LÉSIONS DES ARTÈRES
Faut-il que l’organisation des artères soit une cause prédisposante des plus graves lésions qui les affectent ! Ces canaux doivent être éminemment élastiques pour se prêter à l’abord du sang et réagir sur le fluide. Aussi sont-ils essentiellement composés d’un tissu fibreux à lames circulaires qui se laisse distendre, et revient immédiatement au point primitif.
Ne pourrait-on pas, avec raison , accuser la nature d’imprévoyance, d’avoir donné une extrême fragilité à un tissu exposé à des chocs perpétuels? Estce que les artères n’eussent pas pu être à la fois élastiques et résistantes ?
Trois membranes constituent la paroi artérielle : l’une est externe, fibro - cellulaire ; l’autre est moyenne , fibreuse jaune ; la troisième est interne, elle offre un tissu spécial. Si l’on presse violemment sur une artère, si on la lie avec un fil et qu’on l’incise, on voit que la membrane interne et la membrane moyenne sont divisées; la membrane externe demeure intacte : ce qui prouve que les deux premières sont fragiles, et que l’externe seule est résistante. Il jaillit de cette expérimentation un grand jour sur la connaissance d’une maladie propre au système artériel.
Anévrysme.
Lorsqu’une violence a été exercée sur un membre, il est possible qu’une artère ait été tiraillée et rompue; naturellement, ou du moins sans cause connue, le même phénomène peut avoir lieu. Qu’arrive-t-il alors? les membranes interne et moyenne de l’artère étant éraillées, le sang se porte contre la membrane externe, une dilatation s’opère, une tumeur se forme : c’est un anévrysme. La maladie va en augmentant, la tumeur devient de plus en plus grosse. Si l’on applique la main, on sent des palpitations- qui la soulèvent; si l’on pose l’oreille, on entend un bruissement qui résulte de l’abord des colonnes sanguines. Le mal fait-il des progrès? la circulation s’opère avec i rrégularité dans le membre; de grands accidens en sont la conséquence; la tumeur peut se perforer, et alors il survient une hémorrhagie mortelle, ou, par défaut de circulation , le membre est frappé de gangrène.
L’anévrysme résulte quelquefois de la lésion des trois membranes de l’artère; d’une plaie qui occasionne un épanchement de sang dans le tissu cellulaire voisin du vaisseau : c’est Yanévrysme faux. Il peut être primitif et étendu , diffus; ou consécutif à l’accident et circonscrit. On comprend que, par opposition, on nomme anévrysme vrai celui qui consiste dans la dilatation de l’artère.
Entre ces deux sortes d’anévrysmes , il en est un
intermédiaire ; il résulte de la lésion des membranes externe et moyenne de l’artère, et de la dilatation exclusive de la membrane interne. Comme cette dernière membrane forme hernie au travers des deux autres, l’anévrysme se nomme herniaire.
Il arrive qu’une veine et une artère qui se touchent sont à la fois perforées , et que le sang artériel passe dans la veine et la distend. Cette disposition constitue V anévrysme variqueux; par anastomose.
Quand une lésion susceptible de produire un anévrysme est survenue à une artère, le premier soin doit être de tenter la guérison par le repos le plus absolu, par tout ce qui peut faire obtenir la cicatrisation. Si une veine est ouverte, comme dans la saignée, la plaie bientôt se cicatrise. Ne doit-on pas espérer que la même chose aura lieu après la piqûre d’une artère? Eh bien ! il n’en est pas ainsi ; l’effort latéral du sang agit sans cesse sur la paroi artérielle, et il en résulte qu’un petit éraillement s’agrandit, qu’une piqûre s’élargit, et que le sang s’extravase dans le tissu cellulaire voisin. On n’avait pas primitivement aperçu de tumeur, bientôt on en voit une se former; dès-lors on reconnaît l’existence de l’anévrysme faux ou traumatique.
Si le repos n’oppose pas une digue à l’issue du sang, on espère y remédier par une compression méthodique. On met un petit tampon de charpie, ou un morceau de linge renfermant une pièce de monnaie, sur l’ouverture qui a été pratiquée, et par
dos tours de bande on comprime le vaisseau. Pour rendre la compression plus efficace , on applique une compresse étroite et très-épaisse tout le long du vaisseau, du côté du cœur, et on la maintient avec une bande serrée. On arrête bien ainsi P hémorrhagie; mais il arrive que, malgré cela, le sang s’inliltre, et que la plaie artérielle ne se cicatrise pas. Le tourniquet , le garrot moyens mécaniques propres à exercer une forte compression, n’agiraient certainement pas d’une manière plus efficace qu’une simple bande; loin de là, ils produiraient des accidens.
