‹ Le medecin de mer, ou, Traité élémentaire de pathologie interne et externeChapitre 12 sur 25 · LÉSIONS DE L’ESTOMAC · texte numérisé non relu

LÉSIONS DE L’ESTOMAC

L’estomac, renfermé dans l’abdomen immédiatement au-dessous du diaphragme, cloison musculeuse qui sépare le ventre de la poitrine, est une poche membraneuse, comparée par sa forme à une cornemuse; il est destiné à recevoir les alimens, à les élaborer , à les convertir en une substance pultacée qu’on nomme chyme, afin qu’aprèsce premier travail digestif ils puissent parcourir le canal intestinal. Il offre deux ouvertures, dont l’une supérieure est la terminaison de l’œsophage; l’autre, inférieure, aboutit au commencement de l’intestin. Cette dernière est garnie d’une valvule circulaire : c’est 1 e pylore, qui, comme une sentinelle vigilante, veille au travail de la digestion, et empêche les alimens de passer dans les intestins avant qu’ils ne soient suffisamment élaborés. Réceptacle des alimens, à combien de désordres l’estomac n’est-il pas exposé par les écarts de régime, par les erreurs qui peuvent être commises, en un mot par l’ingestion des substances qu’il est destiné à recevoir!

Indigestion.

Un phénomène morbide très-commun est l’thdigeslion. Elle résulte de ce que trop de substances

alimentaires ont été à la fois soumises à l’action de l’estomac, ou de ce que ces substances sont d’une nature vicieuse. Le travail de la digestion devient excessivement pénible, il se dégage des vapeurs qui font éprouver des rapports acides ou nidoreux. Quelquefois des vomissemens débarrassent l’estomac de matières indigestes , tandis que d’autres fois des évacuations alvines, douloureuses, abondantes, mettent seules tin à l’anxiété qu’occasionne l’indigestion.

Pour combattre une indigestion , il faut baigner l’estomac par des liquides abondans : l’eau sucrée, le thé, conviennent principalement. Les alimens étant délayés, sont moins âcres, moins stimulans ; ils agissent moins vivement sur les parois de l’estomac et sont plus aisément entraînés dans l’intestin.

Ivresse.

N’est-ce pas une sorte d’indigestion que cet état pénible qui résulte de l’ingestion du vin ou des boissons alcooliques? Une réaction a lieu ordinairement sur le cerveau , il y a trouble dans les facultés intellectuelles : l’homme est ivre. 11 peut, dans l’ivresse portée à l’extrême, éprouver une apoplexie grave ou mortelle. Mais ordinairement l’apoplexie n’est qu’apparente; et lorsque les vapeurs bachiques sont dissipées, que les liqueurs spiritueuses ont été en partie absorbées, en partie rendues par les voies d’excrétion , les facultés cé-

rébrales se rétablissent, l’homme revient de son état d’ivresse comme d’un mauvais sommeil; ordinairement il éprouve de l’abattement et de la honte.

Mais ce n’est pas par son influence sur le cerveau que seulement l’ivresse offre de la gravité , elle agit spécialement sur les organes digestifs. L’estomac, les intestins s’enflamment, et les bouches absorbantes des vaisseaux chylifères doivent nécessairement aspirer des principes spiritueux , qui devront circuler avec le sang. Il résulte de tout cela que J économie animale est en feu. Un homme ivre peut mourir dans cet état déplorable.

Heureux lorsque l’ivrogne vomit les boissons qu’il a ingérées dans son estomac ! c’est comme s’il se débarrassait d’un poison, d’un agent de désordres. Mais il faut ordinairement que les liqueurs spiri tueuses subissent l’action des organes digestifs : quel débat n’y a-t-il pas alors entre ces organes et les substances nuisibles qu’ils renferment!

Quels secours bien entendus doit-on donner dans l’ivresse? Faut-il, à l’exemple d’un vulgaire ignare, enfouir un homme ivre dans du fumier chaud pour provoquer une abondante transpiration? On vante cependant cette pratique absurde. Le remède le plus rationnel et le plus simple, c’est d’ingérer abondamment de l’eau dans les voies digestives , afin d’atténuer la force des liqueurs spiritueuses. Il faut donc obliger les malades à boire de l’eau, ou, s’ils ne peuvent boire, leur en injecter dans l’estomac au

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moyen (l’une canule de gomme élastique et d’une seringue. On dit que l’alcali volatil étendu d’eau est salutaire: on peut en tenter l’emploi; mais l’eau est vraiment le meilleur remède. Non -seulement on doit en gorger l’homme ivre, mais encore l’appliquer à l’extérieur. Des réfrigérations, sur la tète notamment, sont propres à remédier à la congestion cérébrale qui s’opère par le fait de l’ivresse.

Empoisonnement.

Je me borne à signaler Y empoisonnement , car cette affection, pour être décrite, exigerait des développemens immenses. Combien de matières animales , végétales, minérales, ne sont-elles pas susceptibles de produire des désordres graves ou mortels, étant portés dans les voies digestives ! Certains poisons agissent mécaniquement, en quelque sorte, et 11e produisent d’effets funestes que lorsqu’ils forment un assez gros volume, tandis que d’autres ont une incroyable subtilité. On sait qu’une goutte d’acide hydrocyanique agit comme un coup de foudre, cause instantanément la mort. C’est ce qu’a prouvé l’expérimentation faite sur des animaux.

Lorsqu’un poison est introduit dans l’estomac, on doit voir en lui trois êtres nuisibles : 1 .°un agent physique; 2.° un agent chimique; 3.° un agent spécifique. Ces considérations seront propres à diriger le choix des remèdes à mettre en œuvre. On songera, dans certains cas, à extraire par tous les moyens

possibles un corps qui agit mécaniquement; on suscitera des vomissemens , en administrant des émétiques; on fera en sorte, avec des pompes aspirantes, des pinces, à extraire ce qui est contenu dans l’estomac. Si le poison était une substance chimique, on cherchera, par quelque réactif, à neutraliser son action. Ainsi , un acide conviendrait si le poison était de nature alcaline; un alcali serait utile si le poison était un acide. Mais si l’agent vénéneux avait une propriété spécifique, quel serait le remède à appliquer? Qui connaît, par exemple, le principe vénéneux des champignons? Dans l’empoisonnement qu’ils déterminent, on tente toutes sortes de choses, et l’on obtient rarement d’ heureux résultats.

