‹ Le medecin de mer, ou, Traité élémentaire de pathologie interne et externeChapitre 2 sur 25 · IJ · texte numérisé non relu

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marine un langage banal. Ne faut-il pas d’ailleurs se servir d’expressions techniques lorsqu’on parle d’une science ?

Il m’eût été aisé d’étendre mon travail , mais alors il eût été immense, il eût fatigué les regards, et par cela seul serait devenu un objet de répulsion : mon but n’aurait pas été atteint. J’ai préféré rester dans certaines limites que de dépasser les bornes d’un ouvrage qui a une destination spéciale.

Ne semble-t-il pas que l’hygiène navale rentrât parfaitement dans mon sujet? Rigoureusement, il en est ainsi. Mais dans quels développcmens n’eusséje pas été entraîné ? et quel en eût été l’objet? Serait-ce d’indiquer à des marins des choses qu’ils savent ? Certainement c’eût été superflu.

Quel est celui qui ignore que de l’eau pure et limpide, que des alimens frais et de bonne nature, que des boissons toniques, doivent former les principales provisions de bord ; que des vêtemens lé-

gers ou laineux conviennent pour les diverses températures? Avais-je besoin de dire qu’entre lesTro-

piques et sous la zone torride il faut se proeurer de la fraîcheur, au moyen des lotions et des allusions; en agitant l’air avec des ventilateurs ; en plaçant des tentes, des rideaux et des tendelets, pour parer les rayons d’un soleil brûlant; que dans les eaux glaciales du cap Horn ou du Spitzberg il faut se couvrir de vètemens très-chauds, faire des quarts de courte durée, se réchaulfer souvent auprès du fourneau ou des poêles, prendre des alimens et des liqueurs toniques, et ne pas s’abandonner à un dangereux repos ? Devais-je parler des moyens propres à entretenir la salubrité des vaisseaux avec des ventilateurs à manche et à soufïlct, ou par l’action du feu, pour renouveler l’air des cales et des entreponts? Pouvais-je indiquer les moyens de sortir l’eau infecte qui croupit à fond de cale , où elle exhale des miasmes, et de purifier le bâtiment par des lavages, le grattage, les fumigations? Sans doute toutes ces choses sont importantes, mais n’y aurait-il pas de l’inconvenance à donner à des officiers de marine des préceptes sur des choses dont ils ont une parfaite connaissance? J’ai cru qu’il en serait ainsi , et que je devais me dispenser de traiter de l’hygiène navale.

Je dois cependant signaler une découverte : le navigateur ne sera plus dans la pénible nécessité de boire de l’eau croupie et infecte, ni d’endurer les tourmens de la soif. Un grand problème est résolu. La proposition de Jean de la Pollère et d’Hauton de distiller l’eau de mer pour la rendre potable, a son accomplissement. M. Frédéric Lallier, par un procédé ingénieux , au moyen d’un fourneau culinaire, retire de l’eau saumâtre de la mer quinze litres par heure d’une eau limpide, aérée et d’une saveur agréable.

Je suis dirigé par une principale intention, celle de donner sur la plupart des maladies des notions courtes et précises, et de mettre en regard le système de traitement qui leur convient. J'ai le désir d’apprendre à des voyageurs sur mer ce qu’ils ne savent pas pour gouverner leur santé, et je m’interdis de les entretenir des choses qu’ils savent ; c’est en médecin que je parle et non en hygiéniste

Le Médecin de mer ne pourra satisfaire tous les lecteurs, car tout n’y est pas prévu, toutes les

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maladies n’y sont pas décrites : c’est l’éclectisme qui a présidé à la rédaction de cet ouvrage. Il devait être court, substantiel, n’envisager que ce qui a trait aux malades sur mer; mais qui pourrait dire quels sont les seuls maux dont ils peuvent être affectés ? J’étais insensiblement entraîné à parcourir tout le cadre nosologique, lorsque je ne voulais parler que de certaines affections. Puis, il n’est pas de personne à laquelle j’aie communiqué mon travail qui ne m’ait engagé à lui donner plus d’extension que je ne me le proposais.

J’ai compris que toutes les infirmités humaines régnaient sur mer comme sur terre. Je ne songeais point à parler des maladies des femmes ; cependant la femme est destinée à suivre l’homme, la loi lui en impose le devoir : il a donc fallu consacrer quelques articles aux maladies spéciales au sexe féminin , et donner des notions générales sur l’accouchement ; car cet acte de la génération s’opère inopinément sur mer , et est souvent provoqué par l’agitation des vagues.

Ma tâche était grande, puisque je devais cm-

brasser tout ce qui porte atteinte sur mer à la santé et à l’existence. Mais elle avait un terme : celui où le navire arrive devant un lazaret. Ici les médecins de terre viennent remplir leur olfice. De même que le pilote prend le commandement d’un navire lorsqu’il entre dans le fleuve, de même le médecin de l’intendance sanitaire s’empare des malades qu’apporte le bâtiment. Dés-lors ces malades sont soumis à l’empire des lois et des préjugés.

Tout bâtiment est soumis à une inspection ; il doit être porteur d’un e patente de santé , et les noms de patente nette , brute , suspecte , quoique arriérés et peu scientifiques, indiquent si le bâtiment peut continuer sa marche ou doit s’arrêter devant le lazaret. Alors, selon les provenances du navire, il peut être mis en quarantaine , expression digne du moyen-âge, incompréhensible, sans commentaire, et qui signifie qu’il doit être mis en expectation pendant un certain nombre de jours, mais non pas rigoureusement quarante jours comme le signifie le mot quarantaine.

Et pourquoi cette mesure en apparence philan-

thropique? c’est pour préserver le pays des maladies contagieuses. Se peut-il que chez un peuple éclairé, et au dix-neuvième siècle, on soit dominé par la panique de la contagion, et que, sous le nom d’intendance sanitaire, il y ait des institutions propres à mettre des entraves au commerce et à faire périr d’ennui , de nostalgie ou des maladies dont ils sont atteints, de malheureux voyageurs que l’on traite comme des pestiférés, et qu’à cause de cela on soumet à la quarantaine ? On les prive ainsi de recevoir, de leurs parens, de leurs amis, des soins qui produiraient une heureuse influence. Quelques jours de retard suffisent pour amener la mort. Ils seraient peut-être guéris s’ils avaient pu jouir, dans leur demeure, de toutes les douceurs de l’hygiène.

Une telle mesure a sans doute une intention louable ; elle a aussi une origine sainte. L’Éternel a dit aux enfans d’Israël : « Vous les mettrez dehors , » tant Vhomme que la femme ; vous les mettrez hors du » camp y afin quils ne souillent pas le camp de ceux au » milieu desquels f habite. »

Les Croisés construisirent hors de Jérusalem

l’hôpital Saint-Lazare, d’où est venu le nom lazaret. La peste était un motif pour fonder un tel établissement; mais les léproseries, les ladreries où l’on séquestrait de malheureux malades, avaient pour fondement l’erreur , la croyance de la propagation d’une maladie qui n’est nullement contagieuse.

C’est une telle croyance qui encore régit les lazarets. On voit la contagion partout, lorsqu’à peine elle est quelque part. Est-ce contre la fièvre jaune qu’on érige des entraves? Que l’on sorte du foyer d’infection qui la détermine, elle n’existe plus ; il est peu de médecins qui croient encore qu’elle se propage. Est- ce contre ce vampire indien, ce choléra-morbus , si énigmatique? Maison l’approche sans danger , il n’est nullement contagieux. Est-ce contre le typhus ? On sait qu’il dépend de certaines influences locales atmosphériques et anti-hygiéniques. Il est sans doute des affections contagieuses : la gale, la syphilis, la petite- vérole; mais on s’en préserve ou l’on s’en guérit par des remèdes. Certainement ce n’est pas contre de telles affections que sont établis les lazarets.

Il est, à la vérité, une maladie perfide, meurtrière, éminemment contagieuse, qui exerce des ravages effrayans , et dont on ne saurait assez se préserver : la peste. Il importe d’opposer des lazarets à sa propagation , et il devient très-essentiel d’observer les navires qui proviennent des échelles du Levant, son foyer ordinaire. Mais la nécessité des précautions hygiéniques à prendre contre cette affection , autorise-t-elle ce grand déploiement de mesures sanitaires, constamment en vigueur , et qui sont onéreuses au gouvernement , préjudiciables au commerce , souvent funestes aux hommes d’équipage et aux passagers?

Le Médecin de mer, animé par l’amour du bien, s’impose le devoir de signaler les préjugés partout où ils existent. On le verra condamner des pratiques vicieuses , renverser d’aveugles croyances , présenter des principes philosophiques sur ce qui a trait à l’humanité souffrante. Mon but, en faisant cet ouvrage, était de rendre la médecine simple, accessible à la plupart des intelligences : je me féliciterai si mes lecteurs bienveillans pensent que mon intention a été remplie.

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Il est une multitude de maladies désignées sous le titre générique d 'inflammation, parce qu’elles présentent des phénomènes qui ont de l’analogie avec la combustion, et qu’il y a notamment dégagement de chaleur.

Que les symptômes caractéristiques de l’inflammation se manifestent sur la peau, ou qu’ils aient lieu sur un des organes renfermés dans les cavités du corps , ils sont absolument identiques ; les mêmes accidens , le meme genre de terminaison peuvent en être la conséquence. Or, connaître l’érysipèle, le phlegmon, le panaris, c’est connaître la gastrite, la fluxion de poitrine, ou toute autre phlegmasie interne.

Il est facile de concevoir, d’après cela, l’importance de présenter sur l’inflammation des considérations générales. Sa théorie, étant comprise , répandra un grand jour sur la connaissance d’une infinité de maladies.

D’après le système généralement admis, on fait dépendre F inflammation d’un principe nommé irritation, qui est une modification ou une exaltation de la sensibilité. Le sang afflue vers le point irrité; dès-lors les phénomènes qui constituent F inflammation se manifestent. Yoici comment je conçois le développement de cet état maladif :

Il arrive qu’à la suite d’une stimulation quelconque, les globules sanguins parviennent dans les extrémités capillaires des artères. Si quelque circonstance suspend leur marche, ces globules ne franchissent pas des vaisseaux infiniment déliés, il y a arrêt. C’est ce qui a lieu lorsque, à la suite d’un exercice très -actif , le poumon étant fortement injecté de sang, on passe d’un lieu chaud dans une basse température; les globules sanguins s’arrêtant dans les vaisseaux capillaires, on voit se déclarer des accidens qui caractérisent l’inflammation.

Le sang, ne pouvant plus parcourir sa marche, engorge les vaisseaux, les distend; il y a fluxion. Si c’est dans une partie accessible aux regards que s’opère un tel phénomène, on voit bientôt une tumeur se prononcer; il survient de la rougeur, occasionnée par l’injection sanguine; il y a dégage-

ment de chaleur animale; la distension des tissus où se ramifient des filamens nerveux, occasionne de la douleur. Tumeur , chaleur, rougeur, douleur , voilà ce qui constitue l’inflammation.

La persévérance de cet état de choses amène des phénomènes d’un ordre nouveau, que l’on nomme terminaisons, ou conséquences de l’inflammation. Si l’inflammation se dissipe tout-à-coup, c’est la délitescence, avec ou sans métastase, c’est-à-dire transport sur un autre lieu. Si elle disparaît lentement, c’est la résolution, retour lent à l’état primitif. Il peut se former une exhalation de sérosité, hydroation, une sécrétion de pus, suppuration ; de là, les collections ([ue l’on nomme hydropisies ou abcès, d’après la nature du fluide accumulé. Au lieu de tout cela , les tissus où siège l’inflammation peuvent demeurer distendus, tuméfiés, endurcis; il y a épaississement de fluides épanchés, dépôt des molécules solides qui les constituent : c’est ce qu’on nomme induration. Alors le retour à l’état normal est difficile, quelquefois même il est impossible , et il se forme un tissu vicieux accidentel.

Il est encore une conséquence de l’inflammation, la plus funeste de toutes : c’est la gangrène ou spliacèle. Les tissus sont frappés de mort ; ils deviennent gris , noirs, tombent en putréfaction. On voit alors se former des nécroses ou morts partielles, qu’on nomme escarres. Ces nécroses sont bientôt entourées d’un cercle rougeâtre qui en marque la défi-

mitation; elles se détachent, et on voit une ulcération.

Le traitement de T inflammation doit infiniment varier, d’après son intensité, ses périodes, ses terminaisons et f importance des parties affectées. En général , la diète sévère, les saignées sont favorables ; les émolliens, les bains sont surtout utiles dans les inflammations des organes peu profondément situés. Les narcotiques, donnés à l’intérieur ou appliqués à l’extérieur, produisent des effets salutaires; mais, selon l’intensité, la marche de la maladie , de nombreuses modifications doivent être apportées au traitement.

Si la résolution a tendance à s’opérer, on doit la favoriser par le repos, les anti phlogistiques ; mais si un liquide s’accumule, il faut quelquefois hâter sa formation, surtout si c’est du pus, en appliquant des cataplasmes maturatifs. Dans ce cas, on voit se former un foyer qu’on nomme abcès.

Les abcès résultent ordinairement d’une vive inflammation; quelquefois ils dépendent d’un état cachectique, comme cela se voit chez les individus lymphatiques. De là, deux espèces d’abcès, chauds ou froids , par fluxion ou par congestion; mais toujours une inflammation, aiguë ou lente, détermine leur formation.

Il faut se hâter, en général, de donner issue au pus accumulé. Ce fluide ne peut, par son séjour, que distendre, macérer, altérer les tissus circon-

voisins. Dans les abcès inflammatoires, on apprécie le résultat clés ouvertures précoces ; elles amènent un relâchement des parties, et souvent la cessation instantanée des douleurs ; mais ordinairement on hésite, dans la crainte de ne pas tomber dans l’abcès, de rencontrer des vaisseaux sanguins. Heureusement le liquide épanché écarte les parties qu’il serait dangereux d’intéresser, et, en plongeant le bistouri , on parvient avec bonheur dans le foyer purulent.

Si, lorsque les accidens inflammatoires sont dissipés , les parties demeurent tuméfiées, rénitentes, frappées d’induration, on ne saurait trop s’efforcer de combattre cet état par des émolliens , des dégorgemens de sang. Comme l’induration dépend de l’accumulation des molécules les plus solides du sang ou de la lymphe, il faut s’évertuer à expulser ces molécules. On y parvient au moyen des frictions, des douches, de la compression. Mais un remède surtout efficace, ce sont les onctions avec de l’onguent napolitain; le mercure pénètre par imbibition , déplace, chasse les molécules accumulées, la résolution s’opère, l’induration se dissipe.

Lorsqu’il y a gangrène, il faut provoquer la séparation des portions nécrosées : quelques onguens suppuratifs, des digestifs étendus sur de la charpie, favorisent l’élimination; des lotions toniques, antiseptiques, faites avec une décoction de quina, du vin aromatique , sont très-indiquées. Lorsque les

escarres sont détachées, on peut faire un pansement simple avec des bandelettes de linge enduites de cérat pour entourer l’ulcération, et de la charpie pour la recouvrir; on maintient le tout à l’aide d’une compresse et d’une bande.

