‹ Le medecin de mer, ou, Traité élémentaire de pathologie interne et externeChapitre 15 sur 25 · TRAITEMENT DE LA BLENNORRHAGIE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE LA BLENNORRHAGIE

Bien que la blennorrhagie résulte indubitablement d’une contagion, il est évident que l’inflammation est le phénomène prédominant dans cette maladie. Il faut, par conséquent, appliquer le traitement anti-phlogistique. La diète doit être rigoureusement observée. Les bains, les boissons rafraîchissantes, les saignées locales, même générales, sont surtout propres à calmer les accidens inflammatoires. Comme l’urine est ardente, en mettant dans une boisson mucilagineuse, comme de l’eau de lin, du nitrate de potasse, un gramme par litre, on rend cette humeur plus claire et moins acrimonieuse. On apaise ainsi l’ardeur quelle produit dans son passage. L’emploi de toutes ces choses sulïit souvent pour dissiper les accidens , et l’on voit l’écoulement diminuer et s’arrêter.

Mais aussi la blennorrhagie s’entretient d’une façon opiniâtre, et sa prolongation est une grande cause de désagrément , et en même temps une source de lésions nouvelles du canal de l’urètre. C’est une

goutle de liquide qui a produit le mal ; la présence de ce liquide l’entretient. Pour guérir, il faut enlever le liquide complètement, et empêcher son exhalation. Voilà la théorie du traitement de la blennorrhagie. On la met en œuvre au moyen des astringens. Le meilleur de tous est le sulfate de zinc que l’on incorpore avec de l’eau froide ou une eau distillée, comme celle de rose, et qu’on administre en injections. La dose de cette substance est celle qui produit une légère cuisson.

Mais il ne suffit pas de prescrire les injections ; la chose importante est la manière de les exécuter. Quelquefois on introduit inconsidérément le syphon de la seringue dans le canal, et on pousse le liquide dans le fond de l’urètre. En faisant cela on commet deux fautes : l’une consiste à dépasser le siège de la blennorrhagie; l’autre, à porter le liquide astringent sur le col de la vessie , où il occasionne de l’ irritation.

On ne doit pousser l’injection qu’à un ou deux centimètres de profondeur dans le canal ; il suffit quelle parvienne à la fosse naviculaire , siège de la blennorrhagie. Pour cela, il faut comprimer le canal de l’urètre en arrière avec deux doigts, et lancer le liquide en plusieurs fois, afin qu’il entre et sorte, et se mette simplement en contact pendant un petit espace de temps avec le siège de l’exsudation.

Les lotions ou injections astringentes sont le souverain remède de la blennorrhagie; à elles seules

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elles opèrent la guérison. On peut les employer (lès que l’inflammation est un peu tombée, et même au début de l’inflammation ; mais alors la dose du sulfate de zinc doit être très-légère. On emploie encore dans les injections le nitrate d’argent , l’acétate de plomb ; mais ces substances ne possèdent pas des vertus aussi incontestables que le sulfate de zinc.

Il est un médicament très-vanté contre la blennorrhagie : c’est le baume de copahu. On le donne en pilules, en capsules, en opiat, en potions, en injections dans le gros intestin. Le meilleur mode d’administration de ce baume, c’est son mélange à une émulsion de gomme édulcorée. Les capsules pré' tendues gélatineuses sont un leurre : j’ai reconnu qu’elles n’étaient autre chose qu’une petite bouteille de caoutchouc ; elles demeurent souvent intactes dans l’estomac , et elles sont rendues tout entières par les selles; elles ne contiennent d’ailleurs qu’une fort petite quantité de baume de copahu.

Il faut faire violence à la raison pour croire que le poivre cubèbe ait des vertus anti-blennorrhagiques ; c’est ce qu’on croit cependant, et l’on administre cette mauvaise drogue. La spéculation s’en emparant, la met en extrait, en dragées; et s’il y a amendement dans le mal, dépendant du régime, ou tenant aux phases de la maladie, on l’attribue au cubèbe. On conseille aussi de placer des mèches dans le canal de l’urètre, d’v pratiquer des cautérisations, de

cautériser le vagin. On peut sans doute par ces

moyens empiriques obtenir une modification du

mal ; mais doivent-ils être préférés pour cela à des

moyens sages et rationnels ?

Prostatite.

Un corps glanduleux nommé prostate, qui entoure la partie la plus reculée du canal de l’urètre et avoisine le col de la vessie, est très-exposé aux influences blennorrhagiques. Il s’enflamme, se gonfle; dès-lors le canal de l’urètre est resserré, le goulot vésical l’est également : il y a prostatite. On conçoit que dans cette affection la rétention d’urine est imminente. Si elle n’a pas lieu immédiatement, elle n’en est pas moins à craindre par la suite; car la prostate peut demeurer engorgée, quelquefois même elle est frappée d’induration et dégénéré en tissu cancéreux.

Un renflement insolite et douloureux vers la racine de la verge, renflement que l’on découvre par le tact exercé au périnée, que quelquefois même on distingue à la vue , est un signe de la prostatite; mais la difficulté dans l’issue de l’urine annonce principalement son existence.

Des émolliens, des saignées locales, des bains, le régime austère, des frictions mercurielles, remédient à la prostatite. Les écarts des règles de l’hygiène, la fatigue, le coït, l’équitation, l’entretiendraient et provoqueraient l’induration et la

dégénérescence de la glande prostate. A combien d’anxiétés, d’accidens alors les malades ne se trouveraient-ils pas sujets!

Strictures, coarctations.

De fâcheuses conséquences de la blennorrhagie sont ces obstacles qui s’établissent dans le canal de l’urètre, et que l’on désigne sous le nom de strie turcs et de coarctations. Jadis on se servait du mot carnosité pour exprimer ces lésions; maintenant on conteste, et souvent à tort, F existence d’une carnosité réelle, et l’on fait dépendre les strictures de l’épaississement, de l’induration de la membrane muqueuse de l’urètre et du tissu cellulaire qui l’avoisine.

