‹ Le medecin de mer, ou, Traité élémentaire de pathologie interne et externeChapitre 14 sur 25 · LÉSIONS 1IU FOIE · texte numérisé non relu

LÉSIONS 1IU FOIE

Le foie est la glande la plus volumineuse du corps humain. Il sécrète sans cesse une humeur verdâtre, amère : la bile ; cette humeur coule par un canal, le canal hépatique , qui naît dans le foie et aboutit au premier intestin grêle. Ce canal s’unit à un autre canal , le canal cystique , qui provient d’une poche membraneuse : la vésicule du fiel. La jonction de ces deux canaux permet à la bile de refluer par le canal cystique dans la vésicule du fiel, où elle séjourne; de sorte que cette vésicule devient un véritable réservoir pour la bile , d’où elle coule pendant la digestion par le canal cholédoque, réunion de l’hépatique et du cystique, pour parvenir dans l’intestin où elle se mêle aux alimens, auxquels elle fait subir un travail nécessaire à la digestion.

Le foie est doué de plusieurs ordres de vaisseaux sanguins ; sa structure est éminemment fragile. Placé dans la cavité abdominale , protégé par une voûte que lui forme le diaphragme et par les dernières cotes , il n’est pas pour cela à l’abri des agens extérieurs : il peut recevoir des chocs qui occasionnent des lésions. 11 arrive aussi que la bile n’a pas un libre cours; ce fluide peut engouer, en-

gorger les conduits qui doivent lui donner passage; il s’accumule meme par une véritable rétention dans la vésicule du fiel.

Hépatite.

11 est un état maladif du foie, quelquefois fort complexe, que l’on désigne trop vaguement sous le nom d’hépatite , parce qu’on pense que le foie est enflammé ; mais un rigoureux examen fait reconnaître qu’il y a souvent tout autre chose qu’une inflammation réelle.

Cependant il existe dans certains cas une hépatite réelle : le foie se fluxionne par l’abord du sang; il devient douloureux, chaud, volumineux ; il se forme dans cet organe un véritable phlegmon , qui amène des abcès; ces abcès peuvent être ouverts par les procédés de l’art , mais quelquefois ils s’ouvrent spontanément dans le gros intestin, et le pus s’évacue par les selles, ou s’épanche dans la cavité de l’abdomen. La mort peut être la conséquence des accidens formidables que détermine l’hépatite dans une telle catégorie; mais on voit aussi s’opérer une guérison inespérée.

Les symptômes de 1 hépatite sont parfois trèscaractérisés : une douleur dans l’hypocondre droit, qu’aggrave la plus légère pression , et accompagnée de tuméfaction , est un premier signe de l’hépatite. On considère comme symptôme une douleur vers l’épaule droite ; mais ce phénomène n’est

pas constant, il est souvent illusoire. L’invasion de la maladie est annoncée par une fièvre accompagnée de frissons. Il est naturel que , lorsque le foie est enflammé , il s’opère des changemens notables dans la sécrétion de la bile; que le cours de cette humeur soit interverti; qu’il se déclare des vomissemens bilieux, et qu’une teinte jaune colore la peau. Tout cet appareil bilieux sert à caractériser l’hépatite.

Qu’on ne s’y méprenne pas, la jaunisse ou ictère n’est pas toujours un symptôme de l’inflammation du foie. Ce phénomène est commun à plusieurs lésions de cet organe. Ainsi , la rétention de la bile dans la vésicule du fiel, occasionnée par un calcul qui obstruerait le canal cholédoque où doit couler la bile pour parvenir à l’intestin, ou dépendant de toute autre cause, détermine la jaunisse. Ce n’est point surprenant : la bile , n’ayant pas un libre cours, est résorbée par les vaisseaux lymphatiques ou par les veines; elle est déversée dans le torrent sanguin et répandue avec le sang dans toute l’économie; cette humeur animale parvient ainsi à la surface du corps, où elle colore la peau. Elle est aussi expulsée abondamment par les voies urinaires; c’est pourquoi l’on voit l’urine acquérir une teinte jaunâtre très-prononcée.

Combien de résultats funestes 11e peut entraîner l’hépatite! Diverses dégénérescences du foie en sont la conséquence : tantôt ce sont des engorgemens

lardacés qui constituent les obstructions ; tantôt ce sont des corps sphériques ou tubercules; d’autres fois c’est une conversion en une matière grasse blanchâtre , semblable à celle qui se remarque dans le foie des animaux que l’on engraisse pour satisfaire la sensualité des gastronomes : cet état maladif se nomme foie gras. Mais d’autres tissus peuvent encore s’organiser, tels que des kystes, séreux, hydatiques ou d’autre nature. Il est des kystes tellement volumineux qu’ils en imposent pour l’hydropisie du péritoine. Mais la plus grave des altérations du foie, c’est la dégénérescence cancéreuse.

Il faut combattre F hépatite comme toutes les maladies inflammatoires. Les saignées générales ou locales , les fomentations , les bains , les tempérans, le régime sévère, constituent la base du traitement. Selon la marche que prend la maladie, des indications différentes doivent être remplies. Pour dissiper l’ictère , on doit faire en sorte de donner issue à la bile : la meilleure voie d’excrétion est celle qui s’opère par les organes urinaires. Le nitrate de potasse, qui provoque une grande sécrétion d’urine, peut être administré à haute dose. On obtient de ce remède des résultats remarquables.

L’hépatite parvenue à l’état de chronicité réclame des médications fort variées. On a recours aux eaux minérales de Seltz, de Vichy , aux bains des sources thermales, aux douches, aux préparations savonneuses et nitrées, aux dérivatifs, tels que

les vésicatoires, les ventouses, le séton. On retirera, dans le cas d’engorgement, des avantages de l’onguent napolitain en frictions; le mercure pénétrant par imbibition parviendra dans le parenchyme du foie et pourra opérer une puissante modification.

Splénocèle.

La rate n’est point un organe sécréteur , on ne voit point de canal qui en émane; c’est un corps éminemment vasculaire , destiné à recevoir une grande quantité de sang, et à faire vraisemblablement subir à ce fluide un travail qui le rend plus propre à la formation de la bile. Les usages de la rate sont encore énigmatiques, mais il est probable que cet organe est auxiliaire du foie.

L’une des lésions de la rate se caractérise par le volume excessif qu’elle acquiert. Inaccessible au tact et à la vue dans l’état normal , elle forme une saillie énorme dans l’abdomen et contracte une densité extrême dans certains cas : c’est ce qui constitue le splénocèle. Est-ce une simple congestion sanguine? est-ce une hypertrophie? ou bien est-ce une dégénérescence du tissu , qui devient cartilagineux, osseux, squirreux? Yoilà trois catégories, trois variétés pathologiques qui peuvent être établies. Un état fébrile, intermittent, prélude à l’engorgement de la rate, et il persiste après sa formation. Cet état est-il la cause ou la conséquence? 11 est difïî-

cile de décider cette question. Lu lièvre est ordinairement symptomatique, c’est-à-dire, la conséquence du splénocèle.

Lorsqu’on a des raisons pour croire que la fièvre est l’agent du désordre, il faut la combattre par tous les moyens appropriés , notamment par les préparations de quinquina, reconnues comme fébrifuges. Mais si l’engorgement persiste, il devient utile de recourir à des moyens généraux et locaux. Les bains , les déplétions sanguines, sont quelquefois salutaires; mais la médication qui m’a paru la plus eiïicace, c’est une compression lente, soutenue sur l’abdomen avec un corset élastique approprié ; ce corset remplit d’ailleurs l’office d’un suspensoire : ne convient-il pas de soutenir un organe très-volumineux et engorgé ?

Mais quand il y a dégénérescence , il y a peu à espérer des médications; on a recours aux douches, aux bains sulfureux , aux frictions mercurielles : impuissantes ressources quand la dégénérescence est confirmée! Mais, selon la nature de la dégénérescence , les malades peuvent espérer , avec des soins bien entendus, de voirpallier le mal et d’entretenir leur existence.

LESIONS DES REIXS.

Les reins sont des glandes placées dans l’abdomen sur les côtés de la portion lombaire de la colonne vertébrale ; leur fonction est de sécréter

l’urine. Il part de chaque rein un long canal destiné à transmettre l’urine dans la vessie, qui est à la fois son réservoir et un organe d’expulsion.

Un tissu ou parenchyme spécial entre dans la structure des reins. On y voit une substance qui en forme en quelque sorte l’écorce, et que l’on nomme corticale. Si l’on incise l’organe, on aperçoit à l’intérieur de petits mamelons d’où ruisselle l’urine et qui est reçue dans des tubes ou calices. Les calices se réunissent à un point évasé, le bassinet, d’où émane le canal excréteur nommé uretère.

Destinés à la sécrétion de l’urine, les reins sont nécessairement exposés à des lésions dépendantes des caractères que peut acquérir ce fluide. Or , on sait qu’au lieu d’ètre limpide, très-aqueuse , l’urine est quelquefois très-foncée en couleur et fortement chargée de matières salines. Si les élémens solides que recèle burine s’amoncèlent, il se forme des concrétions dans les calices du rein, qui, d’après leur volume, portent le nom de gravelles ou de calculs.

Calculs rénaux : néphrite.

N’est-ce pas assez de la présence de calculs qui ne pourraient franchir les calices, le bassinet ou l’uretère, pour déterminer de graves accidens ? On conçoit aisément qu’ alors le rein puisse être irrité et s’enflammer, et que la néphrite se caractérise par divers symptômes.

Le premier de tous est une douleur dans la ré-

gion lombaire , qu’on qualifie de colique rénale. Estil surprenant que si un gravier ne peut aisément franchir les voies qui devraient le faire parvenir dans la vessie, il y ait des douleurs dans la région rénale? Mais peut-on savoir au juste à quoi tiennent ces douleurs? Si l’on ne voit pas de graviers sortir habituellement avec l’urine, pourra-t-on présumer leur présence dans les reins? Toutefois, ce serait dans quelques cas avec raison , car il se forme dans ces organes des calculs qui acquièrent de très-grandes dimensions; mais le plus souvent il n’y a que de petites concrétions Ethiques, qui constituent la gravelle. Que faire en pareille occurrence? On devra chercher quel médicament pourrait changer la nature de l’urine, diminuer sa propriété Ethique, c’est-à-dire sa disposition à former des calculs. On vante, à cet effet, les pilules alcalines; celles de M.1Ie Stéphens jouissent d’une grande renommée.