Que faut-il donc faire lorsqu’un anévrysme se déclare, soit spontanément, soit accidentellement? On conseille la méthode débilitante , qui consiste à saigner le malade à outrance, à le priver d’alimens ; on espère ainsi favoriser la formation d’un caillot qui obstruerait une artère et amènerait la disparition de la tumeur anévrysmale : incertaine ressource qui ne doit être appliquée qu’aux affections dans lesquelles une opération devient impossible , comme les anévrysmes des gros vaisseaux qui avoisinent le cœur.
La méthode réfrigérante a été préconisée et a joui d’une grande faveur, jusqu’à ce que j’aie désabusé les esprits. Guérin, qui a proposé cette méthode, a proclamé les succès nombreux qu'il en aurait obtenus. Mais j’ai vu ce célèbre praticien, ainsi que son 01s imbu de ses principes , réunir aux réfrigérons la compression et même la ligature. J’ai
constaté , dans tous les cas que j’ai observés, la nullité de la méthode réfrigérante lorsqu’elle était exclusivement employée, et j’ai élevé un doute fondé sur l’etïicacité réelle de cette méthode. Ne sait-on pas que la cure de l’anévrysme peut être spontanée; que la position du membre, imprimant à une artère un angle aigu, détermine quelquefois la formation d’un caillot suffisant pour produire l’oblitération complète du tube artériel ?
Le moyen le plus certain de parvenir à la guérison de l’anévrysme est la ligature de l’artère. Pour l’exécuter, il faut mettre le vaisseau à nu , passer autour un fil ciré et opérer une constriction : la membrane interne de l’artère s’enflamme, alors une exsudation albumineuse s’opère , et bientôt une adhérence s’établit. Le but qu’on se propose dans la constriction qu’on exécute, c’est de solliciter une inflammation adhésive.
Que devient le membre où l’artère va se distribuer? Il est primitivement frappé de stupeur, il tend à tomber en gangrène; mais le sang établit des voies nouvelles de circulation, et, par des artères collatérales, il parvient à la partie la plus reculée du membre. Il est quelquefois utile, pour favoriser la circulation, d’appliquer des caléfacteurs , afin de dilater les vaisseaux , de raréfier le liquide : ces moyens deviennent salutaires. On voit avec bonheur qu’après l’application d’une ligature, lorsqu’un malade était depuis long-temps dans le tourment ,
!28() MALADIES DE lé APPAREIL
et qu’il avait subi en vain les rigueurs delà compression, de la méthode débilitante cl réfrigérante, on voit, dis-je, une tumeur anévrysmale rebelle disparaître à vue d’œil, tandis quelle grossissait sans cesse; et une guérison qui semblait désespérée, s’effectuer avec une étonnante promptitude.
LÉSIONS DES ViaVLS.
Il est une affection des veines qui offre quelque analogie avec l’anévrysme : c’est la varice ; elle consiste dans une dilatation du tube veineux. Mais il y a cette différence, que l’anévrysme forme une tumeur circonscrite à un petit espace, tandis que la varice envahit une grande portion de veine. Il est des varices qui du pied s’étendent au genou , même jusqu’au haut de la cuisse. Les veines alors non-seulement sont dilatées et ont augmenté de capacité en largeur, mais encore elles sont devenues flexueuscs et ont doublé, triplé, en apparence, de longueur. Le plus ordinairement il y a à la fois plusieurs varices, car diverses branches d’une veine ont éprouvé de la dilatation et de l’élongation.
La varice est incommode; elle est aussi douloureuse , parce que sans doute les nerfs satellites des veines éprouvent un tiraillement. Mais le danger de cette affection consiste essentiellement dans les ruptures (pii se forment : alors le sang s’infiltre , donne lieu à des inflammations, à des ulcères, ou
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bien il s’écoule, et il survient une hémorrhagie inopinée qui peut être grave.
On comprend aisément que dès que des veines sont largement dilatées, la circulation dans ces vaisseaux éprouve des entraves, qu’il y a stase du sang, engorgement dans les tissus d’où émanent les radicules des veines ; que les organes qui sont les points de départ, éprouvent des dérangemens. Nulle part cela ne se manifeste plus que dans cette variété de varice nommée varicocèle.