Dès qu’un rétrécissement s’est établi, il n’y a pas de raison pour qu’il n’augmente et n’oblitère complètement le canal : c’est ce qui a lieu quelquefois; dès-lors des accidens formidables en résultent, car l’urine éprouve d’abord de la difïiculté à passer, ensuite son issue devient impossible.

On attribue trop inconsidérément les strictures aux injections astringentes faites dans le canal de l’urètre pour supprimer les blennorrhagies. Une telle croyance est une erreur : les strictures dépendent de ce que les écoulemens ont été trop longtemps entretenus, et qu’une inflammation, devenue chronique, a amené l’épaississement de quelque point de la membrane muqueuse.

11 peut se former plusieurs coarctations dans le canal de l’urètre, et à des profondeurs diverses. La forme de ces coarctations est très-variable : c’est tantôt un anneau circulaire, d’autres fois un segment semi-lunaire, d’autres fois un simple renflement tuberculeux. On conseille de chercher à en prendre l’empreinte, au moyen d’un pinceau de soie chargé d’emplastiques; mais ce moyen est infidèle et illusoire.

Dès qu’une stricture existe, la gène dans l’émission de l’urine l’annonce. Le jet de ce fluide est tantôt en spirale, tantôt bifurqué, tantôt lent et entrecoupé; quelquefois même l’urine sort goutte à goutte , et son expulsion exige des efforts inouis , ou même il y a rétention absolue d’urine. Dans cet état fâcheux, on cherche à rétablir le calibre des voies d’émission par tous les moyens possibles. Le régime, les lempérans, sont mis en première ligne dans le traitement; mais ils deviennent impuissans , il faut recourir nécessairement aux moyens chirurgicaux.

Ne semble-t-il pas qu’il suffirait de porter dans un canal un tube qui le dilaterait et comprimerait les obstacles qui y existent, pour qu’un fluide puisse y couler ? Ne semble-t-il pas encore qu’il suffirait de maintenir à demeure ce tube pour rétablir le calibre du canal, etqu’ainsi on effacerait les obstacles par la dilatation? Ce que la raison inspire est cependant considéré sans valeur par la plupart deschirur-

giens; et pour détruire un obstacle , on propose de Je brûler au moyen des caustiques.

Jadis la cautérisation était une pratique usitée , mais le temps en fit justice : elle fut abandonnée. Elle a été, il y a quelques années, replacée sur la scène de l’art, principalement en Angleterre, où elle a joui d’une immense \ogue. Les médecins français l’ont revendiquée, car elle a pour fondement une prétendue guérison obtenue par Guillaume Loyseau sur Henri IY. Ducamp a surtout fait revivre cette méthode, qui bientôt a été appliquée avec un aveugle enthousiasme.

Eh bien ! la cautérisation est une opération le plus souvent funeste et déplorable. Il est très-peu de cas où l’on puisse se permettre d’en faire l’application; cependant on la voit journellement exécutée !

Si l’on voulait oblitérer un canal, tel qu’un trajet fistuleux, il suffirait de le cautériser. L’action du caustique produisant une brûlure , il en résulterait une crispation des tissus , une inflammation et une adhérence : et l’on voudrait rétablir le calibre du canal de l’urètre par la cautérisation?

Il est vrai que lorsqu’on a cautérisé le canal de l’urètre, on opère sa dilatation avec des sondes de diverses formes, et l’on maintient le calibre de ce canal; mais la dilatation fait tout alors. On la considère comme l’auxiliaire de la cautérisation, il serait plus raisonnable de la regarder comme son antidote, comme le moyen de remédier au mal

qu’elle a fait. La cautérisation exclusivement employée oblitérerait complètement le canal de l’urètre, et la dilatation exclusive rétablirait la capacité de ce canal. Qu’on emploie la dilatation seule, et l’on verra que les obstacles seront beaucoup plus tôt vaincus, que le calibre du canal de l’urètre sera bien plus tôt rétabli. A la vérité, le système de traitement n’aura pas été aussi brillant, aussi retentissant; le malade ne sera pas redevable à son médecin d’une aussi grande masse de reconnaissance matérielle, mais, en revanche, il sera plus tôt et plus sûrement guéri ; il aura échappé à beaucoup de douleurs, à beaucoup d’accidens qu’il eût éprouvés s’il s’était soumis à la cautérisation. Yoilà de grandes vérités que je proclame en opposition à presque tout ce qui est écrit et qu’on croit généralement. Je me félicite, en disant de telles vérités, de rendre un immense service à l’humanité souffrante !

Ce service n’est-il pas important , puisque les malades, éclairés sur ce qui leur est utile ou nuisible, pourront se soigner eux-mêmes dans les cas où ils sont privés des secours des hommes de l’art ?

Pour rétablir les dimensions du canal de l’urètre, il suffit d’imprégner d’huile une sonde flexible et de la porter dans ce canal. Si l’on trouve un obstacle, on engage doucement l’extrémité de la sonde et on ne va pas plus en avant. Cet instrument agit à la manière d’un coin ; en se gonflant , il écarte l’obstacle. Aune nouvelle introduction, opérée quelques

heures plus tard, on pénètre plus profondément. On met quelquefois des intervalles d’un ou plusieurs jours; mais en persévérant et en usant de prudence, on parvient infailliblement à faire entrer une sonde jusque dans la vessie.

Pour atteindre ce but , on se sert de sondes , de bougies qui varient par leur forme, leur dimension, les substances qui les composent. Les bougies de gomme élastique, celles de cordes à boyaux, partagent la préférence qu’on doit leur donner sur toutes les autres. On vante cependant des bougies médicamenteuses, celles de caoutchouc, celles de gélatine provenant de l’ivoire; ces dernières sont très-défectueuses, parce qu’elles se racornissent en se desséchant , se ramollissent trop par l’humidité , et ne conservent pas le degré de résistance convenable pour opérer la dilatation.