Les boissons mucilagineuses , délayantes, les eaux minérales de Vichy, les bains, sont présentés comme propres à combattre les accidens qui résulteraient des calculs rénaux. Pour favoriser leur descente , on conseille des secousses légères, notamment celles que produirait l’équitation.

On conçoit que, si des calculs inégaux siègent dans les reins, ils puissent irriter ces organes, les enflammer, occasionner des abcès qui s’ouvrent

spontanément ou sont ouverts par les procédés chirurgicaux : alors des calculs peuvent sortir par une voie artificielle. Mais à quelle série d accidens alors les malades ne sont-ils pas exposés ! Une infinité de causes peuvent encore occasionner la néphrite, comme les excès de table, l’abus des substances irritantes. Les douleurs lombaires sont toujours un symptôme caractéristique; la suppression d’urine, l’altération de ce fluide , son mélange avec du sang , du pus , sont autant de signes de cette maladie.

Les anti phlogistiques doivent être employés à l’intérieur, appliqués à l’extérieur. Gomme les boissons parviennent aisément aux reins, on parvient à tempérer l’irritation qui existe dans ces organes avec des tisanes rafraîchissantes. Les bains sont très - favorables ; les saignées locales sont le moyen par excellence.

LÉSIOXi DE LA VESSIE.

La vessie est une poche musculeuse et membraneuse destinée à recevoir des reins l’urine que lui apportent les uretères, et à l’expulser par le canal de l’urètre. Cet organe est formé par une membrane humide ou muqueuse à l’intérieur, par un feuillet séreux à l’extérieur, et par une membrane musculaire, par conséquent contractile, placée entre les deux premières membranes. Nécessairement la la vessie doit sympathiser avec les reins , puisqu’elle reçoit sans cesse un fluide qui en émane; or, les ac-

cidens qui surviennent aux reins doivent se réfléchir sur la vessie. Aussi l’inflammation, la suppuration des reins , les calculs et les autres lésions de ces organes déterminent-ils sur la vessie une fâcheuse influence.

Calculs vésicaux.

Les calculs vésicaux sont ou fort petits, et peuvent être chassés avec les urines, ou assez volumineux, et ne peuvent franchir le col de la vessie. Alors ils demeurent incarcérés dans la cavité de cet organe , et ils acquièrent un volume de plus en plus considérable par l’aggrégation de molécules salines. Les uns de ces calculs sont mous et facilement friables , les autres sont d’une dureté extrême.

Ce serait en vain que l’on compterait sur les moyens propres à dissoudre les pierres dans la vessie; les prétendus lithontriptiques demeurent à peu près sans effet. Quand des accidens accusent l’existence d’un calcul dans la vessie, deux systèmes opératoires se présentent pour en débarrasser le malade : l’un consiste dans une opération sanglante qui se pratique au périnéeou au-devant de l’abdomen ; l’autre dans le brisement ou le morcellement de la pierre dans la cavité de la vessie, alin qu’elle puisse être rendue en parcelles ou en fragmens.

L’opération sanglante ou la taille exige des connaissances chirurgicales , une grande habileté

d’exécution. Quelle soit pratiquée au périnée ou au-devant du pubis, elle comporte diverses modifications qui sont autant de méthodes ou de procédés opératoires. Quant au brisement, la litholritie, bien que ce système opératoire exige de grandes connaissances et beaucoup d’adresse, il est à la portée du plusgrand nombre des chirurgiens; il peut être exécuté par les malades eux-mêmes, car un moine à Citeaux, et un majora Calcutta, sontparvenusà briser des pierres dans leur vessie. L’instinct de conservation enfante des procédés ingénieux : ainsi, il ne serait pas impossible qu’un malade, à l’aide d’une tige métallique qui agirait à la manière d’un petit ciseau, ne put parvenir , à briser lui-même une pierre qui tendrait à s’engager au col de sa vessie, et à la rendre ensuite par parcelles.

Cystite.

L’une des maladies de la vessie, fertile en lésions secondaires , est celle qu’on nomme cystite. Elle dépend quelquefois de la présence des calculs ; mais elle tient souvent à des écarts de régime, à l’action des substances excitantes, à des suppressions d’écoulemens habituels, à d’autres causes encore.

Des douleurs dans la région inférieure de l’abdomen ( l’hypogastre); la difficulté d’uriner, avec douleur dans l’émission de l’urine; le mélange de sang, de mucosités, de pus avec ce fluide, servent

à caractériser la cystite. Cette affection peut être aiguë, récente, de courte durée; mais aussi elle est chronique, et s’entretient indéfiniment; elle s’apaise pour reparaître à la moindre cause accidentelle avec une intensité désespérante.

Lorsque la cystite est chronique, il y a ordinairement altération des parois de la vessie; la cavité de cet organe se rapetisse ; la membrane muqueuse s’épaissit, devient comme calleuse; il y a excoriation, enlèvement de l’épiderme ou épithélium; des mucosités abondantes , parfois purulentes , sont sécrétées ; on voit même des débris de la membrane sortir par le canal de l’urètre : la cystite, dans ce cas, prend le nom de catarrhe de vessie. C’est, en effet, une affection catarrhale, puisqu’il y a abondante sécrétion de matière muqueuse, que l’inflammation est sub-aiguë, et qu’elle est parvenue à une période de chronicité.

Quel est le système de traitement applicable à la cystite? On conçoit qu’il doit être très-variable, selon son espèce, son intensité. Cette maladie est-elle aiguë , elle réclame des saignées locales ou générales, des bains, des boissons tempérantes, des lavemens émolliens et opiacés; est-elle chronique, elle peut commander quelquefois l’emploi des anti-phlogistiques. Mais quand il y a catarrhe, e’st-à-dire exsudation de mucosités , il convient de baigner la cavité de la vessie avec des liquides adoucissans : l’eau do guimauve, celle de Barèges, sont employées en

injections. On peut ajouter à ces eaux quelque substance calmante, comme du laudanum ou d’autres matières médicamenteuses.

Le baume de copahu est vanté contre les affections catarrhales de la vessie. On le donne en pilules, en potions, dans une émulsion, en injections dans le rectum. Mais encore on a conseillé de le porter dans la cavité de la vessie, mêlé avec un liquide adoucissant. M. Devergie a préconisé cette méthode.

Il faut bien caresser, pallier le mal par tous les moyens possibles! On empêche ainsi qu’il ne s’aggrave; et tel malade qui a éprouvé des tourmens par les spasmes de la vessie, la rétention d’urine, voit avec un plaisir mêlé d’étonnement que son état s’est amélioré, et qu’il n’est plus sujet à des crises qui faisaient son désespoir ; il vivait valétudinaire, il recouvre la santé. Toutefois, la vessie n’est point dans un état normal, elle sécrète des mucosités; mais, à l’aide du régime, le malade se trouve à l’abri des graves accidens auxquels il était en proie, et, sans un écoulement muqueux qu’il aperçoit, il pourrait se croire entièrement guéri.

Rétention «l'urine.

La cystite amène des accidens qui tiennent à la difficulté de l’excrétion de l’urine; mais ces accidens peuvent dépendre de toute autre cause. Quelquefois l’urine coule involontairement, parce

que le goulot ou col de la vessie a perdu sa force de contraction 5 il y a rétention et incontinence d'urine par regorgement : ces phénomènes tiennent à une inertie ou paralysie de la vessie. D’autres fois les parties qui constituent le col de la vessie et celles qui l’entourent, notamment la glande prostate, sont enflammées , tuméfiées ; le goulot vésical est resserré, il ne peut se dilater, la contraction de la vessie est insuffisante pour forcer le passage : il y a rétention d’urine , ischurie. Il survient des épreintes, du ténesme de la vessie, des douleurs atroces : c’est la slransgurie.

Le malade est plongé dans un état d’anxiété et de souffrances extrêmes. L’urine s’accumule de plus en plus dans la cavité de la vessie; elle distend cet organe, reflue vers les uretères et les reins; la région hypogastrique se soulève; on voit une tumeur qui annonce le trop-plein de la vessie : il y a résorption de l’urine, d’où résulte une fièvre inflammatoire urineuse. La transpiration prend une odeur urineuse; la vessie, distendue outre mesure, peut se rompre, et une infiltration de l’urine s’opérer dans l’abdomen et occasionnner rapidement la mort. Mais souvent un abcès se forme au périnée; il s’ouvre, et l’urine s’écoule par cette voie.

Tant de causes occasionnent la rétention d’urine, que son traitement doit varier à l’infini. Résulte-t-elle d’une inflammation du col de la vessie et des parties qui l’entourent? des saignées locales, des bains,

des boissons tempérantes , deviennent les premiers remèdes nécessaires; est-ce d’une inertie, de la paralysie? ce sont des toniques qui , au contraire , sont indiqués; est-ce à un corps étranger, à un calcul que tient la rétention? il faut ou le repousser dans la cavité delà vessie, ou l’extraire. Si les moyens généraux ne peuvent parvenir à donner issue à l’ urine , on doit nécessairement recourir à un moyen mécanique, c’est-à-dire, à une manœuvre chirurgicale.

Cathétérisme.

Il arrive qu’inopinément , dans la cystite aiguë ou chronique, mais principalement dans la cystite aiguë, lorsque la glande prostate participe à l’ inflammation , le cours de l’urine se trouve tout-à-coup empêché. Le malade s’épuise en efforts superflus ; il ne peut expulser le liquide de la vessie; il en sort une faible quantité par regorgement, mais il y a toujours du trop-plein. Les anti-phlogistiques que l’on emploie sont impuissans; un seul remède alors est réellement elïîcace : c’est le cathétérisme.

Cette opération consiste dans l’introduction d’un tube, nommé sonde ou algalie, dans la cavité de la vessie, alin que burine puisse s’écouler au dehors. C’est une opération chirurgicale qui exige une main exercée; mais le malade, éprouvant le sentiment de ce qui lui convient, dirige souvent une sonde dans sa vessie avec plus de bonheur qu’un chirur-

gien; il sent mieux que lui la résistance, les espaces qui donnent un libre passage, et parvient à exercer le cathétérisme sur lui-même.

Dans l’éloignement de tout secours, il ne faut donc pas désespérer. Loin de là, on devra penser que, s’armant de prudence et de persévérance , on parviendra à introduire une algalie dans la vessie.