Une tumeur, ou plutôt un ensemble de tumeurs résulte de la dilatation des veines spermatiques ; ces veines sont llexucuses, et, si on les touche, on éprouve une sensation analogue à celle que ferait ressentir une masse de coton. La lenteur qui a lieu alors dans la circulation veineuse réagit sur la circulation artérielle; le testicule reçoit moins de sang par l’artère spermatique, ses fonctions éprouvent une certaine atteinte, l’organe diminue de volume, s’atrophie même quelquefois. C’est ordinairement au côté gauche que se forme le varicocèle. On attribue celte disposition à la compression qu’exerce une portion du gros intestin, l’S du colon, sur les veines spermatiques, compression qui ralentit la circulation sanguine.
On doit user de moyens palliatifs, le plus communément , contre les varices, quelle qu’en soit la nature. Une douce compression exercée par des bandes, des bas lacés, si c’est aux membres, dimi-
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nue le calibre des vaisseaux et favorise le cours du sang. Dans tous les cas, les réfrigérans sont salutaires , et les immersions froides constituent le meilleur mode de leur application.
Mais on ne parvient pas , par des palliatifs, à remédier à tous les inconvéniens des varices; elles augmentent en nombre , en dimension , exposent à des hémorrhagies, à d’autres accidens. On veut, à cause de tout cela, en opérer la cure radicale : pour y parvenir, il faut déterminer l’oblitération du vaisseau ; dès-lors , le sang prend de nouvelles voies de retour ; la varice diminue et disparaît.
On a appliqué la cautérisation à la cure des varices ; on opère une sorte de suture entortillée avec des aiguilles et du fil, procédé imité de Celse, on exerce une compression à l’aide de pinces aplaties qui agissent au travers de la peau , méthode de M. Breschet; Delpech a proposé de mettre les veines à nu et de les entourer avec des lanières d’amadou : tous ces procédés ont pour but d’éviter l’inflammation de la membrane interne de la veine, qui constitue une maladie grave nommée phlébite. Ce n’est point parce qu’on agira avec un caustique ou le calorique; parce que l’on comprimera médiatement la veine avec des sutures ou des plaques, que l’on préviendra la phlébite; loin de là, on y exposera davantage les malades , puisque par tous ces procédés on attaquera la veine dans une grande étendue. Il vaut mieux opérer son oblitération par une
constriction à l’aide d’un lil très-mince qui n’agit que sur un point infiniment peu étendu.
Yoici comment j’ai agi dans bien des circonstances: Soulevant la peau avec les doigts sur le trajet du vaisseau , j’y faisais un pli sur lequel je pratiquais une incision en travers; le vaisseau , dèslors , était visible ; je passais au-dessous un stylet à œil qui entraînait un fil mince et ciré; ce fil était serré, le vaisseau était ainsi étranglé ; qu’arrivait-il? le sang , ne pouvant plus y circuler , stagnait dans les varices situées au-dessous de la ligature; il s’opérait des concrétions fibrineuses qui produisaient une complète oblitération. J’ai eu toujours à me louer d’avoir employé un tel procédé. Il m’a fait obtenir la guérison d’un grand nombre de varices , et j’ai vu , sous son influence , des ulcères variqueux se cicatriser avec une promptitude étonnante.
Fliléliite.
On désigne sous le nom de phlébite l’ inflammation d’une veine. Diverses causes peuvent la déterminer , mais l’une des plus communes , ce sont les plaies; on en a des exemples assez fréquens à la suite des saignées. Quelquefois la lancette est peu tranchante , émoussée , malpropre : ces dispositions vicieuses sont de nature à susciter de l’irritation. Mais sans ces particularités , lors même qu’une saignée a été faite avec toutes les précautions désirables, il arrive qu’une veine s’enflamme. Lesmou-
vemens trop prématurés , les frottemens exercés sur la piqûre d’une veine après une saignée, sont quelquefois capables de susciter la phlébite.
Dès que celte affection se déclare , une douleurest ressentie vers le point où la plaie a été faite, et elle se propage le long du vaisseau du côté du cœur. On sent ordinairement comme une corde tendue : c’est que la veine est tuméfiée , et que le tissu cellulaire qui l’entoure, les vaisseaux lymphatiques qui l’accompagnent , sont gonflés.
Si l’on songe à la direction du cours du sang dans une veine, on comprendra le danger de la phlébite. Ne sait-on pas qu’une bulle d’air entrée dans une veine se dirige vers le cœur , parvient au cerveau et occasionne des accidens mortels ? Eh bien, un liquide accidentel peut occasionner des phénomènes analogues. Or , la phlébite détermine fréquemment une sécrétion de pus dans l’intérieur d’une veine. Cette humeur, mêlée au sang, est dirigée vers le cœur et peut parvenir au cerveau , où elle exerce une fâcheuse influence.