Gangrènes spéciales. — La gangrène dépend souvent d’autre chose que d’un travail inflammatoire ; c’est une désorganisation, conséquence quelquefois de la brûlure, d’autres fois de l’action d’un froid intense.

Rien n’est plus commun que de voir des malheureux frappés de gangrène aux orteils , lorsqu’ils ont été exposés à un froid très-vif, et qu’ alors ils avaient les pieds mouillés. J’ai vu un malheureux mousse, apporté à l’hôpital pour une gangrène qui lui lit tomber la moitié de chaque pied ; il ne lui restait plus que la portion attenante à la jambe pour opérer une progression bien vacillante. J’ai soigné un jeune Chilien qui avait été frappé d’un froid rigoureux en doublant le cap Horn; après avoir eu des ulcérations , il a long-temps conservé un gonflement douloureux aux pieds , qui sont très-lentement revenus à l’état naturel.

Il est facile de se rendre raison de l’action du froid pour produire la gangrène : une excitation amène d’abord le sang dans les capillaires sanguins; bientôt il y a stagnation du liquide, les globules ne peuvent franchir les dernières radicules des artères pour parvenir dans les veines; la persévérance

du froid frappe les parties de stupeur, les liquides se congèlent. S’il y a continuation de cet état de choses, c’en est fait, la désorganisation, la mort des tissus sont inévitables.

Quand encore les parties ne sont que frappées de stupeur, d’asphyxie, on peut les rappeler à l’état normal; mais il faut pour cela user de grandes et de minutieuses précautions. On doit s’abstenir alors d’exposer les individus à l’action du calorique; il en résulterait une raréfaction rapide des liquides et la déchirure des vaisseaux capillaires, ce qui occasionnerait une infaillible désorganisation. C’est par de douces frictions qu’on doit procéder. On conseille de se servir d’eau froide, ou de neige, pour opérer ces frictions : on suscite par ce moyen une oscillation des liquides; ils se dégèlent, ils se liquéfient, ils circulent, et une gangrène qui était imminente se trouve ainsi prévenue.

Quelle espèce de gangrène plus déplorable que celle qu’on nomme sénile! C’est aux orteils qu’elle sévit le plus ordinairement. Les malades ressentent un prurit incommode , suivi bientôt d’un sentiment de brûlure, ou d’une autre variété de douleur; on voit une coloration violette, bleuâtre ; les extrémités des orteils noircissent, se dessèchent, et sont frappés de mort. Le mal poursuit sa marche, tous les orteils sont quelquefois envahis , les pieds euxmêmes sont frappés de gangrène, et tombent sans qu’on voie couler une goutte de sang ; il n’y a sou-

vent d’autre borne dans le progrès du mal que la mort.

C’est une maladie organique du cœur ou des artères, c’est quelquefois une altération du sang qui détermine cette terrible gangrène. Heureux quand on peut, par des toniques, des dépuratifs, des analeptiques, en arrêter les progrès! Le plus ordinairement tous les moyens sont superflus, les opérations que l’on pratiquerait pour s’opposer à la marche du mal seraient sans succès. Tant que la cause persiste, les phénomènes qui en résultent sont à redouter. Or, on ne pourrait remédier à une maladie organique; mais il n’en serait pas ainsi pour l’altération des principes constitutifs du sang.

Érysipèle.

C’est essentiellement la peau qui est enflammée dans l’affection qu’on nomme érysipèle. On voit une rougeur se déclarer, s’étendre, se propager de proche en proche aux parties environnantes. Une chaleur mordicante se fait sentir, un état fébrile se manifeste, et, selon la marche, les progrès du mal, des accidens très-variables en gravité sont les conséquences de cette phlegmasie.

On pense généralement qu’une mauvaise disposition des organes digestifs produit l’érysipèle. On accuse l’influence de la bile, et une variété d’érysipèle , à cause de cela, se nomme bilieux. 11 est évident qu’il y a quelquefois atonie dans le système îym-

phatique, infiltration de sérosité, et que l’érysipèle est alors œdémateux. Fréquemment l’inflammation se propage au tissu cellulaire sous-cutané , ce qui constitue Yévys\\)è\eplilegmoneux. On voit aussi de petites phlyctènes ou pustules se former à la surface de la peau, ce qui établit l’érysipèle pustuleux. Que de variétés de caractères n’offre pas encore ce genre d’inflammation!

Il en est un qui spécialement doit être signalé : c’est la tendance à envahir toute la surface du corps, ce qu’on voit dans l’érysipèle ambulant. Combien de bizarreries n’observe-t-on pas alors ! Certaines parties sont épargnées, tandis que d’autres deviennent la proie de la phlegmasie.

On doit distinguer l’érysipèle de certains érythèmes occasionnés par des agens physiques, tels que les frottemcns, l’application des corps âcres , l’action du feu , des rayons solaires. Les symptômes qui s’observent dans ces dernières lésions offrent de la similitude; mais un principe morbide spécial préside au développement et à la marche de l’érysipèle.

Cette phlegmasie pouvant entraîner toutes les conséquences de l’inflammation, on sent combien le traitement doit varier, selon les périodes de la maladie, les accidens qu’elle détermine.

Comme on suppose un élément bilieux, on administre ordinairement des vomitifs et des purgatifs. Mais il faut aussi considérer les phénomènes

locaux, et chercher à y remédier. Puisqu’il y a un sentiment de brûlure, il est indique d’appliquer des tempérans, tels que des bains locaux d’eau de guimauve, des fomentations avec des décoctions émollientes. Un absurde préjugé veut, au contraire, que l’on laisse les érysipèles à sec , et que l’on abandonne le mal à toute sa gravité !

Le traitement doit être approprié à l’espèce d’érysipèle. Ainsi , lorsqu’il est œdémateux , on doit rehausser les forces vitales par des toniques. Dupuytren a obtenu des succès , dans ce cas , de l’application des vésicatoires sur le centre de l’inflammation ; il est parvenu par ce moyen à arrêter la marche des érysipèles ambulans. Si le tissu cellulaire sous-cutané est envahi , qu’il s’y forme des foyers purulens, ce qui a lieu dans l’ érysipèle phlegmon’eux,

11 faut pratiquer des ouvertures , des contre-ouvertures pour donner issue au fluide accumulé. S’il y a des phlyctènes, des pustules, on doit faire des pansemens convenables pour tenir la peau nette , pour enlever tout ce qui par son acrimonie deviendrait irritant. On conçoit, d’après cela, combien le traitement de l’érysipèle exige de modifications.

Coup <Ie soleil.

Est-ce un érysipèle, est-ce une brûlure que ce qu’on nomme coup de soleil ? Cette affection participe de l’une ou de l’autre lésion, car on voit une rougeur étendue qui ressemble assez bien à l’éry-

sipèle; mais aussi il se forme des ampoules analogues à celles qu’occasionne la brûlure.

Il semble que les rayons solaires acquièrent une étonnante intensité en traversant certains nuages qui les réfractent, et qu’en tombant sur telle ou telle partie du corps, ils y déterminent une sorte de combustion. Est-ce à la tète, il se déclare un érysipèle intense accompagné d une céphalalgie ou douleur de tète violente. Est-ce ailleurs, c’est un érysipèle qui prend un caractère phlegmoneux.

Tous les accidens qui accompagnent les inflammations peuvent se manifester à la suite du coup de soleil : ampoules ou phlyctènes, suppuration, gangrène; une fièvre inflammatoire en même temps se déclare, une congestion cérébrale a lieu quelquefois, et amène l’apoplexie.

On cherche à ôter le coup de soleil en appliquant des réfrigérans , en exposant la partie affectée à l’action de l’eau froide. Pour cela on se sert ordinairement d’un vase nommé canette, et l’on pense qu’il s’opère une soustraction du calorique qui s’unit à l’eau. Ce phénomène peut avoir lieu jusqu’à un certain point , immédiatement après le coup de soleil; aussi peut-on tenter avec avantage l’application de cette pratique. Mais, malgré cela, il arrive que le coup de soleil suit la marche ordinaire de l’inflammation; alors il exige l’emploi des antiphlogistiques et des remèdes applicables aux diverses terminaisons de l’inflammation.

Phlegmon.

C’est le prototype de l’inflammation , que ce qu’on nomme phlegmon . On voit dans cette maladie se déclarer tous les phénomènes essentiels de F inflammation : douleur, chaleur, rougeur, tumeur; mais la partie affectée est-elle profondément placée , il n’y a que quelques symptômes qui indiquent cette lésion. C’est le tissu cellulaire qui est son siège essentiel; et comme ce tissu est abondamment pourvu de vaisseaux et de nerfs , les accidens inflammatoires y acquièrent bientôt une grande intensité.

Aussi la marche du phlegmon est-elle ordinairement rapide, aiguë, amène-t-elle le plus souvent une exhalation purulente , la formation de ces foyers qu’on nomme abcès. Si l’inflammation est énergiquement combattue, que sa marche soit contrariée, il reste un engorgement , long-temps douteux, qui ressemble à un abcès, et qui cependant n’est qu’une tuméfaction des tissus. Dans ce cas aussi , il survient une induration difficile à se dissiper.

Le phlegmon est ordinairement circonscrit à un point, et sa gravité dépend de la nature de l’organe ou des tissus qui sont affectés. Si des organes importans, tels que l’œil, le poumon, le foie, etc., sont frappés d’un phlegmon, une fâcheuse désorganisation peut en être la conséquence; tandis

que, dans d’autres parties du corps, le phlegmon n’occasionnera que des désordres passagers et de peu d’importance.

Dupuytren a distingué le phlegmon circonscrit du phlegmon diffus. Dans ce dernier, l’inflammation se propage au loin au-dessous de la peau , il y a décollement, foyers purulens multiples; le tégument s’amincit , s’altère, et a une grande tendance à être frappé de gangrène ; ce qui a lieu quand on n’évite pas , au moyen des toniques et des incisions , cette terminaison funeste.

Le phlegmon exige le déploiement de la méthode anti-plilogistique. Des saignées locales vers le début pourraient le faire avorter ; mais si les accidens continuent leur marche, il faut s’attendre à la formation du pus, et la favoriser au moyen des émoiliens et de l’application des corps gras.

Comme la douleur est quelquefois très-intense, on donne des bains, des caïmans à l’intérieur pour la rendre tolérable. Une incision précoce, si la nature des parties la permettait , serait propre à enrayer tous les accidens. Ordinairement on se borne à employer des moyens généraux, et à attendre l’issue de la maladie. On explore, on cherche à découvrir , par le tact, s’il y a un point fluctuant; dès qu’on s’assure qu’il est formé , on pratique une ponction à l’aide d’un bistouri: à l’instant le malade passe d’un état de souffrances à un état de bien-être; il se livre au repos, au sommeil, et tous

les phénomèmes qui résultaient de l’inflammation ne tardent pas à se dissiper.

Furoncle.

On nomme encore cette maladie clou, parce qu’elle offre une élevure avec induration qui a quelque analogie avec la tète d’un clou, et sans doute aussi parce qu’elle fait éprouver une sensation très-douloureuse semblable à celle que produirait l’enfoncement d’un corps de cette nature.

Cette affection survient spontanément et paraît tenir à une mauvaise disposition de l’individu ; cependant on la regarde vulgairement comme un signe de santé , ce qui est un contre-sens manifeste.

Quand un furoncle doit se former, on voit une petite élevure acuminée au sommet de laquelle est un peu de sérosité; une petite phlyctène qui se forme, se perce, la sérosité s’écoule , une croûte s’établit; mais une induration s’organise tout autour, et on voit, ou plutôt on sent, une tumeur qui varie depuis le volume d’un pois à celui d’un œuf.

Bientôt les malades ressentent des douleurs lancinantes, déchirantes, qui diffèrent selon la sensibilité des individus , la position de la maladie , le trajet ou le voisinage de quelques filamens nerveux. C’est dans l’épaisseur du derme que paraît essentiellement le siège du furoncle ; mais , par continuité , le tissu cellulaire sous-cutané est quelque-

lois envahi, et Ion voit se former des foyers phlegmoneux.

Le travail inflammatoire qui s’établit frappe de mortification quelques portions du tissu cellulaire; dès-lors , il faut que ce qui est nécrosé se sépare et sorte: pour cela, une ouverture doit s’établir au derme, ce qui n’a pas lieu sans une vive douleur. On voit poindre un flocon celluleux qui fait une lente irruption : on le nomme bourbillon. C’est un travail analogue à un accouchement, qui doit s’opérer ; est-il effectué , les douleurs cessent, il s’ensuit un peu de suppuration, on voit une excavation qui bientôt se remplit de bourgeons charnus, le rapprochement des tissus se fait, et la guérison est bientôt opérée.

Voilà ce qu’offre le furoncle ordinaire. Sur divers points de la peau on voit survenir de tels phénomènes; mais quelquefois, sur un seul point, une multitude de furoncles sont agglomérés, et la peau se crible pour laisser sortir une série de bourbillons : c’est le furoncle guêpier d’Alibert , ainsi nommé parce que l’on voit des trous semblables aux alvéoles creusées par les guêpes ou les mouches à miel ; c’est aussi ce qu’on nomme anthrax.

Le traitement du furoncle consiste essentiellement à le recouvrir d’un corps quelconque pour empêcher le frottement avec les objets environnans ; cependant on peut, avec avantage, appliquer des cataplasmes émolliens , un onguent, tel que celui

de la mère. Mais il faut que le travail qui amène l’expulsion du bourbillon s’exécute; ce travail est l’œuvre delà nature, cependant la pression peut le seconder. Si l’on voulait abréger les douleurs , on pourrait pratiquer une incision; on ferait cesser les accidens et avorter l’inflammation.

L’incision est surtout nécessaire, même indispensable, dans le furoncle guêpier ou anthrax. Dupuytren attachait une grande importance à la distinction qu’il croyait avoir établie entre le charbon et l’anthrax, et au traitement de ce dernier par les incisions. Mais, dès long-temps, il avait été devancé par Dionis , qui dit que le roi eut un anthrax ; « et comme aux personnes de ce rang on tâche de ménager les incisions , on les différa le plus qu’on put; mais, les bourbillons qui se détachaient du fond ne pouvant sortir par les petits trous ouverts , on fut obligé de faire les incisions , ce qui réussit heureusement. »

Brûlures.

Ce genre de lésion est occasionné par le feu , par les corps en ignition, par ceux qui sont pénétrés à un très-haut degré de calorique , par les rayons solaires, par les substances chimiques que l’on nomme caustiques. Il résulte de l’action de l’un de ces agens une altération des tissus fort variable qui constitue les différens degrés de brûlure. Au premier degré , c’est la rubéfaction : la peau de-

vient rouge, érythémateuse. Au deuxième degré , c’est la vésication : des ampoules ou phlyctènes se forment , se remplissent de sérosité limpide qui devient ensuite opaque et purulente. Au troisième degré , c’est la torréfaction de la peau : elle est racornie , retirée , mais non complètement désorganisée. Au quatrième degré, c’est Y escarrification : tout le derme est frappé de mort. Si les parties souscutanées, les organes profondément placés sont atteints, il y a une infinité d’autres degrés qui s’étendent jusqu’à la combustion complète d’une des parties du corps.