Pour obtenir ce résultat, il faut se servir d’une sonde élastique d’un assez gros calibre , démunie de mandrin , afin qu’elle se plie mieux aux courbures du canal urinaire, et bien imbibée d’huile, afin qu’elle soit plus glissante. Une sonde trop mince rencontrerait de petits culs-de-sac ou lacunes qui existent dans le canal 5 elle pourrait opérer défaussés routes. Une sonde très-grosse éprouverait quelque résistance de la part du col de la vessie coarcté, c’est-à-dire, resserré. Une sonde d’un calibre moyen doit être préférée; toutefois, si l’on avait à opter entre une sonde très-mince et une sonde très-grosse , on devrait choisir cette dernière, parce qu’elle agirait à la manière d’un coin, dilaterait le canal au-devant de sa marche et arriverait progressivement dans la vessie.

Est-il des sondes flexibles préférables à celles qu’on nomme dégommé élastique, formées d’une trame revêtue d’un emplastique? On a proposé des sondes gélatineuses faites avec de l’ivoire, dont le phosphate calcaire a été enlevé par un acide. Mais ces sondes sont sujettes à se dessécher,

à se racornir, à se contourner d’une manière défectueuse. Plongées dans l’eau, elles se ramollissent ou trop ou trop peu. Elles sont susceptibles de trop se gonfler dans le canal de l’urètre et de se rompre. Parce qu elles sont offertes comme une innovation, doit-on les accueillir avec un aveugle enthousiasme, et les préférer aux sondes dégommé élastique qui n’ont aucune de leurs défectuosités et qui possèdent toutes les qualités désirables ?

Si, à l’aide d’une sonde flexible , on ne pouvait arriver dans la vessie, il faudrait employer une algalie solide d’argent ou d’or. Celles qui sont formées du premier de ces métaux -conviennent parfaitement. On a voulu leur substituer les sondes d’étain ; sauf l’économie , elles n’offrent aucune sorte d’avantages.

Comme le canal de l’urètre a deux courbures, on donne quelquefois aux sondes la forme d’un S. Il vaut mieux qu’elles soient à peu près droites, légèrement recourbées seulement vers l’extrémité qui doit être introduite.

Pour pratiquer le cathétérisme avec une algalie solide, le malade étant couché, on doit se placer à son coté gauche , relever la verge sur l’abdomen avec la main gauche, introduire lentement avec la main droite l’algalie imbibée d’huile. Lorsque l’instrument est parvenu au fond du canal , on éprouve une résistance, qui dépend du resserrement du col de la vessie; il faut attendre une ou deux se-

db(J MALADIES DES APPAREILS

coudes pour laisser passer le spasme. On pousse ensuite un peu fortement la sonde, puis on la relève et la verge tout à la fois. Ce mouvement fait franchir ordinairement le col de la vessie, et l’urine qui s’écoule annonce qu’on est parvenu dans la cavité de cet organe.

Il faut, dans certains cas, réitérer les tentatives d’introduction. Le chirurgien le plus habile éprouve des dilïicullés. Qu’on ne s’effraie pas d’un petit écoulement de sang; l’issue de ce fluide opère souvent un dégorgement favorable. On essaie de porter la sonde de diverses manières , quand , par la méthode ordinaire qui vient d’être exposée, on n’arrive pas dans la vessie. On a recours au tour du maître } qui consiste à introduire la sonde, sa convexité regardant en haut, la verge étant portée en bas entre les deux cuisses , et à relever à la fois la verge et la sonde en exécutant un demi-cercle. On peut aussi pratiquer ce que j’ai nommé le tour de Dupuytren, qui consiste à porter la sonde en travers , et à exécuter un quart de cercle pour produire un évasement au col de la vessie. Mais ces modifications du cathétérisme exigent une étude spéciale et une main très-exercée.

Puisque la distension continuelle de la vessie amène des accidens mortels, on est en droit de faire toutes sortes de tentatives pour vaincre une rétention d’urine. On conseille le cathétérisme forcé y c’est-à-dire, d’entrer dans la vessie de vive force avec une sonde mousse ou aiguë. Il vaut mieux sans

doute y pénétrer de cette façon en établissant une roule artificielle dans le court trajet qui s’étend du point où l’on rencontre un obstacle à la cavité de la vessie, que d’abandonner un malade à des chances fatales. Est-ce que la ponction par le rectum, par le périnée, par-dessus le pubis, dont on fait un précepte, n’établit pas des voies artificielles à l’écoulement de l’urine? Certes, l’introduction forcée de la sonde , exécutée même par une personne étrangère à l’art , n’offrirait pas plus de gravité que ces opérations qui rentrent dans le domaine de la chirurgie.

Fistule urinaire.

Une fâcheuse conséquence de la rétention d’urine, lorsqu’elle a occasionné la formation d’un abcès ou exigé des opérations que l’on est forcé de pratiquer pour arriver dans la vessie par une voie artificielle, c’est la fistule urinaire. Un trajet ulcéré s’organise, il se complique de callosités par l’ irritation que produit l’urine infiltrée dans le tissu cellulaire. En plaçant à demeure dans le canal de l’urètre une sonde flexible, on parvient à empêcher que l’urine ne passe par le trajet listuleux, il se resserre graduellement, et finit par s’oblitérer. Des onctions mercurielles feraient fondre les callosités, et la cautérisation à l’aide du nitrate d’argent opérerait une constriction favorable à la cicatrice.

MALADIES

DES

Deux corps glanduleux, destinés à la sécrétion de l’humeur prolifique, les testicules; deux renfleinens qui résultent d’un canal tortueux, les épididymes; deux conduits excréteurs qui émanent des épididymes , les canaux déférens ; deux poches membraneuses, réservoirs du sperme, les vésicules séminales; un organe d’intromission et d’excrétion, le pénis : voilà l’appareil génital de l’homme. Chez la femme existent la vulve, orifice extérieur ; le vagin, canal d’intromission ; la matrice ou utérus, organe destiné à contenir le fœtus ; les trompes utérines, dont l’usage est de laisser passer les émanations du sperme, et l’œuf fécondé; les ovaires, renfermant les œufs humains qui recèlent les germes.

LÉSIONS DU TESTICUIÆ.

Le testicule, situé chez le fœtus dans la cavité abdominale, descend vers l’époque de la naissance, se porte à l’extérieur, en franchissant un anneau que lui offre la paroi antérieure de l’abdomen, et

bL LA GÉNÉRATION. 303

se place dans des bourses formées de plusieurs plans membraneux. La mobilité, le relâchement, les divers changemens de forme des membranes d’enveloppe du testicule, les exposent à des modifications dans leur type anatomique et physiologique, il en résulte des affections diverses ; mais le testicule lui-même est sujet à une série de maladies.

Carcinome du scrotum*

Il est une lésion qui consiste dans l’épaississement, la conversion de tissu de la peau, premier plan d’enveloppe du testicule, et que l’on nomme scrotum. Les frottemens, la malpropreté , peut-être aussi une disposition propre au sujet, amènent un changement dans la structure de la peau ; elle devient dense, comme cartilagineuse ; il s’y forme des excoriations; et malgré les moyens hygiéniques et divers modificateurs , un véritable état morbide s’organise. Des cuissons, même des lancinations, se font ressentir, et bientôt il se déclare une affection grave : le carcinome. C’est une sorte de cancer, rongeant , superficiel , agissant de la surface à la profondeur. On l’a désigné sous là dénomination de cancer des ramoneurs , quoiqu’il se manifeste chez des individus de toute autre profession. J’en ai observé chez des postillons qui avaient eu le scrotum froissé en allant à cheval.

On tente par des lotions, des bains, des pommades adoucissantes et siccatives, comme du cérat

où entre de l’acétate de plomb, à guérir les ulcérations qui surviennent dans le carcinome du scro tum. On a recours aux eaux sulfureuses, aux médications dépuratives. Tous les soins ordinairement sont superflus, il faut nécessairement enlever la partie malade. Si l’on employait, à cet effet , des caustiques, on ne pourrait en limiter l’action, et, des parties essentielles seraient probablement intéressées. Il est préférable de circonscrire le mal par une section nette , à l’aide du bistouri , et de l’emporter. On rapproche ensuite les lèvres de la division , on les tient en rapport avec des points de suture, et ordinairement une heureuse cicatrisation s’effectue. C’est ainsi que j’ai procédé dans quelques cas avec un grand succès.

Éléi>liantiasis «lu scrotum, ladrerie.

L’induration et l’épaississement du scrotum sont tellement considérables quelquefois , que ce tissu acquiert un caractère éléphantiaque, ce qui constitue la ladrerie. Cette affection est propre à certains climats, aux pays chauds; on l’observe principalement en Egypte , chez les habitansdu Malabar, de l’ile Barbade. C’est Y oschéo-chalasie du baron Lar rey.

Comme le défaut de soins hygiéniques est l’une des causes qui provoquent la dégénérescence du scrotum , on ne saurait mettre trop en usage les moyens de propreté, notamment les lotions et les bains. Il convient d’écarter autant que possible les

influences qui ont produit cet état morbide, et le changement de climat devient une première indication dans le traitement.

Lorsque la dégénérescence est très-prononcée, il peut devenir indispensable de retrancher les parties affectées. Ce mode de traitement convient surtout lorsque le mal est limité à une petite étendue; mais si l’affection consistait dans cette variété d’éléphantiasis qui fait acquérir aux enveloppes des testicules des dimensions prodigieuses et un poids énorme, on devrait recourir aux moyens généraux , aux remèdes mercuriels , sulfureux sous diverses formes. Cependant , si, malgré leur emploi, le mal s’aggravait, on ne trouverait de ressource que dans une grave opération, et l’on pourrait prendre pour modèle celle que pratiqua le célèbre Delpech dans une affection de ce genre.

Hydrocèle.

La plus fréquente des affections dont sont atteintes les enveloppes des testicules, c’est Y hydrocèle ; elle consiste dans une accumulation de sérosité : c’est une hydropisie locale. Divers organes devant exécuter des mouvemens perpétuels, sont entourés d’une membrane séreuse qui se déploie sur eux sans les renfermer, et tapisse les parties environnantes. Qu’on se figure un bonnet double dont la tète est coiffée : certes, la tête n’est pas dans le bonnet, elle est au dehors; seulement le bonnet, par sa surface

externe, est appliqué sur la tète, mais sa cavité correspond partout à elle-même. Telle est la forme des membranes séreuses. Le testicule est enveloppé par une membrane de cette sorte. Dans sa cavité, une rosée limpide est constamment exhalée en certaines proportions, et en même temps elle est constamment absorbée. Si l’exhalation est trop abondante et que la force d’absorption reste la même, il y a bientôt du trop-plein : c’est une hydrocèle active. Si l’exhalation s’opère dans un type normal et que la force d’absorption diminue, il y a aussi du trop-plein; mais Y hydrocèle est passive.