On doit toujours songer qu’un poison agit sur les parois de l’estomac et de l’intestin, en les irritant; et il faut faire en sorte de diminuer cette action en protégeant ces parois autant qu’il est possible. L’huile, le lait, remplissent jusqu’à un certain point cet olïice; aussi s’empresse-t-on, dans beaucoup d’empoisonnemens, de faire boire de l’huile et du lait. Ces liquides peuvent envelopper les particules du poison, et corriger leur acrimonie.

Gastrite.

Ce mot a joui pendant quelques années d’une immense faveur ; il est devenu populaire et a été employé dans la science pour formuler une série tl’af-

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fections classées sous le titre générique de fièvres. C’est à la doctrine de Broussais qu’on doit rapporter les idées qu’on s’est formées de la gastrite; elle est ordinairement liée à Y entérite , inflammation de l’intestin, et l’expression gastro-entérite est consacrée pour désigner un genre important de maladie. Les fièvres muqueuses, bilieuses, ataxiques, adynamiques sont, d’après la doctrine physiologique , liées à l’inflammation de la membrane muqueuse des organes de la digestion.

Les causes de la gastrite sont très-variées , souvent elles sont insaisissables. On conçoit que les écarts de régime , que l’abus des boissons excitantes, que diverses substances âcres puissent irriter la membrane muqueuse et déterminer la gastrite. Mais comment, sans cause connue, chez des individus faibles, débiles, chez des enfans, des vieillards, des personnes qui ne font aucune infraction aux règles de l’hygiène, cette maladie peutelle sévir? c’est ce qu’il est impossible de concevoir. Cependant, à tous les âges et dans toutes les conditions, on signale des gastrites. Il est probable qu’il règne une grande erreur dans le diagnostic, et que l’on a fortement abusé d’un mot appliqué à des affections différentes.

Les névroses de l’estomac si communes, les maladies vermineuses, les embarras gastriques, les indispositions qui dépendent du cours de la bile, etc., sont autant de phénomènes morbides confondus avec

les gastrites, parce qu’on observe quelques mouvemens anti péristaltiques de l’estomac. L’erreur peut être très-grave, très-funeste, car elle amène à appliquer un traitement intempestif et à négliger des remèdes essentiels. Aussi combien l’empirisme n’at-il pas souvent prévalu sur les systèmes scientifiques, en appliquant des moyens perturbateurs, qui produisaient des effets merveilleux dans des affections prises pour des gastrites , lorsqu’elles n’étaient que des névralgies, l’atonie, ou d’autres lésions d’une gravité secondaire !

Il est incontestable que certaines substances excitantes ingérées dans l’estomac , que des écarts dans l’alimentation , puissent produire l’inflammation de la membrane muqueuse de l’estomac. Alors la fièvre, les frissons, les douleurs dans la région épigastrique, les vomissemens, servent essentiellement à caractériser la maladie. La gastrite est aiguë ou prend un caractère de chronicité; elle se termine par la guérison ou amène de funestes conséquences : l’altération , le ramollissement des parois de l’estomac. Souvent des indurations, des engorgemens squirreux , sont le résultat des gastrites chroniques. On conçoit dans quel état d’anxiété, de douleur , de dépérissement , doivent se trouver alors plongés les malades. La gastrite détermine quelquefois une mort prompte ; d’autres fois les malades ne succombent qu’ après une longue consomption et une lente agonie.

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L’observation des règles de l’hygiène est la chose essentielle dans le traitement de la gastrite. L’abstinence de ce qui l’a occasionnée et pourrait l’entretenir , est d’une haute importance. Quand la phlegmasie est intense, on la combat par des saignées locales à l’aide des sangsues , des ventouses scarrifiées appliquées sur la région épigastrique. Les cataplasmes , les fomentations , les embrocations calmantes, deviennent nécessaires. Il faut laver, humecter la membrane muqueuse par des boissons tempérantes, telles que l’eau d’orge gommée, le petit lait. Les bains, les lavemens , sont toujours favorables. Quand les gastrites passent à la période de chronicité , on propose les eaux gazeuses , de Seltz , de Yichy. Les bains minéraux produisent quelquefois des effets salutaires.

Pour dominer le mouvement fébrile, couper la lièvre, comme on le dit, on a recours aux préparations de quina, notamment au sulfate de quinine. On doit se défier de l’usage de ces remèdes, qui seraient excitans et funestes dans la période d’acuité. C’est alors que le quina mérite l’épithète ^incendiaire qu’on lui a appliquée, lorsque surtout on l’administre à haute dose. Toutefois, donné à petite dose et combiné avec de l’opium , il arrête le mouvement fébrile; ce qui porte à penser qu’un principe morbide occasionne la lièvre , et complique la gastrite s’il n’en est pas l’élément réel.

LÉSIONS «ES IXTESTOS.

Un long canal membraneux contractile commence à l’orifice pylorique de l’estomac, et se termine à l’anus. On le divise en six portions, nommées intestins. Les trois premières sont les intestins grêles : le duodénum, le jéjunum , l’iléum. Les trois dernières sont les gros intestins : le cæcum, le colon, le rectum. Une soupape ou valvule sépare les intestins grêles des gros intestins, empêche le retour des matières stercorales et l’ascension des liquides injectés dans le gros intestin : c’est la valvule iléocœcale. La première portion de l’intestin est destinée à la circulation de la pulpe alimentaire qu’on nomme chyme; la seconde portion reçoit essentiellement le résidu des alimens, qui constituent bientôt les cxcrémens. Les usages de chaque portion d’intestin sont des sources fréquentes des maladies qui les affectent.

Vers intestinaux.

On sait que des accidens qui revêtent un grave caractère dépendent d’animaux parasites développés dans les intestins : des entozoaires. Que ces animaux soient engendrés spontanément dans les organes; qu’ils proviennent de larves ou d’ovules portés du dehors, et qui éclosent à l’intérieur, toujours est-il que les organes digestifs renferment f réquemment des vers.