Mais la phlébite ne se borne pas au voisinage de la plaie d’une veine , elle se propage souvent tout le long du vaisseau et jusque dans l’oreillette droite du cœur. Dans tous ces points il peut s’opérer une exsudation albumineuse et purulente.
Il est facile de juger quelles funestes conséquences ne doivent pas résulter de cet état de choses. Le sang est mélangé de matériaux impurs
et hétérogènes; il en résulte du trouble dans la circulation, dans la respiration , car les principes étrangers au sang parviennent nécessairement aux poumons ; alors on voit se déclarer une lièvre de mauvaise nature, qui prend la forme typhoïde ; le malade tombe dans la prostration , et fréquemment la mort termine cet état morbide.
Penserait-on que la simple piqûre d’une veine puisse amener des phénomènes aussi graves? C’est cependant ce quia lieu très-souvent ; aussi faut-il user d’extrême prudence dans les plaies des veines, éviter les frottemens, l’application des substances excitantes sur ces plaies, et, dès qu’une inflammation s’y manifeste, se hâter de recourir à un régime sévère , rigoureux , aux émolliens, aux caïmans, et d’observer le repos le plus absolu.
Des saignées deviennent quelquefois nécessaires pour remédier aux accidens occasionnés par une saignée; mais il faut se délier de tout ce qui est trop débilitant , car l’adynamie est redoutable; il se forme des abcès de mauvaise nature, même des escarres gangréneuses s’établissent sur le membre où existe la phlébite. Des toniques, notamment le quinquina , deviennent souvent indispensables ; car on voit se déclarer tous les symptômes caractéristiques de la fièvre typhoïde.
Hémorrhagies*
L’une des lésions de l’appareil de la circulation
est l’issue du sang hors des organes qui sont destinés à le contenir : X hémorrhagie. Cette affection n’est point l’apanage exclusif du cœur, des artères, des veines ou du système capillaire, mais elle peut appartenir à l’une de ces divisions de l’appareil circulatoire.
Une cause matérielle, physique de l'hémorrhagie, est le traumatisme , c’est-à-dire la division accidentelle des tissus. Par une plaie, large ou étroite, le sang s’épanche ou s’écoule à l’extérieur; mais aussi, sans aucune lésion physique, il n’est pas rare de voir survenir des hémorrhagies.
On admet que, dans les hémorrhagies spontanées, il y a excès de forces vitales, un trop plein dans les vaisseaux sanguins, et que des ruptures, des exhalations doivent en être les conséquences; ou qu’au contraire, il y a atonie, cachexie, faiblesse dans les vaisseaux exhalans, et qu’ils n’ont pas assez de tonicité pour retenir le sang. De là, deux divisions des hémorrhagies spontanées, en actives et en passi ves.
Est -ce bien à de telles causes qu’on doit attribuer ces exhalations sanguines? Est- ce bien dans les tissus, dans les solides, qu’existe le vice qui les occasionne; ou bien y a-t-il une altération dans le sang lui-même ? On ne saurait révoquer en doute que la pléthore extrême, c’est-à-dire le trop plein de l’appareil de la circulation, ne puisse déterminer 1 irruption du sang hors des vaisseaux;
mais aussi est-il rationnel d’admettre que l’atonie des vaisseaux laisse couler le sang , comme cela a lieu dans les hémorrhagies nommées passives? Très-probablement c’est à une autre cause que l’on doit attribuer les exhalations sanguines : à la nature vicieuse du sang. Ce fluide n’a pas toujours assez de coagulabilité , il est trop séreux ; ses élémens ne sont pas convenablement combinés entre eux; il en résulte une extravasation, une exhibition; les vaisseaux se laissent traverser par le fluide en vertu des lois physiques, et l’on voit des suggilations, des ecchymoses, ou des hémorrhagies réelles. On ferait peu de chose, en pareil cas, si l’on n’agissait que sur les solides, soit par des toniques , soit par des moyens mécaniques ; il faut s’efforcer de changer la nature du sang: ce n’est que par sa conversion en une nature meilleure qu’on remédiera efficacement à l’hémorrhagie passive.
