SCENE III* DONAMENCIA, DON HENRI
DONA MENCÎA.
Que ne puis-je parler ?
Pleurer en liberté, gémir- sans refouler Tant de soupirs e© moi? pourquoi cette faiblesse? Je suis ce que je suis... Je puis être maîtresse De mes vœux msensés... Cest l'heure de savoir Les droits de la vertu, la force du devoir.
L'or sort pur du creuset, dégagé par la flamme, Le feu des passions épure aussi notre âme.
Que mon honneur présent répare un vieil affront 1 Pitié ! pitié ! grand Dieu ! je sens rougir mon front ; - Don Henri ! Monseigneur ! Monseigneur l
DON HEiXRi [sortant de son évanouissement) .
Qui m'appelle ?
DOx.NA MENCIA {détournant SOU visQQeJ, Bonheur ! il a parlé !
DON HENRI
Cette voix ! quelle est-elle ?
DONA MENCIA
Votre Altesse revient à la vie.
En quel lieu Suis-je ici ?
DONA MENCIA
Chez quelqu'un qui vous aime.
DON HENRI
Mon Dieu ?
En croirai-je mes yeux 1 Si ce n'est pas un songe, Que jamais le sommeil dans l'oubli ne me plonge ' Que je dorme toujours si maintenant je dors 1 Si je suis mort enfin, bien heureux sont les morts ! Où suis-je donc ?
DONA MENCIA
Seigneur, du calme
DON HENRI r
C'est étrange!
Dieu m'a-t-il mis au ciel près de son plus bel ange ? Mais je suis avec vous, que m'importe où je suis ! Une aube a dissipé tous mes sombres ennuis.
Heureux de vous revoir, heureux do vous entendio, Que puis-jc désirer? Je ne veux rien apprendre.
DONA MENGIA.
Le temps ramènera plus d'un nuage épais.
Comment vous trouvez-vous ?
Très bien ! mieux que jamais; Seulement à mon pied un reste de souffrance...
DOISTA MENCIA.
Un moment de repos, et, j'en ai l'espérance, Cela ne sera rien.. On vous prépare un li^ Vous me pardonnerez, dans ce trouble subit, D'avoir si simplement accueilli votre altesse , Je ne l'attendais pas.
BON HENRI
Vous êtes la maîtresse De cette maison ?
DONA MENCIA
Non.
DON HENRI
Non ! quel maître avez- vous ?
DONA IftENCIA.
Don Gutierre Alfonso de Solis, mon époux Et votre serviteur.
DON HENRI
Votre époux !
DONA MENCIA
Oui, lui-même.
DON HENRI {essayant de se lever Ah !
DONA MENCIA
Ne VOUS levez pas. . Quelle faiblesse extrême ! Rasseyez-vous.. Ce pied..
Je n'y sens plus de mal.