LE ROI , UN OFFICIER
l'officier [tenant plusieurs papiers à la main). Sire, à l'instant, une dame voilée, A remis ce placet, une dame appelée Léonor la belle.
Ah! (il prend b placet et lit).
« Sire, écoutez mes vœux :
» Un noble cavalier avait eu mes aveux,
» Les autres, vainement, s'efforçaient de me plaire ;
» Le choix que j'avais fait m'attira leur colère ;
» Ayant vu repousser leurs désirs amoureux,
» Ils prirent le parti de se venger entre eux.
» Ils firent donc courir de faux bruits sur mon compte,
» Et celui qui m'aimait de son amour eut honte.
» Il dédaigna ma main, m'entendant accuser,
» Et personne, depuis, ne voulut m'épouser.
» Hélas I ce cavalier, mari d'une autre femme,
» Ne peut plus être à moi, mais ce que je réclame
» C'est qu'il soit obligé, car je suis pauvre, ô Roi 1
» De payer pension dans un couvent pour moi.
» Enfin, ce cavalier, sire, c'est don Gutierre 1 »
Elle ne peut avoir une justice entière
Puisqu'il est marié ; mais je sens ses ennuis
Comme homme et comme prince, et tout ce que je puis
Je promets de le faire... Oui, certe, ô noble fille I
On ne dira jamais que le roi de Castille
Puisse laisser quelqu'un, opprimé, gémissant
Parce que l'adversaire est riche et d'un haut rang.
Qu'elle vienne demain.
(L'officier s'incline, mais reste dans le fond , tenant toujours des papiers à la main.)
LE ROI [à lui-même).
Grandeur, grandeur suprême !
Un argus aux cent yeux, voilà ton juste emblème ! Vigilance est le mot cour ta devise écrit.
Toujours des pas, toujours un projet dans l'esprit ! Si tu veux que ton nom brille un jour dans le monde, Don Pèdre, comme un astre à la chaleur féconde Sois le grand justicier, fais la part de chacun. Que nul solliciteur ne le semble importun, A l'œuvre donc, ô roi. Voyons...
(II prend des dépêches que lui présente rofficier.) . Quelque missive Partout où le roi va, sur ses traces arrive.
Il se met à feuilleter les dépêches, et en signe quelques unes quMI remet à rofticier.)
A Séville,... à Madrid,... ces ordres sont pressés...
(L'officier sort.)
fSCEIVE XIÏ.