‹ Le medecin de mer, ou, Traité élémentaire de pathologie interne et externeChapitre 19 sur 25 · A 78 THÉ U A P E U T I Q U E · texte numérisé non relu

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qu’elle est sur le point de s’éteindre. C’est surtout contre les maladies inflammatoires , dans le but de les prévenir ou dans celui de les combattre, que la saignée est un moyen héroïque.

Cette opération se pratique essentiellement sur les veines et sur les vaisseaux capillaires ; ce n’est que dans des cas exceptionnels qu’on l’exécute sur les artères. Comme en ouvrant les veines on agit sur tout l’appareil de la circulation du sang, la saignée, alors, se nomme saignée générale. Quand on n’opère que sur le système capillaire, on dit que la saignée est locale.

Saignée générale.

C’est avec la lancette que communément on pratique la saignée sur les veines ; on peut se servir de la flamme, usitée en Allemagne, instrument dont la lame se détend au moyen d’un ressort ; mais avec la lancette il est plus aisé de n’agir que superficiellement ou d’aller profondément, selon que c’est nécessaire. Les lancettes qu’on doit préférer sont celles dont la lame est large et la pointe peu alongée, parce que , par une simple ponction , elles ouvrent convenablement les vaisseaux. Il faut proscrire, dans l’opération de la saignée , ces ligatures rouges, qui s’imprègnent de malpropreté, sont capables de communiquer des maladies contagieuses, et d’occasionner de l’effroi aux personnes nerveuses. Une simple bande de toile suffit, et pour

suspendre le cours du sang afin de faire gonfler les vaisseaux , et pour arrêter le cours de ce liquide après l’opération. Une petite compresse doit être disposée afin d’exercer une légère compression sur la piqûre , et un vase quelconque est nécessaire pour recevoir le sang. Si l’on pense que le malade puisse s’évanouir , on devra se procurer de l’eau fraîche et quelques liquides spiritueux ou aromatiques.

On peut ouvrir les veines du cou, du pied, de la main et d’autres parties du corps; mais il suffit, dans tous les cas, d’ouvrir les veines du pli du bras. Il n’est pas une raison physiologique qui puisse sanctionner la nécessité de toute autre saignée; l’erreur ou le préjugé leur font seuls accorder la préférence.

On rencontre au pli du bras quatre veines, qui sont , en procédant de dehors en dedans : la céphalique, la médiane céphalique, la médiane basilique et la cubitale. On peut ouvrir l’une de ces veines ; mais celle à laquelle on doit donner la' préférence, c’est la médiane céphalique. La médiane basilique est plus volumineuse, mais elle est placée au-devant de l’artère brachiale , et l’on risquerait de piquer ce dernier vaisseau , de déterminer une grave lésion, si l’on plongeait profondément la lancette. Toutefois on peut piquer la veine médiane basilique, mais en usant de prudence.

Quand on pratique une saignée , il faut placer le

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malade sur un siège et de manière à ce que la lumière tombe sur la face interne de son bras. On doit faire ôter les vêtemens qui serreraient le membre en haut. On met le membre dans l’extension, on applique le doigt indicateur sur le pli du bras, un peu en dedans du milieu de sa largeur, afin de reconnaître la position de l’artère qui est indiquée par le battement du pouls , et afin d’éviter ce vaisseau.

Prenant une bande de toile déployée , on applique le milieu de sa longueur sur la partie inférieure du bras , un pouce environ au-dessus de son pli 5 on croise cette bande et on la noue de manière à ce que le membre soit assez fortement serré. On voit bientôt les veines se gonfler , parce que le sang, revenant de la main pour se rendre au cœur, est arrêté dans sa marche. Lorsqu’on juge qu’une veine est assez distendue par le sang, on saisit la lancette ouverte, tenue par sa chasse entre les lèvres, on fait une simple ponction qui pénètre de deux ou trois millimètres de profondeur , ou plus si le malade a de l’embonpoint. Il est inutile d’exécuter la ponction , Y incision et Y élévation, comme on le conseille; une simple ponction subit. Il faut se garder de trop enfoncer la lancette, de crainte de percer la veine de part en part et d’intéresser les parties sous-jacentes. Le sang sort par jet, par arcade régulière; mais il arrive que le jet s’arrête, c’est que la bande trop serrée ne permet pas le cours ascendant du fluide dans le vaisseau : il faut alors rela-

cher un peu la ligature. Quelquefois le sang coule en nappe, en bavant; peu importe , pourvu qu’il sorte en quantité suffisante.