Le traitement des coarctations de l’urètre, généralement considéré comme un point fort important de la chirurgie, peut se réduire à de simples notions et être mis à la portée des malades euxmêmes. A la vérité, on rencontre quelquefois de grandes difficultés; il faut de l’opiniâtreté et souvent employer de la violence; pour les surmonter, il devient même indispensable de franchir certains obstacles de vive force. Aussi propose-t-on d’user de sondes pointues , d’instrumens tranchans qui portent le nom cYurétrotomes. Si l’obstacle est grand, la force qu’on doit employer pour le vaincre doit

cire grande. Toujours est-il que c’est d’une manière mécanique qu’il faut agir ; et si la cautérisation opérée par des agens chimiques est employée dans des cas même où un obstacle très-étendu semble autoriser son application, elle entraîne un ordre nouveau d’accidens et commande toujours de recourir à la dilatation , indispensable auxiliaire.

MALADIES VÉNÉRIENNES VÉROLIQUES.

On ne doit pas considérer le mot vénérien comme synonyme de vérolique. Le premier est générique, commun à toutes les affections contractées dans les plaisirs de Vénus ou érotiques; le second spécifie une seule classe de ces affections. Je l’emploie comme adjectif, comme épithète.

C’est un virus éminemment contagieux qui détermine les maladies vénériennes véroliques. L’irritation, l’inflammation, ne sont que des phénomènes accessoires, consécutifs. L’éréthisme vénérien n’est pas la cause déterminante; sous ce rapport, il n’est qu’une chimère; le contact ou l’inoculation est tout. Or, le contact peut être indépendant de toute sensation voluptueuse, même de tout rapprochement sexuel; il suffit qu’une partie contaminée, souillée du virus , soit mise en rapport assez exact avec une surface quelconque pour que la contagion puisseen résulter. Certaines dispositions favorisent cette contagion : ainsi, les frottemens font entrer dans les pores et pénétrer le virus; mais une excoriation,

l’enlèvement de l’épiderme, de l’épithélium, rendent son absorption plus faeile.

C’est donc un virus qui, en pénétrant dans les tissus, devient la cause des maladies vénériennes véroliques. Eli bien! une telle croyance est regardée comme un paradoxe, comme une erreur, comme une opinion absurde, digne des temps arriérés où l’on ignorait les lois de la physiologie.

Certes, je suis loin d’embrasser les idées rétrogrades; j’admire les progrès que la physiologie a opérés en médecine ; mais je ne peux concevoir comment on peut soutenir que l’irritation seule occasionne les maladies vénériennes véroliques. Sans doute l’ irritation engendre des maladies vénériennes , mais celles-là seules que j’ai qualifiées de phlcgmasiqîies , et qui en imposent souvent par une physionomie trompeuse.

Peut-on douter de l’existence du virus et de sa funeste influence, lorsque la moindre expérimentation prouve sa réalité? Prenez sur un chancre récent l’humeur qui y est sécrétée, et avec une lancette pratiquez l’inoculation sur une partie saine, vous verrez s’il n’y surviendra pas bientôt une ulcération chancreuse; mettez en contact avec un chancre vénérien une surface excoriée , et vous verrez si bientôt la contagion ne s’ensuivra pas? Dans ces easy aura-t-il eu spasme génital, irritation? Non , P irritation , l’inflammation ne seront certainement que des phénomènes secondaires et consécutifs.

Quel est donc ce principe subtil qui occasionne les maladies vénériennes véroliques? C’est un fluide visible, matériel, qui se présente sous forme d’une sérosité limpide, et qui ressemble parfaitement au fluide qui s’écoule d’un bouton vaccin. Mais pour le trouver tel, il faut examiner un chancre récent, bien lavé, bien essuyé; qu’on observe, qu’on attende un temps moral, on voit une sérosité exhalée à sa surface : c’est le virus.

A la vérité, le virus est ordinairement mélangé avec le pus ; mais alors il n’est pas dans son état de simplicité, et plus la quantité de pus est considérable, moins le virus est actif. N’en est-il pas ainsi pour le virus vaccin? Ouvrez au septième jour de sa formation une pustule, il s’écoule un virus limpide; si on l’inocule, il donne une bonne vaccine : plus tard le bouton devient opaque, du pus a été sécrété; si l’on veut pratiquer l’inoculation, il arrive qu’elle ne réussit pas.

Le virus vérolique est d’autant plus actif qu’il est plus récent. Aussi une personne qui ne se doute pas d’être infectée peut communiquer la vérole, si elle a une pustule à la première période de la formation ; pendant qu’une autre personne qui sera atteinte de symptômes consécutifs très-prononcés, d’ulcères anciens, ne communiquera pas la maladie. L’expérience confirme journellement que des individus infectés de syphilis chroniques ne la transmettent pas dans l’acte de la génération.

miLADIES VKROLIQUES PRIMITIVES.

Si les symptômes vénériens se déclarent peu après un contact ou un coït impur, on dit que la maladie est primitive. Alors les symptômes peuvent se manifester sur les organes de la génération euxmêmes , ou dans quelques parties plus ou moins éloignées où il aura été rapidement transmis par les voies du système absorbant. Mais, dans l’un et l’autre cas, le mal est récent; il résulte d’une infection qui ne remonte qu’à une époque peu éloignée , et n’est point la conversion de symptômes qui seraient déjà apparus et se seraient dissipés ou spontanément ou par l’influence des médications.

Chancre.

De tous les accidcns véroliques primitifs , le chancre est le plus tranché, peut-être même est-il le plus commun : c’est la vérole par essence ; c’est un ulcère qui a pour caractère de ronger les tissus, ce qui l’a fait comparer au cancer.