Divers auteurs , notamment Pierre-Aimé Lair , ont parlé des combustions spontanées, dans lesquelles tout le corps s’enflamme sans l’action du feu et s’incinère. Ce genre de brûlure n’est pas assez constaté par l’expérience.

Les brûlures , quel que soit leur degré , sont d’autant plus graves, qu’elles sont plus étendues. Quand elles attaquent une grande surface , elles sont fréquemment mortelles.

11 y a quatre périodes dans la marche de ces affections : première, celle d 'irritation ou de douleur; deuxième , celle dé inflammation , oû les accidens ont le plus d’intensité; troisième, celle de suppuration; quatrième, celle de prostration. Les malades passent-ils l’une de ces périodes , il arrive qu’ils succombent dans la suivante.

Mille remèdes enfantés par mille préjugés et ri-

dicules prétentions, sont offerts pour le traitement des brûlures. Ce n’est point un remède unique qui convient ; il faut le déploiement de toutes les ressources de la médecine , selon le degré et selon la période de l’affection. On conçoit que le traitement doit infiniment varier.

Dès qu’une brûlure est opérée, il faut se hâter de faire soustraction d’une portion du calorique encore susceptible d’être enlevé. Une immersion dans l’eau froide, des affusions froides sont alors le meilleur moyen. Mais si un certain temps s’est écoulé, si le calorique ou les caustiques sont combinés avec les tissus , il faut combattre les phénomènes qui se déclarent.

Comme le premier de tous est une vive irritation, des émolliens locaux, des caïmans sont indispensables. Ainsi, des fomentations d’eau de racine de guimauve, des boissons tempérantes, des narcotiques, conviennent alors. Une saignée est ordinairement efficace.

On applique souvent des cataplasmes de pomme de terre; c’est un corps émollient, calmant, réfrigérant, qui peut être salutaire. On propose le coton cardé : il n’a d’autre vertu que de recouvrir mollement , que de former une atmosphère protectrice ; mais quand on doit l’enlever, on détache l’épiderme, on met le derme à nu. C’est un supplice pour le malade.

Il faut se défier de l’application des onguens;

tous les corps gras ont tendance à accroître l’inflammation. Le cérat, dans les premières périodes, est le seul onguent convenable. On peut F étendre sur du papier brouillard ou sur du linge fin. A défaut de cérat, on peut battre ensemble de l’huile et de l’eau : ce mélange empêche que les choses qu’on applique sur les brûlures pour les recouvrir n’y adhèrent.

On ne doit pas se hâter d’enlever l’épiderme; les papilles nerveuses de la peau , étant dénudées , seraient trop irritées. Il faut attendre le commencement de la formation d’un épiderme nouveau.

Lorsque la suppuration est formée, il convient de faire des pansemens réguliers pour tenir propres les parties affectées. Alors on peut user de charpie fine qui absorbe le pus à la manière d’une éponge. On protège la circonférence des plaies avec des bandelettes enduites de cérat pour empêcher le déchirement des bords d’où doit partir la cicatrice.

S’il y a des accidens inflammatoires, nerveux, on doit recourir aux anti-phlogistiques ou aux narcotiques; mais quand, à la suite d’une longue suppuration, survient la prostration, l’adynamie, il faut par toutes sortes de moyens rehausser les forces vitales. Les toniques, tels que le quinquina, le vin , une alimentation convenable , sont alors indispensables.

Il est important d’observer les règles de l’hygiène en changeant les pièces de pansement, les

vêlemens dos malades qui s’imprègnent de miasmes, en renouvelant, en purifiant l’air des lieux où ils sont placés. C’est le moyen d’empêcher qu’ils ne soient frappés de fièvre adynamique.

On ne pourrait mettre assez de soins à diriger la formation des cicatrices, à empêcher qu’elles ne s’opèrent d’une manière vicieuse; que les membres ne conservent pas, par exemple, l’état de flexion, car ensuite le vice de conformation serait difficile à réparer. Divers appareils que suggère l’imagination sont propres à prévenir ce fâcheux résultat.

Engelures.

Il règne quelque similitude entre Y engelure et la brûlure; cependant des causes bien opposées déterminent ces deux affections. Dans l’une et dans l’autre, il y a à un premier degré érythème ou rougeur, à un second degré formation d’ampoules, et dans un degré plus avancé on remarque une véritable gangrène. C’est parce que, dans cette phlegmasie, la peau est humide, visqueuse, comme couverte d’une gelée, qu’on lui donne le nom cY engelure.

C’est le passage du chaud au froid , et l’humidité de l’atmosphère, qui ordinairement la provoquent, et c’est dans l’âge tendre, sur les peaux délicates, que l’on la voit principalement sévir. L’engelure est un premier degré de la gangrène par le froid ; elle se forme dans les parties les plus éloignées du

INFLAMMATION. 2'l

centre de la circulation, là où Je sang parvient le plus difficilement : les doigts, les orteils, les talons en sont le siège ordinaire. Mais dans les climats du Nord , les oreilles et le nez y sont très-sujets ; aussi, lorsqu’on est exposé à souffrir un froid rigoureux , renferme-t-on ces parties dans des étuis , pour éviter une phlegmasie qui souvent amène la gangrène.

Une coloration rouge, violette, une enflure accompagnée d’une démangeaison insupportable, servent à caractériser les engelures; mais la stagnation du sang dans les capillaires sanguins produit des ruptures, des crevasses, des ulcérations; et si la cause persiste, s’il ne s’opère un changement dans l’atmosphère, le mal s’entretient, s’aggrave, et place le malade dans une situation pénible. Heureusement que le temps apporte le remède : dès que les rigueurs de l’hiver s’apaisent, les engelures guérissent spontanément.

Pour remédier à cette singulière phlegmasie, il faut approfondir le mécanisme de sa formation. Le froid, excitant la peau, fait un appel aux molécules sanguines; la chaleur agit dans le même sens; mais la permanence de l’action du froid retient le sang dans le système capillaire , qui demeure ainsi injecté : c’en est assez de cet arrêt du sang pour exciter les phénomènes inflammatoires.

Il est évident que, pour guérir les engelures il faudrait favoriser la circulation du sang, empêcher ce fluide de stagner dans les vaisseaux capillaires.

Pour atteindre ce but, on peut pratiquer des frictions , employer en embrocation des liqueurs spiritueuses , aromatiques , comme de l’eau-de-vie camphrée, de l’eau de Cologne. Les bains de pieds dans du vin chaud aromatique m’ont paru dans une infinité de cas un moyen salutaire; mais comme des gerçures , des rhagades , des ulcérations se forment, il est nécessaire de faire des pansemens réguliers; des lotions toniques avec une décoction de quinquina sont utiles pour enlever les humeurs visqueuses qui s’écoulent, et rehausser la contractilité du système capillaire; puis, de la charpie mollette, enduite de cérat, doit être appliquée sur les parties ulcérées. Pour favoriser la cicatrisation, on ne saurait trop tenir les parties affectées dans une douce température et à l’abri des influences de l’atmosphère.

PLAIES

PLAIES

Il est des maladies occasionnées par des agens physiques, qui consistent essentiellement dans la division des tissus: ce sont les plaies. D’après leur forme et les corps qui les ont produites, elles sont rangées dans trois catégories : plaies par incision , par piqûre j et par contusion.

Quelle que soit la nature de la plaie , on observe des phénomènes primitifs, qui servent à la caractériser , et des phénomènes consécutifs, qui amènent sa terminaison. Nécessairement il y a dans les symptômes des plaies de notables différences selon leurs espèces. Comme type, on peut considérer ce qui se passe dans une solution de continuité qui serait produite par un instrument tranchant. Or, voici les phénomènes primitifs qui s’observent : écartement des bords, écoulement de sang, douleur.

V écartement des lèvres de la plaie est digne de remarque. Lors même qu’un instrument très-mince a été appliqué sur les parties et les a divisées , on voit tout-à-coup s’établir un grand intervalle entre les bords respectifs de la plaie; cet intervalle résulte d’une force qu’on nomme contractilité organique, dont sont doués les tissus, et qui les fait se resserrer sur eux-mêmes. Une solution de conti

24 l'LAIES.

nuité étant opérée de chaque côté de la division, les tissus se rétractent, et l’on voit alors un grand écartement.

Ce phénomène est bien plus marqué encore lorsque des faisceaux musculaires , qui sont doués d’un autre mode de contractilité, ont été divisés : alors l’écartement qui s’opère est excessivement considérable ; il exige une grande opposition de la part des moyens de l’art.

V écoulement de sang est une conséquence naturelle de la division des vaisseaux. Ce n’est quelquefois qu’un suintement qui bientôt s’arrête spontanément ou au moyen d’une légère compression, ou de quelques astringens ; mais d’autres fois il y a hémorrhagie réelle.

V hémorrhagie qui résulte de la plaie est artérielle, veineuse ou capillaire. Cette dernière est en général de peu d’importance. Il n’en est pas de même des deux autres ; elles peuvent offrir beaucoup de gravité, être même mortelles. On reconnaît Y hémorrhagie artérielle à la couleur du sang qui est d’un rouge vif, à ce qu’il sort par saccades, le jet étant isochrone , c’est-à-dire correspondant aux battemens du cœur. Fait-on une compression au voisinage de la plaie, sur l’artère présumée ouverte, mais entre la plaie et le cœur, l’hémorrhagie à l’instant s’arrête; il en est autrement si l’on comprime dans un point opposé. Vhémorrhagie veineuse se reconnaît à ce que le sang est noir, à ce qu’il coule

PLAIES

par arcade et à jet continu. Si I on comprime entre la plaie et le cœur, l’hémorrhagie devient plus intense; elle s’arrête, au contraire, si on exerce la compression entre la plaie et les extrémités du corps.

La douleur est un phénomène facile à expliquer.

Des lilets nerveux ont été divisés; il en est qui sont

dénudés, d’autres qui sont tiraillés. Or, on sait que les nerfs sont les organes où siège la sensibilité. La douleur offre divers degrés : ce n’est qu’une légère exaltation de la sensibilité, ou bien c’est un sentiment atroce qui occasionne le délire. J’ai vu souvent un délire nerveux se déclarer dans les plaies, simuler celui qu’on observe dans les lièvres ataxiques, et ne se terminer que par la mort. Quoi de plus grave et de plus remarquable que cet état spasmodique qui se déclare à la suite des plaies, et qu’on nomme tétanos !

Les phénomènes consécutifs des plaies consistent dans un travail physiologique qui amène leur terminaison. Cependant des accidcns compliquent quelquefois ce travail et le convertissent en un état morbide. Le premier de ces phénomènes est Y inflammation : elle occasionne ce gonflement qui fait rapprocher et adhérer les bords de la division ; elle produit un suintement de sérosité plastique qui fait s’accoler ces bords l’un à l’autre. Mais l’inflammation est-elle trop intense, elle constitue un érysipèle qu’il faut s’empresser de combattre par di-

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vers moyens appropriés; toutefois, modérée, elle amène cette heureuse terminaison des plaies qu’on nomme vulgairement réunion par première intention, et que je désigne sous celui d 'adhésion primitive .

La période d’inflammation est suivie de celle de suppuration. C’est un phénomène assez commun que cette exhalation de fluide opaque blanchâtre qu’on nomme pus. Tant qu’elle est modérée, elle n’entraîne rien de fâcheux; loin de là, elle est utile pour déterger, expulser ce qu’il y a de nuisible dans une plaie, pour détacher certains débris de tissus qui doivent être éliminés. Mais la suppuration est quelquefois trop abondante , sa nature même est vicieuse, elle amène l’altération des tissus, le décollement des tégumens ; il en résulte une diminution des forces ou un état adynamique; souvent même elle prend un caractère funeste, et porte alors le nom de pourriture d’hôpital.

On ne saurait trop s’efforcer d’appliquer les moyens propres à modérer une suppuration qui tendrait à devenir trop intense. Les lotions émollientes et toniques, les pansemens méthodiques, l’observation d’un régime convenable, peuvent faire atteindre ce but. Mais quelquefois la suppuration est rebelle et ne cède qu’après beaucoup d’efforts.

La cicatrisation est, après l’adhésion primitive, le phénomène le plus heureux qui puisse être observé. On voit s’élever des bourgeons charnus et vasculaires qui tendent à se rapprocher, à s’unir,

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à sc confondre. Mais il s’opère un autre travail vraiment admirable.

Quelles que soient l’étendue, la forme de la surface de la plaie, on voit s’organiser une pellicule d’abord invisible, puis accessible aux regards. Cette pellicule, qui semble le résultat d’une exsudation albumineuse, paraît bientôt sous forme de membrane. Dès que son organisation est assez avancée , elle se trouve douée d’une force contractile invisible, mais remarquable par ses résultats. Se contractant sur elle-même, se rapetissant par conséquent, elle rapproche les bords de la plaie l’un de l’autre, elle soulève le fond, elle enfonce les bords élevés; elle rapproche ainsi tous les points de la circonférence vers le centre ; et quand le rapprochement est complet , elle ne paraît plus que sous la forme d’une trame serrée, blanchâtre, résistante, qui porte le nom de cicatrice. Cette membrane, dont l’action est si merveilleuse , a été nommée module par le célèbre Delpech.

Les phénomènes qui viennent d’être exposés sont communs à toutes les plaies; mais ils offrent des différences selon le genre de ces lésions.

Lorsqu’un instrument tranchant a produit une solution de continuité très-étendue dans une de ces dimensions , ce qui constitue la plaie par incision, l’écartement des bords s’opère d’autant plus que les instrumens ont agi plus profondément. Les autres phénomènes résultent de la nature des

parties intéressées et des accidens qui peuven tsurvenir.

Dans les plaies par piqûre , l’écartement des bords est peu prononcé; quelquefois il est nul, parce que les instruinens qui les ont produites sont très-aigus et qu’il survient un gonflement rapide des tissus divisés. Peu étendues en surface, ces plaies peuvent l’être beaucoup en profondeur. Peu graves en apparence, elles le sont beaucoup en réalité; cela tient à la nature des parties qui ont été intéressées. Un instrument peut traverser des tissus sans importance, tels que le tissu cellulaire, les muscles; mais aussi ils rencontrent des vaisseaux, des nerfs, des organes indispensables à l’existence. Un épanchement de sang qui s’opère à l’intérieur peut être mortel, si une veine ou une artère d’un certain calibre ont été ouvertes , et cependant il n’y a nulle hémorrhagie à l’extérieur. Sans aucune lésion vasculaire, la piqûre d’un organe, de l’estomac, par exemple, peut devenir mortelle à cause de l’épanchement des substances alimentaires dans l’abdomen, ou des accidens inflammatoires qui se déclarent.

Lorsqu’un organe éminemment vasculaire a été atteint d’une plaie par piqûre, lorsqu’on pense que des vaisseaux ont été ouverts, on doit s’abstenir de toute manœuvre qui pourrait renouveler ou susciter une hémorrhagie. Par conséquent, il y aurait du danger de sonder avec des stylets la profondeur de certaines plaies; ce serait satisfaire sa curiosité

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sans utilité et au risque de l’existence des malades.