Cette quantité doit infiniment varier selon les cas qui réclament la saignée, la constitution des individus, leur âge. En examinant le malade, on juge si son état permet d’ôter beaucoup de sang. Si les forces chancèlent, il y a menace de syncope, ce qui commande d’arrêter la saignée. Ce n’est pas par le poids qu’on doit déterminer la quantité de sang qu’il faut ôter, c’est par la mesure de capacité. De trente à cinquante centilitres , voilà la mesure ordinaire des saignées.

Quand on croit avoir assez tiré de sang , on enlève la ligature, puis on place le pouce sur le trajet de la veine, au-dessous de la piqûre : aussitôt le liquide cesse de couler ; on lave le bras avec de l’eau fraîche, on place sur la piqûre la petite compresse qui a été disposée, et l’on fait avec la bande un bandage croisé. Il faut recommander au malade de tenir le bras fléchi : cette précaution seule suffirait pour arrêter le cours du sang, si, à la suite de quelques mouvemens, ce fluide avait tendance à couler encore.

Il arrive que les hommes les plus forts, les plus courageux, éprouvant un vide dans les vaisseaux , sont pris de syncope après la saignée; ils s’évanouissent. Le meilleur moyen alors est de placer horizontalement le malade; et, au lieu de le transit

porter sur un lit, ce qui le fatiguerait, il faut l’étendre sur le sol et placer un coussin sous sa tête; puis, on lui fait des aspersions sur la face avec de l’eau fraîche, on lui fait sentir quelques liquides spiritueux; le spasme cesse, et les sens se rétablissent.

Saignée locale.

Au lieu de désemplir le système veineux, il est indiqué quelquefois d’opérer simplement l’évacuation du système capillaire. Il y a une inflammation localisée dans un point : il faut une saignée locale. L’expérience prouve qu’une faible quantité de sang ôtée au voisinage d’un organe enflammé, est bien plus efficace qu’une grande quantité qui serait ôtée de l’appareil général de la circulation.

Sangsues. — Le moyen le plus usité pour faire une saignée locale, ce sont les sangsues. Ces annélides ont la propriété d’aspirer le sang de telle manière, qu’on croirait qu’ils agissent instinctivement pour opérer une médication. Souvent on éprouve du soulagement, à peine ils sont appliqués. On ne saurait, par conséquent, trop se prémunir de sangsues, lorsqu’on croit s’éloigner des lieux où l’on ne pourrait s’en procurer. On les conserve dans de l’eau fraîche et pure fréquemment renouvelée, mais surtout dans de la terre humectée avec de l’eau.

Lorsqu’on veut appliquer des sangsues, le premier soin est de bien laver avec de l’eau très-chaude la place où l’on doit les mettre. La moindre acreté

les rebute, et l’on fait de vains ou de longs efforts pour parvenir à les faire prendre. Il faut enlever la sueur, les émanations de tabac, de tout ce qui, enfin, peut imprégner la peau; après l’avoir lavée avec de l’eau chaude, on la lave avec du lait : c’est un moyen de mieux faire prendre les sangsues.

On place ces animaux dans un petit verre, dans un morceau de linge sec; on les met aussi dans une pomme creusée : le suc de ce fruit les irrite et les excite à mordre; on peut les mettre dans un petit cylindre creux, dont une ouverture est bouchée avec du linge imbibé de vinaigre; on se sert enfin de toutes sortes de stratagèmes pour diriger les sangsues sur la partie où l’on veut qu’elles mordent. Lorsqu’il s’agit de les appliquer sur un point fort limité, tel que les paupières, il faut les tenir une à une avec du linge sec, les serrer entre les doigts; en les pinçant , on les irrite , et elles mordent comme pour se venger.

Dès que les sangsues sont pleines, elles tombent : elles n’ont souvent tiré que peu de sang ; mais en lavant leurs piqûres avec de l’eau chaude, on fait abondamment couler ce liquide; quelquefois même il y a une hémorrhagie difficile à arrêter. On a vu, à la suite de l’application des sangsues sur la poitrine, les mouvemens de la respiration entretenir une hémorrhagie qui devenait mortelle.