Le chancre est un des résultats les plus manifestes de la contagion. Le virus a été déposé sur un point de la membrane muqueuse des organes génitaux, il y a séjourné, il s’est opéré une incubation : on voit bientôt se développer des phénomènes phlegmasiques , il y a un peu de rougeur, de gonflement; une papule ou une phlyctène se forme , puis elle se perce, il s’établit une petite ulcéra-

lion. Souvent un tubercule s’organise ; si l’on saisit entre deux doigts le point affecté, on sent une induration manifeste.

Il est des lieux de prédilection pour le développement des chancres. Ainsi, on en voit surtout à la couronne du gland, sur les côtés du frein, parce que le virus peut principalement y être déposé et y séjourner. Mais ils se déclarent sur tout autre point des organes génitaux, car il suffit d’une légère distension , d’un éraillement à la membrane muqueuse, pour favoriser l’imprégnation du virus dans l’acte de la copulation. Assez rarement on voit des chancres se manifester sur la peau de la verge, sur le scrotum.

Parlerai-je de cette infection acquise par d’autres ouvertures muqueuses? Ne sait-on pas ce que peuvent entraîner l’aberration des goûts et la dépravation des mœurs ? Il suffit qu’il y ait contact avec une membrane muqueuse , qu’un frottement ait été exercé, pour que, par un point quel qu’il soit, la contagion s’effectue, et que le chancre puisse éclore.

L’ulcération chancreuse n’a pas toujours la même physionomie; aussi admet -on trois espèces de chancres. La première est le chancre- folliculaire ; il est superficiel , étendu ; il réside spécialement dans les lames de la membrane muqueuse; il donne lieu à une exsudation assez abondante, il ressemble au pseudo-chancre , et se complique avec la balanite. La seconde espèce est le chancre esthiomène, rongeant ,

nommé huntérien; il offre des bords à pic, ordinairement saignans ; il est creux, arrondi , profond; il sécrète du pus mélangé de virus; on voit dans son fond une couenne albumineuse et quelques bourgeons rougeâtres ; sa circonférence est endurcie. La troisième espèce est le chancre tuberculeux ; il est monté en quelque sorte sur un mamelon dur et élevé : c’est Yulcus elevatum de Carmichacl; il y a ulcération au sommet d’un tubercule, d’où l’on voit suinter du pus ou un liquide clair, limpide, qui est le virus vérolique. Voilà les trois formes principales qu’offrent les chancres. Mais il y a confusion, conversion d’une espèce en une autre; plusieurs chancres se confondent quelquefois , et dévorent comme un carcinome les organes sur lesquels ils sont placés.

Abandonné à lui-même, le chancre a, dans quelques cas, une existence stationnaire; mais ordinairement il s’accroît en dimensions. Les pansemens, les soins, divers remèdes le modifient; il arrive qu’il se cicatrise, et le malade se croit guéri : erreur funeste! Si le chancre est vraiment vérolique, des accidens consécutifs ne tardent pas à se manifester. Les vaisseaux lymphatiques ne peuvent demeurer passifs; ils absorbent le virus sécrété et le transmettent dans l’économie, qui est infailliblement infectée dès qu’un chancre existe. Y a-t-il une époque à établir jusqu’à laquelle on puisse assurer que la résorption n’a pas lieu? On ne pourrait la déterni i-

ner, ce serait arbitraire et erroné. On doit admettre que, dès qu’il y a chancre, il y a infection générale.

Il est très-important d’avoir une telle croyance, pour juger de ce qu’on doit ou de ce qu’on ne doit pas faire au début d’un chancre. Si c’était un mal purement local, on pourrait l’enlever d’un coup de bistouri , ou le détruire par la cautérisation; il n’y aurait plus dès -lors qu’une plaie ou une brûlure, et la guérison serait bientôt effectuée. Mais, s’il y a dès le début absorption du virus, l’infection est générale. On enlève bien le symptôme local, on le fait disparaître, mais pour cela l’économie entière ne recèle-t-elle pas le principe virulent aspiré par les vaisseaux lymphatiques ?

Cependant la cautérisation jouit d’une grande vogue , et elle est employ ée par des syphilographes très-renommés. Dès que la moindre excoriation , la moindre petite ulcération , le moindre bouton se présentent aux organes génitaux, vite le nitrate d’argent est appliqué. Qu’arrive-t-il ? que très-fréquemment on a fait une cautérisation superflue, on a déterminé une brûlure qui exige plusieurs jours pour la séparation de l’escarre et pour que la cicatrisation s’opère, tandis qu’une excoriation qui était de nature simple eût disparu spontanément et rapidement. Quelquefois on a, à la vérité, cautérisé un chancre; mais, malgré cela , on voit qu’un tubercule volumineux, une ulcération, le chancre en

un mot, a grandi malgré la cautérisation, ou que, si une cicatrice est obtenue, l’économie animale tout entière est infectée, et des phénomènes consécutifs se déclarent avec une malignité désespérante. C’est fasciner l’imagination des malades , c’est les leurrer de trompeuses espérances, c’est les exposer à une grave infection , ou c’est faire une chose superflue, que de pratiquer la cautérisation aussitôt qu’on voit poindre un petit symptôme que l’on soupçonne être un chancre commençant.

Si la cautérisation doit être quelquefois tolérée, c’est quand un chancre est bien reconnu , afin de le modifier, défavoriser sa guérison, en même temps qu’on administre un traitement intérieur. Mais se borner à la cautérisation , c’est placer le malade dans une fausse sécurité, c’est se sortir la possibilité de bien juger de la nature du mal et d’appliquer avec discernement le véritable moyen curatif. Cependant, malgré les inconvéniens incontestables attachés à la cautérisation des chancres , M. Ricord a établi le principe suivant : « Toutes » les fois que, dans les premiers jours qui suivront » un coït suspect, on trouvera sur les organes sou- » mis à la contagion une pustule de quelque na- » ture qu’elle soit, et sans qu’on ait besoin d’un » diagnostic rigoureux , il faudra la diviser et cauté- » riser profondément les parties qui en forment la » base. En effet, quel mal y aurait-il à s’être » trompé? » Quel mal! il est immense, il expose

a une profonde infection; il oblige à recourir à un traitement beaucoup plus rigoureux. Heureux quand il n’en résulte pas la perte de quelque organe important, la destruction du voile du palais, des caries et d’autres désordres irrémédiables!

