SYSTÈME DIGESTIF
La matière de l’absorption digestive, ou l’aliment liquide et solide, est abondamment répandue dans la nature ; mais elle ne peut arriver au contact de la surface digestive, apte à l’élaborer et à l’absorber, qu’à la
condition d’être introduite dans le tube digestif après avoir été choisie et saisie.
L’eau a en elle-même tout ce qu’il faut pour réparer les pertes aqueuses de l’organisme. Aussi est- elle la boisson essentielle; elle est la base de toutes les bois sons artificielles que l’industrie humaine a créées.
Pour être réparatrices, les substances solides doivent unir à certaines conditions de forme, de consistance et de composition chimique, l’aptitude à subir la métamorphose digestive qui est le caractère essentiel de l’aliment. Or, les substances qui réunissent ces conditions, relativement à l’homme, sont les diverses parties des animaux et des végétaux et certains de leurs produits. Tous les aliments de l’homme représentent donc de la matière organique, soit animale, soit végétale.
L’analyse chimique a prouvé que les substances alimentaires végétales, aussi bien que les animales, contiennent les matériaux du sang et du corps humain sous une forme semblable, la fibrine, l’albumine, la graisse, et en outre des matériaux analogues très-aptes à subir la métamorphose digestive, la gélatine, la caséine, le sucre, la fécule, etc.
Les substances alimentaires, soit liquides, soit solides, doivent être introduites par la louche dans l’appareil digestif. De la bouche elles passent dans V œsophage de l’œsophage dans V estomac, où elles séjournent ; puis de l’estomac dans V intestin grêle; et enfin de l’intestin grêle dans le gros intestin , d’où elles sont rejetées au dehors sous la forme de matières fécales qui représentent le résidu des élaborations digestives.
Les élaborations de la substance alimentaire se font
successivement et à mesure de son passage dans les diverses régions indiquées du tube digestif, et elles aboutissent en définitive à l’absorption de la substance élaborée sous forme d’un liquide lactescent qu’on appelle chyle.
Diverses actions organiques concourent à la transformation de l’aliment en chyle et sont désignées dans leur ensemble sous le nom commun de digestion.
Les deux mâchoires qui forment l’enceinte osseuse de la cavité de la bouche sont armées de dents , petits os recouverts d’un émail très -dur, solidement enchâssés dans des alvéoles, au nombre de seize pour chaque mâchoire, quatre incisives taillées en bissau, deux canines pointues, dix molaires terminées par une surface large où font saillie deux ou plusieurs tubercules. Les deux rangées de dents se correspondent dans les mâchoires, et la mâchoire inférieure mobile peut éprouver, par suite de l’action musculaire, des mouvements alternatifs d’abaissement, d’élévation et de glissement latéral contre la mâchoire supérieure immobile. Ces mouvements ont pour effet de couper par les incisives, de déchirer par les canines, de broyer par les molaires, les substances alimentaires interposées entre les deux arcades dentaires, et de les réduire ainsi en pulpe. C’est, ce qu’on appelle la mastication. .
V insalivation consiste dans l’imprégnation des substances alimentaires par un liquide appelé salive , versé dans la bouche pendant que les aliments y séjournent, et provenant, par divers conduits, de plusieurs glandes situées au pourtour de la cavité de la bouche : l’une au devant de l’oreille, glande parotide; l’autre sous la
langue, glande sublinguale ; la troisième au-dessous de la mâchoire inférieure, glande sous-maxillaire. La salive, qui est alcaline et qui contient une matière spéciale ptyaline, en se mêlant aux aliments, les ramollit, concourt à leur division, leur fait éprouver un commencement de dissolution et prépare leur transformation ultérieure.
Elle concourt avec la mastication à rendre possible et facile la déglutition , mouvement fort compliqué qui transporte la matière alimentaire de la bouche dans le pharynx et de là, par l’œsophage, dans l’estomac.
Les aliments accumulés dans l’estomac déterminent, par leur contact avec sa surface muqueuse, le suin tement d’un liquide acide, appelé suc gastrique , qui dissout peu à peu et transforme en une bouillie grisâtre, appelée chyme , les substances alimentaires. Par suite de cette action du suc gastrique, les matières alimentaires perdent leur forme, leur couleur, et se modifient dans leur nature chimique de manière qu’il ne soit plus possible de reconnaître dans le chyme l’aliment qui a servi à le former. La digestion stomacale n’est donc ni une coction, ni une trituration, comme les anciens l’avaient supposé, ni même une simple dissolution, comme on l’a enseigné depuis. C’est une mutation chimique, encore inconnue dans sa nature, mais comparable à une fermentation. Indépendamment d’un ou deux acides dont l’action est surtout dissolvante, on a trouvé dans le sue gastrique une matière particulière, la 'pepsine, qui paraît jouer dans le travail digestif le rôle de ferment.
