L’APPAREIL DE L’INNERVATION
Le système nerveux constitue un appareil destiné à remplir une fonction importante : l’innervation. Cette fonction , qu’on peut considérer comme une faculté, a, de meme que la circulation , un point de départ et des organes de transmission. Le point de départ, c’est le cerveau, le cervelet, renfermés dans le crâne, et la moelle épinière, renfermée dans le canal vertébral. Les organes de transmission, ce sont des cordons qu’on nomme nerfs. Le cerveau délibère, la volonté part; elle est transportée par les nerfs à une partie éloignée qui obéit à l’ordre qui lui a été transmis. Tous ces mouvemens rapides qu’exécutent les membres, cette mobilité extrême des doigts appliqués sur un instrument de musique, ont leur point de départ dans le cerveau : c’est de là qu’émane le mouvement. Y a-t-il un obstacle quelconque entre le cerveau et les membres? c’en est fait, à l’instant tout mouvement devient impossible.
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On conçoit combien il est essentiel que l’état d’intégrité soit parfait dans les centres du système nerveux, et dans les nerfs, conducteurs du sentiment et du mouvement , pour que l’innervation s’opère. Cependant , notre frêle machine est exposée à des atteintes, et la plus légère peut déranger l’ordre des choses : une goutte de sang épanché, une simple infiltration sanguine suffisent pour cela; on voit à l’instant des désordres qui portent le titre générique de névroses, et qui consistent dans l’ exaltation , la diminution ou l’aberration de la sensibilité, ou de l’innervation.
Apoplexie.
Qui n’a entendu parler de cette terrible maladie, désignée vulgairement sous le nom de coup de sang? Il se fait une irruption violente de ce liquide vers un organe, il y a une forte congestion, engouement sanguin; il s’opère des exhalations sanguines, même des épanchemens hors des vaisseaux qui s’éraillent ou se rupturent.
Le cerveau est le siège principal de V apoplexie. Cette maladie affecte surtout les individus sanguins, pléthoriques, dont le cou est court, la face vultueuse; mais il y a des exceptions à cette règle générale , et il n’est pas rare de voir des hommes maigres, à coualongé, être frappés d’apoplexie. Ce n’est pas tant la forme du corps qui est une cause de cette maladie, que la disposition parti-
culière du cœur et des gros vaisseaux. Le cerveau est sous l’influence immédiate du cœur; à chaque contraction de cet organe il reçoit des colonnes sanguines. Que le cœur soit trop robuste, hypertrophié, il poussera le sang avec trop de violence; que quelques émotions de l ame , la joie, la colère, accélèrent ou augmentent les contractions du cœur, il en sera de meme : le cerveau éprouvera une forte impression par l’abord d’une trop grande quantité de sang, et par l’impulsion immodérée que reçoit ce liquide.
C’en est assez de ce phénomène purement physiologique, mais hors de la mesure convenable, pour occasionner une rupture, une extravasation de sang, une hémorrhagie cérébrale, en un mot une apoplexie.
Une hémorrhagie est quelquefois un faible accident ; mais, selon le lieu où elle s’opère, elle est grave ou infiniment favorable. Que le sang s’écoule au-dessous d’une lame osseuse criblée appartenant à un os du crâne , l’ethmoïde , il y a une hémorrhagie nasale très-salutaire ; qu’au contraire ce fluide s’épanche au-dessus de celte lame osseuse, au lieu de couler au dehors, il comprime le cerveau : c’est une apoplexie qui peut être mortelle. Cependant c’est le même phénomène qui se passe quelques lignes plus haut ou plus bas, voilà toute la différence sous le rapport anatomique ; mais , sous le rapport pathologique, combien n’en est-il pas autrement!
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s’est opérée, l’homme est comme foudroyé; il peut succomber à l’instant, et l’on nomme alors V apoplexie foudroyante ; mais l’épanchement de sang n’a pas toujours la même gravité.
Divers symptômes annoncent que l’apoplexie s’est opérée : le malade se trouve tout-à-coup dans l’impossibilité de mouvoir certaines parties de son être; ordinairement une moitié du corps est frappée de paralysie; la face se crispe et se détourne d’un côté, parce que le côté opposé ne peut plus se contracter, il est atteint d’inertie; la langue est déviée , la prononciation des mots est difficile ou impossible; un membre supérieur et inférieur, d’un côté, sont inhabiles à exécuter des mouvemens; le jeu de la respiration est diminué de l’un des côtés de la poitrine; enfin, il y a paralysie d’une moitié du corps : hémiplégie. La respiration devient difficile, pénible, stertoreuse; la face parait rouge , livide , tant elle est injectée de sang ; on voit un état pléthorique très-prononcé ; le malade tombe dans un pénible sommeil , dans un état comateux.