Au lieu de masquer, de défigurer un chancre, lorsqu’on a lieu de soupçonner son existence, on doit l’examiner long- temps pour bien le reconnaître ; et quand le diagnostic est bien établi , il faut recourir à un traitement anti-vérolique complet , tout en appliquant un pansement et d’autres moyens locaux convenables.

Pustules.

Le virus vérolique, celui qui produit le chancre, ne paraît pas avoir toujours le même degré d’acrimonie. Ce n’est point surprenant : il est modifié par le régime, par les traitemens, par le temps. Puisqu’il est avéré que le virus vaccin pur ou mélangé de pus n’a pas la même force, pourquoi n’en serait-il pas ainsi du virus vérolique ? Ce qu’il y a de certain, c’est que , lorsque la vérole a vieilli, elle n’a pas le même degré de virulence ; et au lieu d’un ulcère rongeant, on ne voit naître que des symptômes d’une malignité secondaire.

L’un de ces symptômes sont les pustules : il en est de plusieurs formes, d’espèces différentes. Il ne s’agit maintenant que de celles qui sont primitives. Elles sont larges, aplaties; on les désigne

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sous le nom de pustules plates. Elles sc manifestent principalement aux grandes lèvres, à l’anus; on en voit aussi à la verge et au scrotum. Qu’on se ligure un gros bouton vaccin , voilà à peu près leur physionomie, excepté qu’elles ne sont pas creuses au centre, ombiliquées.

Humectées par les mucosités vaginales, exhalant elles-mêmes une humeur visqueuse, ces pustules sont humides et conservent long-temps la même apparence ; mais elles se convertissent en une nature nouvelle. Ordinairement elles se ramollissent, s’excorient, s’ulcèrent et prennent un caractère chancreux. Tant qu’elles ne sont pas ulcérées , elles peuvent ne pas communiquer la syphilis , car la contagion nécessite une surface suppurante; mais dès qu’elles sont excoriées , elles sont redoutables. Aussi , dans le coït, les pustules déchirées peuvent transmettre la vérole, qui se formule par un symptôme quelconque. La pustule ne doit pas plus que le chancre être exclusivement traitée par des moyens locaux; elle exige impérieusement le traitement général.

Végétations.

N’est-ce pas une preuve de l’atténuation de la virulence vérolique, que le développement de ces végétations qui s’élèvent sur les organes génitaux? Au lieu d’un ulcère, d’une pustule, on ne voit quelquefois que des excroissances muqueuses ou charnues , prenant des formes variées.

Quelquefois ce sont de petites tumeurs en forme de verrue qu’on nomme poireaux ; d’autres fois ce sont des végétations qui , à cause de leur ressemblance, se nomment crêtes de coq, choux-fleurs. Dans tous les cas, on reconnaît un tissu accidentel : les petits vaisseaux sanguins de la membrane muqueuse se sont alongés et ont fait épanouir ces végétations morbides. Les unes sont étroites à leur base pédiculée ; les autres sont larges à leur base et se terminent par un bord aminci, ce sont les crêtes. Certaines ont des fentes qui les traversent , qui les divisent, et qui les font nommer avec raison caulif/ores.

Les végétations s’entretiendraient, croîtraient à l’infini, si l’on n’arrêtait leur développement. Si l’on se borne à l’emploi des caustiques, elles réagissent avec opiniâtreté; si on les retranche, elles repullulent. Ce n’est que lorsqu’on a appliqué le traitement intérieur, et détruit le vice qui les a fait naître, que les moyens locaux deviennent efficaces. Il faut donc s’empresser de recourir aux remèdes généraux, puis on en vient à des moyens locaux pour les enlever. Sans cela on se ruerait en vain contre les végétations, et l’on verrait, à la place de quelques poireaux, décrétés de coq ou de chouxfleurs, survenir un fongus affreux qui dégénérerait, prendrait le caractère cancéreux , et exigerait impérieusement l’amputation du pénis.

Comlylome.

Il est une sorte d’excroissance qui a un aspect tout spécial ; elle est lisse à sa surface, présente une forme alongée; elle est pédiculée, ressemble assez à une petite ligue, ou mieux à une jujube: cette excroissance se nomme condylome. Son siège de prédilection est le pourtour de l’anus. Elle décèle ordinairement des rapprochemens illicites; mais ce serait une erreur quelquefois de convertir en croyance un soupçon qui pourrait être téméraire. Le voisinage qui règne entre la vulve et l’anus peut bien permettre dans ce dernier lieu le développement d’une affection réellement contractée dans l’acte de la génération.

Le condylome n’offre pas de gravité; il est incapable de communiquer la contagion , et partage ce caractère d’innocuité avec les végétations , ce qui fait présumer que c’est un virus affaibli par le temps et des traitemens qui préside à son existence. Quoi qu’il en soit, c’est un symptôme vérolique qui exige un traitement général , et qui repullulerait si l’on se bornait à en opérer le retranchement.

Billion, adénite, poulain.

Voilà trois expressions pour désigner les engorgemens des ganglions ou glandes lymphatiques, qui se manifestent après l’infection vérolique. Le virus vénérien peut être absorbé, transmis dircc-

tement dans une glande de l’aine; il s’y établit un centre d’irritation, un gonflement: c’est le bubon d'emblée; ou bien un chancre est formé, l’ absorption du virus s’y opère, et un ganglion voisin s’engorge : c’est le bubon sympathique. Dans l’un et l’autre cas , il y a irritation dans une glande lymphatique; elle se tuméfie, s’endurcit, s’enflamme; les vaisseaux lymphatiques voisins se dilatent, s’engorgent également. Une tuméfaction s’observe au pli de l’aine, de là le nom de bubon. Les malades marchent à jambes larges, se tiennent comme s’ils étaient à cheval, ce qui a fait appliquer la dénomination triviale de poulain. Au total, il y a une ou plusieurs glandes enflammées : adénite.