Il est assez rationnel de penser que, puisque les vers se rencontrent dans l’estomac et les intestins, leur germe y a été introduit en même temps que les alimens. Cependant d’autres organes en renferment, mais, à la vérité, d’espèces et déformés différentes que ceux qu’on nomme intestinaux.

Les cntozoaires qui se remarquent le plus ordinairement chez l’homme sont les suivans :

l.° V ascaride lombricoïde ou lombric , ver cylindrique alongé , ressemblant beaucoup au lombric terrestre. Ce ver siège dans l’estomac et les intestins; il peut remonter dans l’œsophage et dans la bouche;

c2.° V ascaride vermiculaire , ou plutôt filiforme. Il est infiniment plus petit que le précédent ; il vit dans les gros intestins, et ne dépasse guère la valvule qui les sépare des intestins grêles. Il semble ne se plaire, dit Alibert, que dans le rectum et les cellules du colon. Les enfans y sont principalement sujets; il leur détermine à l’anus un prurit intolérable ;

3. ° Le trichocéphale , ver ressemblant à un cheveu ; il est très-mince, et se rencontre dans la membrane muqueuse des intestins;

4. ° Le taenia, ver plat, nommé solitaire , parce qu’ordinairement il est unique. Il se présente sous la forme d’un ruban; sa longueur est quelquefois de douze à quinze mètres. Tantôt il forme un tout continu; tantôt, ce qui est le plus fréquent, il est di-

visé en portions articulées, et offre des chaînons de longueur variable, selon les espèces. Il aune tête lu berculeuse, placée à l’extrémité la plus ténue, et tout son corps est formé de portions réunies les unes aux autres par une sorte de jointure : ce qui fait ressembler ce ver à une chaîne aplatie. Que quelque circonstance détruise la continuité du tœnia, une portion peut être expulsée par le rectum; alors la portion restante se régénère, et croît de telle manière que le ver reprend sa première dimension ;

5.° Ver cucurbitain, ainsi nommé à cause de sa ressemblance avec une graine de concombre. On voit rendre par l’anus de petits corps de cette forme, qui donnent des signes non équivoques de vie, surtout lorsqu’on les plonge dans de l’eau chaude. On pense que les vers cucurbitains ne sont autre chose que des débris du tœnia, dont les chaînons se sont rompus. J’ai été consulté par une danseuse du théâtre de Bordeaux, qui rendait sans les sentir, en dansant, de tels vers ou fragmens de vers.

La présence des vers dans l’estomac ou les intestins est une cause d’accidens infiniment variables : des nausées, des vomissemens, des douleurs d’entrailles, des borborigmes, la diarrhée, la fièvre, en sont des signes assez fréquens. Souvent il se déclare un appareil inflammatoire qui simule la gastro-entérite. 11 est très-ordinaire de voir survenir des accidens nerveux; la pupille se dilate, des convulsions se déclarent, on voit des malades qui sem-

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bien t frappés d’épilepsie et de tétanos; le cerveau se congestionne , la circulation du sang et la respiration éprouvent un trouble très-remarquable.

On croit généralement (pie l’apparition des accidens occasionnés par la présence des vers, coïncide avec les phases de la lune; peu de médecins partagent cette croyance. Si , à certaines périodes lunaires, on voit réellement récidiver les accidens nerveux, cela tient probablement à une simple coïncidence.

Attentives aux moindres dérangemens qu’éprouvent leurs enfans, les mères remarquent mieux que les médecins certains signes qui dénotent l’existence des vers : un sommeil agité et plus profond que d’habitude, l’altération de la face, cet aspect des yeux qui les fait nommer cernés, le grincement des dents, la fétidité de l’haleine qui prend une odeur aigre , sont autant de signes sur lesquels on se fonde pour croire à l’existence des vers dans les organes digestifs.

Si le vulgaire attribue trop communément les dérangemens qu’éprouvent les enfans à l’existence de ces animaux parasites, les médecins , par contre , y songeant peu , font dépendre de toute autre cause les phénomènes morbides qui en sont réellement la conséquence. Il est très -certain que des affections prises pour des fièvres cérébrales, des gastrites, ne sont souvent autre chose que le résultat de l’irritation occasionnée par des vers intestinaux.

Si l’on néglige alors d’appliquer des remèdes appropriés aux maladies vermineuses, on voit bientôt se déclarer des accidens mortels.

Il est une multitude de remèdes vantés contre les affections vermineuses , connus sous le nom de vermifuges ou anthelmintiques. Parmi les substances végétales, la mousse de Corse, la fougère mâle, la semencine, la cévadille, la coloquinte, l’huile de palma-christi , jouissent d’une grande confiance. Certaines préparations d’étain et de mercure sont également très-préconisées , mais un grand nombre de médicamens minéraux produiraient certainement les mêmes effets.

Le traitement des vers intestinaux consiste essentiellement à diriger sur ces animalcules un agent qui puisse porter atteinte à leur existence. Or , toute substance âcre, stimulante, est vermifuge. On pense que les vers, respirant par des trachées, peuvent être asphyxiés en bouchant ces trachées avec des corps gras ; c’est pourquoi les huiles sont regardées comme des anthelmintiques. Il est probable que plusieurs alimens ou boissons dont on fait un usage habituel font périr les vers; le vin possède cette propriété : les enfans qui en boivent y sont peu sujets.

L’expérience a prouvé que, de toutes les préparations pharmaceutiques, le calomel ou proto-chlorure de mercure était la plus efficace et de l’emploi le plus agréable. Cette substance incorporée dans

une cuillerée (l’eau sucrée, à la dose d’un ou deux décig rammes , est à la fois un excellent remède et un préservatif contre les accidens vermineux. Six décigrammes de calomel donnés dans les grandes crises de vers les font fréquemement cesser. On peut, selon l’àge du sujet, graduer les doses. 11 serait fastidieux de parler delà série des préparations anthelmintiques préconisées : sirops, biscuits, dragées, il n’est pas de formes sous lesquelles on n’administre ces remèdes.