11 faut savoir arrêter le sang provenant de la piqûre des sangsues. L’un des moyens à employer,

ce sont des lotions avec de l’eau froide et du vinaigre. On met des morceaux d’amadou, du linge brûlé; mais si l’on éprouve de la dilïiculté à étancher le sang, il convient de placer une petite boule de charpie du volume d’une grosse tête d’épingle dans la piqûre, de la maintenir avec le bout du doigt, et de demeurer dans cette position jusqu’à ce que le sang ait cessé de couler. Si, malgré cela, le sang coule encore, on peut pratiquer la cautérisation avec du nitrate d’argent; et si l’hémorrhagie est grave et rebelle, on cautérise avec une petite tige de fer rougie au feu. Il vaut mieux , sans doute, opérer une légère brûlure que laisser couler une grande quantité de sang, et encourir les chances d’une anémie qui pourrait devenir funeste.

Ventouses scarifiées.

On peut ne pas être toujours muni de sangsues, mais toujours on peut avoir des ventouses à sa disposition : ce sont des cloches en verre , en corne , ou en toute autre substance. Les ventouses en verre sont les plus usitées. Il en est qui sont garnies d’un robinet qui se lixe à une pompe aspirante, afin d’opérer le vide en ôtant l’air comme avec une machine pneumatique ; mais avec une simple cloche de verre, un peu rétrécie à son ouverture, on opère le même effet physique au moyen du feu. Il suffit de faire brûler un petit morceau de papier ou de la filasse dans la cloche que l’on applique pendant que ces

substances sont enflammées : l’oxigènc est employé à la combustion, le vide s’opère, et la ventouse est prise. Il est impossible que le malade sente l’action du feu, car il s’éteint en posant la ventouse. Mais , pour éviter toute appréhension, on peut placer sur un morceau de carton, comme la couverture d’une boite, un ou deux lampions, ou veilleuse; pendant que ces lampions brûlent, on les couvre de la ventouse, le vide s’opère, et l’application est faite.

On voit alors la peau se boursoufller, s’élever dans le vase; elle s’injecte de sang, elle devient rouge, violette; on aperçoit manifestement qu’il se fait une aspiration sur le système capillaire; mais cela ne constitue que la ventouse sèche. Pour opérer une saignée locale, on rend la ventouse humide. Pour cela on ôte la cloche, en pressant sur la peau vers sa circonférence, afin de faire entrer l’air; puis, on pique en plusieurs endroits la peau boursoufflée avec la pointe d’une lancette ; on fait de très-petites mouchetures, le sang ruisselle; on réapplique les ventouses, et le sang coule en abondance. Il est un instrument nommé scarificateur , fort usité en Allemagne, qui fait saillir douze ou dixhuit lames au moyen d’un ressort; il sert à pratiquer une série de piqûres par où surgit le sang.

Il n’y a rien de douloureux dans l’application des ventouses; les scarifications ne se sentent pas. Cependant il existe contre ce mode opératoire une répugnance que rien n’explique. On ne saurait

iS(> THÉRAPEUTIQUE.

assez se pénétrer de 1 importance de la ventouse scarriliée; car elle peut remplacer les sangsues, et devenir, dans quelques cas, préférable à la saignée générale.

Vésicatoire.

Lorsqu’on veut détourner une irritation existante sur une partie, lorsqu’on veut établir une exsudation purulente habituelle, on applique le vésicatoire : c’est un emplâtre recouvert de poudre de cantharides.

Pour appliquer un vésicatoire, il faut raser la place où on veut le mettre, si elle est couverte de poils. On lave ordinairement avec du vinaigre, puis on pose l’emplâtre. Afin qu’il touche exactement la peau , on le maintient avec des bandelettes de toiledieu, une compresse et une bande.

Quelques heures suffisent pour la formation d’une large phlyctène ou cloche. Ordinairement on ne fait le premier pansement qu’après vingt-quatre heures. Si l’on ne veut qu’un vésicatoire volant, on perce l’ampoule , la sérosité s’écoule et on recouvre avec du linge enduit de cérat; si l’on veut établir un vésicatoire suppurant ou produire une forte excitation, une révulsion, on enlève l’ampoule et Ion panse avec un emplâtre suppuratif. L’onguent de la mère, Je bazilicum , la pommade de sainbois, sont propres à déterminer la suppuration des vésicatoires.

Quelquefois le pus s’établit difficilement ; il se

forme des couennes albumineuses, de fausses membranes qui doivent être enlevées, et ce n’est qu’à la longue qu’il y a vraiment sécrétion de pus. Il faut de la persévérance , employer des onguens variés, et l’on obtient l’émonctoire que l’on sollicite.

Sinapisme.