Que se passe-t-il alors dans le cerveau? Il y a du sang épanché, et il peut se faire un épanchement nouveau suivi de la mort. Mais les forces de la nature, secondées par les moyens de l’art, peuvent enlever le sang extravasé. Voici le phénomène qui alors s’exécute :
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Il y a une plaie, une rupture dans la substance du cerveau, là où le sang est extravasé. Une petite pellicule se forme sur toute l’étendue de la plaie cérébrale ; c’est une membrane en forme d’ une petite vessie qui s’organise et entoure le sang épanché. Cette vessie exhale dans sa cavité de la sérosité, une eau limpide. Cette sérosité délaie le sang, le dissout. Lorsque ce üuide est assez liquélié, la membrane organisée étant douée de vaisseaux absorbans aspire le sang délayé et la sérosité tout à la fois; il se fait continuellement une exhalation nouvelle, il se fait aussi continuellement un travail d’absorption. Quand tout le sang a été délayé et absorbé , la vessie qui s’était formée n’est plus utile, ses parois se rapprochent, adhèrent entre elles; il ne reste plus qu’une cicatrice à la place de la rupture cérébrale. Voilà par quel mécanisme admirable se guérit l’apoplexie!
Il est facile d’établir maintenant le système de traitement qui convient à cette maladie. C’est un trop plein des vaisseaux sanguins , ce sont des mouvemens désordonnés de la circulation qui l’ont déterminée : il faut évacuer du sang par des saignées répétées, et éviter toutes les émotions de l’ame; puis, songer à ce travail d’absorption du caillot sanguin qui doit s’opérer. Pour favoriser ce travail , il convient de prescrire une rigoureuse diète, d’opérer des révulsions sur les membres avec des vésicatoires, sur les intestins avec de légers purgatifs. Un déci-
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gramme d’émétique dans un litre de liquide est un laxatif très-convenable; des lavemens purgatifs peuvent aussi opérer une révulsion favorable.
Si le malade éprouvait de la céphalalgie, on pourrait appliquer des réfrigérans : de l’eau froide ou de la glace sur la tête. On conseille de ranimer les mouvemens par des frictions, l’électricité; mais on doit toujours considérer qu’un travail s’opère pour absorber le caillot sanguin, et l’on conçoit que la plupart des médications qu’on emploie deviennent illusoires. Il ne faut pasen abuser , mais compter essentiellement sur l’œuvre de la nature.
Paralysie.
On pourrait dire avec une apparence de raison que h paralysie est une maladie du système musculaire, puisqu’elle consiste dans l’abolition du mouvement; mais elle a son point de départ dans le système nerveux, et elle dépend d’une lésion du sentiment, c’est-à-dire de l’innervation. Que les centres nerveux principaux, le cerveau, lecervelet, la moelle épinière, éprouvent une influence morbide, qu’arrive-t-il? la sensibilité ne peut plus être transmise aux parties éloignées où les nerfs vont se distribuer : il y a paralysie du sentiment ; on remarque en même temps que les contractions deviennent impossibles : c’est la paralysie du mouvement.
Il peut donc y avoir diminution ou extinction de la faculté de sentir et de mouvoir séparément ou
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simultanément; mais dans la paralysie complète le sentiment et le mouvement sont à la fois anéantis.
L’apoplexie est une cause fréquente de paralysie; mais toute lésion physique des centres nerveux peut déterminer le même phénomène morbide. Rien n’est plus commun que de l’observer à la suite des fractures, des plaies, des contusions.
Sans aucune lésion du cerveau, du cervelet ou de la moelle épinière, on voit des paralysies partielles qui tiennent à la lésion des troncs nerveux ; aussi la section d’un nerf entraîne-t-elle la paralysie des parties où il va se distribuer. C’est très-naturel , très -physiologique : puisque le nerf est l’organe conducteur du sentiment et du mouvement, sa division met un empêchement formel à la communication avec l’organe central de la faculté sensitive.