Alors la forme des bourses change : on ne remarque plus les plicatures du scrotum, il est tendu, il devient luisant. Le testicule, plongé dans une atmosphère liquide, disparait aux yeux et au tact; il se tapit ordinairement contre une cloison qui le sépare de l’autre testicule; il s’affaisse même, diminue de volume ou s’atrophie. Ce n’est toutefois qu’une collection de sérosité qui s’opère; il n’y a rien de grave. Mais les fonctions génératrices éprouvent nécessairement une funeste influence. Un testicule comprimé n’est pas parfaitement apte à la sécrétion du sperme. Puis, le développement de la tumeur envahit la verge; elle se trouve enfouie, disparaît même quelquefois en totalité. Si l’hydrocèle n’est pas une maladie grave, c’est du moins une infirmité très-désagréable.

Mais un tel désordre ne peut avoir lieu en vain :

la membrane séreuse, distendue outre mesure, est irritée, elle dégénère; une membrane libreuse qui la tapisse en dehors participe à la distension et à la dégénérescence; l’une et l’autre de ces membranes, confondues entre elles , prennent parfois une texture cartilagineuse, une épaisseur très-considérable; on croirait qu’il y a cette variété de cancer qu’on nomme sarcocèle.

L’hydrocèle offre d’infinies variétés. Tantôt elle est occasionnée par de la sérosité qui provient de l’abdomen , passe par une ouverture et aboutit à la membrane séreuse ou vaginale, enveloppe du testicule : cette espèce d’hydrocèle n’a lieu que chez les jeunes sujets; elle est de naissance et se nomme congénicile; elle se guérit par une compression qui détruit la communication de l’intérieur avec l’extérieur de l’abdomen. Tantôt l’hydrocèle consiste dans un kyste ou poche accidentelle, développée sur le trajet des vaisseaux testiculaires : c’est X hydrocèle enkystée.

Les hydrocèles affectent toute espèce déformés. Ordinairement globuleuses , elles peuvent être en concombre, en bissac, à plusieurs cellules ou multiloculées ; il y a quelquefois réunion d’une hydrocèle enkystée avec une hydrocèle de la membrane séreuse; il peut y avoir hydrocèle d’un seul côté ou des deux côtés à la fois. On comprend quelle variété de formes et de dimensions, dans tous ces cas, doivent présenter les bourses!

A quels signes peut-on reconnaître une hydrocèle, distinguer cette affection de plusieurs autres qui se déclarent aux organes génitaux? Il faut, pour y parvenir, un certain tact résultant d’une grande expérience. Une hernie en impose pour une hydrocèle; mais si parla compression on fait disparaître la tumeur en refoulant dans le ventre les parties qui font procidence, on doit en conclure qu’il y a hernie. Le sarcocèle, dégénérescence charnue des testicules, ressemble à l’hydrocèle; mais dans cette première affection la tumeur est plus dure, plus pendante; ordinairement elle fait éprouver des lancinations, des douleurs lombaires. Lorsqu’on a acquis de l’expérience, on reconnaît au toucher l’hydrocèle : d’abord à la négation des caractères propres à d’autres affections, ensuite à sa surface lisse et à sa rénitence élastique. On conseille, pour bien asseoir le diagnostic, de regarder si la tumeur est transparente. Pour cela, on place le malade dans un appartement obscur , on applique le bord d’une main sur la tumeur, on place une bougie allumée d’un côté pour faire passer les rayons lumineux par son centre, et l’on découvre quelquefois ainsi la transparence Mais une telle expérimentation est souvent illusoire, car la sérosité peut être mêlée avec du sang, ce qui rend la tumeur opaque; puis quelquefois on croit voir de la transparence, lorsque la tumeur est formée par un corps compacte.

Si l’on comprend le mécanisme de la formation de l’hydrocèle, on jugera des variétés de traitement que doit commander cette maladie. S’il y a excès d’exhalation , on peut espérer d’obtenir la cure en affaiblissant les propriétés vitales au moyen des anti-phlogistiques, spécialement des saignées locales; puis, s’il y a trop de sérosité, on l’évacue. Les propriétés vitales étant rétablies dans leur type normal, une hy drocèle peut ainsi se trouver guérie. Si, au contraire, il y a défaut de puissance d’absorption, il faut rehausser les forces vitales. Rarement on y parvient, l’exhalation continue, l’hydrocèle augmente de volume. On donne issue à la sérosité par une ponction à l’aide d’un instrument nommé trois-quarts. On n’opère ordinairement par ce moyen que la cure palliative ; l’hydrocèle disparait pour un temps, mais la sérosité s’accumule de nouveau, la tumeur reparaît et acquiert un volume plus considérable. Il arrive toutefois que la simple ponction amène la cure radicale.

Pour opérer plus sûrement cette cure, il faut effacer la cavité de la tunique vaginale, en déterminant l’adhérence de cette membrane à elle-même. Afin de parvenir à ce but, on emploie diverses méthodes opératoires : l’ incision des bourses évacue la sérosité, permet l’introduction de charpie; une inflammation s’établit, il survient de la suppuration, et la cavité vaginale s’efface ; Y excision est plus certaine, caron pratique un retranchement partiel de la

poche séreuse, et l’inflammation adhésive est, dèslors, plus infaillible; la cautérisation produit une perte de substance propre à donner issue au liquide et à permettre l’entrée de l’air, d’où résulte une inflammation qui amène l’adhésion ; le séton > l’introduction des canules qu’on laisse à demeure, sont aussi propres à susciter un travail qui occasionne l’ effacement de la cavité vaginale; mais Y injection d’une substance excitante opère plus certainement un tel résultat.

L 'injection est la méthode de curation préférée. Un liquide quelconque modifie la sensibilité de la membrane séreuse : l’eau simple suffit dans quelques cas, mais le vin est la liqueur ordinairement employée. Ceux qui attachent une grande importance dans de petites innovations, conseillent une solution d’iode, ou de quelques autres substances médicamenteuses. En général, il convient d’employer un liquide d’autant plus excitant, que l’on pense qu’il y a moins d’énergie vitale dans le sujet.

Pour pratiquer une injection, il faut, avec un trois-quarts, évacuer la sérosité vaginale et pousser à sa place le liquide qu’on a choisi : le vin doit être chauffé à 40 degrés centigrades. On laisse cette liqueur dans la tunique jusqu’à ce que le malade éprouve des douleurs vers les reins, puis on l’évacue. Il est fort important de ne laisser nullement ressortir de la poche vaginale la canule du troisquarts, car, si elle n’était complètement enfoncée ,

soit quand on pousse le y in , soit lorsqu’on lui donne issue, ce liquide pourrait s’épancher dans le tissu cellulaire des bourses, où il occasionnerait de très-graves accidens.

Un gonflement considérable survient ordinairement aux testicules après l’injection : il est de bon augure ; c’est la preuve que le liquide a bien porté sur tous les points de la membrane séreuse. Quelques caïmans, des émolliens, semblent utiles: mais on voit bientôt disparaître ce gonflement; un épanchement de matière albumineuse s’opère dans la membrane séreuse , une fausse membrane s’organise , les parois de la tunique se rapprochent , une adhérence s’établit; est-elle complète? c’est la guérison définitive; l’hydrocèle a disparu à jamais.

Orchite*

Un organe éminemment doué de vitalité devait être très-sujet aux inflammations ; aussi Y orchite (inflammation du testicule) est-elle très-fréquente . Les contusions , les compressions , les piqûres, sont des causes physiques très-susceptibles de la déterminer.

Mais il est des affections qui, se réfléchissant sur le testicule , occasionnent l’orchite; notamment la scrofule, la syphilis : alors les orchites ont un caractère tout-à-fait spécial.

Quel que soit l’agent qui occasionne cette phlegmasie, on voit le testicule accroître en volume, en

densité; tantôt il est entraîné en bas par son poids, tantôt il est attiré en haut vers l’anneau inguinal par la contraction d’un muscle nommé crémastère; le scrotum se distend , s’amincit , ses plis s’effacent , il devient rouge et s’enflamme.

Si l’on exerce le toucher , on sent des bosselures sur le testicule; elles dépendent du développement de l’épididyme; le canal déférent lui-même est renflé d’une manière insolite, et le cordon spermatique paraît plus volumineux. Quelquefois on ne découvre pas au tact ces particularités : c’est qu’il y a exhalation de sérosité dans la tunique vaginale.

Les sensations qu’éprouve le malade diffèrent extraordinairement dans l’orchite : tantôt il a des anxiétés et des douleurs intolérables ; tantôt, chose étonnante , mais très-commune , avec un gonflement énorme il ne ressent aucune douleur. Mais, en général , le travail inflammatoire est accompagné de ses phénomènes ordinaires : la chaleur est vive, la douleur intense, et la rougeur prélude à la formation du pus ; la suppuration s’établit , un abcès proémine, se perce, et le pus s’écoule. 11 est important , dans ce cas, d’abandonner les choses aux soins delà nature, car une incision profonde qui aurait pour but de donner issue au pus, pourrait porter sur le conduit tortueux qui forme l’épididyme ou sur le canal déférent, et anéantir les usages du testicule.

Il est fort important de bien juger le caractère et

la nature de l’orchite. La science, sur ce sujet, est encore sous l’empire des préjugés. Une orchite peut être simple , idiopathique , scrofuleuse ou vénérienne ; est-elle de cette dernière espèce , elle offre deux variétés : l’une est occasionnée par le virus blennorrhagique , l’autre par le virus vérolique ; chacun de ces virus a sa nature propre et engendre un ordre de symptômes différons. Ce n’est pas ce qu’on croit en général, mais c’est la vérité.

Un écoulement dans le canal de l’urètre transmet l’irritation par le canal éjaculateur et le canal déférent à l’épididyme et au testicule ; dès-lors il y a orchite blennorrhagique. Le virus vérolique qui parvient à tous les tissus de l’économie animale, aux os eux-mêmes, exerce souvent sa funeste influence sur le testicule et occasionne Y orchite véroliq ue. L’essence de ces deux inflammations est différente , le système de traitement doit varier.

Idiopathique ou spécifique, l’orchite, étant une pldegmasie, exige l’emploi desanti-phlogistiques: les saignées locales , les cataplasmes émolliens et narcotiques , les bains , les lavemens , les boissons tempérantes, la diète, voilà ce qui est en général nécessaire et ce qui parvient à abattre T inflammation.