A mesure qu’une portion des aliments a été réduite
en chyme, l’estomac, par ses mouvements, chasse cette bouillie demi-liquide dans l’intestin. Le travail d’une digestion stomacale ordinaire dure de trois à cinq heures.
A son arrivée dans la partie supérieure de l'intestin appelée duodénum , le chyme se trouve en contact avec de nouveaux liquides qui réagissent sur lui :
1° Le suc pancréatique , espèce de salive albumineuse qui concourt à délayer, à dissoudre le chyme, et qui lui ajoute de la matière animale ;
2° La lïley liqueur savonneuse, dont l’action chimique sur le chyme est encore peu connue, qui lui ôte son acidité, qui lui ajoute de la matière colorante et une matière résineuse propre à prévenir sa décomposition putride, qui provoque de la part de l’intestin les mouvements aptes à déterminer la progression du chyme dans toute l’étendue du canal intestinal.
Ces deux liquides sont sécrétés par deux grosses glandes voisines de l’estomac, 1 e pancréas et \efoiey et sont versés dans le duodénum par deux conduits; d’une manière continue pendant tout le temps de la digestion intestinale. Hors de ce temps, la bile, qui continue à se former, ne coule pas jusqu’à l’intestin, mais s’arrête dans un réservoir appelé vésicule liliaire , pour s’y accumuler. La vésicule se vide au moment de la digestion.
Indépendamment du suc pancréatique et de la bile qui sont versés dans l’intestin, il se forme à la surface de ce canal un liquide appelé suc intestinal , analogue pour sa nature, pour sa source et pour ses usages, au suc gastrique dont il supplée et complète l’action.
En se mêlant au chyme, le sue pancréatique, la bile et le suc intestinal le modifient définitivement, de telle sorte que sa partie la plus fluide pénètre dans les vaisseaux absorbants de la membrane muqueuse, et y apparaît sous la forme d’un liquide blanc, laiteux, qui est le chyle.
Le chyme, en parcourant toute l’étendue du petit intestin, s’épuise peu à peu de cette partie fluide; et lorsque après avoir franchi la valvule iléo-cœcale , il arrive dans le gros intestin, il a revêtu les caractères propres aux matières fécales. Ces matières s’accumulent dans le gros intestin et y séjournent jusquà ce que le besoin d’expulser ce résidu delà digestion se fasse sentir et détermine les actions musculaires aptes à réaliser cette expulsion,
Le chyle qui a été aspiré par les vaisseaux de l’intestin appelés chïlifères est charrié par eux dans un conduit plus grand qu’on appelle canal thoracique , qui remonte du ventre dans la poitrine. Ce canal est en communication avec la plupart des vaisseaux absorbants du corps, qui y conduisent un liquide particulier nommé lymphe. Mêlé à la lymphe dans le canal thoracique, le chyle est versé par ce canal dans la veine sousclavière gauche, et par conséquent dans le sang veineux.
Ainsi la substance alimentaire, par suite des modifications successives qui viennent d’être énumérées, se trouve définitivement incorporée au sang, dont elle ne peut plus être distinguée. Or, comme c’est le sang qui fournit partout les matériaux de .l’entretien et de l’accroissement des organes, aussi bien que les matériaux
des pertes incessantes du corps, et qui par conséquent éprouve en réalité toutes les pertes dont la réparation est le but de la nutrition, on conçoit que la réparation de ces pertes puisse être réalisée par l’addition du chyle au sang, si le chyle contient tous les éléments matériels de cette réparation.
C’est ce qui a lieu en effet. Le chyle est principalement constitué par de l’albumine, de la fibrine et de la graisse. Sa composition est semblable à celle du sang, qui lui-même contient tous les éléments de la matière du corps. Au sang veineux qui a reçu du chyle, il ne manque, pour être complètement restauré de ses pertes, que d’être modifié par l’action de l’oxygène qui, transformant le sang veineux en sang artériel, lui restitue définitivement les qualités du suc vital, nutritif et vivifiant. On a vu que tel est l’office de la respiration.