Dans les lésions de la colonne vertébrale , l’on voit un genre remarquable de paralysie : tout le train inférieur devient inerte et insensible ; l’homme ne peut se soutenir sur ses membres inférieurs; il y a paralysie du rectum et de la vessie. Les urines ne peuvent être retenues, elles coulent sans cesse par regorgement; le rectum a perdu sa force de contraction , il y a constipation opiniâtre. On nomme paraplégie cette paralysie de la moitié du corps. La compression delà moelle vertébrale, produite par le gonflement du corps des vertèbres, l’occasionne quelquefois. Une inflammation de la moelle vertébrale, qu’on nomme la myélite , pourrait
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rigoureusement la déterminer; mais la cause la plus commune de la paraplégie est une lésion physique de la colonne vertébrale. Une violence exercée sur cette colonne peut enfoncer, fracturer quelques vertèbres : à l’instant, la moelle épinière étant comprimée ou déchirée, le train inférieur est paralysé.
Combien n’ai-je pas vu de malheureux postillons ou charretiers sur le corps desquels était passée une roue de voiture! La moitié inférieure de leur corps était imbécile, inhabile à remplir aucune fonction. L’état de ces infortunés était pitoyable!
Pour combattre la paralysie , il faut remonter à la cause qui l’occasionne, et agir, s’il est possible, sur cette cause. On soulèvera les corps étrangers, les pièces osseuses qui pourraient comprimer les centres nerveux; on combattra l’inflammation par des saignées locales; mais, tout en agissant contre la cause, l’effet reste persévérant , du moins c’est ce qui a lieu dans la pluralité des cas.
Comment réveiller la sensibilité éteinte? comment ranimer la contractilité anéantie? Il est naturel d’user de toutes sortes de moyens, dussent-ils être superflus.
Les excitations locales sont conseillées à cet effet : vésicatoires, sinapismes, moxas, ventouses, acupunture, électricité, tout cela est indiqué et peut devenir favorable; mais aussi tous ces moyens échouent quelquefois, et la paralysie demeure irrémédiable. Cependant on doit persévérer; la nature
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a des ressources qu’elle garde long-temps cachées; il peut se faire que le cerveau , que la moelle épinière s’accoutument à une compression qui a produit une paralysie , que plus tard le sentiment se réveille, et que les mouvemens se rétablissent. J’ai vu un changement heureux s’opérer sur des malades qui avaient eu le train inférieur paralysé par le fait d’une lésion de la colonne vertébrale, et c’est à la suite d’excitations exercées sur les membres avec persévérance qu’est arrivée l’amélioration. Dans des cas de cette nature, j’ai employé avec succès l’urtication. Je faisais flageller fréquemment les membres inférieurs avec un faisceau d’orties, et je suis parvenu, par ce moyen, à réveiller la sensibilité et la contractilité lorsqu’elles semblaient à jamais anéanties.
Convulsions ; épilepsie.
Il est un état pathologique qui consiste dans des mouvemens désordonnés et involontaires que l’on nomme spasmes ou convulsions? On sait qu’il est un tempérament auquel ce genre d’affections est essentiellement propre : c’est le tempérament nerveux.
Les spasmes et les convulsions sont le triste apanage des femmes, généralement douées d’un plus haut degré de sensibilité que les hommes; mais aussi on sait combien d’hommes sont femmes sous certains rapports, et sont accessibles aux impressions qui n’agissent que sur le moral.
DE LINJNEKVATION.
Ce sont, en effet, les impressions morales qui sont la cause ordinaire des spasmes et des convulsions; mais il existe des causes réellement matérielles qui les déterminent. Ainsi, la piqûre d’un nerf sulïit pour mettre en jeu la sensibilité nerveuse et exalter la force musculaire. Ne sait-on pas (jue les plaies occasionnent les convulsions , et même le tétanos? Que les lésions cérébrales, comme cela s’observe dans les lièvres, amènent des mouvemens convulsifs extraordinaires, qui augmentent prodigieusement les forces naturelles d’un individu? On voit des femmes frêles, sans énergie, acquérir dans des crises convulsives assez de force pour résister à plusieurs hommes vigoureux.
Les spasmes peuvent n’ètre que passagers et se terminer par un évanouissement; mais quelquefois il se déclare une crise violente qui a une longue durée. Lorsque les spasmes ou les convulsions sont périodiques, on les nomme épileptiformes. On devrait simplement les qualifier (ïépilepsie; car l’épilepsie n’est autre chose que la récidive des spasmes et des convulsions à des périodes régulières ou irrégulières.