Dès que le sang coule hors de ses vaisseaux, on doit chercher à reconnaître s’il est artériel ou veineux; car la gravité de l’hémorrhagie dépend de sa nature, et le système curatif doit varier. Lorsque le sang est rouge , rutilant, qu’il sort par jets isochrones aux battemens du pouls, c’est une preuve qu’il vient d’une artère; lorsqu’il est noir, et qu’il sort par arcades régulières ou en nappe, c’est qu’il provient d’une veine. Exerce-t-on la compression près du point d’où vient le sang, mais du coté du cœur, dans le premier cas l’hémorrhagie s’arrête ; fait-on
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la compression entre le point lésé et les extrémités, il y a arrêt de l’hémorrhagie dans le second cas.
Selon le calibre du vaisseau, la quantité, la nature du sang, combien d’indications ne prêtent pas les hémorrhagies ? En général , il faut se hâter d’arrêter le cours du sang, car la perte considérable de ce fluide entraînerait des accidens graves ou mortels. Il est des moyens généraux qui conviennent également , que les hémorrhagies soient artérielles ou veineuses. Ainsi , le repos absolu doit être observé; desréfrigérans, comme des affusions d’eau froide, la glace, ralentissent le cours du sang, et provoquent la formation de caillots; la compression méthodique, exercée avec des compresses épaisses et une bande circulaire, empêche le cours et l’issue du fluide; il convient quelquefois d’appliquer un corps arrondi et dur sur le point même où un vaisseau est lésé, comme dans une plaie : mais tous ces moyens, souvent suflîsans, sont parfois inefficaces, et il faut en venir à des ressources plus énergiques.
Le tourniquet est un instrument qui, au moyen d’une vis de rappel, fait peser une pelote sur un vaisseau. A défaut de cet instrument, on peut entourer le membre d’une lanière quelconque, au milieu de laquelle est fixée une pelote , et à l’aide d’une tige, d’un morceau de bois, on opère une constriction. Cet appareil est généralement connu sous le nom de garrot.
Mais le tourniquet ou le garrot, étranglant un
membre, y empêcherait le cours du sang, il y aurait engorgement, et la gangrène serait imminente. De tels moyens ne peuvent être que provisoires et temporaires, et un système de curation plus méthodique devient indispensable; c’est la ligature, à laquelle il faut indispensablement avoir recours dans les cas où une artère importante a été ouverte. La ligature est encore requise pour la lésion des veines; mais elle est redoutable si les veines sont considérables , car elle peut provoquer la phlébite, qui expose à des accidens mortels.
Épistaxis (hémorrhagie nasale).
Ce n’est point toujours un état morbide que cette exhalation qui s’opère par le nez ; c’est une crise salutaire dans quelques maladies, ou c’est une déplétion accidentelle, favorable à la santé, loin de lui porter atteinte. Chez les adolescens , et à l’époque de la puberté, on voit ordinairement survenir les hémorrhagies nasales. Elles ont des périodes irrégulières; elles résultent d’une congestion de sang dans la membrane qui tapisse les cavités nasales. Le moindre effort pour l’expulsion des mucosités sécrétées dans ces cavités, un chatouillement, l’éternuement même, font rompre quelques petits vaisseaux; c’en est assez pour qu’il s’opère un dégorgement considérable. Jusque-là, l’hémorrhagie nasale n’est qu’un phénomène salutaire, puisque les vaisseaux du cerveau qui pouvaient être conges-
lionnes se désemplissent. Le sujet avait des maux de tête, delà somnolence, il se trouve, allégé et dans un état de bien-être réel.
Mais Y épistaxis n’est pas toujours un phénomène salutaire. Il résulte d’un état cachectique, d’une altération des principes constitutifs du sang; il se déclare chez des sujets lymphatiques , scorbutiques, épuisés par des fatigues, des privations. On doit alors redouter les récidives d’hémorrhagie, et leur opposer des obstacles, car elles pourraient occasionner l’épuisement, l’anémie.
Quelques affusions d’eau froide , l’immersion dans ce liquide de la face, des mains, des pieds, arrêtent ordinairement l’hémorrhagie nasale. On rend l’eau plus tonique , plus astringente , en y combinant du vinaigre, et on la fait renifler, ou même on l'injecte avec une seringue dans les fosses nasales. On voit que, malgré les réfrigérans, l’hémorrhagie persiste et devient inquiétante; on est forcé alors d’avoir recours au tamponnement des fosses nasales.
On se borne quelquefois à remplir de charpie les ouvertures antérieures des narines , et à faire incliner la tête du malade en avant; mais il arrive que le sang coule dans l’arrière-gorge, et que le malade le crache en partie ou l’avale. Il faut, dans ce cas, pratiquer le double tamponnement, opération vétilleuse et fatigante pour le patient; cependant il faut bien arrêter une hémorrhagie, lorsqu’elle pourrait être mortelle.