Diarrhée.

Est-ce le résultat de l’irritation ou de l’atonie de l’intestin, que cette évacuation alvine qui porte le nom de diarrhée? On est tenté d’admettre que la membrane muqueuse digestive a éprouvé une surexcitation qui provoque le cours de ventre f pour parler le langage vulgaire. Cependant, si l’on observe essentiellement, on verra que, dans les dispositions du corps les plus normales, la diarrhée se manifeste tout-à-coup sous l’influence d’une cause incapable de produire de E irritation .

Une impression morale, la peine, la frayeur, détermine quelquefois cette affection. Les alimens les moins âcres, les plus agréables au goût, la provoquent également. Qui ne sait que les fruits doux, tels que les raisins, mangés à la fraîcheur de la matinée, occasionnent subitement un cours de ventre ? On chercherait en vain , dans

ce cas, des preuves d’une irritation des intestins.

Il n’en serait peut-être pas ainsi dans la diarrhée crapuleuse , qui résulte de l’injection d’une trop grande quantité d’alimens, et à laquelle sont sujets les gourmands , à qui on donne par politesse le litre de gastronomes. Il est probable que chez ces individus il y a une sub-irritation chronique que réveille un repas copieux , et qui doit être expiée par l’abstinence.

Il y a quelque chose d’étonnant dans la diarrhée. Gomment peut-on expliquer cette exhalation séreuse qui s’opère brusquement dans l’intestin par l’effet d’une impression morale ou physique? On suc de peur ou de colère; on a également la diarrhée par l’ influence de ces émotions de l’ame : mais il est vrai que c’est alors un phénomène fugace purement physiologique, et non une maladie réelle.

La diarrhée qui constitue un état pathologique est celle qui complique certaines affections , comme un ulcère, une plaie qui suppure, la phthisie pulmonaire. Il y a dans ces cas résorption de la matière purulente, mélange de cette matière au sang, et en définitive exhalation intestinale, qui semble épurer l’économie de ce qu’elle renferme d’impur et de nuisible.

La diarrhée est caractérisée par des évacuations liquides abondantes de matières séreuses où les excrémens sont délayés. On ne voit point de sang

dans ces déjections. Quelquefois il y a développement de bourlets hémorroïdaux, et l’anus est gonflé, douloureux. Le malade éprouve des douleurs intestinales qu’on nomme tranchées , et même des étreintes, c’est-à-dire des envies d’évacuer avec contraction spasmodique ou ténesmes.

La diarrhée est , en général , une affection passagère et sans gravité. Mais elle n’est pas telle lorsqu’elle est le symptôme d’une maladie grave; elle contribue à l’épuisement du malade, et amène la consomption.

Il y a, en général, peu de choses à faire dans la diarrhée. Il faut, avant tout, écarter, supprimer les causes qui la produisent. Cependant on peut donner des boissons délayantes gommeuses, dans la pensée qu’il existe une légère irritation intestinale; les lavemens émolliens sont ordinairement salutaires. Mais si la diarrhée s’entretient long-temps, qu’elle devienne une cause de débilitation , il convient d’employer quelques astringens. On vante le cachou , mais principalement la thériaque : la première substance s’incorpore à une tisane gommée, à la dose de deux à quatre grammes; la seconde se donne à la même dose délayée dans une cuillerée de vin. On voit, par cette seule médication, des diarrhées opiniâtres s’arrêter subitement.

Le traitement est plus difficile et la guérison ne peut souvent s’effectuer, si la diarrhée est coliquative, c’est-à-dire, si elle dépend d’une résorption

purulente. 11 faut donner des toniques, des amers, pour rehausser les forces vitales; mais il convient essentiellement d’alimenter les malades, parce qu’alors les vaisseaux lymphatiques absorberont moins de pus. Il arrive que si l’on retranche la partie malade, comme dans les amputations des membres, la diarrhée s’arrête immédiatement, la source du pus n’existant plus.

Dysenterie.

Il n’y a souvent qu’un trait d’union entre la diarrhée et la dysenterie. Si l’évacuation alvine , au lieu d’être séreuse, devient sanguinolente, on dit qu’il y a dysenterie. C’est dans les climats chauds et dans les températures élevées que l’on voit principalement sévir cette affection. Elle résulte sans doute de rintluence atmosphérique, mais aussi de la nature des substances qui sont ingérées dans l’estomac et qui parcourent les intestins.

Les eaux insalubres, les mauvais alimens, sont une cause commune de dysenterie. Qui ne sait l’action débilitante qu’occasionnent les principes vicieux qui recèlent les choses qui nous entourent et qui doivent être appliquées à l’économie? Il en résulte de l’abattement, de la fièvre, mais encore une exhalation de sang par les voies intestinales. Du sang mêlé avec des mucosités, du pus même , est rendu dans les selles. Les malades éprouvent de violentes épreintes; ils ont de fausses envies d’éva-

cuer; ils s’épuisent en efforts superflus , car c’est surtout dans la dysenterie que l’on est atteint de ténesme. Si la maladie parcourt sa marche, les forces du malade s’épuisent; il rend avec le sang des concrétions albumineuses ou de fausses membranes formées dans les intestins.

Il semble que la dysenterie ne diffère de la diarrhée que par une exsudation plus intense. Cependant ces deux affections sont considérées comme étant d’une essence différente. On croit que la dysenterie est contagieuse , tandis que la diarrhée ne l’est certainement pas; ce seul caractère suffirait pour différencier ces maladies. On assure que dans les régions méridionales, comme le Sénégal, Batavia, où la dysenterie est en quelque sorte endémique , les émanations des matières expulsées par un malade occasionnent la dysenterie à un autre. Est-ce que réellement il y aurait contagion, ou bien une simple coïncidence, l’un et l’autre malade étant soumis aux mêmes influences atmosphériques? L’anatomie établit plus clairement les caractères propres à la dysenterie. Si l’on examine l’intérieur du gros intestin, on y voit des ulcérations ou épaississement de ses parois; non-seulement la membrane muqueuse est excoriée, mais les membranes musculeuses, la séreuse, en un mot les trois plans membraneux qui forment la paroi intestinale, ont à la fois subi l’altération.