Cependant certaines opérations deviennent nécessaires dans la plaie par piqûre. Il survient une tension des tissus, un étranglement douloureux; on y remédie par un débridement , c’est-à-dire une incision pratiquée avec un bistouri. Si du sang accumulé acquiert un caractère nuisible par la putréfaction , l’incision favorise un dégorgement salutaire, sans que pour cela il y ait hémorrhagie.

Il est un troisième genre de plaies: celles que l’on nomme plaies contuses. Elles résultent de l’action des corps à larges surfaces, ou des chutes sur des corps immobiles. On classe parmi ces plaies les déchirures et les arrachemens. On conçoit que toutes ces lésions diffèrent des incisions et des piqûres.

Le caractère essentiel des plaies contuses est la trituration des tissus, pendant que dans les autres variétés de plaies ils sont divisés net, et qu’un rapprochement peut être suivi d’une prompte réunion. La contusion, qui est l’action déterminante des plaies contuses , offre un symptôme fort ordinaire qu’on nomme ecchymose ; il résulte de la rupture des vaisseaux capillaires et de l’infiltration du sang dans le tissu cellulaire. Ce fluide, s’accumulant, forme d’abord une tumeur ou bosse, et bientôt, scs élémens se séparant , il s’infiltre dans les tissus par imbibition. On voit au travers de la peau une couleur bleuâtre; la teinte change, devient jaune à mesure que le fluide est absorbé, et l’ecchymose se

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dissipe. Quelquefois il n’en est pas ainsi : il se forme un trombus par l’amas du sang veineux, ou bien un anévrisme par l’épanchement du sang artériel. Alors des accidens se déclarent; il faut pratiquer des incisions pour dissiper le trombus s’il ne peut se terminer par résolution, et appliquer diverses méthodes opératoires s’il y a anévrisme.

Les arrachemens constituent le genre de plaies le plus affreux. On assure que les vaisseaux se rétractent dans ces lésions, et que l’hémorrhagie n’a pas lieu. Il serait prudentdese méfier, et de se hâter de lier les vaisseaux, si on parvenait à les découvrir.

On doit s’attendre, dans les plaies contuses, dans les grandes triturations des tissus, à une série d’accidens ; les malades succombent souvent à la douleur ou à l’inflammation qui se déclarent. Il survient ordinairement une suppuration abondante; elle est nécessaire pour opérer l’élimination des tissus triturés et la formation des élémens qui doivent produire la cicatrisation. Loin de se hâter d’opérer les rapprochemens des bords d’une plaie contuse, il faut laisser les parties dans le relâchement , afin d’éviter les douleurs inséparables du gonflement et favoriser le dégorgement des tissus qui ont été lésés.

Traitement général des plaies.

Selon la nature de la plaie, les moyens curatifs qu’on emploie doivent nécessairement varier. On doit s’appliquer à combattre tous les accidens qui

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peuvent se présenter, et mettre en œuvre ce qui convient pour amener la cicatrisation.

Comme, dans les plaies par incision, le phénomène qui s’offre d’abord est l’écartement des bords, d’où résulte une surface dénuée de tégumens, l’indication qui se présente alors, c’est d’obvier à cet écartement, en employant une force qui surmonte celle qui le produit.

C’est une force vitale qui détermine l’écartement; on ne peut lui opposer qu’une force physique. Ainsi, à l’aide des mains, on rapproche les parties écartées, et on cherche à les maintenir en rapport. La position à donner au corps ou aux membres, selon le lieu où est la plaie , est une chose importante. Il est naturel que, si une plaie est dans le sens de la llexion ou de l’extension, en mettant les parties dans l’un ou l’autre sens, le rapprochement deviendra plus facile. Ainsi , il conviendra tantôt d’étendre, tantôt de fléchir les membres, ou de donner une inclinaison à la partie du tronc où serait située la plaie; mais il faut maintenir en rapport les lèvres de la division. Jadis on appliquait dans tous les cas la suture; elle n’est réservée maintenant que pour des cas exceptionnels. ïl est certain que quelques points de couture rapprochent exactement les parties. Il est des tissus qui se déchirent par la rétraction, tels que celui des muscles; alors il survient de l’inflammation, et la plaie a des bords frangés et inégaux. Cependant, il est

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beaucoup de plaies, notamment celles de la face, qui sont parfaitement réunies par une simple suture.

Assez généralement on maintient les parties rapprochées au moyen de bandelettes formées d’un emplâtre agglutinatif : le diacliylon en sparadrap ou la toile-Dieu. Ces emplastiques enflamment quelquefois la peau, y occasionnent des pldyctènes, bien qu’ils ne soient pas âcres. Le taffetas gommé suffirait, si la plaie était de petite dimension.

Il est souvent nécessaire d’appliquer des bandages unissans pour tenir en rapport les lèvres de la division. Une bande circulaire pourrait suffire, si la plaie était en long; en fendant un chef, on ferait passer dans la fente pratiquée l’autre chef, et en serrant on opérerait le rapprochement.

Si la plaie est en travers, il faut un bandage plus compliqué. Une compresse, divisée en plusieurs lanières , serait fixée par des tours de bande audessous de la plaie; une autre compresse à plusieurs fentes serait fixée au-dessus; et en engageant les lanières dans les fentes , on rapprocherait les deux lèvres de la division. Des compresses épaisses placées près des bords de la plaie faciliteraient leur rapprochement.

Dans les plaies récentes, on doit s’abstenir de l’application de toutes sortes d’onguens. Le cérat , dont on enduit légèrement des bandelettes de linge ou des plumasseaux de charpie, est seulement né-

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cessaire, afin d’empêcher les pièces d’appareil de contracter des adhérences. Ces baumes si vantés, tels (pie celui du Commandeur, ne valent pas l’eau pure et fraîche qui sert à enlever le sang et les malpropretés qui pourraient s’interposer entre les bords de la plaie , ni les immersions dans de l’eau mucilagineuse, si propres à calmer l’irritation.

Lorsqu’il survient de l’inflammation, de la suppuration , ce qui a lieu ordinairement dans les plaies contuses, il est utile d’appliquer des émoiliens, de faire des lotions; il faut opérer une détersion pour enlever tout ce ({ui est împui et 1 u — neste, et recouvrir la surface avec des corps doux qui les protègent. Rien n’est préférable pour cela à la charpie line et mollette.

Il est des circonstances où il faut exciter les surfaces des plaies : c’est lorsqu’il y a atonie. Pour cela, un onguent digestif, animé avec de l’essence de térébenthine, peut être utile; mais on ne devrait pas en prolonger l’usage, car il deviendrait trop excitant.

Lorsque les bourgeons charnus se sont développés , on favorise la formation de la cicatrice par de légères cautérisations au moyen du nitrate d’argent ou de l’alun calciné. Il faut s’abstenir d’appliquer ces caustiques près des bords de la plaie , car on détruirait le travail modulaire qui forme la cicatrice de la circonférence vers le centre.

PLAIES

Plaies il’arnics à Pou.

On croyait dans le moyen-âge que les plaies produites par la poudre à canon avaient un caractère vénéneux ; mais le hasard lit faire à Ambroise Paré une importante observation qui renversa cette croyance. Cet illustre chirurgien manqua d’huile bouillante pour cautériser tous les blessés à la suite d’une bataille; il ne put dormir d’inquiétude pendant la nuit. Le lendemain, il fut fort surpris de voir que ceux qui avaient subi la cautérisation étaient fébricitans, et que les autres se trouvaient dans un état calme ; dès-lors il renonça à l’application de l’huile bouillante. « Or donc , je me délibéray de ne jamais plus brusler aussi cruellement les pauvres blessés cVarquebusades. »

Ce qu’on ne saurait contester dans les plaies d’armes à feu , c’est la stupeur qu’elles impriment à toute l’économie; elles agissent à la manière de la foudre; on tombe souvent raide mort d’un coup de feu : un tel phénomène ne s’observe guère par le fait des autres plaies. Sans qu’on aperçoive aucune lésion à la peau, il arrive qu’il y a attrition des parties molles, des fractures et d’autres désordres ou très-graves ou mortels. On a attribué au déplacement et à la pression de l’air de tels accidens; mais on ne peut concevoir que, dans l’espace, l’air puisse être assez comprimé pour agir avec violence. Il est plus naturel de penser que des

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projectiles frappent les tissus en les effleurant, ou en s’amortissant sur eux, étant parvenus à la fin de leur trajet. Alors la peau, souple, élastique, cède au choc, et la puissance est transmise profondément où s’opère le désordre.

Deux choses doivent d’abord être considérées dans les plaies d’armes à feu : i.° l’action exclusive de la poudre; 2.° celle du projectile.

La poudre en ignition détermine une brûlure réelle, lorsque le coup a été porté à brûle-pourpoint : cette brûlure s’observe lorsqu’on charge les armes à poudre seulement; elle est aussi le résultat des feux d’artifice.

L’explosion produit un grand désordre qui complique la brûlure. Dans certains cas, c’est un déchirement des tissus. J’ai vu , sur des individus qui s’étaient suicidés en se tirant un coup de pistolet dansla bouche, unehorribleplaie radiée qui résultait de ce que l’explosion avait fait éclater les joues.

Les grandes différences qu’offrent les plaies d’armes à feu dépendent de la nature du projectile : les plombs de chasse, les balles, les boulets, les bombes, d’autres projectiles encore produisent nécessairement des effets infiniment variés. Ce sont quelquefois des plaies multiples; d’autres fois c’est une plaie unique ; tandis que, dans d’autres cas, c’est une affreuse mutilation, l’ablation d’une partie du corps.

Pour expliquer le mécanisme d’un coup de feu, il faut prendre pour exemple l’action d’une balle

tirée à une certaine distance. Or, elle peut frapper les parties perpendiculairement ou obliquement. Dans le premier cas , elle traverse de part en part , ou bien elle reste dans l’épaisseur des tissus. Si les parties sont traversées, on observe que l’ouverture d’entrée est déprimée , que ses bords sont meurtris , tandis que l’ouverture de sortie est saillante, boursoutïlée ; la première parait plus petite que la seconde.

Comme, d’après les lois de la physique, un corps qui passe d’un milieu rare dans un milieu plus dense, se rapproche de la perpendiculaire, l’ouverture de sortie d’une balle est en général plus basse que celle d’entrée; mais il y a en cela de nombreuses exceptions, car un os ou un autre tissu résistant font réfléchir une balle, changent sa direction, lui font parcourir un trajet bizarre , et quelquefois la font sortir beaucoup plus haut qu’elle n’est entrée.

Lorsqu’une balle frappe perpendiculairement un os, elle y fait d’abord une ouverture arrondie, puis le trajet qu’elle parcourt offre une excavation : cela parait tenir à un mouvement de rotation qu’exécute ce projectile dans sa marche. Le choc, si la balle est de plomb, occasionne au projectile un certain aplatissement. Il en résulte que la balle ayant changé de forme ne peut aisément être ôtée par où elle est entrée; l’ouverture semble trop petite; il faut qu’elle soit agrandie par les moyens de l’art. L’application d’une couronne de trépan devient quelquefois nécessaire.

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Lorsque les balles frappent obliquement, elles produisent des trajets sinueux, des gouttières profondes; elles exécutent souvent des ricochets, étant réfléchies par les parties solides; elles labourent les parties qu’elles traversent sans s’y arrêter, ou bien elles s’y logent. On chercherait en vain dans les tissus qu elles produisent les caractères de celles qui sont le résultat d’une balle lancée perpendiculairement. Au lieu d’une ouverture à bords déprimés, d’une autre ouverture à bords boursoufllés, il y a souvent un délabrement fort compliqué.

Combien ne remarque-t-on pas de phénomènes physiques divers dans les coups de feu qui résultent de tel ou tel projectile! Les plombs criblent quelquefois la peau d’une multitude d’ouvertures, ou bien la charge entière fait balle, comme on le dit, et entre en masse dans le corps. J’ai vu chez une jeune lille portée à l’hôpital Saint-André une plaie résultante d’un coup de fusil, où l’os du bras avait été fracturé, et les plombs étaient entrés dans le ventre en suivant les côtes ; le rein, notamment, en était criblé, comme farci.

Si les plombs parvenus à la fin de leur course frappent la peau, il arrive qu’ils s’arrêtent dans le tissu cellulaire sous-cutané, qui parait ensuite parsemé de petits tubercules. Chaque grain se loge dans un petit kyste celluleux, où il établirait son domicile si on n’en faisait l’extraction.

Les plaies qu’occasionnent les boulets, les éclats

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de bombe , sont ordinairement fort graves ; elles offrent un grand délabrement. Elles exigent des opérations qui ont pour but d’enlever ce qui a subi l’attrition et ne peut être conservé. L’amputation des membres devient souvent une indispensable ressource.

Quel que soit le projectile, la plaie peut être légère, grave ou mortelle, selon la nature des tissus intéressés. On s’étonne généralement qu’un coup de fusil ou de pistolet ne tue pas. Ce qui m’étonne à moi , c’est qu’il tue si souvent et si promptement. Pour qu’un coup de feu soit instantanément mortel , il faut qu’un organe très-important à la vie, tel que le cerveau, ait été atteint, ou qu’un gros vaisseau soit divisé et qu’il y ait une hémorrhagie.

On dit qu’ ordinairement les plaies d’armes à fen ne saignent pas ; c’est une erreur : c’est le saignement qui constitue leur première gravité; et si une petite ouverture ne permet pas au sang de couler à l’extérieur, il s’épanche à l’intérieur, et bientôt le malade succombe.

Cependant, pour qu’une plaie soit immédiatement suivie de mort, il faut qu’un vaisseau principal ait été intéressé. Combien de parties ne peuvent traverser les balles sans rencontrer de gros vaisseaux! Aussi n’est-il pas surprenant que la mort accompagne de si près les coups de feu.

On voit beaucoup de tentatives de suicide qui échouent ou ne sont suivies que d’accidens consé-

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cutifs. Lorsqu’on porte un pistolet sur le crâne pour se brûler la cervelle, les os font fréquemment ricocher la balle. Quand on tire le coup dans la bouche , la balle est souvent réfléchie par la voûte palatine, et va frapper la colonne vertébrale. J’ai vu avec un de mes confrères, le docteur Chaumet, à la suite d’un coup de pistolet, une balle perdue dans le pharynx rendue ensuite par les selles.

J’observais un jour dans l’amphithéâtre de l’hôpital l’erreur de ceux qui croient se détruire promptement en se mettant un pistolet dans la gorge. Je disais que, pour parvenir au cerveau , la voie la plus sûre serait l’orbite. Un de mes élèves se souvint de cette indication 5 quelques jours après, pour mettre fin à un chagrin, il se tira un coup de pistolet dans l’œil et tomba raide mort.