Voici comment j’ai procédé dans quelques cas : A défaut de la sonde à ressort, j’ai introduit une sonde de gomme élastique par la narine jusque dans l’arrière-gorge. Avec un doigt porté dans le fond, je saisissais la sonde, et la faisais sortir par la bouche. Alors je passais dans les yeux de cette sonde un gros fil double et ciré , et en retirant l’instrument j’entraînais le fil de la bouche dans la fosse nasale. Un tampon de charpie était fixé au bout du fil sortant par la bouche, et en tirant le fil le tampon était porté à l’ouverture postérieure de la fosse nasale et la bouchait. Les deux chefs du fil étant écartés vers la narine, des tampons de charpie étaient placés dans leur intervalle, et en nouant ces fils ces tampons s’enfonçaient dans la fosse nasale , et se rapprochaient du tampon postérieur. Ainsi , le double tamponnement était pratiqué et l’hémorrhagie arrêtée. Après quelques heures, un jour ou plus, selon qu’on redoute la répétition de l’hémorrhagie, on enlève l’appareil de tamponnement, et son application peut avoir produit un effet décisif.
Mais les hémorrhagies récidivent, lorsqu’elles tiennent à une cachexie scorbutique; il faut alors s’occuper de remonter les forces vitales, de réparer les principes constitutifs du sang. Pour cela on doit recourir aux substances amères, aux toniques de diverses sortes, aux ressources hygiéniques : c’est dans une bonne alimentation qu’on trouve ordinairement le véritable remède.
Cltoléra-morlms.
On pourra considérer comme un paradoxe de placer le choléra- mor bus au rang des maladies de l’appareil de la circulation du sang, lorsque surtout ce nom indique l’influence de la bile; mais certainement le choléra asiatique n’est autre chose qu’une altération du sang. Quel que soit le principe insaisissable qui foudroie l’économie animale, qui la frappe de stupeur, il est certain que c’est sur le sang que s’exerce la maligne influence; à l’instant il est décomposé dans les vaisseaux , comme du lait dans un vase lorsqu’on y verse un acide. Le sang, dans le corps humain , devient semblable à celui qui est extrait des vaisseaux ; ses parties constituantes se séparent : le sérum s’écoule par les selles et les vomissemens ; le cruor et la fibrine se concrètent dans les vaisseaux et ne peuvent plus circuler. Il y a dèslors faiblesse de poids, puisque la circulation se ralentit; froid glacial, car il ne peut y avoir dégagement de chaleur animale ; coloration en bleu , cyanose, par la stagnation du sang dans le système capillaire; cadavérisation , parce que, la partie liquide du sang s’étant écoulée, le corps se dessèche rapidement et se flétrit. Si l’altération du sang est trèsintense, la mort est inévitable: il doit nécessairement survenir une prompte asphyxie.
Quel traitement peut-on exposer à cette terrible maladie ? Il faudrait renouveler le sang, lui don-
ner la liquidité qu’il vient de perdre, le rendre propre à la circulation, empêcher qu’il ne se concrétât dans les vaisseaux, entretenir la chaleur animale. Or, tout cela est bien difficile , même impossible. On agit par des frictions pour entretenir les mouvemens du cœur , on administre des boissons stimulantes , on excite de diverses manières le système nerveux. Mais obtient-on réellement de bons résultats de toutes ces choses, lorsque la décomposition du sang détermine l’état cadavérique, la cyanose? Ordinairement tous les efforts de traitement sont superflus. Peut-on raisonnablement penser que les saignées locales ou générales puissent être efficaces , lorsque c’est par défaut de sang que les cholériques meurent ? Les applications de sangsues ont été la base d’un système de traitement fondé sur la doctrine de l’irritation; mais quels résultats en a-t-on obtenus? Les saignées ont pu être indiquées quelquefois, mais c’était au moment de la réaction , dans la période de chaleur ou œstueuse. Elles ne pouvaient qu’accélérer la mort dans la période algide.
MALADIES
DE
La bouche, l’œsophage, le pharynx, l’estomac et l’intestin forment l’appareil de la digestion. La bouche, renfermant la langue, appartient en même temps à l’appareil du goût : ses lésions ont été considérées parmi celles des organes des sens. C’est de barrière- bouche que part essentiellement le tube digestif, qui présente, dans son trajet, divers renflemens, dont le plus considérable est l’estomac. Ce long tube reçoit les alimens, leur donne passage, en même temps les élabore, et les dépouille d’une substance éminemment nutritive, le chyle, qui, absorbé par les vaisseaux lactés, est déversé dans le torrent sanguin , pour être appliqué avec le sang dans toutes les parties de l’économie, et y opérer ce phénomène nutritif nommé assimilation.