Quel traitement faut-il appliquer à la dysenterie?

On doit s’efforcer de modifier, s’il est possible, les mauvaises influences hygiéniques, en donnant de l’eau pure et fraîche, des alimens d’une autre nature que ceux dont l’usage était habituel, et auxquels on attribue de l’influence sur la maladie. Il convient de placer les malades à l’abri d’une atmosphère vicieuse, de les ôter des vaisseaux, des prisons, où existe la cause de leur mal. Par cela seul on guérit souvent la dysenterie.

Comme il y a évidemment irritation intestinale, il convient d’administrer des boissons délayantes et mucilagineuses , et de baigner fréquemment les gros intestins par des injections adoucissantes. La saignée fait tomber les malades dans la prostration; mais on retire des avantages de l’application des sangsues. Il faudrait adopter des idées arriérées pour croire à l’efficacité des purgatifs, sous le prétexte qu’il existe une humeur vicieuse qui doit être évacuée; de tels remèdes ne pourraient qu’aggraver l’irritation, et plonger le malade dans la prostration. Toutefois, le docteur Ségond préconise le calomel , dont il a obtenu de bons effets dans les épidémies qui ont régné à Cayenne.

La vogue antique de l’ipécaeuanha dans la dysenterie est à peu près passée. Les préparations opiacées sont vantées ; mais elles ne peuvent être un remède réel. Seulement, elles sont essentiellement propres à calmer le spasme douloureux qui fatigue les malades et que provoquent les évacuations.

Ce sont les moyens hygiéniques, les alimens frais et doux, les boissons tempérantes, les lavages à l’intérieur qui sont, selon moi, principalement capables de remédier à la dysenterie. Les autres médications sur lesquelles on fonde créance peuvent fort bien ne pas avoir l’efficacité qu’on leur attribue.

Entéralgie (volique).

On désigne sous le nom de colique la plupart des douleurs éprouvées dans le ventre, et on emploie les expressions de colique d'estomac, colique du foie , colique des reins. On devrait appliquer exclusivement ce mot aux douleurs ressenties dans l’intestin colon , car c’est du nom de cet intestin que dérive celui de colique.

Est -il surprenant qu’un long canal s’étendant de l’estomac à l’anus, qui laisse passer les alimens, où se dégagent des gaz, où circulent des matières excrémentielles qui parcourent un long circuit, soit parfois le siège d’intolérables douleurs ? Il suffit qu’il y ait arrêt de matières, que quelques substances indigestes y soient renfermées, ou que, remontant contre leur propre poids, dans le colon droit, elles éprouvent de la difficulté dans leur ascension, pour qu’il y ait un spasme douloureux. Mais ce qui est encore une cause de colique, c’est le dégagement des gaz intestinaux.

On sait qu’il y a des alimens essentiellement venteux 5 mais , sans l’ingestion de tels alimens , il

sullit du séjour prolongé des matières stercorales dans les gros intestins pour que des gaz s’y forment et les distendent. Si les intestins, surtout, sont frappés d’atonie, le ventre se ballonne, et, si l’on y exerce une percussion , il résonne comme un tambour. Cette accumulation de gaz constitue la tympanite.

La distension de la paroi intestinale est bien propre à produire la colique; mais quelquefois l’intestin est atteint de vives douleurs qui ont un caractère essentiellement nerveux : c’est alors Y entéralgie.

Quelle peut être la cause de certaines coliques \iolentes dans lesquelles aucune évacuation alvinc ne peut s’effectuer? Est- ce que la membrane muqueuse se renverse sur elle-même? Est-ce qu’un angle se forme par un pli de l’intestin ? Est-ce qu’il se noue, comme on le croit? Est-ce qu’il y a quelque corps étranger qui occasionne un arrêt? Il faut bien qu’il y ait quelque chose de tel dans ces coliques ou entéralgies qu’on nomme volvulus , miserere, intus-susception. La position des malades est vraiment pitoyable; ils se contorsionnent, tant leurs douleurs sont atroces.

Il est une espèce d’entéralgie nommée colique des peintres, du Poitou, saturnine ; elle est occasionnée par les émanations métalliques, surtout parcelles du cuivre. Cette maladie est vraiment inexplicable; elle offre un type spécial, et réclame un système de traitement tout particulier. Il est une autre

espèce de colique, la colique végétale , qu’on attribue à l’usage des fruits acres, des substances végétales qui recèlent quelques principes vicieux. Cette entéralgie a été considérée par le docteur Ségond comme une névralgie du grand sympathique.

Comme la colique dépend fréquemment de la présence de matières qui engouent l’intestin, le premier soin doit être de déterminer des évacuations au moyen des lavemens et des laxatifs. Les huiles purgatives, celles de ricin, d’amandes douces, conviennent principalement ; mais comme il y a souvent de vives douleurs, on doit administrer des caïmans. On peut faire entrer dans une potion un ou deux décigrammes d’extrait d’opium, et donner cette potion par cuillerée à bouche à quinze minutes d’intervalle. Des lavemens où entreraient douze ou quinze gouttes de laudanum, des fomentations sur le ventre, des onctions avec une huile calmante, celle de jusquiame, par exemple, dissipent quelquefois rapidement les coliques.

Si l’on reconnaissait la présence des gaz, on pour-

rait donner des carminatifs , c’est-à-dire des remèdes dont la propriété est de chasser les vents. La coriandre, l’anis, l’éther, paraissent avoir cette vertu.

Mais s’il y avait miserere , volvulus de l’intestin, le traitement offrirait beaucoup de difficulté : alors il faudrait insister sur l’usage des potions huileuses et calmantes. L’empirisme propose de faire avaler des balles de plomb, dans l’intention d’effacer les

plis de l’intestin, et l’on assure qu’on obtient par cette pratique grossière la cessation des accidens.

Les caïmans ne remédient pas ordinairement aux coliques des peintres; cette névralgie intestinale réclame des moyens perturbateurs. L’expérience a prouvé que, dans ce cas, des vomitifs énergiques, des purgatifs drastiques étaient les seuls remèdes efficaces.

Hernies.