Si l’on cherche la cause des spasmes périodiques ou de Y épilepsie ; on la découvre quelquefois dans certaines lésions du cerveau ; mais le plus souvent on demeure dans le vague des conjectures. Il peut bien exister une cause matérielle de ces maladies , mais aussi il est possible qu’il n’y ait qu’une aberra-
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lion (le la sensibilité qui ne se manifeste que par
quelques symptômes.
On voit des individus tomber tout-à-coup sans connaissance, pris de convulsion, s’agitant en tout sens, se heurtant sur tout ce qui les environne : leur face s’anime et s’injecte, leur respiration est stertoreuse, souvent de l’écume sort de leur bouche ; ils se mordent la langue , se meurtrissent le corps; et après une crise qui dure peu ou longtemps, ils reviennent à leur état primitif sans se souvenir ordinairement de ce qui s’est passé. Un tel état convulsif porte le nom cV épilepsie , de haut mal, de mal sacré , de mal caduc.
C’est dans la classe des remèdes anti-spasmodiques que l’on doit choisir ce qui convient contre les convulsions et l’épilepsie. L’éther , le musc , lecastoréum, l’opium, sont les moyens principalement efficaces. On fait des tisanes avec la mélisse, la valériane, et l’on y unit du sirop de camphre ou d’éther. On forme des pilules avec les extraits de jusquiame , de valériane et l’oxide de zinc, et l’on administre de ces pilules en en augmentant graduellement la dose. On fait des évacuations sanguines, si la tête est congestionnée. On applique des sinapismes aux membres inférieurs comme révulsifs; on prescrit des bains frais; on use encore de mille remèdes vantés , quelquefois rationnels , quelquefois empiriques. Malgré tout cela , on voit des convulsions revenir périodique-
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ment. Cependant le temps seul amène souvent la guérison : la menstruation est un remède pour les tilles ; le 11 ux hémorroïdal en est un pour les hommes. On voit que des spasmes ou des crises épileptiformes qui avaient lieu cessent complètement ; mais aussi on en voit s’entretenir d’une manière désespérante et ne se terminer qu’avec la vie.
Syncope.
Le cœur, le cerveau et les poumons sont sous une dépendance mutuelle. Si le cœur n’envoie pas au cerveau des colonnes sanguines, parce que ses contractions sont momentanément arrêtées, ce dernier organe n’influence pas le poumon, pas même le cœur; il y a défaut momentané d’innervation; les fonctions du cœur, du cerveau et du poumon se trouvent à la fois suspendues; il y a perte des sens, évanouissement , syncope.
Voilà ce qui a lieu après une hémorrhagie, une vive impression morale, l’évacuation des liquides renfermés dans l’abdomen lors de l’opération relative à l’hydropisic, quelquefois même après l’accouchcment ; mais, sans toutes ces choses, on voit des personnes nerveuses s’évanouir sous l’influence de la moindre cause, par les simples émanations de fleurs odoriférantes. Cet état pourrait être confondu avec le coma, le sommeil léthargique; mais il en diffère, parce qu’il est de courte durée , et qu’il y a suspension du mouvement de la circulation du
sang 5 le pouls est insensible. Une sueur froide se répand sur tout le corps, principalement sur le front; une pâleur effrayante se remarque ; il y a quelquefois des mouvemens convulsifs ; et si cet état de choses se prolongeait, la mort en serait l’infaillible conséquence.
Mais heureusement la syncope est passagère; le malade recouvre ses sens ; il entend un bruissement, un sifflement à ses oreilles par le rétablissement de la circulation; il respire, il pousse des soupirs; quelquefois il a des déjections alvines, des vomissemens; il ressent une céphalalgie violente , et revient de cet état spasmodique comme d’un rêve pénible.
Selon la cause qui détermine la syncope, des secours différens doivent être apportés. Lorsqu’elle dépend de l’hémorrhagie , il faut se hâter d’arrêter le cours du sang en exerçant la compression, en appliquant des réfrigérans, en donnant des toniques. Dans tous les cas, on doit placer le malade horizontalement, l’exposer à un courant d’air, lui faire respirer des odeurs stimulantes, lui faire des aspersions d’eau froide sur la face. L’éther, le vinaigre, l’ammoniaque, les liqueurs spiritueuses présentées devant les narines, stimulent la membrane muqueuse des fosses nasales. Si une inspiration s’opère, c’en est assez pour faire cesser la syncope. Cependant, si elle se prolongeait, on devrait exciter les membres inférieurs, la région du cœur,
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à l’aide des frictions; on appliquerait des sinapismes, et l’on ne cesserait toutes ces manœuvres que lorsque la respiration, la circulation et l’innervation seraient parfaitement rétablies.