Angine tonsillaire.
L’ isthme du gosier c’est-à-dire , l’ouverture qui communique de la bouche dans le pharynx , et qui serait mieux nommé détroit du gosier , est formé en
haut par le voile du palais , en bas par la base de la langue , sur les deux côtés par les deux piliers du voile , qui laissent un écartement rempli par un corps glanduleux : la tonsille ou amygdale. L’ inflammation de toutes ces parties est très-commune, et constitue Y angine gutturale ou tonsillaire. Les amygdales se gonflent 5 on donne à leur tuméfaction le nom (¥ esquinancie.
De toutes les causes capables de produire l’angine tonsillaire , la plus commune est le passage du chaud au froid , lorsque le gosier a été préalableblement fïuxionné parle chant, par la parole longtemps exercés. Une marche soutenue vers le vent du nord , lorsque la bouche est tenue entr’ ouverte pour parler , est très-propre encore à occasionner l’angine. Il est des dispositions individuelles qui favorisent le développement de cette maladie. On la voit survenir périodiquement et sous la plus petite influence. Quelquefois elle règne épidémiquement et se complique de quelques exanthèmes, comme la rougeole, la scarlatine.
Dès que l’angine se déclare , une douleur , une constriction à la gorge en sont les premiers symptômes; la déglutition devient difficile, la voix rauque; la phonation est quelquefois impossible; une fièvre inflammatoire s’allume; il y a rougeur de la face, mal de tête, battement des artères temporales. L’isthme du gosier se resserre de plus en plus. Si l’inflammation fait des progrès , l’air passe
avec dilliculté , il y a suffocation ; les malades sont dans une extrême anxiété , ils attendent impatiemment un soulagement à leur mal , qui prend de plus en plus de l’intensité.
Il en est surtout ainsi lorsque, au lieu de se dissiper par résolution , l’angine tend à se terminer par suppuration. Alors des foyers de pus se forment dans les amygdales : nécessairement la tuméfaction est extrême , tant que la formation de ce liquide s’opère. Mais il arrive que l’abcès se perce, le pus s’évacue : à l’instant tous les accidens s’évanouissent; bientôt le malade respire aisément, il exerce la déglutition et la parole. Il est une terminaison funeste : les tonsilles sont parfois frappées de gangrène, et une fièvre adynamique se déclare. D’autres fois il ne s’opère qu’une imparfaite résolution; les tonsilles s’endurcissent , deviennent volumineuses, et gênent mécaniquement les fonctions de l’isthme du gosier.
L’angine tonsillairc , étant une phlegmasie locale, doit être combattue par des anti-phlogistiques locaux. Certainement une saignée du bras serait favorable, mais une saignée capillaire est plus efficace. On doit donc se hâter de faire une large application de sangsues au voisinage des tonsilles. Or , on voit aisément ces corps glanduleux se dessiner en relief derrière les angles de la mâchoire inférieure.
Les boissons mucilagineuses sucrées, les garga-
rismes légèrement astringens, sont propres à calmer r irritation. Il faut que sans cesse le malade humecte sa gorge, et qu’il s’efforce d’avaler quelques liquides. Le lait est alors à la fois un aliment et un remède; les dérivatifs, tels que les pédiluves irritans, deviennent d’une utile application; il en est ainsi des bains, des lavemens, de tout ce qui peut produire du calme, comme les préparations opiacées.
On voit, à l’aide de ces choses, l’angine diminuer d’intensité et l’inflammation disparaître. Mais, malgré tout, très-souvent la suppuration se forme : alors il devient utile d’explorer la gorge , de voir s’il ne serait pas nécessaire de produire un dégorgement quelconque, au moyen de petites mouchetures faites avec la pointe d’un bistouri. Il arrive qu’une incision pénètre dans un foyer purulent, que le pus s’écoule, et qu’à l’instant le malade éprouve un soulagement indicible.
Si la terminaison par gangrène avait lieu, on devrait employer des collyres toniques, anti- septiques, faits avec une décoction de quina, du chlorure de sodium. Quelquefois il est indiqué de pratiquer de légères cautérisations avec une solution de sulfate de cuivre ou quelque autre caustique. Dans cette fâcheuse terminaison, il faut rehausser les forces vitales par des médicamcns toniques , des bouillons nourrissans et un vin généreux.