On insiste sur l’emploi de ces choses, on persévère, on garde le repos le plus absolu , la position horizontale, et l’on obtient ordinairement la disparition des symptômes inflammatoires, la résolution. Rarement il se forme une exhalation purulente ,

et il devient nécessaire d’ouvrir un abcès. Quelquefois de la sérosité s’épanche dans la cavité de la membrane séreuse ; par une petite ponction on lui donne issue. Si le testicule demeure induré, on a recours aux remèdes résolutifs. On vante la boue des remouleurs, qui contient des particules ferrugineuses, on en forme des cataplasmes ; mais l’onguent napolitain est le fondant par excellence.

Si l’orchite est d’essence blennorrhagique , elle peut, comme l’orchite simple, céder à la méthode anti-phlogistique exclusive. Dans l’orchite vérolique , les anti-phlogistiques seuls seraient infructueux : l’inflammation est tout-à-fait spécifique; elle est survenue d’une manière lente, graduelle , perfide ; ce n’est qu’à la longue que le testicule a acquis du volume; on aura en vain appliqué des sangsues, observé le repos , la diète; on aura employé des émolliens , fait usage des bains ; avec toutes ces choses , la marche du mal aura été enrayée , mais elle ne sera pas pour cela arrêtée ; et , si l’on n’a recours à un traitement spécifique , aux remèdes mercuriels, l’orchite s’entretient , s’aggrave, et la dégénérescence du testicule est infaillible.

Sarcocèle.

Le mot sarcocèle signifie tumeur charnue. Cette dénomination s’applique à la dégénérescence du testicule. Cet organe, qui dans l’état normal est

souple, composé de canaux d’une finesse plus que capillaire, d’un tissu qui a de l’analogie avec de la soie qu’on tire d’un cocon, prend, par un état maladif, une dureté insolite, une pesanteur considérable, et augmente prodigieusement en volume.

La cause qui détermine le sarcocèle est quelquefois introuvable. On réfléchit en vain à ce qui a pu agir sur le testicule. Chez des individus dont la vie est le plus régulière possible, on voit survenir spontanément une fatale dégénérescence.

On découvre souvent que des coups ont occasionné des accidens, qu’il en est résulté une orchite, et que le testicule est demeuré induré; on sait que le vice vénérien a sévi sur les glandes prolifiques ; on reconnaît que le malade a une constitution lymphatique, et l’on attribue avec raison la dégénérescence à une lésion physique ou à un vice acquis ou originel.

Quoi qu’il en soit, le sarcocèle attaque ordinairement un seul testicule, surtout lorsque cette affection ne tient pas au vice vénérien. Le volume de l’organe croît sans cesse , sa pesanteur augmente; le malade éprouve des tiraillemens au cordon spermatique, des douleurs dans les lombes, des lancinations; il est frappé de tristesse, d’abattement; il dépérit. Quelquefois le cordon spermatique s’engorge, les glandes inguinales se tuméfient, et meme il survient des tumeurs dans l’abdomen qui dépendent de l’engorgement des glandes mésen

tériques. Dans ce cas, il y a une diathèse cancéreuse bien évidente.

Sous le nom de sarcocèleon comprend des altérations du testicule bien différentes entre elles. C’est quelquefois un développement excessif ou Y hypertrophie de l’organe. D’autres fois il y a un tissu anormal , une dégénérescence lardacée, dense : sarcocèle fibreux; ou un ramollissement extrême : sarcocèle pulpo'ide ou colloïde. Souvent on voit un tissu qui ressemble à celui du cerveau : sarcocèle encéphaloïde ; ou d’une nature vasculaire : sarcocèle hématode ; ou d’une couleur noirâtre : sarcocèle anthracine. Il faut avoir vu un nombre infini de sarcocèles pour concevoir toutes les variétés de tissu qu’offre cette affection : je les ai exposées dans un ouvrage clinique sur les maladies des organes génitaux et urinaires.

Quelle que soit la dégénérescence qui frappe le testicule ; lorsque cet organe est reconnu impropre à exercer la fonction qui est son attribut ; que tous les modificateurs possibles propres à combattre l’orchite ont long-temps été employés en vain; que les remèdes spécifiques, anti -vénériens, anti-scrofuleux ont été mis en usage; si, malgré cela, le mal persévère, augmente, que l’état d’anxiété et de souffrance du malade continue, que la constitution s’altère, il faut en venir à la ressource suprême : l’ablation de l’organe. On aurait à redouter les conséquences d’un mal reconnu incurable par les remèdes généraux et les spéciliques. Ce mal

n'occasionnât-il pas de graves accidens , fût-il indolent , pour cela il ne pourrait être toujours stationnaire; un travail intestin s’opérerait nécessairement dans le testicule dégénéré ; il y aurait conversion dans la nature même du tissu morbide, lbnte putride: des ulcérations en seraient la conséquence. Mais ce qui serait principalement fâcheux , c’est la résorption d’un principe funeste, d’un ichor, sorte de virus, qui aurait tendance à se former, d’un pus de mauvaise nature, ou d’autres matériaux encore. Ces élémens seraient portés dans l’économie animale, et deviendraient le germe de divers engorgemens cancéreux. On prévient un aussi grave résultat parle retranchement d’un organe inutile et funeste. La castration dans lesarcocèle est le souverain remède.

Cette opération exige de l’habitude d’exécution; elle consiste dans une incision au-devant de la tumeur, la dissection de toutes les parties molles qui l’enveloppent, la section du cordon spermatique, la ligature des artères testiculaires. Il est quelquefois nécessaire de faire l’ablation d’une partie du tégument. Il est pour cette opération une multitude de modifications subordonnées à l’exigence des cas.

Varicocèle.

Déjà j’ai indiqué le varicocèle en parlant des varices. Cette maladie consiste dans la dilatation et l’élongation tout à la fois des veines qui se dis-

tribuent au testicule et au scrotum. Ce ne sont point ordinairement les veines spermatiques ellesmêmes qui sont atteintes de varices, c’est-à-dire celles qui accompagnent l’artère et qui servent à la formation du cordon testiculaire, mais bien celles qui rampent sous la peau et constituent un plexus nommé pampini forme .

On reconnaît un varicocèle à une tumeur mollasse qui, du bas de l’abdomen, de l’anneau inguinal, descend au bas du scrotum. On suit avec les doigts des renflemens qui sont des veines dilatées et flexueuses, La chaleur raréfie le sang, distend les vaisseaux et rend la tumeur variqueuse plus considérable. La marche long-temps prolongée fait la même chose. Le froid et le repos déterminent nécessairement un effet opposé.

On aurait peine à croire que de simples varices puissent faire éprouver des anxiétés et des douleurs ; toutefois il en est ainsi. Certains malades se plaignent vivement de cette affection , elle leur rend la vie à charge et les détermine à se soumettre à une opération grave pour chercher à la guérir.

Le traitement du varicocèle se borne ordinairement aux palliatifs. On supporte la tumeur avec un suspensoire pour empêcher que par le prolapsus les veines ne s’engorgent prodigieusement ; on applique des réfrigérans , ou , ce qui vaut mieux , on fait des immersions dans l’eau froide. Voilà à quoi se bornent quelquefois les soins que l’on donne

dans cette maladie. Mais on peut tenter la cure radicale, qui consiste à déterminer l’oblitération des veines.

La kirsotomie était une opération pratiquée dans des temps reculés pour obtenir la cure des varices. Abandonnée sans douteà cause des accidens qu’elle entraînait, elle a été dans ces derniers temps rétablie dans la pratique ; c’est surtout à Delpech qu’est due sa renaissance. Il a essuyé de nombreux revers et eu quelques succès. Sa méthode consistait essentiellement à mettre les veines à nu et à les entourer d’amadou. Il espérait ainsi en déterminer l’oblitération. On a recours, pour guérir le varicocèle, à une suture entortillée sur des aiguilles passées audessous ou au travers des veines ; à une compression au travers de la peau avec des pinces aplaties; à l’application des caustiques , tels que celui de Vienne. Dans tous les procédés, on cherche à éviter la phlébite, l’inflammation des veines, qui entraîne des accidens graves ou mortels ; mais on y parvient plus sûrement en appliquant une simple ligature. L’opération consiste à découvrir les veines par une incision transversale à la peau , et à les lier avec un fll très-mince; il faut couper la veine en travers, sans placer de ligature au bout supérieur du vaisseau , afin d’éviter la phlébite ascendante. C’est la méthode que j’ai appliquée pour l’opération du varicocèle à l’hôpital de Bordeaux, et j’ai obtenu le résultat le plus satisfaisant.

Hématocèle.

Ce mot signifie tumeur sanguine. C’est en effet une tuméfaction occasionnée par une accumulation de sang qui constitue Yhématacèle. Les veines qui rampent sous le scrotum éprouvent des ruptures, par l’effet de coups, de chutes, d’autres violences. Le sang s’extravase , s’épanche dans le tissu cellulaire abondant qui existe sous la peau des bourses : il en résulte une tumeur qui acquiert dans quelques cas un volume énorme. L’hématocèle a l’apparence d’une maladie grave, parce que le sang épanché, s’infiltrant au travers de la peau , lui donne une teinte bleue ou noire. On croirait quelquefois que ce tissu est frappé de gangrène.

Le sang, hors de ses vaisseaux , obéit aux lois physiques; il se décompose, s’altère ; comme corps étranger, il excite, irrite les parties qu’il touche ; des accidens doivent nécessairement se manifester. Si f épanchement est peu considérable , les vaisseaux lymphatiques ou les veines absorbent le sang, et l’hématocèle disparaît comme l’on voit disparaître une ecchymose. Mais s’il y a une grande extravasation , il n’en est pas ainsi; le sang se putréfie, il se forme des abcès de mauvaise nature; une inflammation intense se déclare ; on voit même s’établir des escarres gangréneuses.

Dès qu’un hématocèle existe, on doit faire en sorte de favoriser l’absorption du sang ; on cm-

ploie les réfrigérans, les résolutifs, l’eau froide où l’on ajoute des liqueurs spiritueuses et aromatiques. S’il survient de l'inflammation, il faut recourir à l’application des sangsues, aux cataplasmes émolliens, aux bains locaux ; à l’aide de ces choses on voit une heureuse résolution s’opérer. Mais si le sang épanché en quantité considérable ne peut être résorbé, il se putréfie, et provoque les symptômes précurseurs d’un abcès. Il faut favoriser le travail de suppuration par des cataplasmes maturatifs; il est même nécessaire quelquefois de pratiquer une incision pour donner issue à des caillots dont la lente décomposition occasionnerait une longue suite d’accidens et prolongerait la durée de la maladie.

Métritc, inflammation «le l’utêrias.