Une irritation doit nécessairement s’aggraver tant que sa cause persiste; aussi voit-on les bubons grossir et l’inflammation parcourir ses périodes, si rien n’oppose obstacle. La peau rougit, une exhalation séreuse ou purulente s’opère, un abcès se forme; la peau s’amincit, s’altère, se décolle quelquefois largement; elle se perfore, le pus s’écoule. Dès-lors une ulcération existe; elle augmente; on voit un véritable chancre, qui mérite bien le nom de chancre ganglionnaire. Laisse-t-on le mal suivre ses progrès, l’ulcération s’étend en profondeur; rien n’est épargné, pas même les os du bassin.

Voilà ce que l’on voit dans le bubon vérolique; mais on s’en laisse imposer par des bubons phlegmasiques ou blennorrhagiques , qui cèdent aisément aux

anti phlogistiques; et parce qu’on guérit ces bubons par des moyens simples, on voudrait appliquer ces moyens à tous les cas : une telle pratique serait erronée. Aussi, qu’on parcoure les ouvrages des syphilographes qui pensent que les maladies vénériennes ne résultent que de l’irritation; on y verra le tableau hideux qu’offrent les bubons, lorsque leur nature est réellement vérolique.

Il faut être bien circonspect pour se prononcer quand on voit poindre une adénite à l’aine. Un simple furoncle, développé sur une partie voisine, peut la déterminer; il en est ainsi d’une excoriation des parties génitales. La disparition de ces petits accidens entraîne celle de l’adénite.

Mais lorsqu’un profond examen a fait établir la certitude de l’existence d’un bubon vérolique, il faut déployer les grandes ressources contre les affections de cette nature. Sans doute il convient de combattre une inflammation locale par des moyens locaux : on peut appliquer des sangsues , des ventouses scarriflées, des cataplasmes émolliens et narcotiques; on peut faire observer le repos, un régime rigoureux, la cure diète, pour me servir d’une expression nouvellement employée. Mais, malgré cela , l’adénite vérolique parcourrait sa marche, un abcès surviendrait, il y aurait décollement de la peau, ulcération, le mal s’aggraverait, s’entretiendrait d’une manière indéfinie ; ou s’il arrivait, par malheur, que la puissance des anti-

phlogistiques prévalût, que la cicatrisation s’opérât, que l’adénite se dissipât, on verrait plus tard une affreuse récrudescence de la vérole et les symptômes d’une infection générale. Il faut donc, lorsqu’une adénite vérolique est bien reconnue, employer un traitement spécifique. On voit bientôt sous son influence les accidens s’amender, et la résolution s’obtenir, lors même que la formation d’un abcès était imminente.

MALADIES VEROLIQUES CONSECUTIVES*

Lorsqu’un chancre a disparu par des moyens locaux, et notamment par l’effet de la cautérisation; lors même qu’il s’est parfaitement cicatrisé sous l’influence d’un traitement convenable; lorsque tout symptôme vérolique primitif, chancre, pustule, végétation ou bubon, est dissipé, et que celui qui a été infecté de la vérole se croit parfaitement guéri, il arrive que des symptômes morbides se manifestent dans des parties éloignées des organes génitaux, et tiennent indubitablement aune contagion anciennement acquise. Yoilà ce qui constitue les maladies vénériennes véroliques consécutives.

Angine.

Rien n’est plus fréquent qu’une irritation ressentie à la gorge avec sentiment de prurit, accompagné de fausse envie d’avaler. La luette se gonfle et s’alonge ; on a mal de gorge : c’est Y angine véro-

lique. Bientôt les amygdales se tuméfient, s’endurcissent; la voix devient voilée, rauque; des ulcérations se forment au voile du palais ou sur un autre point de l’isthme du gosier. Laisse-t-on aller les choses, le voile du palais est bientôt rongé, la voix du malade devient nasaunncuse, insupportable.

On voudrait calmer l’irritation, perpétuellement ressentie , avec des boissons adoucissantes , rafraîchissantes, des gargarismes acides et opiacés, certaines pâtes composées avec de la gomme; on applique des sangsues à la gorge; on fait observer un régime doux : tout cela est en vain , le mal s’entretient ou il augmente. Que l’on emploie un traitement spécifique, bientôt les accidens se calment et se dissipent. Pourrait-on douter, lorsque l’expérimentation est si concluante, de l’importance de prolonger un traitement qui a produit un prompt résultat, tandis que tous les anti-phlogistiques restaient sans effet?

Mais l’angine ne se borne pas à l’isthme du gosier , elle se propage dans le larynx , dans la trachée-artère , dans les bronches ; elle attaque les poumons , elle occasionne une toux perpétuelle. On soupçonne alors une affection catarrhale, une phthisie pulmonaire, lorsqu’il n’y a qu’infection vérolique. Si l’on se borne , dans ce cas , aux moyens généraux , les malades succombent ; mais si l’on a recours à temps au remède spécifique , on les soustrait à une mort infaillible.

Pustules crustacées.

L’un des symptômes consécutifs de la vérole , ce sont des pustules qui se développent sur presque tout le corps. Elles se présentent d’abord sous la forme d’une élevure rougeâtre, de couleur purpurine, quelquefois très-prononcée; mais, en délinitive, elles deviennent pointues, élevées, elles donnent lieu à l’exsudation d’une humeur qui se concrète et forme une croûte. Aussi ces pustules sontelles nommées crustacées.