Pour opérer une prompte révulsion, on applique le sinapisme : c’est un cataplasme fait avec de la moutarde délayée dans de l’eau ou du vinaigre.

On place ce cataplasme aux pieds , à la face interne des membres ou partout ailleurs ; on doit s’abstenir de l’appliquer à la plante des pieds , parce qu’il rendrait cette partie trop sensible et que la progression serait ensuite difficile. Le sinapisme produit de la rougeur. Si son action est permanente , il survient des phlyctènes. Ordinairement on ne laisse ce cataplasme que peu de temps : c’est le sinapisme volant. Quelquefois son action doit être très-prolongée.

Frictions».

Les frictions opèrent une vive excitation, parfois très-favorable. Elles sont sèches ou médicamenteuses. Les premières peuvent être faites avec une brosse douce ou' de la flanelle. Les secondes résultent de l’imprégnation dans la flanelle d’un remède quelconque.

Veut-on produire une révulsion, une excitation,

on imbibe ia ilanelle de teinture de cantharides; veut-on déterminer un autre mode de médication, on l’imprègne de vapeurs de benjoin , de teinture de digitale pourprée ou d’une autre substance.

Il est des frictions qui ont pour but de faire pénétrer des médicamens dans l’économie, notamment celles que l’on fait avec des préparations mercurielles.

Embrocation , onction.

Un mode de médication bien salutaire, c’est celui qui résulte de l’application , sur les parties malades , d’une substance médicamenteuse au moyen d’un doux frottement : c’est l’ embrocation ou l’onction.

On se sert à cet effet de substances demi-solides ou liquides : les pommades, les huiles, les baumes. Ordinairement les embrocations ont pour but de calmer les douleurs. On compose des linimens caïmans avec de l’huile de camomille, de jusquiame ou d’amandes douces; on y incorpore du laudanum.

Le baume Oppodeldok est vanté pour les douleurs rhumatismales. Les linimens où entrent le camphre et l’ammoniaque sont employés contre diverses douleurs chroniques et les engorgemens. Selon l’exigence des cas, on modifie la composition des remèdes dont on se sert pour pratiquer les onctions ou les embrocations.

Balnéations.

Les bains constituent un genre fort important de médication. C’est l’immersion de tout le corps ou de l’une de ses parties, ou bien c’est simplement une affusion, une douche, une ondée, une injection. Je range toutes ces modifications du bain sous le titre de balnéations , dénomination que j’ai créée. Jadis le bain n’était ordinairement qu’une ondée répandue sur la tête, les épaules, et qui s’épanchait sur tout le corps; elle était suivie d’une onction avec une huile aromatique. Homère dit que les nymphes qui, par l’ordre de Nausicaa , accompagnaient Ulysse au bain, portaient dans une fiole d’or un parfum huileux. Ce serait une pratique bien salutaire que d’oindre la peau avec une huile aromatique, à l’imitation des anciens Grecs !

C’est dans de l’eau naturelle et par immersion qu’ordinairement on prend le bain. Froid , il est tonique, mais ne peut être long temps supporté. Tempéré y il est calmant, il délasse le corps après qu’il a éprouvé de la fatigue. Chaud y il devient utile pour calmer certaines douleurs chroniques , mais il est débilitant.

Le bain d'eau de mer est éminemment tonique , parce que sa température est peu élevée , que le chlorure de sodium le rend excitant, et que la vague imprime un certain ébranlement a tous les organes. Ce bain convient quand il est utile de re-

hausser les propriétés vitales; mais lorsqu’il s’agit de calmer une irritation , le bain d’eau douce doit être préféré. Pour rendre l’eau plus douce , on y ajoute une décoction de son , de graine de lin , de mauves; et si l’on veut avoir un bain mucilagineux, on emploie de la gélatine animale: la colle de Flandre.

Au lieu des bains liquides, on prend quelquefois des bains de vapeur. On fait brûler sur un réchaud de la Heur de soufre, du benjoin, du cinabre, etc.; ces substances se volatilisent; on s’entoure le corps d’une couverture, ou bien on se place dans une caisse, et l’on se trouve ainsi placé de toutes parts dans une atmosphère médicamenteuse : c’est le bain de vapeur sèche. En se plaçant dans une chambre ou un appareil remplis de vapeur provenant de l’eau en ébullition, on prend des bains de vapeur humide.