Aliénation mentale.
Qui pourrait, par des paroles assez expressives, peindre toutes les aberrations de l’organe des pensées? Le monde est un vaste chaos sous le rapport intellectuel : l’orgueil , l’abjection ; l’ambition, l’abnégation de toutes choses ; le fanatisme religieux , l’impiété; la cruauté, une douceur pusillanime; toutes les passions les plus disparates sont constamment enjeu; mais elles sont masquées par un puissant mobile, l’amour-propre. Cependant l’un reconnaît les travers de l’esprit de l’autre, le critique, ou en rit, et ne se doute pas de la bizarrerie de son propre esprit. Il faut l’avouer, presque tous les hommes sont fous ; c’est ce qu’a dit Horace : Insanis et lu, stultique propè omnes.
Mais c’est lorsque l’organe essentiel de l’innervation a éprouvé une forte atteinte, lorsque l’homme n’est plus maître de ses sens, que l’on reconnaît l’incohérence de scs facultés intellectuelles. Ce n’cs( souvent alors qu’une exaltation de l’état normal , mais aussi ce peut être un état tout-à-fait extraordinaire et absolument en opposition avec l’ordre habituel des pensées. Aussi le mot folie sert-il à qualifier les aberrations de l’intelligence.
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Quelquefois c’est une tristesse profonde à laquelle l’homme est en proie : la mélancolie ; mais il délire sur quelques objets, il se croit dieu, roi, ou son cerveau est occupé d’une autre pensée erronée. L’un entend retentir sans cesse à ses oreilles des paroles importunes, l’autre travaille à purifier l’air pour tout le genre humain ; celui-ci croit avoir une fenêtre à sa tète par où l’on voit ses pensées, celui-là se croit possédé du démon ; tel autre a un penchant irrésistible au meurtre. J’ai vu des aliénés offrant ces divers caractères de folie, qui constituent la monomanie.
Au lieu de cela, le fou délire sur toutes sortes d’objets; il est gai ou triste, calme ou furieux. Mais il a perdu la raison; il a bien des éclaircies où il semble la recouvrer, mais bientôt il retombe dans les hallucinations. Cette espèce d’aliénation mentale se nomme manie.
Loin d’avoir une exaltation des facultés intellectuelles, l’aliéné est quelquefois dans un état d’abattement; il divague sur tout, il est insensé. Son cerveau a perdu toute énergie : c’est la démence.
D’autres fois l’intelligence est complètement dans un état de nullité; mais jamais elle n’a été développée, l’affection est de tout temps, congéniale : c est alors l’ imbécillité , Y idiotisme.
Comment redresser les travers de l’esprit, lorsqu’ils ne sont que l’exagération de l’état normal? On ne pouvait maîtriser l’homme par la morale
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lorsqu’il possédait sa raison; y parviendra-t-on par la puissance des remèdes lorsqu’il sera aliéné? C’est douteux. Dans certains cas, la folie est incurable ; mais lorsqu’elle dépend de quelque circonstance occasionnelle, d’une influence physiologique ou morbide, on peut, par de sages médications, espérer de rétablir l’ordre normal des idées. On doit traiter un maniaque comme un malade affecté du délire dans une lièvre cérébrale.
Pour combattre avec succès la folie, il faudrait examiner s’il existe quelque part une lésion matérielle. Si le cerveau était injecté de sang, hypérémié , on pourrait retirer des avantages des saignées, des affusions d’eau froide sur la tète; mais on ne peut guère se convaincre de la nature de la lésion existante : aussi plane-t-on au hasard dans le domaine de la thérapeutique pour chercher quelque remède contre la folie.
S’il y a délire furieux, ce qui annonce une exaltation de la sensibilité cérébrale, il est utile d’administrer des caïmans, des préparations opiacées, des douches, des bains froids, et d’apaiser ainsi la sensibilité nerveuse.
Mais on a recours également aux influences morales: tantôt on emploie l’isolement, tantôt on exerce quelque sympathie par des rapprochemens qui peuvent produire d’heureuses impressions. On tente tous les moyens que l’imagination suggère, et l’on n’obtient souvent que des succès sans durée.