Il semble qu’il est hors de mon sujet de parler des maladies des organes génitaux de la femme; mais il n’est pas de position où l’homme se trouve placé dans laquelle il ne puisse avoir auprès de lui cet être qui partage les douceurs ou les peines de son existence. À l’armée, à la mer, la femme est souvent la compagne de l’homme; elle est exposée aux mêmes maux , mais elle est sujette à des affections propres à son sexe.

L’une de ces affections est la métrite ou inflammation de la matrice. Cet organe, placé dans la cavité du bassin, protégé par des parois osseuses , en-

touré de parties molles, est défendu en tous sens des agens physiques; cependant il est accessible aux plaies, aux contusions; puis, par une voie, le vagin, il peut éprouver certaines violences, celles qui résultent de rapports sexuels immodérés, surtout à un âge trop peu avancé, et dans certaines disproportions anatomiques.

Quelle qu’en soit la cause, l’utérus devient douloureux, il se tuméfie, fait éprouver sur le rectum un poids incommode : tout cela annonce une phlegmasie de cet organe , qui peut s’aggraver , amener des accidens consécutifs, delà suppuration et une dégénérescence de tissu. Mais en combattant les symptômes qui se présentent, en écartant les causes, on dissipe les accidens : la métrite, dès-lors, n’est qu’une maladie de courte durée.

Il faudrait planer dans le domaine des maladies des femmes pour considérer la métrite dans toutes ses espèces, dans toutes ses phases. Elle paraît tenir chez les biles à un travail pénible de la menstruation , à des caillots sanguins qui se forment et franchissent avec difficulté l’orifice du col utérin. Alors elle est essentiellement caractérisée par la métralgie y douleur violente de l’utérus. Chez les femmes , après l’accouchement , il est fréquent de voir se déclarer la métrite , et l’on pense qu’alors il y a essentiellement phlébite utérine (inflammation des veines de l’utérus) qui amène parfois de fort graves résultats.

Les bains , les saignées locales, les boissons tempérantes, sont les principaux moyens curatifs à mettre en œuvre. Si un écoulement muqueux, pu rulent avait lieu par le vagin , on devrait faire dans ce canal des injections émollientes. Quand les douleurs sont intenses, il convient d’administrer des caïmans à l’intérieur et en injections dans le vagin ou le rectum. On ne peut, pour cette phlegmasie, que suivre les règles générales applicables à toutes les maladies inflammatoires. Mais quand la métrite survient après l’accouchement, qu’elle se complique d’une fièvre puerpérale , on doit penser qu’il y a en même temps péritonite , phlébite utérine, et le système de médication devra être modifié. On préconise dans ce cas les onctions d’onguent napolitain ; et comme on a à redouter l’adynamie qu’entraîne après elle la phlébite utérine, il devient utile de remplacer les moyens anti-phlogistiques par des toniques; les préparations de quinquina sont alors le remède essentiel.

Catarrhe utérin.

Une membrane muqueuse se déploie de la vulve dans le vagin et la cavité de l’utérus; elle est naturellement humectée par les mucosités qu’elle sécrète; mais la sécrétion est tellement abondante quelquefois, que les femmes se plaignent d’avoir des pertes.

Est -ce à une irritation, à une phlegmasie réelle

([U on doit attribuer cette exhalation abondante de mucosités, ou bien est-ce à une disposition propre au sujet? Il est raisonnable d’admettre l’une et l’autre hypothèse.

Certainement le catarrhe utérin consiste quelquefois dans une inflammation intense : il y a une douleur vive ; un écoulement abondant et âcre en est la conséquence. Mais aussi il tient à un état de débilitation et d’atonie ; car on voit des femmes lymphatiques, qui prennent des alirnens peu substantiels, exposées par leur profession à une atmosphère froide et humide, sujettes àce flux catarrhal, à ces flueurs blanches, vulgairement nommées fleurs blanches.

L’expression de flueurs blanches n’est pas fort exacte, car les mucosités acquièrent souvent une couleur verdâtre, qui les fait parfaitement ressembler au fluide qui résulte d’une affection blennorrhagique. Souvent du sang se mêle à la mucosité, et les femmes sont alors atteintes d’une exsudation à la fois incommode et dégoûtante. Les filles ne sont pas exemptes de telles pertes, et même dans l’âge le plus tendre on voit se déclarer un écoulement qui est un sujet de sollicitude, de vagues soupçons, lorsque ce n’est qu’un catarrhe utérin spontané, et sans gravité aucune.

Si, en recherchant la cause d’un catarrhe utérin, on pouvait penser qu’il dépendît d’une inflammation de la membrane muqueuse, quelques sai-

gnées locales seraient d’une utile application, et le régime sévère servirait à combattre les accidens ; mais s’il n’y avait pas de signes d’irritation, on devrait au contraire recourir à des médicamens toniques, comme des boissons amères , des préparations ferrugineuses. Dans tous les cas, il faut absterger sans cesse la membrane qui est le siège d’une exsudation vicieuse. Les bains locaux, les injections, voilà le point culminant de la curation des llueurs blanches.

Divers liquides peuvent être injectés. On emploie l’eau de guimauve, de têtes de pavots; une décoction de quinquina; de l’eau où l’on met de l’acétate de plomb ou du sulfate de zinc. Selon l’espèce de perte, on choisit un liquide adoucissant, tonique ou astringent; mais il ne suffit pas d’employer les injections, il faut encore les faire d’une manière convenable.

On doit proscrire la seringue dont le syphon se termine par un renflement olivaire percé de petits trous : avec cette seringue, le liquide s’éparpille sur les parois du vagin, il ne peut parvenir convenablement à l’utérus d’où provient l’exsudation. Il faut se servir d’une canule en gomme élastique, percée d’un seul trou à son extrémité. Avec la seringue ordinaire à matrice, on ne lance qu’une faible quantité de liquide; or, il est utile de faire une ample balnéation. Pour y parvenir, il vaut mieux se servir d’une grande seringue ordinaire et la vider

d8(î MALADIES DES APPAREILS

en plusieurs fois. Mais le clyso-pompe à jel continu est l’instrument que l’on doit employer de préférence; il sert à donner des douches abondantes, si essentielles , si efïicaces , remède par excellence dans les flueurs utérines !

Cancer utérin.

Le dernier terme de l’irritation qui affecte l’utérus est cette altération de son tissu , qu’on nomme cancer ; c’est fréquemment le sommet de l’organe, cette partie saillante dans le vagin, nommée vulgairement museau de tanche , qui seul est affecté. Mais le corps entier de la matrice est quelquefois envahi. Les femmes sont très-soucieuses au moindre indice d’un tel mal ; et si leurs craintes ont quelque fondement, elles sont plongées dans le chagrin ; dès-lors leur état s’aggrave de plus en plus. C’est une excoriation au col, au sommet de l’utérus, qui est le prélude d’un mal plus grave ; ce point de l’organe se tuméfie, se durcit, devient bosselé, et des lancinations se font bientôt ressentir. Le doigt découvre une dégénérescence , et l’œil la distingue au moyen du spéculum. Mais quelquefois c’est une illusion, une erreur, il y a tuméfaction, induration même, et ce n’est qu'un gonflement inflammatoire, une hypertrophie. On est sur le point d’en venir à la ressource extrême , lorsqu’à l’aide de moyens hygiéniques , le mal s’évanouit.

Le cancer esl malheureusement parfois trop réel : c’est un fongus qui s’érige sur le col utérin , ou même le corps de l’utérus tout entier est atteint de dégénérescence ; le mal est de la plus grande gravité, les souffrances de la malade sont continuelles, et la lésion n’offre d’autre terme que celui de l’existence.

Les injections narcotiques sont le moyen palliatif essentiel dans toutes les affections cancéreuses de l’utérus. La ciguë, la morelle, la jusquiame, la belladone, servent notamment à faire ces injections. La cautérisation du sommet de l’utérus, à l’aide de divers caustiques, est propre à modifier la nature du mal; et j’ai vu des malades se trouver très-bien de l’emploi d’une telle médication. Le retranchement du col utérin est indiqué quand le mal paraît y avoir ses limites ; mais que faire lorsque tout le corps de l’utérus est altéré? On peut recourir à une grave opération. 11 est des exemples trop fameux de l’extirpation de la totalité de cet organe.

Prolapsus de la matrice.

C’est une hernie réelle que la chute de l'utérus hors la cavité du bassin. Cet organe passe par le vagin et par la vulve, et se place entre les cuisses; le vagin est ainsi renversé sur lui-même; l’on voit la saillie formée par le museau de tanche. 11 faut que le vagin ait été élargi outre mesure par des accouchemens, par un coït immodéré, ou qu’il y

ait une grande laxité de tissu propre au sujet, pour qu’il se fasse un prolapsus de la matrice. Il est des femmes à fibre molle qui y sont fort exposées. J’ai \u une femme qui avait à la fois un prolapsus de l’utérus et un prolapsus du rectum; cette double affection offrait un aspect horrible et dégoûtant.

J'ai vu des malades éprouver des accidens, par la chute de l’utérus, analogues à ceux d’une hernie étranglée. Il fallait déployer les mêmes moyens pour y remédier : des bains , des émolliens , des narcotiques, la position horizontale. Mais, en général, il suffit d’exercer une compression méthodique et la répulsion de l’utérus. Pour cela, on imbibe d’huile le vagin renversé, on saisit la matrice à pleines mains , on la comprime et on la repousse dans le bassin. Cet organe abandonnerait sa place s’il n’était maintenu en position : pour y parvenir , on emploie un pcssaire , sorte de bourlct, en liège ou en gomme élastique, percé d’un trou central pour l’évacuation des mucosités vaginales et utérines. Un petit pcssaire en bilboquet suffit quelquefois ; mais pour certaines femmes il faut un pessaire d’une prodigieuse dimension. Il en est qui remplissent presque entièrement le détroit inférieur du bassin; ils ont dix centimètres et au-delà de diamètre. Croirait-on qu’une difformité monstrueuse , et un moyen mécanique pour y remédier, ne soient pas un motif de répulsion formel à l’acte du coït ?

IflALAVIES VÉNÉRIENNES.

Il est assez rationnel de parler des maladies vénériennes à propos des lésions des organes génitaux , car ces* organes sont leur siège principal ; c’est par eux, sur eux qu’elles se contractent dans la pluralité des cas, bien qu’aucune partie de l’économie animale n’en soit exempte. Je suis loin de penser que les maladies vénériennes soient toujours des affections locales, résultantes d’un mode d’irritation spéciale qui lient au spasme génital; c’est ordinairement une infection généralement répandue, dont tous les organes, tous les tissus peuvent être imprégnés.