Si l’on parcourait les effets des plaies d’armes à feu sur tous les tissus , sur tous les organes de l’économie animale , on verrait la multitude des accidcns qui en résultent, et leur degré de gravité selon l’importance des parties affectées. Le cerveau, le cœur, les poumons, sont-ils traversés par des projectiles, ordinairement les plaies sont mortelles. Le foie, l’estomac, les intestins sont-ils divisés , des accidens très-graves se déclarent et ne pardonnent guère les malades. J’ai vu une balle entrée dans la cavité de l’abdomen susciter une péritonite qui a entraîné la mort. Combien de fois n’ai-je pas observé des malades à l’hôpital résister

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long-temps à des accidens que l’on espérait surmonter, et finir par succomber après de longues souffrances! Mathieu Clérac, assassin de M. Brun, maire de Bordeaux , en fut un exemple : cet homme, pour se soustraire à la justice, se tira un coup de pistolet dans la gorge; il lutta pendant vingt jours contre la mort, rendit la balle avec les selles, mourut ensuite. Il avait une fracture de l’apophyse odontoïde de la seconde vertèbre cervicale.

Si les malheureux blessés par les armes à feu ne succombent pas, il arrive qu’ils demeurent longtemps infirmes. J’en ai vu qui , ayant eu la vessie traversée par une balle , conservaient une fistule par où coulait perpétuellement l’urine. Mais combien n’en est-il pas qui vivent avec une terrible mutilation, l’ablation d’une portion de mâchoire, par exemple , des plaies à jamais incurables , des trajets fistuleux par où a lieu une suppuration intarissable !

Ceux-là sont moins malheureux qui n’ont d’autre infirmité que les douleurs qui résultent de quelques séquestres à la suite des lésions osseuses , des cicatrices vicieuses, ou du séjour des balles dans l’épaisseur des parties. Ils vivent valétudinaires; ils sont sujets à des douleurs périodiques que réveillent certaines influences atmosphériques; mais ils ont l’espérance d’un terme à leurs souffrances, car il arrive qu’une esquille, un séquestre osseux est expulsé ou extrait et que la guérison s’ensuit, qu’une

l'LAIES.

cicatrice cesse d’être gênante et douloureuse , qu’une balle ayant long-temps cheminé dans le tissu cellulaire fait saillie sous la peau et peut être aisément extraite au moyen d’une petite incision.

Le traitement des plaies d’armes à feu varie autant ([lie la nature de ces plaies. Il est nul lorsque des sy mptômes annoncent que la mort est instantanée. Mais il faut chercher à se convaincre s’il y a stupeur qui en impose pour la mort, et appliquer des moyens propres à réveiller la sensibilité. Quelques anti-spasmodiques peuvent être utiles 5 mais le repos pendant un certain espace de temps apporte seul le meilleur remède.

Si un gros vaisseau était ouvert et qu’une hémorrhagie devînt redoutable, on devrait agir par la compression , les réfrigérans et les autres ressources de l’art, pour combattre un accident qui pourrait être mortel. Si le désordre était fort grave, qu’il y eût fracture, mutilation considérable, on pourrait appliquer des appareils s’ils étaient jugés utiles, faire des pansemens devenus nécessaires; mais souvent alors il faut en venir à une ressource extrême : l’amputation.

L’un des premiers soins qu’on doit mettre en pratique, c’est l’extraction des corps étrangers. 11 arrive que des portions de vêtemens ou autres substances sont enfoncées dans les plaies ; il survient un gonflement qui empêcherait plus tard de les reconnaître et de parvenir à les extraire.

l'LAIES.

il est important d’aller à la recherche du projectile, qui ne peut que devenir une cause d’irritation et susciter des accidens. Pour cela, on se sert d’instrumens divers, de pinces, de tire-balles, de tout moyen mécanique qu’on peut imaginer; mais l’extraction de ces corps est difficile et douloureuse. Pour la faire plus aisément, on doit procéder par un débridement préalable.

Le débridement consiste dans une ou plusieurs incisions que l’on pratique pour parvenir à la recherche des corps étrangers. Cette opération est encore utile pour prévenir des accidens qui résultent du gonflement des parties. La tension des tissus , celle des aponévroses , est extrême à la suite des coups de feu; les incisions y remédient efficacement. Le célèbre Percy a donné pour précepte de débuter par le débridement dans toutes les plaies d’armes à feu.

Comme l’inflammation est un accident inévitable, on doit la combattre par anticipation, en pratiquant une saignée, en conseillant la diète, en donnant des boissons tempérantes. Sur le siège du mal , on fera des applications émollientes de cataplasmes de farine de lin, d’eau de guimauve; on donnera aussi, s’il est possible, des bains locaux; en un mot, on suivra le système de traitement convenable pour les inflammations.

Il est des accidens nerveux à redouter, et le plus grave est le tétanos. On peut les prévenir en admi-

PLAIES

nistrant des narcotiques , quelques grains d’extrait d’opium : ce remède conviendra surtout si le malade n’a pas de sommeil.

Le traitement des plaies d’armes à feu oblige de recourir à la thérapeutique tout entière, car toutes sortes de phénomènes morbides peuvent se déclarer, tantôt par les progrès de l’inflammation, tantôt par le développement des lièvres, qui surviennent comme une fâcheuse complication. Ce ne sont donc pas seulement des moyens chirurgicaux qui deviennent nécessaires , mais encore tous ceux qu’applique la médecine interne.

Plaies venimeuses.

Il est des plaies , d’une fort petite dimension, à peine visibles, qui se cicatrisent rapidement, et qui sont cependant très-redoutables. Leur gravité tient à un principe vicieux qu’elles recèlent et qui leur a été transmis par l’agent vulnérant.

Jadis on employait , dans les guerres, des flèches empoisonnées dont les blessures étaient mortelles ; maintenant ces armes ne sont usitées que chez les peuplades sauvages, qui les imprègnent de sucs de plantes vénéneuses, principalement de Yupas tieuté.

Il est des plaies venimeuses déterminées par la morsure des animaux. Certains reptiles contiennent un virus qu’ils transmettent au moment qu’ils mordent. On sait que la vipère a ses mâchoires

PLAIES

garnies de vésicules qui expriment un fluide subtil.

Dans les climats chauds, plusieurs variétés de serpens produisent des accidens formidables ou mortels, quelque légère que soit la piqûre par laquelle ils inoculent leur perlide venin. Le crotale ou serpent à sonnette est le plus dangereux des ophidiens. Un crochet de ce reptile, demeuré dans la botte d’un homme qui avait été mordu, lit périr deux personnes qui se servirent de cette chaussure (Sol acroux).

Au rang des plaies venimeuses, se classent celles que produisent les animaux atteints de la rage. Le chien est celui auquel l’homme est le plus exposé ; mais le loup , le chat, le cheval, peuvent aussi communiquer la rage. On reconnaît un animal enragé à son allure taciturne et sombre; il marche la tète basse, sa bouche laisse couler de la bave, il a souvent les yeux rouges, il refuse les alimens. Un loup enragé n’est point un loup dévorant , il mort et fuit. Il en est ainsi du chien. L’envie de mordre, dans ces animaux, est un signe caractéristique de la rage-. Il n’en est pas ainsi dans l’espèce humaine : l’homme n’a pas envie, mais il a la crainte de mordre ; car, chose étonnante ! la rage développe chez l’homme des sentimens insolites de douceur et de bonté.

La rage déclarée occasionne des horripilations , des spasmes nerveux , qui plongent dans l’abattement ; et quand ces spasmes diminuent, on croit à

PLAIES

une diminution de symptômes, au succès du traitement; au lieu de cela, c’est le repos précurseur de la mort.

Comme un principe subtil , souvent invisible , est introduit dans la plaie venimeuse , le premier soin doit être de chercher à enlever ou de neutraliser ce principe ; pour l’enlever , il faut se hâter de faire des lotions avec un liquide quel qu’il soit. Ainsi , l’eau , l’urine, tout ce qu’on peut se procurer , convient en pareil cas.

Mais il faut, avec la plus grande promptitude , cautériser les plaies. Si on avait a sa portée un caustique , comme l’eau forte , on devrait l’employer. Le moyen le plus salutaire et souvent eflicace , c’est le fer rougi à blanc ; on produit , avec ce corps comburant , une cautérisation profonde. Heureux quand on peut y recourir et empêcher le développement d’accidens qui seraient infailliblement mortels ! car les remèdes vantés comme des arcanes merveilleux, la cautérisation de vésicules que l’on dit se former sous la langue, mille autres médications que l’on met en usage, malgré les témoignages que l’on donne de leur efficacité, sont de nulle valeur. Si la rage est déclarée, c’est l’agonie qui bientôt est suivie d’une cruelle mort.

ULCÈRES

Il est des phénomènes morbides qui s’observent sur ia peau, altèrent ce tissu , le corrodent d’une manière persévérante; on les nomme ulcères. Quelquefois un vice ou virus spécial constitue l’essence de ces affections ; d’autres fois il n’y a autre chose qu’un vice de l’organisation, qu’un état de faiblesse , d'atonie dans les tissus.

Dès qu’une plaie se forme spontanément, qu’elle grandit malgré les soins qu’on applique , ou qu’étant produite par une faible cause elle augmente et s’entretient, on peut dire qu’il y a un travail ulcératif, une ulcération.

Uleère simple.

Il est des individus chez lesquels il existe une disposition aux ulcères; l’expression chair mauvaise > vulgairement employée, n’est pas sans valeur. Il est très-vrai que les uns se blesseront impunément, et que chez d’autres la moindre lésion amènera une ulcération rebelle, sans que toutefois il y ait aucun virus capable de l’entretenir. On peut considérer l’ulcération qui s’établit alors comme une première espèce d’ulcère, qui mérite l’épitliète d'ulcère simple. Des pansemens journaliers avec des bandelettes de

ULCÈRES

linge enduites decérat pour entourer la surface malade, de la charpie line pour la recouvrir, suffisent communément et amènent la guérison ; quelquefois il faut faire des lotions émollientes ou légèrement siccatives , au moyen de l’acétate de plomb étendu d’eau, et on obtient bientôt la cicatrisation.

Ulcère variqueux.

Rien n’est plus commun que l’atonie, la dilatation des veines des membres inférieurs , du membre gauche principalement, qui donne lieu à ces renflemens que l’on nomme varices. La circulation veineuse devient lente, parce que le sang doit parcourir des voies larges peu élastiques; il s’opère une sorte de stase, ce fluide séjourne dans les radicules veineuses; il en résulte des altérations, des infiltrations, qui amènent le ramollissement des tissus et l’ulcération.

Dès qu’une telle lésion a commencé à se former, elle persévère , s’aggrave : le sang suinte ou s’épanche en nappe ; quelquefois il coule abondamment, il y a hémorrhagie veineuse. Mais aussi il peut n’y avoir aucun écoulement de sang, et toutefois la disposition variqueuse est la cause de l’ulcération. Ces ulcères s’entretiennent par leur propre cause; ils deviennent fongueux, sordides, calleux, à mesure qu’ils acquièrent plus de chronicité.

Les lotions astringentes, toniques, au moyen d’une décoction de tan ou de quina, resserrent les vais-

ÜIXÈKES.

seaux, remédient à l’ulcération. Mais la compression est le moyen le plus elïicacc : on l’exerce à l’aide d’une bande de six ou sept mètres de longueur, après avoir préalablement pansé la plaie avec de la charpie et une compresse. Lorsque la cicatrisation est avancée, on peut suppléer à la bande par un bas de toile ou de peau lacé.

Ulcère calleux.

On voit l’ulcère variqueux se convertir en ulcère calleux ; mais celui-ci a son caractère propre et peut exister indépendamment de toute diathèse variqueuse. Cet ulcère se remarque chez les individus cachectiques, chez ceux qui ont subi de longues maladies, qui ont fait des excès ou éprouvé des privations. Les ouvriers qui , dans leurs travaux , se heurtent les jambes contre des corps durs , sont très-sujets à ces ulcères. On en voit principalement chez les terrassiers , exposés à des éboulemens de terrain.

L’ulcère calleux est souvent la conséquence de l’ ulcère simple devenu chronique et qui a fréquemment récidivé, ou a été négligé et mal pansé. Il est caractérisé par une surface blafarde, sordide, enfoncée , par des bords fort épais , fort durs et ordinairement à pic; l’ épiderme semble avoir acquis une densité considérable ; mais cette densité tient essentiellement à une altération spéciale du tissu cellulaire, qu’on nomme callosité.

U LC LUES.

Rien n’est plus commun que de voir , dans les hôpitaux, des malades atteints de tels ulcères depuis vingt ans , trente ans. Il est des malheureux qui spéculent sur cette infirmité pour exciter la compassion ; leur membre est quelquefois dépouillé de tégument comme un arbre le serait de son écorce. Une exsudation ichoreuse, plutôt qu’un pus réel, s’écoule de la surface de telles ulcérations ; les mouches carniairesy déposent souvent leurs œufs, et tout-à-coup on les voit couvertes de vers qui semblent les ronger. Tout cela est le fruit de l’incurie, de la crapule ou de la misère , et est indigne de pitié.

Si l’on absterge ces ulcères avec de l’eau , du vinaigre, de l’essence de térébenthine, on détruit toutes les malpropretés qui les recouvrent; bientôt, surtout par l’effet de la térébenthine, on voit qu’une surface blafarde , sanieuse , devient rosée , des bourgeons charnus s’y développent : c’est un travail vers la cicatrisation. On cherche à ramollir les bords calleux avec des cataplasmes ; on y parviendrait mieux au moyen de l’onguent mercuriel. Mais la compression méthodique, exercée avec une bande, établit le niveau entre le fond et les bords; le premier s’élève insensiblement, les seconds s’affaissent, ils se ramollissent, et l’on voit’, de la circonférence de l’ulcère , partir une pellicule membraneuse : c’est V module qui amène la cicatrice.

CfXERES.

Ulcère ^eroft’uleux.

Cet ulcère n’existe guère exclusivement de tout autre symptôme : il coïncide avec un état scrofuleux général, et s’observe chez les individus lymphatiques. Si l’on fait des recherches, on découvre sur les sujets qui en sont atteints des ganglions lymphatiques engorgés au cou , aux aisselles , aux aines; ou bien la peau est blanche, blafarde, le tissu cellulaire est lâche, fréquemment les lèvres sont épaisses, le nez est épaté, les yeux enflammés et chassieux ; il y a quelquefois gonflement ou déviation de quelque point du système osseux.

L’ulcère scrofuleux est la suite ordinaire des abcès froids, dans lesquels la peau a été décollée, amincie, perforée, détruite. Le tissu cellulaire s’est fondu , des tubercules ont été expulsés ; il en est résulté une excavation ; les tissus sous-jacens ont été comme disséqués; un pus séreux, rouilleux, est constamment sécrété. Les pansemens n’amènent aucun changement notable; on est étonné souvent qu’une fort petite ulcération soit si rebelle, s’éternise en quelque sorte.

C’est qu’il y a dans l’économie un vice qui s’oppose au travail propre à opérer la cicatrisation , et qu’il n’y a pas le degré de propriétés vitales nécessaire pour produire ce travail. Les ulcérations demeurent ainsi stationnaires jusqu’à ce qu’une

ULCERES

révolution s’opère dans la constitution. C’est dans ces maladies qu’on doit surtout espérer des inlïuences climatériques.

