JACINTHE , COQUIN
COQUIN
^ ^ Daignez vous arrêter
Femme mystérirtise à la robe de soie , Aux pantoufles d'escot... De peur qu'on ne vous voie, Vous courez , vent en poupe , avec la mante au front I Allons, découvrez-vous... Silence et voile font Que mon opinion, à grand regret j'y cède , Est^que l'on peut vous croire à la fois sotte et laide.
(Jacinthe ne répond rien; Coquin lonrne autour d'elle.) Rien : cette taille e<*t jeune : on a quelque printemps.
Combien en avons-nous? Il faut savoir le temps ; Lorsqu'on en a beaucoup surchargés l'un sur l'antre , Gela forme un hiver ! Quel âge est donc le vôtre ?
JACINTHE (d'union raillettr).
Eh ! bien, continuez , vous en resteriez là.
COQUIN
Je ne sais rien de plus.
JACINTHE
Vous avez dit cela Sans doute , aujourd'hui môme , à beaucoup d'autres femmes !
COQUIN
Non , à cinq seulement... mais j'ai gagné Ipurs âmes, Je dois vous l'avouer , par mon esprit badin.
JACINTHE (à part).
Ne pourrais-je donc pas m'esquiver au jardin ?
COQUIN (la retenant).
En marques de faveur elles m'ont rendu riche... (]ette natte d'abord, quoiqu'elle fût postiche, A bien joué son rôle, et dans ses nœuds vainqueur?, Avant d'être roussie, a captivé cent cœurs.
La baguette ci-jointe ornait un corps dé jupe ; On l'en ôta pour moi, je n'ai pas été dupe ; J'ai vu la chose et cru, je puis vous l'assurer, Qu'il était question d'une côte à tirer.
Tant on mit de façon... Cette baguette est pleine Des plus rares vertus ; sa mère, la baleine, Lui donna le pouvoir, dans sa barbe caché.
De redresser un dos incongrûment penché.
Toute taille, aujourd'hui, ment de par sa baguette, La droite se confond avec la contrefaite ; Mais ce petit soulier est bien glus surprenant, C'était une maison qu'alternativement Deux nains ont habitée, admirez l'aventure.
Sans jamais se trouver... Voici la miniature : Pour ce gant, appliquez là-dessus le museau , Il exhale une odeur de graisse de chevreau.
On l'aura mis en mue... Un ruban de comtesse...
(Coquin pendant ce couplet, attire Tun après raulre les objets dont il parle, objets bizarres et démesurés. Il retient Jacinthe qui essaie de s'éloigner. Jeux de scène.)
JACINTHE (à part).
Le menteur I c'est le mien... {Haut.) C'est de votre maître«se?
COQUIN
Jo n'aime pas la dame.
JACINTHE
Oh ! dites-moi pourquoi ?
I COQUIN. '
La raison est très bonne, elle est folle de moi. La femme oui voudra devenir ma maîtresse, ' Il faut qu'elle me mente et me trompe sans cesse, Me rende sot, jaloux, me maltraite, et pourtant Que je sois son envie , et je serai content.
Des maîtresses, tel est rincorrigible usage.
Je prétends, en cela je serai vraiment sage.
Que ce qui cause à tous le plus profond chagrin, Me fasse un cœur joyeux, un front toujours serein.
JACINTHE
Mais elle est belle, au moins?
COQUIX.
Belle serait la tête Bien peignée !
JACINTHE {à •part).
Ah ! le monstre ! {Haut,) Elle est aimable^
COQUIN
Bête !
JACINTHE (à part).
L'infâme ! Allons au bout. Pour ces mots irapudens Je veux le châtier. (Haut,) Elle a de belles dents, Peut-être....
COQUIN
Oh ! pour les dents... les plus belles du monde ! Quant à ce point, sa bouche en richesses abonde ; C'est une bouche d'or.
JACINTHE
Gomment ?
COQUIN
Le fait est clair :
C'est un faux râtelier... Cela coûte fort cher, A moins que d'un défunt on n'ait pris la mâchoire.
JACINTHE (à part).
Tu mériterais bien, pour cette fausse histoire, Deux cents coups de bâton. [Haut.) Mais elle a de beaux yeux.
COQUIN
De fort beaux yeux vraiment, s'ils n'étaient chassieux.
JACINTHE (à part).
Ah î la main me démange 1 {Haut,) A juger de la sorte Votre amour clairvoyant n'a rien qui vous emporte ; Vous ne prétendez pas l'épouser.
COQUIN
L'épouser !
Rayons, rayons cela 1 Je prétends m'amuser, Mon enfant, ma pensée est loin du mariage, On s'ennuie à la fin de voir même visage, Do ne goûter qu'un mets, fût-il très bon d'ailleurs : De plus mauvais souvent nous paraissent meilleurs. J'aime tout ce qui plaît et varie en ce monde. Et la nuit et le jour et la brune et la blonde ; J'ai pour reine dona Vénus, pour infant Don Cupidon, ce dieu malin et triomphant; Don Bacchus pour beau-père, enfin, l'Olympe brille (Mercure est mon cousin) dans ma noble famille. Cependant par un sort qu'on ne saurait prévoir, Si d'un vulgaire hymen j'accepte le devoir.
Je ne compte pas, non, prendre une femmelette. Je veux pour mon usa^e une femme complète , Non une ombre, une iaée, un ange, un séraphin , Je veux une commère, une gaillarde enfin , Mêlant le sérieux avec le badinage.
Qui pourtant n'ait d'amour fait nul apprentissage; J'y tiens , et je serai du reste un bon époux. On ne me verra pas, je le dis entre nous.
D'un juge impertmènt subir l'arrêt infâme Pour avoir négligé de festoyer ma fenmie...
Mon conte!... un chapon...
JAciPTTHE {lui donnant un soufflet).
Tiens, toi, comme ton chapon, Vous ne méritez pas pour fenune une guenon.
(Elle s'enfuit.)