Rien n’est plus commun que de voir de telles pustules sur le ventre, sur les membres; mais leur siège principal est le cuir chevelu. On rencontre des croûtes au milieu des cheveux, elles s’enlèvent, il découle une matière visqueuse; quelquefois il se forme une petite ulcération que recouvre bientôt une croûte nouvelle. Ces pustules envahissent les oreilles , le front ; et ce qu’on nomme couronne de Vénus n’est souvent autre chose qu’une traînée de pustules crustacées rougeâtres , développées sur le front.

Veut-on user de moyens de propreté , peigner les cheveux, laver la tète, prendre des bains entiers, administrer des dépuratifs à l’intérieur, des rafraîchissemens de toute espèce? on enlève bien des croûtes, mais d’autres renaissent, le mal s’entretient et s’aggrave ; il faut nécessairement recourir au traitement spécial.

Alopécie.

Ordinairement, lorsque des pustules se forment sur la peau delà tète, les cheveux tombent; la chute des cheveux ou Y alopécie peut aussi avoir lieu indépendamment de tout autre symptôme vénérien. Ce serait une erreur funeste que d’attribuer ce phénomène à F influence du mercure , elle empêcherait d’appliquer le seul remède efficace. L’alopécie dépend du mal, et non de l’action du remède. Heureux quand sa nature est réellement vérolique, car on peut espérer, à l’aide d’un bon traitement, de voir les cheveux repulluler; tandis que l’alopécie naturelle , idiopathique, est à jamais irrémédiable.

Bliagades.

Pour tout symptôme vérolique on aperçoit quelquefois une petite fente très-étroite à la bouche, à l’angle des lèvres, à la vulve, à l’anus ou ailleurs. On croirait qu’une telle ulcération doit aisément se cicatriser , que des lotions dessicatives , que des bains, que le repos des organes amènent la guérison ; il n’en est pas ainsi : le mal s’entretient d’une façon opiniâtre et ne cède qu’à l’influence d’un traitement radical. Souvent les rhagades se compliquent de Yonggose incarné : un ongle , celui du gros orteil notamment , rentrant dans la chair. On soulève l’ongle, on l’arrache même quelquefois , mais la rhagade persiste, parce que sa nature est réellement vérolique.

Gommes.

Lorsque la diathèse véroliqüe est très-caraclérisée , que les malades sont faibles, cachectiques , il se forme sous la peau de petites tumeurs molles et fluctuantes qui renferment une matière liquide; ces tumeurs se ramollissent, elles rougissent à leur surface, elles se perforent; il en découle une matière gommeuse, qui les a fait nommer gommes : ce sont de petits abcès séreux et purulens.

Si l’on abandonne ces abcès à eux-mêmes au lieu de les ouvrir, la peau s’amincit, s’altère, se crible de plusieurs trous ; trop appauvrie , elle ne peut plus être conservée : aussi est-il indiqué d’ouvrir les gommes pour donner issue au fluide qu’elles renferment; il est même quelquefois utile d’opérer l’excision d’une portion de peau; mais il faut toujours appliquer un traitement intérieur.

Ophtalmie ; rhinite.

Quel organe ne peut être atteint par le virus vérolique? Les yeux principalement sont affectés , et une ophtalmie opiniâtre se déclare; la conjonctive, le globule oculaire sont injectés de sang; il y a horreur de lumière , photophobie ; mais encore tous les désordres que peut entraîner l’ophtalmie sont à redouter : des ulcérations, des taches, la fonte même de l’œil tout entier.

Le nez n’échappe point non plus à l’action du virus : si ce n’est pas à l’extérieur que les symp-

tomes se prononcent, c’est dans les cavités nasales. Les lamelles osseuses qui se trouvent dans les anfractuosités de ces cavités se carient, se nécrosent, un ichor fétide s’écoule, et un genre Üozène, de punaisie spécial sert alors à caractériser la rhinite.

Ce serait bien en vain que, dans l’ophtalmie ou la rhinite vérolique, on compterait exclusivement sur les anti-phlogistiques , sur les dérivatifs , sur les topiques quelconques. C’est un traitement spécifique qui seul est capable d’amener la guérison , lorsqu’on l’applique à temps et qu’on n’a pas laissé s’établir une trop grande altération des organes.

Exostose.

Il n’est pas de système, dans l’économie animale, qui soit à l’abri de l’infection vérolique. Les tissus les moins organisés, les moins doués par conséquent de propriétés vitales, en sont atteints. Aussi les os 7 quoique essentiellement formés de gélatine et de phosphate de chaux , offrent-ils fréquemment des symptômes véroliques.

L 'exostose seule devrait convertir à la vérité les partisans de la doctrine de l’irritation, leur faire avouer qu’un principe subtil pénètre dans tous les replis de l’économie, les convaincre que , lorsque depuis long temps des phénomènes locaux se sont évanouis , sous une forme nouvelle le mal vénérien renaît de ses propres cendres. Mais le scepticisme est si formel, la prévention est si grande, l’ente-

tement est si opiniâtre, que l’on nie T évidence.

Toutefois, il est hors de doute que, lorsque le virus vérolique a sévi sur les organes génitaux, on voit long-temps après surgir des symptômes véroliques sur quelques points du système osseux. Les os les plus compactes se trouvent eux-mêmes attaqués, et c’est principalement dans le centre d’un os, là où il y a le plus de compacité, que les accidens se manifestent.

Les exostoses véroliques s’annoncent ordinairement par des douleurs sourdes, nocturnes, que Ton nomme ostéocopes. Est-ce que la nuit aurait quelque influence sur les douleurs véroliques, ou bien la chaleur du lit occasionnerait-elle leur exaltation ? Il est probable que c’est à cette dernière cause qu’on doit attribuer l’accroissement de ces douleurs nocturnes; peut-être aussi le calme du repos laisse- 1- il davantage au malade la conscience de ce qui l’affecte. Lorsque des douleurs ostéocopes sont ressenties , on ne tarde pas à voir un gonflement osseux qui proémine de plus en plus : tantôt c’est un renflement largement étendu; d’autres fois une éminence pointue , alongée, semblable à une corne ou à un stylet. Il n’est pas de forme que n’acquièrent les exostoses.