On n’applique quelquefois le bain qu’à l’une des parties du corps. Le bain de pieds ou pédiluve est le bain partiel le plus usité; il est destiné ordinairement à opérer une révulsion, à détourner le sang qui tend à se porter vers la tête. Le bain de mains ou manuluve est surtout employé dans les maladies inflammatoires locales.

On peut administrer les balnéations en ondée, en affusion , en douche, en injection, selon le cas qui les réclame. Chacune de ces variétés de bain à son mode d’action. Les ondées produisent une im-

pression et une réfrigération très-favorables pour remédier à la fluxion du sang vers le cerveau. Les affusions rafraîchissent et nettoient toute la surface du corps, remédient à la débilitation qu’occasionnent les grandes chaleurs. Les douches produisent une oscillation qui favorise la disparition desengorgemcns; on peut les donner au moyen d’une pompe à incendie ou en faisant tomber une colonne d’eau d’un lieu élevé. Les injections possèdent des vertus que constate une expérience de tous les jours. Les lavemens et les douches ascendantes calment et rafraîchissent tout le corps. On pratique souvent des injections médicamenteuses, en combinant avec un liquide certaines substances calmantes, purgatives, astringentes.

Pansement.

C’est une opération d’une haute importance que 1 e pansement ; elle devient indispensable dans une infinité de maladies. C’est d’elle que dépend trèssouvent la guérison. Un pansement est-il bien fait, on voit bientôt arriver le terme d’une lésion ; est-il mal fait, cette lésion se prolonge indéfiniment, elle semble incurable.

Pour faire un pansement, le premier soin consiste à disposer les choses nécessaires. La principale est la charpie ; elle doit être fine, mollette, et non arrangée par brins parallèles : on en forme à son gré des gâteaux qu’on nomme plumasseaux. U fauf

avoir des compresses et des bandes d’un linge médiocrement lin et à moitié usé; il doit être sans coutures. Il faut proscrire la plupart de ces onguens si préconisés ; mais le cérat est toujours indispensable, soit pour enduire la charpie, soit pour recouvrir des bandelettes dont on entoure les plaies. Il est essentiel d’avoir des vases pleins d’eau tiède pour faire des lotions, car on doit enlever soigneusement toutes les malpropretés des parties affectées.

Tout doit être préparé à l’avance quand il s’agit de faire un pansement, avant que de dépanser le malade; des ciseaux, des pinces et une spatule doivent figurer à coté des pièces de pansement.

Avant que d’enlever les bandes et les compresses déjà appliquées, il est souvent utile de les humecter avec de l’eau tiède. Si elles sont collées par le pus, on les arrose ou l’on fait une immersion, si la partie malade le permet ; puis on enlève avec lenteur, avec douceur , tout ce qui existe sur une surface malade. On doit se servir alternativement des doigts, des pinces, et faire agir les ciseaux, pour couper les choses qui opposent de la résistance.

Dès que le mal est mis à nu , on procède à l’application des pièces nouvelles de pansement. Il faut, le plus ordinairement, entourer les plaies avec des bandelettes de linge recouvertes de cérat ; ces bandelettes protègent la cicatrisation et rendent le

pansement suivant plus facile. On place ensuite la charpie en plumasseaux ou en étoupe ; et l’on maintient le tout avec une compresse et une bande.

Il est mille modifications à apporter dans les pansemens. Dans une plaie récente, on rapproche les lèvres de la division à l’aide de bandelettes agglutinatives de toile-dieu, de diachylum ou de taffetas gommé. On calme une inflammation devenue trop intense avec des cataplasmes émolliens. Il est utile quelquefois d’exciter les plaies au moyen d’un onguent digestif, de réprimer avec la pierre infernale les bourgeons charnus qui s’élèvent; d’autres fois il convient d’employer des attelles pour donner aux parties telle ou telle direction, et empêcher une cicatrisation vicieuse. L’intelligence, dans ces cas, supplée au défaut d’indications précises.

Ouverture «l'abcès.