Lorsque les tonsillos demeurent indurées, elles
deviennent un obstacle perpétuel à la déglutition et à la voix. On tente, par des frictions mercurielles, l’iode, d’en provoquer le ramollissement. Si l’on n’y parvient pas, on est quelquefois forcé d’avoir recours à la résection. Ces glandes, accrochées avec une érigne, peuvent être retranchées aisément à l’aide d’un bistouri boutonné. Cette opération remédie ordinairement à la gène mécanique que les tonsilles indurées exercent sur l’isthme du gosier.
LÉSIONS DU PHABVW ET DE E’OESOPIIAGE.
Un canal musculeux est destiné à transmettre les alimens de la bouche dans l’estomac. La partie supérieure de ce canal qui est évasée se nomme pharxjnx. Il n’existe réellement par lui-même qu’en arrière et sur les côtés, étant formé en avant par l’ouverture postérieure des fosses nasales, l’isthme du gosier et le larynx. L’autre partie est Y œsophage, qui aboutit à l’estomac.
Pharyngite, œsopliagite.
Voies de transmission des substances qui parviennent à l’estomac, le pharynx et l’œsophage sont exposés à une multitude de lésions qui sont la conséquence de leur fonction. La membrane muqueuse qui tapisse ces organes éprouve l’influence des corps âcres qui peuvent être ingérés; elle est, à cause de cela, exposée à l’irritation, à l’inflammation. Une douleur avec sentiment d’ardeur, la dilfi-
culte extrême de la déglutition, qui fait éprouver parfois un raclement au passage des alimens, sont les signes ordinaires de la plilegmasie du pharynx et de l’œsophage. La diète, les saignées, les caïmans, les boissons adoucissantes, sont les principaux remèdes.
Uyspliagie.
Il est une affection déplorable, mais peu grave en apparence, qui consiste dans une grande difficulté de la déglutition : on la nomme dysphagie. Elle peut être le résultat d’une inflammation chronique; mais aussi elle dépend d’un état spasmodique, ou d’une conversion de tissu de l’œsophage. Cet organe se resserre dans cette maladie; il offre un passage de plus en plus difficile. Les malades éprouvent le besoin de prendre des alimens, mais ne peuvent le satisfaire. Les anti-phlogisliques, les anti-spasmodiques, les dérivatifs, successivement appliqués, ne produisent ordinairement aucun résultat favorable. On est obligé de placer une longue canule élastique dans l’œsophage pour introduire par cette voie des alimens dans l’estomac. On exerce aussi par ce moyen une certaine dilatation. Triste ressource! La dysphagie s’aggrave ordinairement , les malades dépérissent par défaut d’alimentation et à cause des douleurs qu’ils éprouvent; iis tombent dans la consomption, et, à la suite d’une maladie lente , progressive , ils succombent à une mort cruelle.
MALADIES DE l/ APPAREIL
Corps étrangers.
L’une des lésions dont l’œsophage et le pharynx peuvent être atteints, c’est la présence de corps étrangers. Or, de combien de sortes n’en peut -il exister? Les uns nuisent par leur volume, d’autres par l’inégalité de leur surface, d’autres par la nature de leur substance. Une gêne, une tendance à la suffocation annoncent la présence de ces corps. S’ils sont très-volumineux, s’ils sont placés au-dessus de l’entrée du larynx, ils peuvent occasionner promptement la mort en interceptant le passage de l’air.
L’indication à remplir est facile à saisir. Lorsque des corps étrangers sont introduits, il faut s’efforcer de les extraire , soit avec les doigts portés au fond de la gorge, soit avec des pinces. Si l’on ne peut y parvenir, on doit les pousser dans l’estomac lorsqu’ils sont susceptibles d’être digérés ou rendus par les selles. On se sert, pour cela, d’une canule élastique ou d’une baguette flexible. Il est un moyen convenable, et que l’on doit employer s’il est possible de se le procurer : c’est un long poireau. Mais si le corps étranger offrait des aspérités capables de produire des lésions à l’estomac, s’il était dur, volumineux, d’une substance réfractaire au travail de la digestion , ce ne serait que par une opération qui consisterait à pratiquer une incision à l’œsophage qu’on pourrait obtenir la guérison j à moins que la
nature, admirable dans ses œuvres, n’opérât ellemême quelque perforation à la suite de longues souffrances, ou une expulsion lente et laborieuse.