Long-temps stationnaires, les exostoses entraînent toutes les conséquences des engorgemcns inflammatoires. Le tissu osseuxse ramollit, il survient une ulcération : c’est la carie. En os s’altère de plus

en plus, se détruit par le fait du travail ulcératif, rarement il est frappé de mort et il y a une nécrose réelle. Cependant il n’est pas sans exemple de voir des nécroses véroliques. J’ai vu des séquestres osseux de cette nature se séparer de la voûte palatine.

Il survient quelquefois sur un os une tuméfaction qui paraît tenir à une exostose et n’est autre chose que le développement du tissu fibreux qui recouvre l’os : c’est alors une périosiose. Sans doute il y a un grand point de contact entre cette affection et l’exostose ; mais comme le tissu osseux lui-même n’est pas affecté , on a lieu d’espérer d’obtenir plus aisément le retour à l’état normal lorsqu’on emploie des remèdes efficaces.

L’exostose résultant de la vérole profondément invétérée , lorsque depuis très-long-temps les accidens primitifs sont dissipés, exige un traitement rigoureux. Il faut faire parvenir l’influence du remède jusque dans le parenchyme osseux , et certes la chose n’est pas aisée. Il faut ensuite solliciter une rétraction de l’os sur lui-même, réveiller sa contractilité organique , pour que le gonflement se dissipe; or, la chose est ou très -difficile ou impossible. On peut détruire le vice qui a déterminé l’exostose , faire cesser les douleurs qui assiègent le malade , arrêter la tendance au ramollissement et prévenir la carie; mais faire disparaître la tumeur osseuse par l’influence seule des remèdes, c’est ordinairement au-dessus de la puis-

sance de l’art. Lorsque le vice qui a donné lieu à l’exostose est anéanti , la forme du mal reste ; et pour la faire disparaître il faudrait agir comme sur les tissus accidentellement développés , en opérer le retranchement. Il convient mieux de se borner à calmer les accidens et à prévenir ceux qui pourraient survenir.

C’est un traitement général que réclame l’exostose; cependant certains remèdes locaux deviennent utiles : des émolliens, des narcotiques spécialement , s’il y a inflammation ou douleur. On peut faire pénétrer le mercure par imbibition au moyen des frictions, favoriser la résolution à l’aide des emplâtres fondans , tels que celui de vigo cum mercurio. Mais comme un virus préside toujours à l’existence de la maladie , tout doit tendre à anéantir ce virus.

Épliélidcs.

Il n’y a pas de formes que la vérole ne puisse revêtir : c’est quelquefois par de simples colorations de la peau qu’elle se formule; ce sont des taches analogues au haie occasionné par le soleil et que pour cela on nomme éphélides. On donne le nom de pustules cuivreuses ou formiées à ces taches ; mais il n’y a nullement sécrétion de pus , et la dénomination de pustule serait impropre.

Les éphélides dénotent une affection vérolique très - ancienne , très- atténuée par des traitemens incomplets. Ce n’est point un symptôme grave,

mais c’est un signe qui avertit qu’un vice réside encore dans l’économie, et indique l’utilité d’épurer cette économie par un système thérapeutique convenable.

Cachexie vérolifjue.

Au lieu des phénomènes morbides que je viens d’exposer, on voit des malades offrir un aspect vraiment pitoyable; ils sont hâves, maigres, épuisés. Ce sont des ulcères qu’ils ont sur diverses parties du corps; ce sont des végétations aux organes génitaux et à l’anus; leur peau est parsemée de pustules, de taches; il y a exsudation muqueuse par les oreilles, la bouche, le nez; les yeux sont enflammés, les paupières sont rouges, et l’on aperçoit des taies sur la cornée. En meme temps on voit des renflemens sur divers points du système osseux. Ce n’est pas tout : plusieurs organes sont le siège d’engorgemens ; les testicules notamment sont indurés, les ganglions lymphatiques sont développés, et les vaisseaux lymphatiques renflés se dessinent en relief. Les forces du malade sont abattues, la digestion et les sécrétions s’exécutent mal. Joignez à cela des frissons, un état fébrile perpétuel, la chute des cheveux, le changement dans la forme des ongles, la carie ou la chute des dents!

Voilà le tableau encore ébauché que présentent de malheureux vérolés dans les maladies vénériennes consécutives. On peut dire que leur chair tombe en morceaux , car les élémens sont trop al-

térés pour qu’ils puissent résister à l’ulcération. Si une inflammation s’établit quelque part, on peut s’attendre à la chute du tégument, à un ulcère qui ne pourra guérir. J’ai vu , dans des cas de cette nature, des ulcérations des organes génitaux que rien ne pouvait arrêter, et la destruction des paupières qui laissait le globe de l’œil constamment à nu.

C’est sans doute une décomposition du corps, c’est l’altération du sang, de la lymphe, que cet état qu’on nomme cachexie. Mais on dirait parfois qu’un principe d’une malignité extrême complique le vice vénérien, qu’il prend un caractère cancéreux; car les remèdes les plus énergiques ne peuvent enrayer la marche du mal. A la vérité, on doit voir en même temps autre chose : c’est la conversion en diathèse scorbutique. Lorsque cette fatale conversion s’opère, ou qu’il y a simplement complication de la vérole et du scorbut, la position des malades est réellement déplorable; car un traitement antivénérien appauvrit l’économie animale, et l’affection scorbutique prend de l’empire. Si l’on rehausse les forces vitales, et qu’on n’administre pas de remèdes anti-vénériens, les symptômes véroliques prennent une intensité nouvelle. Il faut avoir eu sous les yeux des infortunés atteints de cachexie vérolique pour s’en former unejuste idée. Combien n’importe-t-il pas de combattre les symptômes vénériens consécutifs, et de prévenir cette décadence de l’économie animale !

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