T inspiration. L’autre mouvement, nommé expiration , consiste dans un resserrement de la cavité de la poitrine qui entraîne une compression du poumon et qui détermine l’expulsion, par les mêmes voies, de l’air contenu dans les cellules pulmonaires, c’est-à-dire de l’air qui, par la respiration, a perdu 3 p. 100 d’oxygène et a acquis une quantité équivalente d’acide carbonique.
Les mouvements d’inspiration et d’expiration, plus ou moins marqués chez les divers individus, ne s’effectuent d’une manière convenable que sous une certaine pression atmosphérique, et l’air étant composé d’une certaine proportion d’oxygène et d’azote ; le poids de la colonne d’air vient-il à diminuer, nous éprouvons un sentiment de malaise général qui nous fait dire que le temps est lourd ; une espèce de torpeur nous envahit ; nos idées et nos mouvements se succèdent avec lenteur; la circulation devient imparfaite ; la mort même pourrait succéder à cet état longtemps prolongé et porté à un haut degré. La pression vient-elle à augmenter, toutes nos fonctions s’opèrent, au contraire, avec facilité.
L’air respirable se trouve composé de 21 parties d’oxygène, de 79 d’azote, d’une petite quantité d’acide carbonique, plus, des vapeurs aqueuses. Un excès d’oxygène produit une irritation trop considérable; une plus grande quantité d’azote s’oppose à la respiration, qui ne s’effectue jamais mieux que quand l’air est sec et tempéré. Un air moins pur semble néanmoins convenir aux malades qui présentent des" lésions des organes respiratoires; ainsi le phthisique respire à son aise dans l’air épais et humide des vallées marécageuses, tandis qu’il ne peut supporter l’air vif et trop irritant des
lieux élevés. Si l’air pur produit des effets salutaires, l’air infecté de miasmes pestilentiels fait ressentir bientôt ses propriétés délétères.
La chaleur animale , qui s’élève habituellement à 30 ou 32 degrés, paraît dépendre en partie de la décomposition de l’air pendant l’acte de la respiration, que Lavoisier considérait comme une véritable combustion. On sait que la fréquence de la respiration accélère le cours du sang et augmente la température. Le vieillard débile, partisan du repos, se plaint souvent du froid qui le glace, tandis que l’enfant qui s’exerce à la course semble être insensible à la rigueur de l’hiver. La chaleur animale peut encore résulter des substances gazeuses et fluides, qui, arrivées dans l’économie, changent d’état, en abandonnant une certaine quantité de leur calorique latent ; de fagitation continuelle de ces molécules de matière, du calorique de l’atmosphère en contact avec notre corps, etc.
Nous nous étendrons sur ce point intéressant, lorsque nous parlerons du système sécréteur et nutritif.