Il faut panser les ulcères scrofuleux , les exciter avec certains onguens, tels que le digestif animé. On doit faire des lotions avec du vin aromatique , et, dans quelques cas, des immersions dans une eau alcaline , celle où entrerait du carbonate de potasse. Les eaux sulfureuses peuvent produire une excitation favorable, mais on préfère celles où serait combinée la teinture iodurée. Les toniques à l’intérieur doivent aussi être administrés : on vante les boissons amères faites avec la gentiane, le houblon ; c’est dans du vin, de l’alcool ou de l’eau que l’on incorpore ces substances. Mais, de tous les médicamens, les préparations où entre l’iode sont les plus préconisées. On applique des pommades, on donne des sirops, des pilules où s’incorpore cette substance; malgré tout cela, on voit des ulcères scrofuleux demeurer rebelles; ce n’est que le temps, l’âge, le changement de constitution qui deviennent le remède efficace.

On doit faire tenir un rang important dans le traitement aux moyens hygiéniques : une nourriture saine, essentiellement animale , l’habitation dans une localité exposée aux rayons solaires et à l’abri de l’humidité, des vêtemens chauds, un exercice habituel , sont propres à favoriser le changement de constitution ; ordinairement la conversion du

ULCERES

tempérament lymphatique en un tempérament san guin est le signal de la guérison.

Ulcéré vérolique.

il serait inconvenant, à propos de Y ulcère vérolique, de parler d’une infinité de lésions qui sedéclarent aux organes génitaux , et ne sont que des phénomènes inflammatoires ; ainsi que de la blennorrhagie, qui est une exsudation du canal de l’urètre, dépendante d’un virus qui lui est propre. L’ulcère vérolique est d’une autre essence que toutes ces affections ; il est la conséquence d’un virus spécial qui a pénétré dans l’économie.

Un fluide limpide, quand il n’est pas mêlé avec du pus, recueilli sur un chancre récent, inocule la vérole, comme le virus vaccin inocule la vaccine; mais le virus vérolique n’inocule point la blennorrhagie. Yoilàce qu’on n’admet pas généralement, et ce qui est cependant de toute vérité.

Je parlerai ailleurs du chancre. Il ne s’agit maintenant que de cette ulcération chronique qui est la conséquence de l’infection vénérienne, et qu’on voit s’établir dans des parties éloignées du lieu primitivement contaminé. Il y a quelque chose de surprenant de voir, chez des individus qui n’ont aucun autre symptôme, des ulcères véroliques non équivoques , lorsque cependant ces individus ont toutes les apparences d’une bonne santé. Ordinairement, il est vrai, les malades sont affaiblis, exténués par

la diathèse vérolique; ils offrent une série désignés caractéristiques du mal qui les dévore : ee sont des pustules parsemées sur la peau , des douleurs ou des gontlemens des os , un mal de gorge constant, la perte des cheveux , un état de malaise général.

Quoi qu’il en soit, l’ulcère vérolique a sa physionomie spéciale. Ses bords , sans être épais comme ceux de l’ulcère calleux, sont durs et coupés à pic. Ordinairement la forme de cet ulcère est arrondie, son fond est couvert d’une couenne albumineuse, blanchâtre; il sécrète un pus séreux mal lié.

Si les signes de l’ulcère vérolique étaient douteux, si divers symptômes accessoires ne venaient les corroborer, on pourrait, pour fonder un juste diagnostic , employer une pierre de touche : c’est un traitement mercuriel convenablement administré. Bientôt on verrait un changement de physionomie, le fond de l’ulcère deviendrait rouge, scs bords s’affaisseraient et cesseraient d’être à pic.

Le traitement de l’ulcère vérolique est celui des affections de cette nature. Le mercure, sous diverses formes, est le remède indispensable; tous les autres moyens ne sont que des accessoires qui seuls seraient infructueux. Les cautérisations, les pansemens, la diète, pourraient à la rigueur faire disparaître le symptôme , mais le mal ne serait que masqué, et reparaîtrait bientôt sous une forme nouvelle et plus redoutable.

L LC EK K S.

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ilcère scorbutique.

On considère trop aveuglément Y ulcère scorbutique comme une lésion des tissus, c’est-à-dire des parties solides. Ce n’est pas sur les tissus qu’existe réellement le mal , mais dans une des humeurs les plus précieuses à l’existence : le sang.

Composé de fibrine , de cruor , de sérum , de divers élémens enfin , ce liquide éprouve des altérations. C’est ordinairement la partie séreuse ou aqueuse qui est trop abondante; mais quelquefois il n’y a pas combinaison exacte entre les divers élémens; et pour me servir d’une expression adoptée par un savant physiologiste, M. Magendie, il n’y a pas coagulai ilité suffisante. Le sang, dès-lors, a une tendance à laisser séparer ses parties constituantes : c’est dans une telle altération que consiste essentiellement le scorbut. Que des privations , des fatigues, des alimens de mauvaise nature, l’habitation dans une atmosphère impure ou autre cause l’aient produit, il n’y a pas moins lésion d’une humeur animale : du sang.

Alors on voit des phénomènes morbides qui résultent de la décomposition de ce liquide : ce sont des exhalations sanguines, des hémorrhagies qui dépendent de ce que le sang ne peut être retenu dans ses vaisseaux, et qu’il s’extravase par filtration, en obéissant aux lois physiques.

Lorsque la diathèse scorbutique est confirmée,

ULOLIŒS.

lorsqu’elle résiste à 1 hygiène et à la thérapeutique, il se forme des ulcères qui acquièrent quelquefois une vaste étendue, et qui s’entretiennent avec opiniâtreté. On soupçonne quelque vice dont on suppose l’économie animale imprégnée; on accuse notamment la syphilis , la scrofule : c’est ordinairement à tort. Pourquoi chercher un autre mal que celui qui existe? le scorbut n’est-il pas assez funeste par lui-même, assez capable de produire des ulcérations ?

Cette affection exerce primitivement une influence sur la bouche ; les gencives sont rouges , livides, gonflées, elles saignent au moindre contact ; puis elles se ramollissent , les dents se carient, se décharnent, elles s’ébranlent, souvent elles tombent; l’haleine est fétide; il y a un abattement général ; des pétéchies s’observent sur diverses parties du corps; ou bien ce sont des ecchymoses , des sugillations occasionnées par l’infiltration du sang au-dessous de la peau. Cela se remarque notamment dans une maladie nommée hémacélmose ou pourpre scorbutique : la peau est jaspée, parsemée de taches noirâtres; il y a souvent exhalation de sang par les membranes muqueuses, hémorrhagies nasales, intestinales; les malades tombent dans l’abattement, la prostration, et succombent.

Tous ces phénomènes se rencontrent à la fois sur un individu : ce qui constitue la diathèse scorbutique. Des ulcères se forment dans telle ou telle

ULCERES

partie, notamment aux membres inférieurs. Leur aspect sert à les faire reconnaître : ils sont fongueux, saignans, répandent une odeur fétide, laissent écouler un pus sanieux. On les voit ordinairement rebelles aux moyens curatifs , et ne changer de physionomie que sous l’influence des règles de l’hygiène et des remèdes anti-scorbutiques.

L’habitation dans les lieux malsains, le séjour dans les prisons et les vaisseaux, une mauvaise alimentation, la privation d’eau pure et fraîche, des affections morales tristes , occasionnant le scorbut, les choses opposées doivent nécessairement y apporter remède. Il suffit à un prisonnier de quitter la prison , à un marin d’habiter la terre ; il suffit, d’autres fois , de changer d’alimentation pour se trouver guéri.

Mais certains médicamens favorisent la guérison. On vante notamment les plantes nommées dépurarives, telles que le cresson, le cerfeuil, le pissenlit, le fumeterre, dont on exprime le suc ou que l’on mange dans l’état naturel. Il est des sirops antiscorbutiques, où entrent particulièrement des crucifères. Les préparations dequina, les substances amères, sont ordinairement très-salutaires; mais rien n’est préférable aux acides végétaux : ils sont astringens, toniques, dépuratifs. Le jus de citron, de mûres , de groseilles , détermineraient de bons effets. Les ulcères scorbutiques exigent des soins locaux; des lotions toniques, anti septiques

modifient leur surface, resserrent les vaisseaux capillaires, empêchent l’exhalation de sang. On voit que sous leur influence des bourgeons charnus s’élèvent ; alors un pansement simple avec de la charpie line, fréquemment renouvelé, amène la cicatrisation.

Ulcère carcinomateux.

Ce serait un hors-d’œuvre que de faire l’histoire des cancers à propos de Y ulcère carcinomateux. Le mot cancer est une expression vague donnée à une infinité d’affections disparates, essentiellement différentes entre elles, tandis que l’ulcère carcinomateux offre un type spécial.

C’est le plus funeste , le plus déplorable de tous les ulcères ; car, sans cause connue, sans vice acquis, il se déclare sous une forme à peine sensible, croit, fait d’immenses progrès sans que rien puisse en arrêter la marche. On panse un ulcère quelconque, on administre quelques médicamcns, on le modifie ou on le guérit ; il n’en est pas de même de l’ulcére carcinomateux.

C’est par une pellicule légère formée quelquefois sur la peau, pellicule qui est tombée, s’est renouvelée, ([uc débute cet ulcère. O11 voit une excoriation superficielle ; elle grandit de plus en plus 5 c’est bientôt une surface dépouillée de peau, qui semble avoir été rongée. Le désordre s’étend en circonférence, en profondeur , attaquant ou détruisant tout ce qui se trouve sur son passage.

58 ULCÈRES

Il se forme fréquemment sur la face de pareilles ulcérations. J’ai vu des carcinomes dévorer le nez , ronger les paupières , et le globe de l’œil demeurer complètement à nu. Quelle était cruelle la position des malades dans ce cas! 11’ayant pas de voile au-devant des yeux , ces organes étaient constamment irrités; ce n’était qu’avec une difficulté extrême que ces malheureux parvenaient à obtenir un pénible sommeil.

Quel remède apporter à ce genre cruel d’ulcération? Il n’en est pas d’autre que l’ablation de toute la partie affectée, en dépassant, s’il est possible, les limites du mal. Trop souvent les malades refusent une telle ressource, ils laissent passer le temps opportun pour l’employer ; ils voient détruire leurs organes, et vivent ou dans une fausse quiétude ou dans le désespoir.

Si on n’emporte les carcinomes avec le bistouri, on peut le faire avec un caustique. On forme une pâte avec de l’arsenic et du sang-dragon, dont une couche appliquée sur la surface malade forme une escarre qui , quelquefois, enlève avec bonheur toute l’ ulcération. On vante également le caustique du docteur Canquoin; mais il faut se défier de tels moyens. On ne peut pas mathématiquement calculer leur action. Ils peuvent dépasser trop le mal , ou rester en dedans de ses limites. Dans le premier cas, la destruction serait trop considérable ; et dans le second, il y aurait vraisemblablement récidive.

EXANTHÈMES.

Il est une série d’ affections qui consistent essentiellement dans des éruptions ou efflorescences de la peau : ce sont des papules, pustules, vésicules, tubercules , épliélides, ou diverses sortes de phlegmasies; elles occupent un cadre fort étendu qui embrasse la plupart des maladies de la peau , et portent la dénomination générique tV exanthèmes.

Claie.

Cette maladie, quoique très-commune, a été de tout temps un objet d’erreur et de préjugés. On a pensé qu elle dépendait d’un vice qui pouvait ctre héréditaire , d’un virus nommé psorique } susceptible de se répercuter; mais on est assez généralement revenu de ces opinions erronées.

Il est maintenant reconnu que la gale consiste dans la présence d’un insecte nommé sarcopte ou ciron ( acarus scdbiei ). On dit qu’il a près d’un demi-millimètre ; il est très-visible au microscope, mais peut être distingué à l’œil nu. Pour avoir cet insecte il suffit de déchirer l’épiderme avec la pointe d’une épingle, il s’y accroche, et peut être transporté d’un lieu dans un autre. On dit qu’en

60 EXANTHÈMES.

Corse les mères sont très-exercées à ùter ces petits animaux à leurs enfans atteints de la gale.

Vacants, introduit sous l’épiderme, ne tarde pas à y faire développer une petite vésicule acuminée; il chemine en creusant une galerie; il forme encore une nouvelle vésicule, y dépose des œufs; puis se porte plus loin, où une pustule qui renferme un petit point noir décèle sa présence.

Doit-on s’étonner si la gale est contagieuse, lorsqu’un ciron, transmis d’un individu à un autre, sidïît pour la communiquer? Cet insecte pullule avec une promptitude étonnante, et un seul bouton psorique primitif est bientôt suivi d’une multitude d’autres boutons.

Il est facile de concevoir pourquoi les vètemens des galeux, les lits où ils ont couché, les choses qu’ils ont touchées, communiquent la contagion. Il suffit que des acares y soient demeurés pour qu’ils s’accrochent aux personnes qui ont des rapports avec ces objets; dès-lors ils se nichent sous l’épiderme, ils y multiplient, et cheminent de manière à parvenir dans des points éloignés ; puis des vésicules se percent , et déposent ailleurs de nouveaux acares.

Qu’il est absurde le principe d’attendre que la gale soit bien sortie pour la combattre! C’est comme si , lorsqu’un pou a été déposé sur un individu , on voulait attendre qu’il eût multiplié, que tout le corps fut couvert de vermine, avant que de la faire périr.

EXANTHÈMES.. 61

Dès qu’on voit une vésicule ou une pustule psoriquc, il faut se hâter de la détruire. Une légère cautérisation avec du nitrate d’argent suffirait alors, arrêterait la gale sur place et à l’instant même. Attend-on, les acares pullulent , une infinité de vésicules se développent, des pustules se forment; elles se percent , il survient des croûtes ; ces croûtes tombent, il s’établit des ulcérations, il se déclare une vive inflammation à la peau. Les malades sont en proie à une démangeaison extrême; ils se grattent, s’excorient, et communiquent aisément la contagion.

Comme dans toutes les phlegmasics , il peut y avoir dans la gale rétrocession de l’inflammation : voilà pourquoi on dit gale rentrée ; mais ce n’est point le principe de la gale qui rentre réellement, ce sont seulement les phénomènes qu’elle amène qui disparaissent , et peuvent occasionner des accidens par le transport de l’inflammation sur un autre point, ce qu’on nomme métastase.

Toute chose capable de faire périr les acares guérit la gale. S’il n’y avait que quelques boutons épars, et tous aperce vables , il suffirait de les attaquer séparément avec une substance excitante ou caustique; une friction d’ammoniaque remplirait parfaitement bien l’indication. Mais comme ordinairement l’insecte a labouré la peau, a cheminé au loin , a déposé des œufs dans des vésicules ou des pustules, il faut que le remède agisse sur une

l>2 EXANTHÈMES.

grande surface. Aussi doit-on avoir recours à des lotions abondantes , à des bains liquides ou de vapeur, à des onctions avec des pommades contenant quelques substances médicamenteuses.