Il est de toute importance de bien préciser les expressions dont on se sert pour désigner les différentes espèces de maladies vénériennes; la confusion dans le langage répand de la confusion dans la connaissance du mal et dans le traitement qui lui convient.

Les mots maladies vénériennes , syphilis f vérole , sont généralement regardés comme synonymes, et employés indistinctement. De là une source féconde d’erreurs.

Dans un ouvrage de clinique sur les maladies des organes génitaux et urinaires, j’ai présenté une classification qui fixe invariablement les véritables distinctions à établir, et sert à résoudre deux grands

problèmes , ceux de savoir si les maladies vénériennes sont virulentes ou non virulentes, si elles réclament un spécifique ou desanti-phlogistiques: sujets perpétuels de discussion et de controverse entre des hommes qui font bruit dans la science, et qu’on nomme syphilographes. *

C’est par des mots et une classification fondée sur une longue expérience que j’ai résolu ces grandes questions scientifiques; et pour être clair, intelligible, j’ai élevé un arbre, Y Arbre de Venus, représentant toutes les maladies vénériennes.

Par maladies vénériennes, j’entends toutes les affections qui ont leur source première dans les ébats vénériens ou érotiques. D’après cela , le mot vénérien doit être générique; celui de syphilis, qui signifie amour sale , peut être employé comme synonyme. A. la suite des plaisirs vénériens, il peut ne se déclarer qu’une irritation occasionnée par une action purement mécanique, d’où résultent une série de phénomènes morbides. De là une première classe qui mérite le nom de maladies vénériennes phlegmasiques.

Mais, dans les rapports vénériens, on peut rencontrer des virus contagieux, susceptibles de se communiquer et de produire divers symptômes, même sans qu’il y ait eu aucune excitation. Or, il y a évidemment deux sortes de virus vénériens : l’un communique la blennorrhagie; l’autre, la vérole. De là deux classes de maladies vénériennes viru-

lentes : maladies vénériennes blennorrhagiques , et maladies vénériennes véroliques.

L’arbre de Yénus que j’ai érigé présente à la fois à l’esprit et aux yeux un tableau méthodique des maladies vénériennes. Les racines indiquent les sources du mal. On en remarque cinq, qui représentent : l’hérédité, l’allaitement, le contact, l’onanisme et le coït. Le tronc est commun à toutes les maladies vénériennes, de quelque source qu’elles proviennent. On voit de ce tronc émaner trois branches : la première porte les maladies vénériennes phlegmasiques, celles qui résultent exclusivement de l’irritation ; des rameaux qui proviennent de cette branche indiquent les différentes espèces. La seconde branche offre les maladies vénériennes blennorrhagiques , et ses rameaux les diverses formes de ces maladies. La troisième branche représente les maladies vénériennes véroliques; elle se bifurque bientôt : une branche de la bifurcation indique les maladies vénériennes véroliques primitives; l’autre branche de la bifurcation , les maladies vénériennes véroliques consécucutives. Chacune de ces branches laisse émaner une multitude de rameaux qui figurent les espèces et les variétés des maladies vénériennes véroliques.

MALADIES VÉNÉRIENNES PHLEGMASIÇUES.

On ne peut contester la qualification de maladies vénériennes à toutes les affections des organes génitaux qui sont la conséquence immédiate des plai

sirs de Vénus. Si l’épithète vénérienne leur est toujours applicable , celle de vérolique ne serait-elle pas souvent impropre ? Deux êtres purs , vierges , après de longs ébats amoureux, se trouvent pris d’excoriation , de vive inflammation aux organes génitaux; il survient un suintement muqueux : supposera-t-on la présence d’un virus? Ce serait absurde. Toutefois, il y a des symptômes réellement vénériens. Qu’un médecin consulté ne soit pas observateur scrupuleux ; que les rapports sexuels aient eu lieu entre des personnes dont on puisse suspecter l’état sanitaire, on prendra les symptômes qui se manifesteront pour ceux qui résulteraient de la contagion, et on les combattra comme étant de nature vérolique.

Pénitis.

J’ai, le premier, appliqué cette dénomination à une vive inflammation de la verge, dans laquelle cet organe est quelquefois frappé de stupeur, d’atonie, et tombe en gangrène. J’ai vu la pénitis survenir après une masturbation immodérée. Je l’ai vue également produite par des anneaux dans lesquels la verge avait été passée : il y avait une fissure profonde qui ressemblait à une ulcération cliancreuse. Des émolliens, tels que des fomentations , des cataplasmes , un pansement avec de la charpie enduite de cérat, suffisent souvent pour guérir la pénitis. Mais si la verge était frappée de gangrène, il faudrait employer des toniques à l’intérieur et à

l’extérieur, et faire des pansemens avec des remèdes anti-septiques.

Postliite; balanite.

La posthite, inflammation du prépuce, peau qui recouvre le gland ; la balanite , inflammation du gland lui-même, résultent des frottemens immodérés de ces parties. Une matière muqueuse est exsudée, il y a un écoulement abondant; si l’on découvre le gland , on le trouve excorié, notamment tout autour de son collet ou de sa couronne.

A-t-on eu des rapports sexuels suspects? on craint d’être infecté de la vérole, pendant que ce n’est souvent qu’une simple phlegmasie. Il s’établit un écoulement puriforme, analogue à celui qui émane du canal de l’urètre dans la blennorrhagie; aussi nomme-t-on cette exsudation blennorrhagie bâtarde.

La poslhite et la balanite demandent essentiellement des moyens de propreté, des bains locaux. Il est quelquefois diflicile de mettre le gland à nu , et le prépuce contracte des adhérences. On doit pousser un liquide à l’aide d’une seringue. L’eau de guimauve est parfaitement convenable ; mais l’eau de Goulard, composée avec de l’acétate de plomb dans de l’eau, est plus dessicalive. Il faut, quand on injecte , resserrer l’ouverture du prépuce, afin que le liquide séjourne un instant.

Dès qu’on peut découvrir le gland, il convient d’appliquer de la charpie fine. La simple interpo-

sition entre le prépuce et le gland d’un corps quelconque arrête l’exsudation, et diminue l’exhalation d’une matière sébacée, qui, par son acrimonie et sa quantité, est une cause fréquente de blennorrhagie préputiale.

Cristalline.

Cette affection, qui imprime à la pensée un sentiment d’horreur, et que l’on confond avec des symptômes vénériens résultant d’une honteuse aberration , consiste dans une série de petites vésicules ou phlyctènes qui renferment une sérosité limpide; elle se nomme aussi pemphix , herpès préputial.

La cristalline survient ordinairement au prépuce; ce n’est nullement une affection vérolique, elle dépend des frottemens, des excitations diverses; elle se déclare quelquefois spontanément à des périodes irrégulières. On voit une multitude de petites élevures qui bientôt se remplissent de sérosité. Cette sérosité, d’abord transparente, devient opaque. Les phlyctènes se percent : le liquide s’évacueen partie, et en partie se concrète. Il se forme des croûtes. Si ces croûtes tombent, ou qu’elles soient enlevées, on remarque des ulcérations qui en imposent pour des chancres.

Les changemens de forme de la verge, par le fait de l’érection , font éprouver de la cuisson , de la douleur. Quelquefois, par sympathie , les ganglions de l’aine s’engorgent : le malade croit être atteint d’un bubon vérolique; cependant ce n’est qu’un

étatphlegmasique, auquel le temps seul apporte remède ; les petites ulcérations se cicatrisent spontanément. Quelques lotions émollientes ou siccatives , au moyen de l’acétate de plomb, un pansement avec de la charpie pour empêcher les frottemens contre les corps environnans, favorisent la guérison.

Fissures.

Est -il surprenant qu’il se forme des fissures au prépuce par l’effet du coït ? Il suffit de l’interposition d’un poil entre la verge et la vulve pour que le prépuce soit fendu. Une inflammation survient, on est averti par une cuisson d’un état anormal ; on examine, et l’on remarque une fissure.

Il y a de la ressemblance entre une telle lésion et ce qu’on nomme rhagade; mais la rhagade est ordinairement le produit du virus vérolique. Il ne faut pas confondre un phénomène simple et passager avec un mal qui est le résultat d’une profonde infection.

La fissure phlegmasique guérit spontanément ; mais l’érection de la verge, le coït, sont propres à l’entretenir. Il faut autant que possible observer la continence. Quelques moyens hygiéniques, des bains locaux, amènent la cicatrisation.

l*se«B<lo-cli ancre.

De toutes les phlegmasies vénériennes, celle qui peut surtout en imposer, c’est le pseudo-chancre. Est-

il surprenant qu’une membrane muqueuse, exposée à des éraillemens, s’excorie, et qu’ils’y forme une petite ulcération? Si les rapports sexuels sont suspects, on croit à l’existence d’un chancre, et de suite on s’empresse d’appliquer des moyens intempestifs.

Celui auquel on a spécialement recours, c’est la cautérisation avec le nitrate d’argent. On érige en précepte cette pratique; et M. Ricord, habile syphilographe, demande quel inconvénient il y a à cautériser, lors même que le symptôme n’est pas de nature virulente. Cet inconvénient est très-grave : car, s’il n’y a que faux chancre, on augmente, on entretient une ulcération; s’il y a chancre véritable, on le défigure, on le masque sans le guérir. On laisse le malade dans une fausse sécurité; alors le mal fait des progrès, et l’infection se répand dans toute l’économie : car la cautérisation fait disparaître le symptôme, mais ne détruit pas l’infection. Dans le pseudo-chancre, il faut se borner à des lotions , à un pansement avec de la charpie mollette ; c’est le meilleur moyen d’obtenir une prompte cicatrisation.

Phimosis.

Il est une disposition que l’on porte en naissant, qui consiste dans l’étroitesse extrême de l’ouverture du prépuce : c’est le phimosis congénial. Si par quelque cause éventuelle une vive excitation est opérée sur le pénis, le prépuce s’enflamme, il de-

vient complètement impossible de découvrir le gland, et alors il y a phimosis accidentel. Ordinairement, dans ce cas, le prépuce contracte des adhérences avec le gland, ce qui empêche qu’il ne soit ramené en arrière. 11 en résulte des accidens analogues à ceux qu’offre la postliite.

On remédie au phimosis par une section sur le prépuce, et le retranchement des deux lèvres de la division. On fait une perte de substance, d’où il résulte une plaie en forme de Y. Si le prépuce est très-long, l’opération est ordinairement infructueuse; la cicatrisation rétablit l’état primitif. Pour remédier infailliblement au phimosis, il vaut mieux recourir à la circoncision , opération qui consiste à pratiquer la section circulaire d’une portion du prépuce, au moyen d’un ou deux coups de ciseaux. Le gland ainsi demeure en partie découvert , et cette disposition nouvelle évite une série d’ accidens auxquels expose le phimosis, notamment la posthile, la balanite et la blennorrhagie préputiale, qui en sont les conséquences ordinaires.

