‹ Le medecin de mer, ou, Traité élémentaire de pathologie interne et externeChapitre 1 sur 25 · SU · texte numérisé non relu

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Messieurs ,

Tout ce qui concerne les intérêts du commerce est placé sous votre égide. Un livre destiné à la conservation de la santé et de la vie des navigateurs sur les vaisseaux marchands doit être soumis à vos regards. Jai pensé qu’un tel ouvrage serait utile : je le public, et vous prie, Messieurs, d’en agréer l’hommage .

J. MOULINIÉ.

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Lorsque l’homme voit son semblable en proie à des maux qui menacent son existence, il est naturellement enclin à lui procurer du soulagement. Il voudrait qu’une inspiration soudaine lui dictât ce qui pourrait guérir; il invoque la médecine, et reconnaît alors combien cette science est utile et bienfaisante.

Mais c’est surtout lorsqu’il existe un empêchement à recevoir les secours de l’art, qu’on en apprécie l’importance. Or, il est des circonstances dans lesquelles il devient impossible d’avoir un

médecin à son aide. L’obstacle le plus formel qui puisse se présenter sont les voyages sur mer.

Il semble que lorsqu’un vaisseau est destiné à voguer sur l’Océan, à doubler le cap de Bonne- Espérance, à traverser la mer des Indes et l’Océan Pacifique, à passer au sud de l’Amérique, pour revenir au point d’où il est parti, après avoir fait le tour du monde, il devrait y avoir à bord un homme voué, par ses études et par sa vocation, à remédier aux maux qui infailliblement doivent sévir sur l’équipage et sur les passagers dans un voyage de long-cours. Toutefois il n’en est pas ainsi, l’intérêt du commerce s’y oppose; et des marins, des voyageurs, sont exposés, pendant une longue traversée, à tous les maux qui peuvent les assaillir, sans être dans la position d’y apporter remède.

Cependant une ordonnance du 4 août 1819 impose l’obligation d’avoir un chirurgien à tout batiment qui a vingt hommes d’équipage; mais ce nombre n’est-il pas atteint , l’obligation n’existe plus. .Aussi voit-on la plupart des navires du com-

merce partir avec moins île vingt hommes pour des voyages de plus d’une année , et emporter quelquefois plusieurs centaines de passagers qui vont de l’un dans l’autre hémisphère.

A la vérité, dans la prévision des maladies qui pourraient sévir à bord, l’ordonnance impose aux navires qui n’ont pas de chirurgien d’être munis d’un coffre de médicamens et d’une instruction nommée Médecin de papier; et c’est le capitaine, maître après Dieu, qui remplit le dilïicile devoir de médecin.

On conçoit aisément combien il serait essentiel qu’un capitaine au long-cours possédât des notions dans l’art de guérir, pour en faire avec discernement des applications dans les cas nombreux qui se présentent. Mais l’homme ne peut être universel ; celui qui aurait été initié dans l’étude de la médecine s’y serait peut-être laissé complètement entraîner. Or, celui qui s’est voué à la navigation a consacré une partie de sa vie dans les voyages , dans des études spéciales qui ne lui ont pas permis de parcourir une autre sphère. Mais quand le

marin est devenu capitaine, il a sous sa responsabilité la vie des hommes qui sont à son bord, et il sent l’importance de la conserver.

Souvent des officiers de marine m’ont exprimé l’embarras où ils s’étaient trouvés pour secourir des malades pendant leur traversée. Us avaient des remèdes, mais ils ne savaient ni n’osaient les appliquer; ils possédaient le Médecin de papier mais ce médecin était à peu près muet. Divers capitaines m’ont suggéré la pensée d’écrire un livre qu’ils pussent consulter et qui fût propre à les diriger dans le traitement des maladies. J’ai compris Futilité d’un tel travail, et j’offre aux officiers des navires du commerce LE MÉDECIN DE MER.

Dès que j’ai entrepris cet ouvrage, je me suis trouvé placé entre deux écueils : l’un était de ne donner que des détails trop concis et insuffisans ; l’autre d’entrer dans des digressions trop scientifiques et superflues. Je voulais initier dans une science profonde des hommes qui y étaient complètement étrangers , et toutefois je ne voulais pas les entraîner dans un dédale où ils eussent pu s’éga-

rer. La Lâche que je me proposais de remplir était difficile; puis, le champ à parcourir était immense. Parler de toutes les maladies qui peuvent affecter les voyageurs sur mer et des moyens principaux pour y remédier voilà le thème que je m’imposais , et c’était sous forme de simple instruction que ce travail devait être présenté. Je ne devais pas assujettir le lecteur à une étude sérieuse, mais je devais seulement lui transmettre des inspirations médicales. Certes, je ne me flatte pas d’avoir atteint le but que je me proposais. J’ai senti cette vérité exprimée par Hippocrate : Ars longci!

Une difficulté semblait se présenter, c’était de faire entendre à des hommes étrangers à la médecine le langage de cette science ; mais une telle considération ne devait point m’arrêter. Toutes les sciences forment une longue chaîne ; la marine fait partie de cette chaîne ; les connaissances des capitaines de navires sont mathématiques ; leur esprit est exercé à des conceptions d’un ordre élevé 5 ils n’ont qu’à faire appel à leur intelligence pour concevoir les choses les plus abstraites. Le Médecin de mer ne devait pas faire entendre à des officiers de

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