‹ Le médecin de son honneur: drame en trois actes et en versChapitre 23 sur 46 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

Les précédens, DON GUTIERRE.

DON GUTIERRE.

Pourquoi vous enfermer ?

JACINTHE

Pardonnez notre effroi ; Tant de gens sont entrés à la suiUî du roi l

DOXA MENCIA

Et je n'espérais vous voir sitôt encore.

(Jacinthe entre dans le pavillon de dona MfEincia, sur un signe de don Gutierre.)

BON GUTIERRE (déposa w^ SOU épée et son manteau sur la table.) En effet, j'aurais dû veiller jusqu'à l'aurore En fidèle sujet, mais j'étais, ô mon bien, Si pre^ de sentir votre cœur sur le mien.

DONA MEXCIA.

C'est un désir d'amant.

BON GUTIERRE.

C'est la môme tendresse.

Bien qu'époux, je vous aime autant qu'une maîtresse. Vous vouliez deipeurer à m'attendre ; je \eu\ Vous forcer au repos, cher objet de mes vœux. Avant de retourner où le devoir m'appelle Je veux vous voir dormir dans ma couche fidèle. Pour que de nul effroi ce cœur ne soit troublé, Je fermerai la porte et j'en prendrai la clé.

DONA MiSNGIA.

Non, seigneur, non, je dois veiller comme vous-même.

DON GUTIERIIE.

Rechercher sans raii^n une fali.^ue extrême ? Je ne puis le souffrir : dès la pointe du jour, Vous serez réveillée en ce brillant séjour.

Le roi, pour contenir une foule indocile, Se rendra de bonne heure aux portes de Séville. Je dois raccompagner, et vous aurez des soins ^ A donner au départ. Prenez, prenez au njoin^ Deux heures de repos, pour que l'aube nouvelle Vous voie avec dépit deux fois plus fraîche qu'elle. Qu'avez-vous ? quel désordre agite vos esprits ?

DONA MENciA (à part).

Que lui dire, ô mon Dieu I

DOxN GUTIERRË.

J'ai lieu d'être surpris...

noNAMENciA (embarrassée).

Vous ne me parlez pas de la dame voilée.

DON GUTIERRE.

Est-ce là le souci dont votre âme est troublée ?

DONA MINCI A.

Vous Taiiuâtes, dit-on ?

DON GUTIERRE.

Supposez un moment Un homme aveugle-né, qui du rayonnement De l'éclat du soleil entend toujours l'éloge ; L'admirant sur la foi de ceux qu'il interroge. Il s'en fait une idée : une nuit, nuit d'azur. Il recouvre la vue, il regarde un ciel pur ; Une brillante étoile y scintille et l 'éclaire ; Il se dit (ce spectacle est bien fait pour lui plaire) : C'est donc là le soleil l Que j'aime le soleil ! Je me le figurais absolument pareil.

Mais tandis qu'il ressent cette ivresse insensée, Le vrai soleil soudain, confondant sa pensée, S'élance à l'horizon : aussitôt, dédaigneux, De rétoile obscurcie il détourne les yeux, Il contemple à genoux, comme au sortir d'un rôve, L'essyr majestueux de l'astre gui se lève.

Ainsi de moi : long-temps j'ai vécu sans aimer. Léonor un instant a bien pu me charmer, Mais dès que de ma nuit s'est écarté le voile, J'ai pour le vrai soleil abandonné l'étoile.

DONA HENCIA.

Diti»s-vous vrai, seigneur ?

DON GUTIERBE.

Je n'ai jamais menti!

Croyez-moi, Mencia, quand je pris le parti De vous donner mon nom, comme une ombre légère J'ai vu s'évanouir toute image étrangère.

De volages désirs à tout jamais vainqueur, J'ai concentré s*r vous la force de mon cœur. Vous aviez la beauté ; mais de cette parure, De ce frêle ornement que donne la nature.

Je fus bien moins ravi que de votre candeur.

La beauté d'une femme est surtout sa pudeur.

L'innocence du cœur, la pureté sans tache, Le devoir ferme et sûr, voilà ce qui m'attache. Ce que ie recherchais, lorsqu'un père honoré De sa fille, en mes mains, mit le dépôt sacré ; Je vous pris sur sa foi, je vous pris sur la vôtre, La mienne, j'ai juré de n'en pas avoir d'autre, Est tout entière à vous.

DONA MENCIÂ.

Je vous crois,

DON GTJTIERRB.

Mencia, Sous vos traits le bonheur à mes iours s'allia : Votre présence à tout, pour combler mon envie, Semble conmiuniquer et la grâce et la vie.

L'oiseau chante bien mieux quand vous avez chanté, La fleur que vous cueillez acquiert plus de beauté, Alon gazon reverdit sous ce pied qui Teffleure, L air que vous respirez embaume ma demeure.

Le fruit que vous touchez en devient bien plus doux, Mon enchanteresse, oui, tout emprunte de* vous Un charme inexprimable ...

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