Parapliimosis.

Cette affection est l’inverse du phimosis. Le prépuce , au lieu de former procidence , est retiré en arrière et étrangle le gland. Dès-lors la verge se tuméfie, et le gland acquiert des dimensions considérables; il devient violet, noir par l’accumulation du sang. Mais la couleur noire est quelquefois un

symptôme grave; elle annonce la gangrène qui arrive quand la strangulation est très-forte et trèsprolongée.

Si l’on examine la verge sur le lieu de la constriction, on y voit ordinairement une excoriation, de la suppuration qui en imposent pour une ulcération chancreuse; il faut se délier de cette apparence fallacieuse.

Comme le paraphimosis dépend de ce que le prépuce a été porté en arrière , on y remédie en le ramenant en avant. Mais le gland est fortement congestionné, et le retour à l’état primitif est difficile. Il faut, pour l’opérer, débuter par des mouchetures avec la pointe d’un bistouri sur le siège de l’étranglement. On débride par ce moyen l’ouverture du prépuce; puis, saisissant le gland, entouré d’un linge fin , à pleine main , on exerce sur lui une compression lente et prolongée pour faire refluer le sang qui occasionne son volume. Quand on a affaissé le gland, on ramène subitement le prépuce en avant, et le paraphimosis ainsi se trouve réduit. Cette opération est douloureuse, difficile, et exige de l’habitude, de la persévérance. Si l’on ne parvient à l’exécuter, on se borne à produire des dégorgemens au moyen des sangsues , des incisions, à appliquer des réfrigérans, des émolliens , et on attend un résultat qui est tantôt heureux, tantôt funeste.

Adénite.

Les maladies vénériennes phlegmasiques qui affectent le prépuce ou le gland peuvent se réfléchir sur les glandes de l’aine et les engorger : il y a alors adénite phlegmasique qui ressemble à un bubon vérolique. Mais on doit songer que l’engorgement glanduleux est alors le symptôme de l’irritation survenue au pénis: que cette irritation diminue, aussitôt l’adénite se dissipe.

Rarement il faut employer des bains ou des cataplasmes, encore moins des sangsues, contre l’adénite phlegmasique; il suffit, pour faire disparaître l’engorgement, de combattre le symptôme qui l’occasionne.

MALADIES VÉNÉRIENNES BLENNORRHAGIQUES.

J’emploie une expression inusitée dans la science ; mais, selon moi, très-essentielle, très-significative: celle de maladies vénériennes blennhorragiques ; elle indique des affections contractées dans les plaisirs vénériens et qui se formulent au début par un écoulement muqueux. Dans la classe des maladies vénériennes phlegmasiques , il n’y a aucun principe virulent; il n’en est pas ainsi dans la classe des maladies vénériennes blennorrhagiques.

Un fluide jaunâtre, sorte de mucosité purulente, est sécrété par les organes génitaux. Chez l’homme, ce fluide provient de petites glandules, ou mieux de

cryptes placés au commencement du canal de l’urètre, dans un évasement de ce canal nommé fosse naviculaire. Chez la femme , il émane de cryptes muqueux assez considérables qui offrent un orifice, terminaison d’un petit canal excréteur, et qui se trouve placé à l’entrée de la vulve et à sa partie inférieure. J’ai vu ces cryptes, ayant acquis la forme d’une petite vessie, remplis de l’humeur blennorrhagique que l’on faisait sortir en exerçant une pression d’arrière en avant, de même que sort par une compression le venin que contiennent les vésicules qui garnissent les mâchoires de la vipère.

Blennorrhagie.

Qu’on ne croie pas qu’il faille une grande excitation , un spasme vénérien , pour occasionner la blennorrhagie ; une petite goutte de l’humeur virulente , le moindre contact avec des parties contaminées qui permet l’introduction de cette humeur dans le canal de l’urètre de l’homme , ou à l’entrée de la vulve chez la femme, déterminent la contagion. A peine a-t-on eu quelquefois un léger point de contact, lorsqu’on avait des raisons d’être déliant 5 n’importe, la blennorrhagie a été acquise.

Qu’arrive-t-il alors chez l’homme? Un prurit insolite se fait sentir; un suintement léger a lieu par le méat urinaire ; les bords de ce méat sont boursouflés, ils se rapprochent même, ils s’accolent; veut-on uriner, le jet de l’urine est arrêté; cepcn-

dantle méat s’entr’ouvreet l’urine part tout-à-coup. Bientôt un écoulement verdâtre et abondant se ma* Tlifeste, les linges en sont imprégnés. Au prurit qui ne faisait éprouver qu’une sensation plutôt agréable que pénible, succède de la cuisson, une ardeur intense , surtout au moment de l’émission de l’urine. Il semble que ce lluide est plus chaud que d’habitude : delà le nom populaire de chaude-pisse ; de là peut-être le nom d’arsure jadis employé, et qui exprime un sentiment de brûlure. Le nom de gonorrhée, offert comme sy nonyme, est impropre, parce qu’il implique la croyance de l’écoulement de la semence, qui était celle des anciens syphilographes, comme on peut s’en convaincre dans les œuvres d’Astruc.

L’époque de F invasion de la blennorrhagie après un contact impur est très-variable: quelques heures suffisent quelquefois pour en faire développer les premiers symptômes ; mais souvent ce n’est qu’après quelques jours que les malades s’en aperçoivent ,, lorsque l’écoulement est devenu considérable et que la cuisson est à son apogée.

Dès que la blennorrhagie s’est établie , elle s’entretient par elle-même. L’humeur sécrétée coule en arrière dans le canal et y provoque de l’irritation ; les érections deviennent fréquentes et douloureuses; la membrane muqueuse du canal de l’urètre , enflammée , épaissie , ne peut pas se prêter aux changemens de forme; dans l’érection

la verge est arquée, on dirait qu’une corde la tient courbée en bas : c’est la cordée , qui fait éprouver une sensation fort douloureuse. Mais l’inflammation ne se borne pas à la verge, elle se propage au col de la vessie 5 elle se porte , par la voie d’excrétion du sperme, jusqu’au testicule; cet organe s’engorge et s’enflamme.

Chez, la femme, les symptômes sont différens : il y a ardeur sans doute, mais la disposition des organes rend le canal moins douloureux; la cuisson n’est pas si forte en urinant ; il n’y a rien de semblable à cet éréthisme qui constitue la cordée. Aussi les femmes exercent- elles volontiers le coït lorsqu’elles sont affectées de la blennorrhagie ; elles s’y abandonnent même avec plus d’ardeur, et souvent ne se doutent pas d’être infectées. Au lieu de se porter dans les voies urinaires, la blennorrhagie se propage en arrière dans le vagin et parvient au col de la matrice : c’est la vaginite. Il s’établit quelquefois une phlegmasie intense, l’épithélium ou épiderme de la membrane muqueuse se détache; si l’on examine au spéculum, on voit des excoriations, sortes d’ulcérations que l’on confond à tort avec des ulcères véroliques.

On serait dans l’erreur si l’on croyait que la vaginite dépendît toujours du virus blennorrhagique. Diverses excitations peuvent enflammer le vagin et occasionner des écoulemens; un coït immodéré en est quelquefois la cause, lorsque surtout les or-

ganes n’y sont pas accoutumés. Aussi survient-il des écoulemens qui ont une physionomie trompeuse, en imposent pour une blennorrhagie réelle et sont toutefois de nature innocente. Le mol blennorrhée sert à désigner cette sorte d’écoulement purement phlegmasique. Ce qui prouve son innocuité, c’est qu’on le voit survenir spontanément chez des enfans. S’observe-t-il à une époque où les fonctions génératrices s’exercent, il suscite aussitôt des soupçons et fait porter un jugement téméraire. Combien ne doit-on pas être circonspect en pareil cas, afin de ne pas faire peser une injuste accusation sur des personnes vertueuses !

Orchite hlemorrliag ique .

C’est un phénomène bien fréquent dans la blennorrhagie que le gonflement inflammatoire du testicule. On dit vulgairement que la chaude-pisse est tombée dans les bourses expression fausse et grossière tout à la fois. Ce ne sont pas les bourses qui sont envahies, mais le testicule ou l’épididyme, et voilà ce qui détermine cette complication fâcheuse.

Les deux canaux éjaculateurs du sperme s’ouvrant dans le fond du canal de l’urètre, l’inflammation se propage dans ces canaux, de là au canal déférent, puis à l’épididyme et au testicule. Ainsi , par cette voie , la blennorrhagie exerce son influence sur la glande prolifique.

Le premier symptôme qui se remarque alors est

la tuméfaction de l’épididyme. C’est tout naturel : l’épididyme n’est point entouré d’une membrane fibreuse résistante comme celle qui enveloppe le testicule, et il peut par conséquent beaucoup mieux se développer. Cependant le testicule est lui-même envahi, il se tuméfie, prend un volume fort considérable : voilà alors Y orchite bien confirmée. Quelquefois la membrane séreuse , tunique vaginale qui enveloppe le testicule, est enflammée, il s’opère une exhalation aqueuse dans sa cavité : c’est une hydrocèle aiguë qui peut céder aux antiphlogistiques , et réclame quelquefois une ponction pour donner issue au fluide accumulé.

L’orchite blennorrhagique exige impérieusement l’emploi des moyens qui déjà ont été indiqués pour l’orcliite phlegmasique ; mais il faut déployer en outre, pour la combattre avec succès, le système de curation approprié à l’afTection dont elle est le symptôme.

Adénite blennorrhagique.

Qu’on ne s’en laisse pas imposer par l’engorgement des glandes des aines, qui survient dans la blennorrhagie; il résulte de la sympathie ou plutôt de la transmission au moyen des vaisseaux lymphatiques ; c’est l’irritation simplement qui se progage. On pourrait croire alors à l’existence d’un bubon vérolique; ce serait une erreur bien grave , car elle déterminerait à appliquer un traitement mercuriel superflu.

DK LA GÉNÉRATION. 405

L'adénite Mennorrhagiqnc est purement inflammatoire 5 elle disparaît à mesure que l’irritation des organes génitaux diminue. On peut sans doute lui opposer des médications, des émolliens, quelques sangsues si l’engorgement est douloureux ; mais c’est ordinairement inutile. Que l’on combatte l’écoulement, on guérira en même temps l’adénite.

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