Les parois de l’abdomen ont des ouvertures, que recouvre la peau , destinées à laisser passer des vaisseaux et des nerfs. Il arrive que, le long du faisceau vasculaire et nerveux, des portions d’intestins glissent; que l’épiploon, dépendance du péritoine, membrane qui recouvre les intestins, descend aussi , ou meme que quelques autres viscères abdominaux font procidence. L’issue de l’une des parties renfermées dans l’abdomen, au travers des ouvertures de ses parois, constitue la hernie. Les intestins flottans, mobiles, sont principalement très -sujets à se déplacer : il en est ainsi de l’épiploon; ces parties .sortant à la fois, forment la hernie entéro-épiploïqtie.

L’ombilic , imparfaitement fermé chez les enfans , éraillé ou élargi chez les adultes , laisse passer quelque portion de viscère : il en résulte la hernie ombilicale. Elle est essentiellement propre à l’enfance.

Une ouverture alongée, oblique , nommée anneau inguinal, située au bas du ventre, près du bassin, laisse sortir chez l’homme les vaisseaux sperma-

tiques, et permet quelquefois la procidence ou la chute de F intestin , de l ’épiploon , etc. : ce qui constitue la hernie inguinale , commune principalement chez l’homme.

Une ouverture en forme d’arcade, située au pli de l’aine, destinée à laisser passer l’artère qui du ventre va à la cuisse, la veine qui lui correspond et un faisceau nerveux; ouverture qu’on nomme anneau crural , donnant issue à des parties contenues dans l’abdomen, permet la formation de la hernie crurale , qui s’observe surtout chez la femme.

Voilà les trois points où s’établissent le plus ordinairement les hernies; mais il en est d’autres où l’on voit s’établir des hernies exceptionnelles.

Certaines dispositions sont favorables à la formation des hernies, comme l’amaigrissement, lorsqu’on a possédé de l’embonpoint, la distension des parois abdominales par l’hydropisie, la grossesse. Tous les efforts qui tendent à rétrécir la cavité abdominale , tels que les cris, les mouvemens violens qui font contracter les muscles , sont propres à agir sur les organes mobiles renfermés dans l’abdomen, et à les expulser par les ouvertures naturelles. Qu’arrive-t-il? une tumeur insolite se remarque là où était une surface plane, ou même une excavation. Alors, de deux choses l’une : ou cette tumeur est mobile, et peut être repoussée par une légère pression, et les parties qui la forment ren- (rcnt dans le ventre; ou bien elle résiste à toute

ht; LA DIGESTION .

pression, augmente en volume, en densité, et entraîne un cortège d’accidens.

Comme un angle est alors formé sur l’intestin, les gaz , les matières fécales circulent dilïicilement, ou même ne circulent pas. Alors il se forme une accumulation : c’est F engouement.

Mais les bords de l’ouverture qui a donné passage ont été distendus, puis ont réagi en vertu de leur élasticité, et les parties qui ont fait issue se trouvent serrées, pincées. H y a alors étranglement.

Il résulte de ces deux états une série de symptômes inséparables des hernies : ce sont la colique, les hoquets , les nausées , les vomissemens. Les matières renfermées dans les intestins remontent en vertu d’une force qu’on nomme anti -péristaltique, et l’on voit un hideux spectacle qui consiste dans la sortie des matières stercorales par la bouche.

Que peuvent devenir les malades dans cet état de choses? Ils doivent nécessairement succomber, si l’obstacle qui s’oppose au cours des matières n’est pas levé, si la compression qui étrangle l’intestin n’est pas détruite.

Lorsqu’une tumeur se forme sur l’un des points qui viennent d’être signalés , et que des symptômes caractéristiques font reconnaître l’existence d’une hernie, on doit s’empresser de replacer dans leur position naturelle les portions qui ont fait irruption.

Des lavemens, des bains, des applications de ca-

MALADIES DE LAPDAREIl

taplasmes, de sangsues, relâchent les ouvertures , et en même temps dégagent l’intestin. Bientôt après , naturellement ou sous l’influence de la moindre pression, une hernie disparaît. Mais il faut user quelquefois d’efforts multipliés et bien combinés , alin d’obtenir la réduction au moyen d’un procédé manuel qu’on nomme le taxis.

Pour exécuter le taxis avec succès, il est nécessaire que le malade soit horizontalement placé, que sa tète soit relevée sur la poitrine, que le bassin soit relevé également, de manière à ce que le corps se trouve dans la plus grande flexion possible, afin que les muscles de l’abdomen soient dans le relâchement. Par cette disposition préalable, les bords des anneaux par où les hernies se sont formées se trouvent moins tendus. Alors on procède à la réduction. On place la main à plat; on exerce une pression lente, douce, graduelle, et long-temps soutenue. Ainsi, on repousse les liquides, les gaz, les matières fécales, on diminue le volume de l’intestin ou de l’épiploon , et il arrive qu’on entend un gargouillement, que la tumeur fuit tout-à-coup : la hernie se trouve réduite.

Mais, pour obtenir un tel résultat, il faut quelquefois employer des efforts multipliés. M. Amussat a proposé d’exercer le taxis forcé, c’est-à-dire d’opérer la réduction en comprimant violemment la tumeur herniaire. Il y a danger à mettre en usage une telle manœuvre, on peut produire la contusion

DK LA DIGESTION.

de l’intestin, et occasionner sa gangrène, d’où résulterait infailliblement la mort du malade.

Lorsqu’on est parvenu, par le taxis, à refouler dans la cavité abdominale les parties qui formaient hernie, il faut les maintenir en place pour prévenir leur issue nouvelle. On applique, à cet effet, un bandage nommé brayer , formé d’une ceinture élastique en acier , et terminé par une pelote qui exerce une compression sur l’anneau par où la hernie s’était établie. Ce moyen prophylactique évite bien des inconvéniens, et prévient des accidensqui pourraient devenir mortels. Il est donc important que les personnes affectées de hernies soient munies d’un bandage approprié à la forme et à l’espèce de leur hernie.

