‹ Le médecin de son honneur: drame en trois actes et en versChapitre 11 sur 46 · LE ROI , COQUIN · texte numérisé non relu

LE ROI , COQUIN

coouL\ {soulevant la tapisserie derrière laquelle il est

caché), A moi î

LE ROI [occupé à écrire).

Que veut-on ? que savez-vous ?

COQUIN (à mi voix).

Je sais, Sire, que ce balcon n'est pas haut, et qu'un homme De crainte d'attrapper quelque coup qui l'assomme, Peut, s'il saute assez bien, perdre une jambe au plus.

LE ROI (sans détourner la tête).

Quel est ce drôle ? Allons, pas de mots superflus. Vous ne m'avez pas dit aui vous êtes.

coQuiiv {un peu plus haut).

Moi, sire...

Je suis...

(Le roi jette un regard sévère sur lui.) ^ (à part) comme son frère il n'aime pas à rire, llai/f) Tout ce qu'il vous plaira que je sois... car hier Un homme de savoir, un homme de bel air M'a juré qu'on ne doit jamais être autre chose Que ce (jue le roi veut, alors qu'on se propose ]Je pratiquer la cour. . . C'est pourquoi je serai Ce qu'on me dira d'être, et le faux et le vrai. Sans que l'un, sur l'honneur, plus que l'autre me touche, Selon votre plaisir, sortira de ma bouche,

LE ROI [distrait).

Vous ne répondez pas à notre question.

Qui donc êtes-vous?

COQUIN

C'est que j'ai peur du balcon, Il est haut... Pour vous voir l'heure était peu propice, ^ ous n'avez pas besoin, je crois, de mon office.

(Il fait semblant de s'en aller.) LE ROI [distrait de plus en plus).

Quel office? restez.

(Il se lève et va s'asseoir dans un fauteuil à gauche en

passant devant Coquin; il parcourt des dépèches.) COQUIN [atwc une certaine inquiétude).

Vous voulez le savoir?

Je suis courrier à pied, à cheval... Mon devoir Est de porter, luttant avec la renommée, Des nouvelles partout... j'en excepte l'armée, A parler francnement je la fréquente peu.

Sire, mon médecin m'a défendu le feu.

LE ROI (avec un peu d'attention).

Enfin...

COQUIN [prenant de Passuravce), Je m'intéresse aux affaires des autres.

Si vous vouliez un jour me confier les vôtres. Je vais, en peu de mots, dire mes qualités.

Sans fausse modestie.... ô grand prince, écoutez : Je m'arrête aussitôt qu'à dîner l'on m'invite. Je mange lentement, et je m'endors très vite. Le premier dans le lit et le dernier dehors.

Du reste propre à tout et d'esprit et de corps, Triste, lorsqu'on est gai, lorsqu'on est plaisant, grave, Je me fais sommelier pour aller à la cave.

Chambellan, quand je prends à mon maître un habit, Intendant, quand je tourne un compte à mon profit, Chef d'office, s'il faut dérober à la table, Y compris le couvert, quelque mets délectable ,' Ecuyer, si je vais (la marche me fait mal) Promener mes loisirs sur le meilleur cheval.

Si du panier trop lourd, mon bras fait danser l'îinse , Pourvoyeur. . . en un mot valet par excellence ! . . . J 'ai deux maîtres, je sers chacun à mon désir. L'un, Don Gutierre. . . et l'autre. . .

LK BOi (gui a fini par écouter Coquin), Et l'autre...

Le plaisir.

Le maître préféré... Je suis le majordome De la gaîté... Le vin m'a créé gentilhonmie, Nul ne boit plue que moi ;

(Le roi fepasse devant lui d'un air grave. Coquin s'arrête un mom<;nt puis se rapproche d'un air obséquieux.)

Mais, malgré tant d*appas, Je redoute avant tout un roi qui ne ritpas.

Il est sous mon pourpoint une peau délicate , Dont le tissu craindrait Arlequin et sa balte.

L£ ROI

Je devine l'emploi, vous êtes un garçon Chargé de faire rire. *

COQUIN

Oui, le valet bouffon.

{A part.) Allons donc ! il y vient... [h(m() Ma qualité connue, Je ne puis plus rester, sire, la tête nue.

Je me couvre, ce droit au palais est le mien.

LE ROI (à part).

A mon tour maintenant. (AawO Poursuivons l'entretien.

COQUIN

Quel honneur l

LE ROI

Votre état est d'amuser les autres ?

COQUIN

En effet.

Vous voulez être à présent des nôtres ?

COQUIN

Oui, sire.

LE ROI

Je vous prends à l'essai pour un mois...

Attendez... vous aurez cent écus cnaque fois Que vos bons mots pourront me surprendre un sourire.

COQUIN [avec joie).

Cent écus chaque fois 1 n'allez pas vous dédire.

LE ROI

Mais si je n'ai pas ri, remarquez bien cela, Je vous fais arracher toutes les dents.

COQUIN [reculant).

Holà!

Ce serait trop risquer, mes dents sont impayables, Voyez !

LE ROI [s* asseyant près de la table).

Vous hésitez?

COQUIN

La crainte à tous les diables !

J'accepte le marché selon votre désir.

L4 pnrl) Sa bourse est à la peine et non pas au plaisir. Son frère convient mieux aux gens de mon espèce, Des mains d'un fou toujours il tombe quelque pièce Dans celles d'un bouffon.

SCEJNE Xlil. -

Lesprécédens, don HENRI , DON ARIAS {eritranl précipitamment) .

LE ROI

Que nous veut Don Henri '?

Pourquoi son teint brillant s'esL-il soudain flétri. i

DON HENRI

Sire, il vient d'arriver de mauvaises nouvelles, Mon frère, accompagné d'un parti de rebelles S'est jeté dans Séville, excitant contre vous La population.

LE ROI [se levant).

Ah I vous voilà bien tous î *

Bâtards de ma maison, race au crime enhardie Où je n'ai rencontré que de la perfidie!

Détrôner votre roi, c'est là votre dessein.

Vrais serpens que mon père a couvés dans son sein!

DON HENRI (avec vivacité).

Sire... ^

LE ROI

Silence, infant.

DON HENRI (avec fermeté).

Respectez donc ma mère.

DONARiAs{à;»arf).

H a toujours pour lui quelque parole amère, L'infant se lassera.

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