Les bains sulfureux, où entre à haute dose le sulfure de potasse, les fumigations sulfureuses que l’on fait avec de la fleur de soufre brûlée sur un réchaud, ce qui constitue les bains de vapeur, sont considérés comme trés-elïicaces ; on se sert aussi avec avantage d’une sorte de bouc faite avec du sulfure de potasse et de l’acide sulfurique : mais tous ces moyens répandent une odeur désagréable qui décèle la maladie que l’on traite. Rien n’est préférable à une solution de deuto-chlorure de mercure, à la dose de 20 à 25 décigrammes sur une bouteille d’eau. Cette préparation est analogue à celle qui est connue sous le nom d’eau de Mettemberg. En lavant la partie où existent des boutons psoriques , le liquide atteint les acares et les frappe à mort.

Les remèdes liqu ides ne peuvent avoir qu’une action momentanée ou d’une courte durée; aussi préfère-t-on des pommades ou onguens , afin de produire une action plus continue. L’une de ces préparations, qui jouit d’une juste confiance, est l’onguent citrin, composé d’axonge et de nitrate de mercure. Avec la fleur de soufre et la soude cristallisée, on forme une pommade dont on reconnaît bientôt les effets salutaires.

EXANTHEMES.

lMitiriasis.

si commune, de cette vermine qui pullule parmi les cheveux. 11 serait superflu de traiter de ce produit de l’incurie ou de la crapule ; ce sont d’autres espèces de phtiriasis que je dois envisager.

Est-ce une maladie que le 'prurigo pédiculaire qui consiste dans le développement de ces aptères audessous de l’épiderme, ou bien est-ce un résultat de la malpropreté? H y a tant de similitude entre cette affection et la gale, qu’elle trouve naturellement sa place à la suite de cette dernière. L’insecte qui en est l’agent est trop visible, trop connu pour qu’il soit nécessaire d’en tracer les caractères.

Parmi les diverses espèces de poux , il en est une d’un type spécial par sa forme, ses mœurs. Cette sorte de pou a une prédilection pour les organes génitaux; il se nomme, à cause de cela, pediculus pubis; il se niche dans le système pileux qui garnit ces organes; il se cramponne à la peau et se distingue par un point noir.

C’est un abus que de chercher les poux avec des peignes pour les tuer, que de mettre dans les cheveux ce qu’on nomme de la graine des Capucins. L’onguent napolitain suffît pour mettre les poux à mort; quelle que soit leur espèce, et sur quelque partie du système pileux qu’ils soient placés, ils n’échappent pas à l’action de ce remède , qui s’ap-

EXANTHÈMES.

]>li(j[ue toujours sans aucun inconvénient. J’ai vu des pouilleux, pour lesquels le soin de chercher et de tuer leurs poux était une occupation, émerveillés de les voir tous tomber morts en se peignant, lorsque par mon conseil ils avaient frotté leurs cheveux avec de l’onguent napolitain.

Dartres.

Par h expression de dartre on désigne une série d’exanthèmes cutanés qui , sous des formes et des couleurs bien variées, se manifestent à la surface du corps. Le type spécial des dartres est de ramper ; elles se nomment , à cause de cela , maladies herpétiques.

Le langage de la science a singulièrement été modifié sur ce genre d’affection, et le mot dartre est actuellement considéré comme générique , vague , peu significatif. Chaque espèce, meme chaque variété , sont regardées comme autant de maladies distinctes; aussi les mots eczéma y ecthyma , psoriasis , impétigo , servent-ils à désigner certaines variétés d’affections dartreuses. C’est aux docteurs anglais Willan et Bateman , qu’est dû principalement le changement de dénominations adopté dans ces maladies. Le savant professeur Alibert a présenté les distinctions suivantes , qui expriment nettement leurs principaux caractères :

Première espèce: Dartre furfuracée ou farineuse. — Elle se manifeste sur diverses parties de la peau

EXANTHEMES.

où elle soulève l’épiderme, le détache, le fait tomber en pellicules semblables à du son ou de la farine. Elle se distingue : l.° en dartre furfuracée volante, lorsqu’elle est ambulante ; elle se déplace d’un lieu pour se porter sur un autre lieu, laissant détacher une grande quantité de furfures qui se répandent dans les lits et sur les vêtemens; 2.° en dartre furfuracée arrondie ou circinée, dont les bords sont un peu plus élevés que le centre; elle se propage en s’agrandissant en circonférence, et fait tomber ordinairement les poils et les cheveux qui se trouvent sur sa marche. Cette variété de dartre est la lèpre vulgaire.

Deuxième espèce : Dartre squammeuse. — Ce ne sont pas des pellicules pulvérulentes qui la constituent, mais des écailles ou squammes qui se forment aux dépens de l’épiderme. Le corps muqueux de la peau participe communément à cette altération. On voit exsuder une mucosité visqueuse abondante, infecte, qui établit une première variété nommée dartre squammeuse humide. Cette affection présente d’autres formes qui la font nommer dartre squammeuse orhiculaire , centrifuge, lichénoïde : dans cette dernière, les squammes ressemblent à cette mousse qui porte le nom de lichen.

Troisième espèce : Dartre crustacée. — Au lieu d’écailles , il se forme des croûtes de diverses nuances par le suintement d’un liquide , sorte d’ichor, qui s’écoule et se concrète comme le suc des

EXANTHEMES.

arbres, pour former les gommes et les résines. Une variété de cette dartre, offrant l’apparence du miel concret , constitue la mellitagre ; d’autres variétés ont de l’analogie avec des concrétions pierreuses ou de la mousse.

Quatrième espèce : Dartre rongeante. — Son caractère est de détruire tous les tissus sur lesquels elle sévit. Elle porte, à cause de cela , l’épithète de lupus vorax > loup dévorant. Quelquefois la dartre rongeante tient à sa propre nature , elle est idiopathique 5 mais très-communément elle dépend d’une complication scrofuleuse ou vénérienne, et constitue le lupus scrophulosus ou le lupus venereus. Il est très-fréquent de voir dans les hôpitaux des malheureux qui ont le nez dévoré par cette terrible affection dartrcuse.

Cinquième espèce: Dartre pustuleuse. — Ce nom indique l’existence de pustules ou boutons renfermant du pus ; c’est en quoi consiste essentiellement cette espèce de dartre. Elle établit quelquefois son siège sur le nez et constitue les trognes , ou bien sur le reste de la face, et se nomme coupe-rose. Fréquemment de telles pustules s’élèvent au menton, au milieu delà barbe : c’est alors la mentagre ou le varus, que les dames romaines, dit-on, s’appliquaient à guérir en coupant les poils avec beaucoup de soin et en appliquant des cosmétiques.

Sixième espèce : Dartre piilycténoïde. — Elle est caractérisée par des ampoules ou phlyctènes ren-

EXANTHEMES.

fermant une sérosité limpide, qui devient opaque, comme purulente ; ces phlyctènes se percent , il en résulte une croûte qui se détache et laisse une petite ulcération.

Cette dartre se développe périodiquement ; elle forme quelquefois, autour du corps, une ceinture ou zone excessivement brûlante; au prépuce, elle constitue Y herpès prœputialis ; elle offre d’autres fois des cloches considérables et prend alors le nom de pemphigus.

Septième espèce : Dartre érythémoïde. — Elle consiste dans une coloration très-vive de la peau , qui devient luisante , tuméfiée , douloureuse. L’érythème peut être fort étendu ou se borner à de petites surfaces; il présente, dans ce dernier cas, des plaques qui s’affaissent pour disparaître , se couvrent de furfures légères qui le font prendre quelquefois pour des dartres farineuses : mais la dartre érythémoïde a son type spécial qu’elle con-

serve long-temps; ce n’est qu’à une période avancée qu’elle se métamorphose.

Le traitement des dartres exige l’application d’une multitude de moyens. 11 doit être approprié à l’espèce de ces affections; mais , en thèse générale, il a pour base les préparations sulfureuses, qui conviennent à peu près dans tous les cas. Ainsi, les bains liquides ou de vapeur , les pommades où entrent le sulfure de potasse ou le soufre , les pastilles soufrées , la fleur de soufre donnée

EXANTHEMES.

à l’intérieur, combinée avec du miel, déterminent de salutaires effets. Les tisanes amères, de houblon, de douce-amère, de patience, de scabieuse, etc., sont considérées comme dépurativcs. Les sucs de certaines plantes, telles que le cresson, le cerfeuil, le pissenlit, etc., sont également salutaires. Avec ces choses on peut obtenir la guérison de la plupart des dartres.

Mais, selon leur espèce, de grandes modifications doivent être apportées dans le traitement. Les moyens de propreté sont en première ligne. Il faut faire des pansemens réguliers lorsqu’il s’écoule des matières muqueuses qui imprègnent et irritent la peau : ce soin est principalement utile dans les dartres squammeuses humides et crustacées; on favorise ainsi la chute des squammes et des croûtes 5 des lotions émollientes déterminent la séparation de toutce qu’il y a d’impur. S’il existe une vive irritation à la peau , les bains simples ou mucilagineux doivent être préférés aux bains sulfureux, qui seraient trop irritans. Certaines opérations sont quelquefois nécessaires. Ainsi, dans la dartre centrifuge, on cherche à arrêter la marche de la maladie par une cautérisation circulaire , à l’aide de l’acide sulfurique ou d’un autre caustique. Dans le lupus vorax , on applique des escarrotiques qui emportent le mal ; on traite cette espèce cruelle de dartre comme un ulcère carcinomateux.

Il y a des dartres fugaces , passagères, qui gué-

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rissent spontanément, sous l’influence d’un régime tempérant et de simples moyens de propreté ; d’autres , au contraire, sont très-rebelles. Heureux quand ces affections tiennent à un principe susceptible d’être détruit par un spécifique, comme le virus vérolique! Lorsqu’elles participent de la scrofule ou du cancer, les efforts de guérison sont fréquemment infructueux. On a recours à des remèdes empiriques. On a vanté une préparation de poivre et d’arsenic , sous le nom de pilules asiatiques. Malgré tous les modificateurs que l’on emploie , on voit certaines dartres à jamais incurables.

dépliant iasis.

Quel exanthème est plus affreux que Yéléphantiasis? La peau, rugueuse, endurcie, fendillée, prend l’aspect de celle de l’éléphant; les formes humaines changent tellement, quelles sont méconnaissables. Est-ce sur la face que sévit cette hideuse maladie , les traits représentent la figure d’un lion; aussi les mots léontiasis , lèpre léontine servent-ils à la désigner. Est-ce aux membres inférieurs, leur volume est considérablement augmenté, et ils ressemblent réellement aux jambes de l’éléphant. Mais d’autres parties du corps sont encore atteintes de ce terrible exanthème; elles acquièrent des dimensions extraordinaires. Croirait-on que le scrotum prend un tel accroissement que son poids s’élève quelquefois à cinquante kilo-

EXANTHEMES.

grammes? C’est ce que M. le baron Larrey a observé en Egypte dans cette maladie, qu’il a nommée oschéo-chalasie .

L’éléphantiasis est une variété de lèpre; c’est la ladrerie. L’expression de lèpre tuberculeuse esL trèssignificative , très-propre à indiquer son principal caractère; car ce sont des élevures, des tubercules qui se forment sur la peau , qui constituent essentiellement cette affection. On voit des renflemens d’un rouge livide sur la face, aux oreilles ou dans toute autre partie; il y a un épaississement remarquable du tissu cutané ; mais ce n’est pas à la peau que se limite le mal, le tissu cellulaire est envahi, il est induré , atteint d’un certain degré de dégéné-

rescence.

Il faut avoir vu des éléphantiaques pour s’en former une juste idée. Leur aspect est quelquefois effrayant; leur peau est toute bosselée, sillonnée par des fentes ou rhagades profondes; il en découle souvent un iclior gluant et infect qui se concrète, et l’on voit s’élever des fongosités ou végétations. Au lieu de cela , il se forme des ulcérations lardacées ; mais , chose étonnante ! avec une telle altération coïncide l’abolition de la faculté sensitive. Ce n’est pas tout encore : les membranes muqueuses paraissent participer à la maladie; car, d’après le baron Alibert, à l’horrible déformation des traits de la face, qui rend l’être humain méconnaissable et lui donne l’aspect des satyres et des lions, se

EXANTHEMES.

joint une voix sinistre qui imite le rugissement des plus féroces quadrupèdes.

Il n’est pas de maladie plus rebelle à tous les moyens curatifs que l’éléphantiasis. Les propriétés vitales, la sensibilité notamment, étant diminuées, les conversions qui pourraient amener une amélioration ne peuvent être qu’infiniment lentes. C’est aux ressources hygiéniques qu’on doit principalement s’adresser : une nourriture saine, des soins de propreté, des bains surtout, sont susceptibles d’amener des modifications. Comme pour les dartres , toutes les préparations sulfureuses peuvent procurer quelques avantages ; on ne saurait assez y avoir recours. Tous les dépuratifs à l’intérieur, notamment les tisanes amères, seraient de quelque elïicacité. Il n’est pas de remède que l’on n’ait tenté d’appliquer à cette maladie opiniâtre; les médecins hindous la combattent avec des pilules composées d’arsenic et de poivre, qui sont connues sous le nom de pilules asiatiques. Ce n’est pas avec un remède exclusif qu’il faut traiter l’éléphantiasis, mais il exige le déploiement de toutes les ressources de l’art. Un Arabe lépreux du Mont- Sinaï vint consulter à St.-Jean-d’Acre le célèbre Desgenette , qui lui conseilla un traitement préparatoire de trois mois. « Trois mois! répondit l’Arabe, je pensais que tu me soulagerais promptement à l’aide de quelque charme; je veux, avant que le soleil se lève trois fois, être sorti de l’Egypte. »

Teigne.

L’analogie qui existe entre l’altération produite par une mitte sur les étoffes et celle qu’exerce la teigne sur la peau épicranienne, a fait considérer cette maladie comme une affection spéciale. C’est de cette ressemblance que vient le mot linea. Cependant, combien de caractères différons ne présente pas le genre de lésion qui porte la dénomination de teigne !

La teigne est quelquefois un émonctoire de l’enfance qui s’établit à la tète, à la face, sous la forme de mucosité fluente, de croûte larvale (en forme de masque), de gourme, et qui ne peut être réellement considéré comme maladie que par son opiniâtreté à résister aux moyens curatifs. Voilà une première espèce que l’on désigne sous le nom (ïcicores ou croule de lait.

D’autres fois la teigne est une altération plus réelle de la peau qui revêt le crâne ; elle s’offre sous formes de furfures, de granulations, d’écailles blanchâtres, de surfaces chagrinées dégarnies de cheveux : elle constitue alors les variétés nommées

teignes furfuracée , granulée , amianlacée , tonsurante.

Il est une autre espèce de teigne qui offre de la ressemblance avec les rayons des mouches à miel , et que , pour cela , on nomme faveuse. Ses variétés sont : le favus vulgaire , dans lequel la matière muqueuse concrétée s’accumule dans des godets : ins-

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lar mellis contenu in favo apam ; — le favus senti forme, teigne annulaire ou aux petits écus : elle ol li e des pla ces circulaires sans vide dans le centre.