Un jeune marin croyait avoir depuis plusieurs années un serpent dans le ventre, qui lui serait entré par le rectum. Je lui fis sentir un flacon d’assafœtida pour feindre de faire descendre le reptile ; j’introduisis des pinces dans le rectum, je saisis en même temps une vipère que j’avais fait apporter. Le malade vit le reptile, il fut guéri; mais au bout de quelque temps il se plaignit d’en avoir un autre. Il n’est pas de remède qu’on ne puisse tenter contre la folie ; mais c’est dans la manie aiguë , récente, qu’on doit espérer avoir du succès, car la monomanie, la démence, l’idiotisme, sont des écueils contre lesquels viennent échouer les efforts de la médecine.
Névralgie.
Au lieu de l’aberration, de la diminution ou de l’extinction de la sensibilité, on voit, dans un genre de névrose , une exaltation extraordinaire de cette propriété. Il n’existe aucun changement de forme dans les parties affectées; les mouvemens ne sont ni plus forts, ni plus faibles; il n’y a ni paralysie, ni convulsions; mais il y a une douleur excessive.
En quoi consiste cette maladie qui porte le nom
de névralgie? On ne saurait le dire. On rencontre bien quelquefois des tubercules sur le trajet des cordons nerveux; mais souvent on ne découvre absolument rien, et l’on doit se renfermer dans la croyance d’une simple exaltation de la sensibilité.
C’est à la face qu’on voit principalement régner la
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névralgie; les muscles y exécutent des mouvemens convulsifs. On dit qu’il y a tic ; et comme en même temps il y a douleur, on nomme cette affection le tic douloureux. Si c’est sur les membres supérieurs ou inférieurs que sévit cette maladie, elle porte le nom du nerf lésé. Au membre inférieur, c’est ordinairement le grand nerf sciatique; et la névralgie, à cause de cela, se nomme sciatique. Mais toutes les parties du corps peuvent offrir des névroses de cette nature. Certaines douleurs de dents ne dépendent que d’une névralgie qui règne le long des nerfs dentaires.
Comme la névralgie est une exaltation de la sensibilité , il faut affaiblir cette propriété par des moyens convenables. On sait que les plantes vireuses , narcotiques, l’opium, la jusquiame, la ciguë, remplissent cette indication. On donne des pilules où entrent ces substances. On forme, avec des huiles, des linimens dont on frictionne les parties malades.
On applique aussi au traitement des névralgies certains remèdes empiriques. L’essence de térébenthine, prise à l’intérieur, est considérée comme un remède efficace. Il est plus rationnel de compter sur les boissons anti-spasmodiques , sur les préparations où entreraient l’éther, le musc, le camphre, lecastoréum; mais les narcotiques, à la tète desquels figurent les préparations opiacées, sont le moyen par excellence.
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j’ai obtenu des effets étonnans de l’hydro-chlorate de morphine , appliqué par la méthode endermique près du point douloureux. Cette méthode consiste à poser un petit vésicatoire, à enlever l’ampoule, et à saupoudrer la surface de peau dénudée avec de l’ hydro-chlorate de morphine. J’ai vu des névralgies rebelles merveilleusement guéries par cette seule médication .
Mal de mer,
Quelle affection prouve mieux l’aberration du système nerveux que le mal de mer ? Un individu, plein de force et de santé, se place dans un vaisseau; il est en hutte aux vagues de la mer, à cette agitation continuelle de l’onde, au roulis, au tangage: le voilà en proie à des angoisses inaccoutumées. Son estomac semble se soulever, défaillir; il éprouve des envies de vomir; il est pris de vomissemens douloureux. Cet état de malaise extraordinaire était nommé nausia par les Grecs , très-sujets à l’éprouver sur la mer Méditerranée. Ce nom dérive de celui de mus y vaisseau; les Français emploient l’expression de nausée.
Il faut avoir éprouvé le mal de mer pour s’en faire une juste idée. C’est un sentiment d’anxiété indicible qu’on ressent dans la tète et dans le cœur; c’est une envie de vomir, plus pénible souvent que les vomissemens eux-mêmes; c’est un accablement général qui ne permet pas de se soutenir;
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ou tombe , on demeure comme anéanti , souvent sur les matières vomies; on refuse les alimens, et volontiers on verrait arriver le terme de la vie. Cicéron éprouva le mal de mer à un bien haut degré, lorsqu’il cherchait à se soustraire à la haine de Marc-Antoine ; il préféra aller à Gaëte se faire trancher la tète que de souffrir ce mal plus long temps. Caietam rednt, et moriar, inquit, inpatriâ sœpe servatâ.