Il est essentiel de donner issue au pus qui s’est accumulé dans un foyer d’inflammation : c’est le meilleur moyen de faire cesser les accidens qui existent et d’en prévenir de nouveaux. Mais Couverture des abcès n’est pas exempte de danger , car on peut prendre pour des collections purulentes diverses tumeurs , et intéresser avec l’instrument des organes essentiels. Cependant, lorsque les signes du phlegmon ont été bien caractérisés et qu’on sent une tumeur fluctuante, que le tact donne la conscience d’un amas de pus, on peut

avec assurance opérer l’ouverture d’un abcès. On se sert à cet effet quelquefois d’un fragment de potasse caustique; mais cet escarotiquc opère une perte de substance fâcheuse à la peau. Il est plus convenable d’avoir recours à la lancette ou au bistouri : ce dernier instrument doit être préféré. On le tient comme une plume à écrire, le tranchant de la lame tourné en avant. Il faut alonger le doigt du milieu près de la pointe de l’instrument pour mesurer la longueur dont il doit pénétrer. On le plonge avec assurance , on parvient dans le foyer du pus, et ce liquide coule. Il faut quelquefois aller profondément; mais, usant de prudence, on emploie un instrument explorateur, tel qu’une sonde, un stylet , afin de faire en sorte de découvrir une cavité. Si l’on y parvient, l’abcès se dégorge, la tumeur s’affaisse; les accidens bientôt diminuent, le malade éprouve un grand soulagement. Il faut empêcher que l’ouverture que l’on a pratiquée ne se ferme; pour cela, on y introduit une petite mèche de linge enduite d’un corps gras. Mais pour dilater l’ouverture , il est avantageux de se servir d’une cheville faite avec de la racine de guimauve sèche: elle s’introduit aisément, et, en gonflant par l’humidité, elle dilate et agrandit l’ouverture. On ôte cette cheville pour donner issue au pus à chaque pansement , et on la supprime lorsque la sécrétion de ce fluide paraît tarie.

THERAPEUTIQUE.

Anti-plilogisüciues.

Saignée. — La saignée des veines, l’application des sangsues, les ventouses scarriliées , sont de puissans remèdes contre les inflammations.

Boissons. — La limonade avec de l’eau fraîche et crue; l’orgeat,, le petit-lait, l’eau d’orge; l’eau simple édulcorée avec le sirop de vinaigre ou le sirop tartrique, sont des boissons ou tisanes rafraîchissantes.

Bains. — Les bains entiers ou partiels dans de l’eau simple, ou rendue mucilagineuse au moyen d’une décoction de graine de lin, sont très-antiphlogistiques; ils doivent être donnés à une basse température. Les lavemens ou clystères sont des bains intérieurs éminemment rafraîchissans.

Cataplasmes. — Ce sont des bains demi-liquides et permanens. On les compose principalement avec de la farine de lin , que l’on délaie dans de l’eau fraîche. Il faut laisser absorber à cette farine autant d’eau que possible. Les cataplasmes doivent être épais et mous, fréquemment renouvelés, parce qu’ils se dessèchent et se réchauffent, et alors ne sont plus anti-phlogistiques. Si l’on veut rendre les cataplasmes caïmans, on les arrose de laudanum.

On peut faire des cataplasmes avec du riz bien réduit en pulpe, de la mie de pain, des mauves et toutes autres substances émollientes.

Anti-spasmofliciues.

Tout ce qui calme l’excitation du système nerveux, les spasmes, les douleurs, peut être considéré comme antispasmodique. Les bains tempérés sont placés en première ligne.

Tisanes. — On fait des infusions ou des décoctions légères de tilleul, de mélis.se, lorsque les affections spasmodiques sont peu intenses. La tisane de valériane convient dans les cas graves. On édulcore ces boissons avec du sirop d’éther ou d’ambre.

Potions.

Potion anti- spasmodique .

Eau distillée de tilleul 60 grammes (2 onces).

Eau de Heur d’orange 30 grammes (1 once).

Éther sulfurique 15 gouttes.

Sirop simple 30 grammes (1 once).

A prendre par cuillerée à bouche , de demi-heure en demiheure.

Potion antispasmodique calmante.

Eau de laitue 90 grammes (3 onces).

Extrait gommeux d’opium... 1 décigramme (2 grains).

Sirop de fleur d’orange 30 grammes (1 once).

Par cuillerée, de demi-heure en demi-heure.

Lavemens.

Décoction d’une ou deux têtes de pavot blanc dans un litre

d’eau.

Autre.

Décoction de racine de guimauve i/i litre.

Laudanum de Sydenham 12 gouttes.

Assa-fœtida...

Jaune d’œuf..

Autre.

8 grammes (2 gros).

Délayer le tout, et ajouter quantité suffisante d’eau pour un demi-lavement.

— L’éther est considéré comme le plus puissant anti-spasmodique; l’opium comme le principal calmant. Ainsi, en mettant quelques gouttes d’éther dans de l’eau sucrée, on forme à l’instant une potion anti-spasmodique. En faisant des pilules avec 3 centigrammes ( demi-grain) d’extrait d’opium, on se procure un remède très-calmant. Tous les liquides et les sirops employés comme véhicules sont à peu près insigniüans. L’acétate de morphine remplace efficacement l’opium et a des propriétés calmantes plus énergiques.