Le principe morbide qui préside au développement des dermatoses teigneuses est loin d’être d’une nature unique, homogène ; il résulte de fermens vicieux que recèle l’économie, de vices transmis par les parens, atténués par des trailemens, affaiblis, dénaturés, métamorphosés de telle façon que les caractères du mal primitif sont méconnaissables.

Le traitement de la teigne exige la recherche préalable de la cause du mal; l’examen de la constitution du sujet, de l’espèce et de la variété de la maladie. Ce traitement ne doit pas être empirique ; un remède exclusif ne peut convenir dans tous les cas. On croit assez généralement qu’il y a des médicamens spécifiques, des modificateurs locaux, des emplâtres, des pommades, des poudres qui ont une vertu particulière. Les médecins les plus disposés à repousser les pratiques vulgaires, adoptent celles qui leur paraissent rationnelles ; cependant il arrive qu’ils échouent dans leurs médications.

Consultez la constitution du sujet, recherchez les vices dont il peut avoir hérité, avant que d’adopter tel ou tel mode de traitement. Une exsudation teigneuse peut être favorable, c’est une gourme de l’enfance 5 favorisez-la plutôt que de la combattre. Mais si une physionomie hideuse indique un vice perfide, agissez par tous les moyens de l’art. Son-

EXANTHÈMES.

gcz (|ue la scrofule, la syphilis peuvent s’offrir sous forme porrigineuse ou faveuse sur la peau épicranienne, et qu’alorsles remèdes anti-scrofuleux, anti-syphilitiques deviennent nécessaires.

On réussira , sans doute , à dissiper les symptômes du mal par des épithèmes , des lotions, des pommades, des poudres stimulantes 5 mais les phénomènes locaux ayant disparu , sera-t-on certain d’avoir détruit l’essence de la maladie , ne la verrat-on pas sévir sous une forme nouvelle ?

Les ressources hygiéniques jouent un rôle essentiel dans le traitement. Les bains , les lotions modifient la sensibilité du cuir chevelu ; le régime alimentaire est d’une grande importance : c’est à ces moyens seuls qu’est due souvent la guérison. Cependant diverses médications sont utiles ; et comme les teignes ont beaucoup d’analogie avec les dartres, n’en diffèrent guère que par leur siège, tout ce qui a été conseillé à propos de ces dernières affections peut leur être appliqué.

Cependant on ne saurait disconvenir qu’il existe certaines préparations très -vantées qui paraissent produire d’heureux effets. La poudre des MM. Mahon jouit d’une grande faveur; elle est appliquée à tous les teigneux à l’hôpital Saint-Louis de Paris. Cette poudre , dont encore on fait un secret, paraît composée de soude d’alicante porphyrisée et de chaux vive en diverses proportions.

Le traitement des MM. Mahon consiste à bien

EX AN Tll KM ES.

peigner les malades, à leur mettre, du bout du doigt, un peu de graisse sur les surfaces affectées de teigne, et à y répandre de leur poudre. Il résulte de cette médication (pie la tète du teigneux est toujours dans des conditions hygiéniques , et qu’avec une poudre alcaline excitante, on produit une heureuse modification , qui détruit l’irritation morbide. Mais un tel traitement exige beaucoup de temps et de soins; aussi ai-je entendu dire au célèbre Alibert que, pour guérir la teigne, il fallait des manœuvres.

L’indifférence des médecins attachés aux hôpitaux, peut-être leur crédulité, les porte à abandonner le soin des teigneux aux sœurs hospitalières, qui appliquent un traitement absurde et cruel. J’ai élevé la voix contre le traitement suivi dans l’hô-

pital Saint-André de Bordeaux ; j’ai fixé l’attention de l’administration des hospices, et une délibération souveraine a condamné et flétri une pratique vicieuse , la calotte , qui consiste à appliquer des emplâtres formés avec de la poix et quelques ingrédiens. La vertu principale de la calotte est de déterminer l’arrachement des cheveux , de modifier l’irritation morbide , et d’enlever ainsi les croûtes, les furfures, le favus, toutes les efflorescences enfin qui existent sur le cuir chevelu. Une telle pratique , sans doute , peut être suivie de la guérison, mais elle est irrationnelle , barbare, et elle laisse des stigmates indélébiles, la calvitie no-

EXANTHEMES.

lamment, tjui témoignent à jamais que la teigne a sévi sur une tcte; puis, elle exerce sur le cerveau des impressions qui y occasionnent des désordres et portent une profonde atteinte aux facultés intellectuelles.

Variole ( petite vérole ).

Bien que la variole soit un exanthème essentiellement propre à l’enfance, il n’est pas sans exemple de le voirse déclarer dans l’âge adulte, etalors il est plus dangereux. Est-ce parce que la peau a plus de densité et que l’éruption éprouve des obstacles à son développement ? Il est plus probable que c’est parce qu’alors les individus sont exposés à des influences atmosphériques dont ils ne se préservent point , ne se défiant pas de l’invasion d’une maladie exceptionnelle à leur âge.

Il faut donc savoir reconnaître la variole lorsqu’elle débute. A un état maladif caractérisé par du malaise, des frissons, succède un état inflammatoire, fébrile; des boutons rouges s’élèvent sur la peau, leur centre devient vésiculeux et transparent; mais bientôt il acquiert une couleur opaque par la formation d’une matière purulente. Il s’établit alors des pustules qui s’aplatissent en se desséchant; leur centre se déprime, prend une forme qu’on nomme ombiliquée , par comparaison avec l’ombilic. La peau du corps , celle du visage notamment, devient rouge, se tuméfie; les individus

sont méconnaissables. Vers le douzième jour, les pustules commencent à se détacher , il s’opère une desquamation, et, selon l’intensité de l’affection, la peau demeure unie ou conserve des cicatrices , stigmates indélébiles de la maladie.

La variole est simple, bénigne, discrète , et se borne quelquefois à un petit nombre de pustules éparses; mais aussi elle est confluente , et alors elle a un caractère grave : les pustules se touchent les unes les autres, tout le corps semble bientôt recouvert d’une horrible croûte; on a de la peine à croire que les traits de la physionomie puissent jamais devenir reconnaissables. Cependant la terminaison de cette variole peut être heureuse; mais il arrive que des accidens graves se manifestent , et qu’une fièvre inflammatoire, qui acquiert bientôt des caractères adynamiques, emporte les malades.

Parlerai-je du traitement préservatif de la petite vérole ? Il n’est personne qui ne sache que la vaccine a l’étonnante vertu d’anéantir le germe de cette maladie. On est trop confiant dans la puissance du virus vaccin : on considère une ou deux pustules, qui s’élèvent, comme suffisantes pour neutraliser le principe variolique. Ce peut être une erreur , car il arrive que la variole se déclare long-temps après la vaccination , et c’est surtout lorsque les boutons vaccins ont été peu nombreux et peu prononcés. Aussi est-il essentiel d’inoculer le virus vaccin par six ou huit piqûres, et d’opérer

EXANTHÈMES.

do bras à bras. 11 faut s’abstenir autant que possible de se servir de vaccin conservé sur des pla teaux ou dans des tubes de verre , de crainte que le principe virulent ne soit affaibli. Malgré tous ces soins , il est sage et prudent de réitérer les vaceinations vers l’âge de l’adolescence.

Il faut faire la médecine des symptômes lorsque la variole se déclare, prescrire la diète absolue, donner des boissons adoucissantes, éviter les influences atmosphériques, surtout l’impression du froid. L’éruption parcourt sa marche et se termine heureusement sous la simple influence de cette indication. Mais quand on voit survenir des aceidens inflammatoires, il devient utile de les combattre par des saignées. S’il s’opère un transport de T inflammation sur le cerveau ou les poumons, des vésicatoires aux membres inférieurs sont indiqués. Si, vers la période avancée de l’affection, le malade tombe dans la prostration, des toniques, tels que du quina , un vin généreux , des bouillons nutritifs, peuvent l’arracher à une mort imminente.

Rougeole.

Je ne parle de cette affection que pour ne pas laisser une lacune. Comme la variole, elle attaque principalement les enfans; mais elle sévit quelquefois dans l’âge adulte. Elle se déclare sur quelques individus épars, mais aussi on la voit régner sous forme d’épidémie. On croit généralement qu elle

EXANTHE M ES.

est contagieuse ; j’élève des doutes sur ce point. Je pense que si elle se manifeste successivement sur plusieurs individus qui ont des contacts entre eux, c’est parce qu’ils sont soumis aux mêmes influences.

La rougeole est une phlegmasie qui intéresse à la fois la peau et les membranes muqueuses qui tapissent les voies aériennes et digestives. Une toux sèche annonce son invasion; quelquefois une lièvre très-intense se déclare brusquement, et accompagne la maladie dans sa marche. On voit des taches rouges sur la peau, séparées par des intervalles blanchâtres , qu’on compare généralement à des piqûres de puce. De ces taches, les unes ont la forme de croissaus , d’autres sont arrondies, d’autres encore offrent des points multipliés. Elles pâlissent vers le cinquième ou sixième jour. Il s’établit une légère desquamation de l’épiderme, qui annonce la cessation de la maladie.

Le traitement de la rougeole ne commande ordinairement autre chose que la diète et des boissons mueilagincuscs sucrées ; mais il est important de mettre les malades à l’abri du froid et d’une température trop élevée. Il faudrait naturellement appliquer diverses médications si quelques accidens se déclaraient dans le cours de la maladie. Toute simple que soit cette affection, elle peut avoir des conséquences funestes, si pendant long-temps les règles de l’hygiène ne sont pas observées. On voit que lorsque les convalescens s’exposent trop tôt à

<so

EXANTHÈMES.

l’action d’une température froide, il leur survient des bouffissures , meme des hydropisies.

Scarlatine.

C’est quelquefois une maladie simple, de courte durée, que la scarlatine. Elle se déclare à la suite d’un mouvement fébrile; la peau devient rouge écarlate ; il u’y a pas de simples taches éparses comme dans la rougeole, la coloration est plus uniforme et générale. Cette phlegmasie parcourt sa marche, et vers le dixième jour elle se dissipe. Quelquefois, bien avant, la teinte rouge disparait tout-à-coup sans qu’il survienne aucun accident.

Mais la scarlatine, dans certains cas, est une maladie grave , même mortelle ; elle se complique d’angine tonsillaire. Une vive inflammation survient à la gorge , les glandes amygdales se tuméfient, la déglution devient pénible ou impossible; l’air entre avec difficulté, les malades suffoquent. Quelques remèdes que l’on applique, il se forme des aphtes, des escarres, F inflammation devient gangréneuse, et les malades succombent dans un état de souffrance indicible. Il semble que la scarlatine ait alors un caractère pestilentiel. On la croit éminemment contagieuse, et on n’approche qu’avec crainte de ceux qui en sont attaqués. J’ai vu mourir successivement dans la même maison plusieurs individus de cette sorte de scarlatine.

Au début de la maladie , il convient essentielle-

EXANTHÈMES. <S I

ment de donner des boissons adoucissantes et édulcorées. Si les tonsilles s’enflamment, on doit se hâter de faire des applications de sangsues. Les malades ont trop de gêne dans la gorge pour pouvoir se gargariser; il faut leur conseiller toutefois de baigner la gorge avec des liquides doux , tels que du lait ou des boissons acides. S’il survenait de la suffocation, des sinapismes, des vésicatoires deviendraient nécessaires. Les toniques seraient indiqués s’il se déclarait un état typhoïde.

Urticaire.

11 n’est pas d’expression plus juste pour désigner une maladie que celle (ï urticaire. Dans cet exanthème, il semble que le corps ait été flagellé avec des orties. On voit des élevurcs blanchâtres au centre, rouges autour, qui paraissent et disparaissent rapidement, et font éprouver un picotement extrême. Dans l’état le plus parfait de santé, à la suite de quelque excitation, il se fait une irruption d’une infinité de petites papules ou boutons sur le ventre, sur les membres ou ailleurs. On se gratte , on s’agite, on ne peut demeurer dans une position fixe, tant on est tourmenté par un prurit incommode. Cependant cet exanthème disparaît spontanément, et ne laisse aucune trace de son passage. Quelquefois cependant une fièvre s’allume : on la nomme fièvre ortiée ; elle est ordinairement éphémère et sans aucune gravité.

S'i EXANTHÈMES.

Comme l’urticaire dépend d’une sorte de surexcitation vitale, il est utile de tempérer F économie par des bains frais ou tièdes , de donner des boissons rafraîchissantes , comme de l’orgeat ; de garder le repos. Il faut suivre les règles de l’hygiène, en appliquant sur le corps du linge propre, en se dépouillant d’habillemens trop lourds et trop chauds; il est utile, enfin, de rafraîchir le corps de toutes les manières, et alors l’urticaire n’est qu’un exanthème fugace.

Charbon.

De toutes les affections exanthémateuses , il n’en est pas qui ait autant de malignité que le charbon ; aussi est- il nommé pustule maligne. Il peut bien surgir spontanément; mais il tient ordinairement à une influence pestilentielle , ou bien il résulte d’une contagion directe. MM. Ënaux et Chaussier ont reconnu que le charbon n’attaque jamais que les parties découvertes de vêtement ; que les pâtres , les bouchers et les personnes qui manient les dépouilles des animaux y sont principalement exposés. On dit que les peaux desséchées et tannées même ont communiqué cette maladie. Il est certain qu’il y a un principe éminemment contagieux dans le charbon ; l’expérience l’a prouvé. Si l’on attache le museau d’un animal sur une partie d’un autre animal affecté de charbon , on voit justement cette maladie se déclarer au museau du premier.

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C’est sous la forme (l’une pustule noire ou cendrée, entourée d’une grande auréole rouge, que se présente ce terrible exanthème. Il fait éprouver une douleur brûlante; il se forme une vessie ou large phlyctène au sommet de la tumeur; cette vessie se perce et laisse écouler une humeur âcre. On voit bientôt se former une escarre analogue à celle qui résulterait d’une profonde brûlure; le désordre ne se borne pas à un point limité, il s’étend du centre à la circonférence, et l’on voit s’établir une ulcération sordide répandant une odeur infecte. Mais le mal n’est pas tout là : l’économie entière est atteinte, frappée d’adynamie, de sidération ; la mort est imminente, souvent inévitable.

Comme le charbon est une affection éminemment gangréneuse, ou doit agir par des moyens perturbateurs énergiques. Au lieu de se borner à des incisions, à des applications d’onguens, il faut brûler la tumeur, en portant dans son centre un fer rougi à blanc : c’est le plus puissant remède ; ensuite on pourra appliquer des onguens détersifs, faire des lotions toniques et anti-septiques. Mais comme un état adynamique se manifeste, on s’empressera de rehausser les forces vitales : le vin , le quinquina sont principalement utiles pour cela. J’ai entendu Dupuytren dire que des individus atteints du charbon s’étaient guéris en s’enivrant. Les boissons spiritueuses peuvent bien , dans cette maladie, qui porte avec elle un caractère pestilentiel ,

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