On a cherché à expliquer cette sensation extraordinaire que fait éprouver la vague. Elle a été attribuée au mouvement que reçoit le cerveau , et qui , par sympathie, réagit sur les organes de la digestion. On a pensé aussi que le passage rapide des objets devant les yeux occasionnait un trouble qui était transmis par le nerf optique au reste du système nerveux. On a fait jouer un rôle au sang agité dans les vaisseaux, et parvenant irrégulièrement au cerveau. Jl peut en tout cela y avoir du vrai; cependant il serait difficile de bien se rendre compte de ce qui se passe réellement.
C’est un sentiment tout-à-fait analogue au mal de mer que fait éprouver le mouvement d’une balançoire., le cabot d’une voiture, surtout lorsqu’elle roule sur un sable mouvant. On ressent des soulèvemens d’estomac, des nausées , des vomissemens, et en même temps un mal de tête. Cela renverse certaines explications sur les mouvemens de la vague qui s’enfonce; sur le passage rapide des objets devant les yeux, car c’est au moment qu’une voiture
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va le plus lentement que les nausées sont le plus intenses.
On ne saurait ne pas reconnaître comme cause du mal de mer une secousse de toute l’économie. Ce n’est pas seulement le cerveau , mais ce sont tous les viscères qui éprouvent un ébranlement. Il est d’autant plus ressenti, que l’on a moins de courage, que l’on demeure abattu, assis ou couché. J’éprouvai le mal de mer, en allant à la tour de Cordouan , étant assis sur le tillac du bateau du pilote; je me relevai, je me mis debout près du mât, me tenant aux cordages : je sentis aussitôt les nausées se calmer, pendant que sous mes yeux je voyais plusieurs personnes rejetant tout ce que renfermait leur estomac et éprouver de grandes angoisses.
Le mal de mer, étant une affection purement nerveuse, semble réclamer l’emploi des anti-spasmodiques. Il est naturel d’administrer l’éther , l’opium, l’eau de menthe, l’élixir de Garus, et tout ce qui est susceptible de modifier la sensibilité; Mais tant que la cause persiste, le mal persévère; aussi faut-il faire des efforts pour rehausser les forces en général. Le meilleur moyen, c’est l’exercice, l’action musculaire. Le matelot, intrépide au milieu d’une violente tempête, conserve toute sa force et son agilité ; il est inaccessible à ce spasme nerveux qui abat un passager craintif. A la vérité, ce matelot est accoutumé aux agitations de la mer. Mais que le passager , au lieu de demeurer ren-
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fermé dans sa cabane, s’expose à l’air vif, il pourra souffrir de l’intempérie d’une atmosphère rigoureuse, mais il ressentira moins le mal de mer; pendant que , s’il s’abandonne aux anxiétés qu’il éprouve, il aura des vomissemens perpétuels, il tombera dans l’anéantissement. On dit que , lorsqu’on peut manger , le mal de mer passe; on pourrait renverser la phrase, et dire que, lorsque le mal de mer passe, on peut manger. Cependant, lorsque rassemblant ses forces on fait des efforts pour surmonter lemal, il arrive que l’on prend des alimcns, on leste son estomac , on assoupit la sensibilité nerveuse et on diminue extrêmement les anxiétés que détermine le mal de mer.
Si quelque substance est capable d’atténuer la sensibilité, ce sont les liqueurs spiritucuscs. Que peut-on craindre de l’usage de l’eau-de-vie, du rhum , d’un vin généreux ? Ce sont des moyens propres à remonter l’estomac, pour me servir d’une expression vulgaire. Il faut se relever quand on est abattu. Au lieu d’être gisant dans la langueur, il vaudrait mieux être gisant dans une demi-ivresse. Est-ce que l’opium n’agit pas en produisant l’ivresse? Pourquoi n’emploierait-on pas, pour amener un effet semblable, des substances plus naturelles que l’opium, surtout lorsqu’il peut en résulter des effets salutaires et qu’un état nerveux fait éprouver des tourmens pires que la mort?
Il est un moyen simple, mais bien rationnel , à