Sirop calmant .

Acétate de morphine 5 centigrammes (1 grain).

Sirop simple 30 grammes ( t once).

Par cuillerée à café , de deux en deux heures.

Anti-scorbutiques*

Les végétaux, les viandes fraîches, un air pur, voilà les principaux anti-scorbutiques.

L’eau salubre , les tisanes amères, celles de houblon, de gentiane, de centaurée, l’infusion de quinquina, sont considérées comme très-efficaces.

Sucs d’iierbes. — On fait des sucs d’herbes dé-

puratifs avec le cresson, le cerfeuil , le pissenlit,

le fumeterre, le cochléaria.

On peut manger ou simplement mâcher ces plantes.

Sirops. — Avec les plantes amères, notamment les crucifères, on fait des sirops anti-scorbutiques; on préconise principalement le sirop de Portai.

Anti-psoriques.

La gale, dépendant de la présence d’un insecte sous l’épiderme, se guérit par l’emploi d’une substance capable de faire mourir cet insecte. L’usage des dépuratifs, des purgatifs, des saignées et autres médicamens employés contre la gale, a pour fondement l’erreur et le préjugé. Ce n’est que lorsque les boutons psoriques occasionnent une vive irritation à la peau , que les anti-phlogistiques peuvent être utiles, non pour guérir la gale, mais pour calmer les aecidens qu elle détermine.

Beaucoup de substances âcres ont la propriété de faire périr l’acarus de la gale; mais le soufre, certaine préparation mercurielle, sont les médicamens les plus employés à cet effet.

Bains. — On fait brûler de la fleur de soufre pour prendre des bains de vapeur, ou bien on prend des bains liquides avec 120 grammes (i onces) de sulfure de potasse , et par ces moyens la gale se dissipe.

Lotions. — Le deuto-chlorure de mercure est un anti-psorique par excellence. On peut mettre A grammes ( 1 gros) de ce sel sur un litre d’eau , afin de laver toutes les parties où existent des pustules galeuses.

Pommades. — J’ai employé avec succès la pommade suivante, qui n’entraîne pas avec elle les inconvéniens de la pommade soufrée et ne décèle pas le traitement, lorsqu’on a intérêt à le tenir caché :

Axonge. 64 grammes ( 2 onces ).

Deuto-chlorure 2 grammes ( if2 gros ).

Pommade anti-psorique de Vliôpital Saint-Louis de Paris.

Axonge 8 parties.

Fleur de soufre 2 parties.

Soude cristallisée du commerce 1 partie.

Onguent citrin.

Axonge 250 grammes ( 8 onces ).

Huile d’olive 250 grammes ( 8 onces ).

Mercure 32 grammes ( 1 once ).

Acide-nitrique 18 grammes ( y^once).

— Les tisanes sont superflues dans le traitement de la gale; elles ne sont pas plus nécessaires qu’elles ne le seraient pour faire mourir les poux. Les bains simples conviennent pour calmer l’irritation de la peau et pour enlever les impuretés dont elle est imprégnée.

Anti-hcrpétiqucs.

Tisanes. — Pour calmer l’irritation de la peau dans les phlegmasies chroniques de la peau qu’on qualifie du nom de dartres, on donne des boissons tempérantes, dépuratives, que l’on fait essentiellement avec la tige de douce-amère ou la racine de patience. On fait une décoction avec environ 32 grammes (1 once) de ces substances sur un litre d’eau.

Sucs dépuratifs. — On peut donner avec avantage des sucs de plantes , tels que de cresson , cerfeuil, pissenlit, laitue, fumeterre, pimprenelle, cocliléaria ; au défaut de toutes ces plantes , on n’en emploie que quelques-unes. On les pile dans un mortier, et on en exprime le suc que l’on passe au travers d’un linge, ou que l’on filtre au travers de papier joseph. On peut donner un ou deux verres de ce suc par jour.

Pilules. — On vante la préparation connue sous le nom de pilules de Belloste, dans les maladies herpétiques. On peut tous les deux jours administrer quatre de ces pilules.

Pastilles. — Avec la fleur de soufre, la gomme et le sucre, on forme des pastilles anti-herpétiques, dont on doit manger douze ou vingt par jour.