Si l’on ne parvient pas à opérer la réduction par un taxis méthodique, il faut recourir à une opération (jui a pour but d’agrandir l’anneau par un débridement, ou bien il faut abandonner le malade aux chances de son mal. Il arrive qu’il se forme un abcès; il s’ouvre; il y a alors issue continuelle des matières stercorales, anus anormal ou contre nature ; mais, par l’œuvre de la nature ou les secours de l’art, cette ouverture, formée sur l’intestin hernié, finit souvent par s’oblitérer, et alors le malade se trouve guéri d’une infirmité dégoûtante.

Hémorroïdes.

On comprend sous le nom d 'hémorroïdes des affections qui ont un caractère bien différent : ainsi les

334 MALADIES DE LAPPAIIEIL

varices des veines du rectum , les exhalations sanguines par cet intestin , les tumeurs érectiles qui se forment autour de l’anus, portent également cette dénomination.

L’extrémité inférieure du rectum et l’anus sont éminemment vasculaires et garnis de beaucoup de tissu cellulaire ; il y a même dans ce point un tissu naturel susceptible dégonfler comme une éponge, de s’ériger, et que pour cela on nomme spongieux ou érectile. Mais ce tissu croit accidentellement, forme des tumeurs en nombre, en dimensions variables , à larges ou à étroits pédicules : ces tumeurs, ce sont les hémorroïdes.

On peut être atteint d’hémorroïdes et ne pas souffrir, jouir d’un état de santé très-satisfaisant. Mais il suflit de quelques circonstances occasionnelles pour produire une crise qui est vraiment une affection morbide. Ainsi la fatigue d’un voyage, surtout en voiture, pendant lequel on n’a pu librement exécuter les excrétions intestinales, une irritation produite sur le rectum par un agent quelconque , fluxionnent les vaisseaux hémorroïdaux ; dès-lors le tissus hémorroïdal se gonfle , s’érige même, il s’enflamme, et il se développe un appareil inflammatoire. Quelquefois , à la suite d’efforts de défécation, ou naturellement , des tumeurs qui forment un bourlet sortent en dehors de l’anus, tandis que d’autres fois les tumeurs ne sont pas visibles et restent en dedans. Ces deux états différens

font distinguer les hémorroïdes en externes et en internes.

Je ne saurais trouver d’expressions assez vives pour peindre les tourmens qu’éprouvent dans certains cas les malades atteints d’hémorroïdes. Us ne peuvent trouver une position; ils ressentent une constriction spasmodique intolérable; il leur semble que des anneaux concentriques serrent et resserrent perpétuellement le rectum ; ils sentent un feu brûlant, la fièvre s’allume, ilsont du délire; ils croient voir du feu, des étincelles: il n’est pas d’état plus douloureux que celui de certains malades affectés d’hémorroïdes.

Cependant , en général , cette maladie excite peu la compassion ; on la qualifie même de signe de santé. C’est vraiment absurde, dérisoire, que de nommer ainsi un mal qui peut faire mourir de douleur et qui entretient souvent une incommodité perpétuelle.

Les crises hémorroïdales du genre que je viens de dépeindre arrivent ordinairement à des périodes fort éloignées. Elles paraissent tenir à une inflammation du rectum , à la rectite. Mais il y a des crises habituelles et infiniment moins intenses , qui consistent dans une fluxion et se déterminent ordinairement par une exsudation de sang. Comparant alors le flux qui s’opère aux menstrues des femmes, on peut dire avec quelque raison que c’est un signe de santé , parce que, si le sang 11e coulait pas par le rectum, il refluerait sur quelque autre

point (le l’économie et pourrait occasionner des accidens.

Lorsque les tumeurs hémorroïdales occasionnent des douleurs, et que la crise spasmodique et inflammatoire se déclare, le malade est obligé de garder le repos et le lit; il ne peut, quelle que soit sa volonté , s’occuper de ses travaux habituels. Forcément il observe la diète , qui est d’ailleurs si nécessaire; son appétit à l’instant devient nul; il voudrait débarrasser le rectum d’un poids incommode qu’il y éprouve, mais les évacuations sont difficiles ou impossibles. Veut-on faire des injections, un bourl et douloureux s’oppose à l’introduction du syphon de la seringue. Tout est diflîcultueux dans l’application des soins qui deviennent nécessaires. On doit donner de petits lavemens émolliens et frais pour calmer un feu ardent. On peut mettre dans de l’eau de guimauve quelques gouttes de laudanum, afin que l’injection soit plus calmante. Des cataplasmes émolliens et opiacés doivent être constamment appliqués , des demi-bains fréquemment réitérés. On ne saurait assez gorger les malades de boissons tempérantes, telles que l’eau de guimauve, la limonade, le petit lait, l’orgeat. La méthode anti-phlogistique dans toute sa rigueur doit être mise en œuvre.

Malgré tout cela , il arrive que les douleurs hémorroïdales conservent de l’intensité; une tumeur énorme semble entourer le rectum, le malade y res-

sent des pulsations violentes. On redoute la formation d’un abcès qui s’établit quelquefois malgré tous les antiphlogistiques et entraîne de graves accidens consécutifs. On doit alors déployer d’autres ressources contre un phlegmon imminent. La plus elïicacc est une abondante saignée locale. La saignée du bras demeure ordinairement sans effet, quoiqu’elle paraisse convenable. Mais une large application de sangsues désemplit rapidement le système capillaire du voisinage de l’anus; bientôt les hémorroïdes deviennent moins douloureuses, elles se flétrissent, s’affaisent; celles qui faisaient procidence au dehors rentrent peu à peu et disparaissent; le malade passe d’un état de tourment dans un état de bien-être. Dès-lors il devient aisé de donner des lavemcns; les matières fécales qui étaient depuis long-temps retenues s’évacuent; le patient se trouve tout-à-coup guéri.