Fleur de soufre. — Afin d’introduire le soufre dans les voies digestives, il vaut mieux mêler de la

fleur de soufre (15 à 20 grammes) avec du miel : on mange ce mélange ou bien on le prend avec du lait.

Pommades. — Pour combattre efficacement la gale , on applique des pommades. La dose est de 4 ou 8 grammes chaque jour jusqu’à parfaite guérison.

Axonge 1/2 kilogramme (1 livre).

Soufre sublimé 128 grammes (4 onces ).

On peut enduire, le soir, au moment de se coucher, avec cette pommade, les parties affectées.

Afin d’éviter les désagrémens inhérensà la pommade soufrée , l’odeur et la coloration qu’elle imprime, on la remplace par la pommade suivante :

Deuto-chlorure de mercure 2 grammes (% gros).

Axonge 64 grammes (2 onces).

Bains. — Les immersions et les lotions sont les anti- herpétiques par excellence. On peut mettre dans une baignoire en bois :

Sulfure de potasse 128 grammes (4 onces).

Acide sulfurique 32 grammes (1 once).

Pour un bain local ou des lotions, on mettra :

Sulfure de potasse 32 grammes (1 once).

Acide sulfurique 4 grammes (1 gros).

Eau 12 livres (6 litres).

Pour calmer l’irritation de la peau , on ajoute au sulfure de potasse de la gélatine; on forme ainsi des bains gélatineux. Il suffit de verser dans le bain une

50!2 thérapeutique.

solution de demi-kilogramme (une livre) de gélatine

animale (colle de Flandre).

Anti-scrofuleux.

Un régime tonique et nutritif, l’habitation dans un lieu chaud , sec, élevé et exposé au soleil , l’exercice du corps, voilà des anti-scrofuleux par excellence.

Tisanes. — Les tisanes amères , principalement celle qui est faite avec les sommités de houblon ou la gentiane, sont convenables dans les maladies scrofuleuses. On y unit le sirop où entrent des plantes dépuratives ou anti-scorbutiques.

Vin, Alcool. — Le vin ou l’élixir anti- scrofuleux résultent de la macération alcoolique de la racine de gentiane. On les donne à des doses variées, selon l’âge et la constitution des sujets.

Pommades. — Pour provoquer la résolution des engorgemens scrofuleux, on fait des frictions avec diverses pommades. Voici la formule de M. Lugol :

lodure de potassium 60 grammes (2 onces).

Iode 8 grammes (2 gros).

Axonge 1,000 grammes (2 livres).

Bains. — L’iode étant considéré comme un puissant anti -scrofuleux, on l’administre sous toutes les formes. Il est une teinture iodurée qu’on verse dans une baignoire, qui résulte de la solution de l’iode dans l’alcool. Voici une formule :

THERAPEUTIQUE .

Sel marin

Teinture d’iode Eau

00 grammes.

100 grammes.

50 kilogrammes.

Anti-s} i>liiliti<iiies

Il y a trois genres d’ anti-syphilitiques ; ceux qui conviennent : l.° aux maladies vénériennes plilegmasiques; 2.° aux maladies vénériennes blennorrhagiques; 3.° aux maladies vénériennes véroliques.

Toutes les médications anti-phlogistiques sont applicables aux maladies vénériennes phlcgmasiques. Les bains , les saignées, le régime, les pansemens, suffisent dans la plupart de ces symptômes, qui ne résultent que de L irritation , et qui, pour la plupart, se dissiperaient spontanément.

Lotions et immersions.

Acétate de plomb solide 4 grammes ( 1 gros ).

Eau simple y2 litre (1 livre).

Tisanes. — L’eau de lin avec addition de nitrate de potasse ( 1 gramme par litre) , l’orgeat , sont des boissons très-appropriées. Les malades doivent en faire un usage abondant.

Baume de copaiiu. — Le médicament le plus efficace contre les écoulemcns blennorrliagiques , c’est le baume de copahu. Pour masquer son goût , on

l’incorpore avec de l’alcool, du sirop, du sucre; on en fait des opiats, mais toujours sa saveur se fait désagréablement ressentir.

Voici la potion que j’emploie :

Sirop d’orgeat 60 grammes ( 2 onces ).

Eau 60 grammes ( 2 onces ).

Baume de copaliu 30 grammes ( 1 once ).

Gomme arabique 6 grammes (1 gros xfi).

Agitez ce mélange , et prenez deux cuillerées à bouche le matin à jeun.

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