Voilà ce qui a lieu dans les hémorroïdes inflammatoires; mais il en est autrement dans certaines variétés de ces affections , qui consistent dans un état d’induration et de dégénérescence de tissu. Les accidens qui sont survenus peuvent être calmés , mais les tumeurs hémorroïdales, pour cela, ne disparaissent pas ; elles gênent par leur volume , par leur poids; elles sont chassées au dehors dans la défécation, et ne rentrent qu’avec difficulté et par le moyen d’une compression long-temps exercée. Dans les cas de cette nature, il faut des soins conti-

338 MALADIES DE l’aPPAREIL

nuels; les malades vivent valétudinaires, cacochymes; ils sont sans cesse occupés du soin qu’exigent la sortie et la rentrée de leurs hémorroïdes. Heureux quand la procidence de ces tumeurs n’occasionne pas des crises de douleur !

On se borne quelquefois à pallier le mal; on vante, à cet effet, l’onguent populéum, le beurre de cacao. Les bains de siège, ceux de vapeurs, sont aussi conseillés ; mais le remède souverain, quand il peut être appliqué, c’est l’enlèvement des tumeurs hémorroïdales. Si le pédicule est étroit , on peut faire tomber ces tumeurs par une ligature. Dans certains cas, on préfère la résection à l’aide de l’instrument tranchant. Comme on a à redouter l’hémorrhagie, on a besoin de réunir la cautérisation à l’excision. Ce sont là de hautes opérations chirurgicales environnées de grands dangers , car une simple ligature détermine quelquefois des accidens nerveux et entraîne la mort. La résection a occasionné des hémorrhagies que rien n’a pu maîtriser et qui ont été suivies d’un résultat aussi déplorable. J’ai eu à gémir d’un cas de cette sorte à la fois malheureux et instantané.

Fistule à l'anus.

Un tissu cellulaire abondant entoure le rectum; beaucoup de vaisseaux sanguins se distribuent à cet intestin et dans les parties circonvoisines. Il n’est pas surprenant, d’après cela, que des inflamma-

lions se déclarent dans la région du rectum, et qu’elles puissent entraîner des abcès. Les coups, les chutes, d’autres causes encore sont propres à fïuxionner le tissu cellulaire, etày faire développer un phlegmon. Rarement, alors, l’inflammation prend une marche rétrograde; loin delà, elle se termine par suppuration. On reconnaît à la fluctuation la présence du pus : l’abcès tantôt s’ouvre spontanément, tantôt il est ouvert par les secours de l’art; dès-lors l’inflammation diminue, l’engorgement disparaît.

Partout ailleurs le mal serait guéri ; près du rectum, il n’en est pas ainsi. Les mouvemens de l’intestin, indispensables à la défécation, les impulsions que transmettent le diaphragme et d’autres muscles abdominaux, les mouvemens divers de locomotion, entretiennent le foyer purulent. Ordinairement la source du pus ne tarit pas; le rectum se décolle, en dehors, des parties qui l’avoisinent, et l’ouverture de l’abcès ne se ferme pas. Tout cela constitue une affection nouvelle que l’on nomme fistule à l’anus.

Si l’ouverture était dalis le rectum et qu’il n’y en eût pas à l’extérieur , la fistule serait borgne interne; mais comme le trajet fistuleux ne pénètre pas ordinairement dans le rectum, on dit que la fistule est borgne, externe ; il suffît d’une petite perforation de l’intestin pour que la fistule soit complète.

Dès qu’un trajet suppurant s’est formé au voisinage du rectum, il s’entretient d’une manière in-

340 MALADIES DE i/APPAREIL

définie. Ailleurs, à l’aide d’injections, d’une compression, de la cautérisation , d’un pansement, on déterminerait l’adhérence et l’oblitération d’un trajet fistuleux; mais près du rectum, la chose est ordinairement impossible, et une ouverture qui s’est formée reste permanente.

Les choses ne peuvent en demeurer là; au lieu d’un trajet, il s’en forme quelquefois plusieurs. Les tissus avoisinans, baignés par le pus, subissent une altération; ils s’enflamment d’une manière toute spéciale, et prennent un caractère de dégénérescence que l’on nomme callosités. Dans quelques cas, les callosités sont tellement prononcées, qu’on croit à une dégénérescence squirreuse, et que la maladie sera réfractaire à tous les moyens de l’art, tandis qu’un traitement bien entendu fait disparaître un mal qui a une physionomie effrayante.

Pour guérir les trajets purulens du voisinage du rectum, ou les fistules à l’anus, tout consiste à confondre ces trajets avec le rectum. Pour cela, il faut diviser toutes les parties intermédiaires. On peut exécuter cette opération au moyen d’une anse de fil qui passe par le trajet fistuleux, traverse le rectum, et est ramené à l’anus. Mais pour qu’une section soit opérée par une anse de fil métallique ou d’une autre substance, il faut beaucoup de temps, cette section occasionne de vives douleurs ; il vaut mieux trancher net toutes ces parties avec un instrument qui opère une section instantanée.

h K LA DIGESTION.

Dès que la masse des parties molles interposées entre le trajet fistuleux et le rectum a été divisée, il n’y a plus qu’une plaie qui se confond avec la cavité du rectum. On panse cette plaie en y plaçant de la charpie; elle se rétrécit, elle se cicatrise, et l’on voit avec une agréable surprise qu’un écoulement qui paraissait interminable cesse d’avoir lieu, et que la listule est parfaitement guérie.

Fissure à Tamis.

Penserait-on qu’une petite fente, située sur un point de la circonférence de l’anus, puisse être la cause d’intolérables douleurs? Toutefois il en est ainsi, et, après les efforts de défécation, il survient une constriction incroyable. Pourquoi une fissure à Vanus occasionne-t-elle un spasme? C’est vraiment énigmatique.

On cherche, à l’aide des émolliens, des caïmans, à remédier à cette bizarre maladie. On préconise surtout, à cet effet, l’extrait de bella-dona; mais tous ces moyens ne sont ordinairement que d’impuissans palliatifs. Pourguérir la fissure anale, il faut inciser le muscle qui entoure l’anus, et que l’on nomme sphyncter. Une incision de trois ou quatre lignes sulïit ordinairement. L’apposition de quelques brins de charpie constitue tout le pansement. La contraction spasmodique du sphy ncter n’a plus lieu ; désormais la cicatrisation d’une petite plaie s’opère rapidement, et bientôt la guérison est parfaite.

MALADIES DES APPAKEILS

MALADIES

DES

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