‹ Le médecin des follesChapitre 22 sur 36 · XXV I · texte numérisé non relu

XXV I

— Vous connaissez la maison de santé d'Auteuil, maître?... — demanda >

i Georges Vernier. \

; — Oui, — répondit le médecin célèbre. — Un de mes amis^ qu'une nécessité \

; douloureuse avait contraint d'y placer sa mère, m'avait prié de m'y rendre en \

I \ consultation... Il y a deux ans de cela à peu près... '

\ — Oue pensez-vous de l'établissement? •

î — Il mj.^ paj.'aît hors li^ne comme aménagement et comme situation. \

— Et son directeur? - > I

— Xe mérite point, selon moi, la réputation dont il jouit... \ — Il est célèbre cependant? ' — Qu'est-ce que cela prouve ? Sa renommée, faite h coups de réclames, me

laisse fort insensible... J'ai jugé le docteur Rittner, et voici mon opinion sur son compte : Cet Allemand a certainement étudié beaucoup; c'est un spécialiste, mais un spécialiste entêté, imbu des ancicnmcs méthodes qu'il ne rajeunit

î qu'en apparence, ennemi de tout progrès réel, et ne cherchant à combattre la

s folie qu'avec les armes rouillées d'un antique arsenal...

I — Piètre médecin, au total! — fit Georges. — Mais est-ce un honnête

1 homme ?

— A cette question, mon cher enfant, je n'oserais répondre... — Je ne sais j rien qui me permette d'attaquer la moralité du docteur Rittner... — Il me semble I peu sympathique, voilà tout... — Ceci n'a point empêché sa maison de réussir > et même d'avoir la vogue... — Il ne songe à vendre, j'en suis sûr, que parce j qu'il se trouve assez riche... — Son^ilablissement, dans vos mains, mieux encore I que dans les siennes, serait une mine d'or, d'autant plus que je vous recommanderais d'une façon très chaude, ce que je n'ai jamais fait pour lui, et vous \ j

I savez que mon patronage a quelque valeur... — Allez donc à Auteuil le plus tôt ; 1 possible... — Visitez la maison... — Rendez-vous compte de tout, et tâchez de \ j I vous entendre avec ce Rittner... — Seulement soyez bien sur vos gardes... — • \ Ne subissez aucun entraînement irréfléchi. — l'Allemand, je n'en doute pas, ' vous tiendra la dragée haute... — Discutez vigoureusement...

— Selon vous, cher maître, que vaut la maison?...

— L'immeuble appartenant au docteur, il faudra l'acheter aussi. — J'estime l'immeuble et la clientèle de trois cent cinquante à quatre cent mille francs.

— Oh ! oh ! C'est un gros prix ! !

— Estimez-vous heureux si Rittner ne vous en demande pas le double.

— Je vais m'y rendre tout de suite pour savoir à quoi m'en tenir.

— Allez,, je vous le conseille; — et, sivoustraitez, faites-le moi savoir aussitôt.

— Je reviendrai vous voir, ou je vous écrirai sans retard...

— C'est entendu...

— Et mon mémoire ?...

— Oh! soyez tranquille! — Je vous promets de l'étudier scrupuleusemont, de peser le pour et le contre avec une impartialité rigoureuse ; — j'y répondrai par un autre mémoire que je vous enverrai à Melun, ou que vous viendrez prendre chez moi...

— Merci mille fois, mon cher maître, et à bientôt!...

— A bientôt, mon enfant!

Le vieux professeur serra la main de son ancien élève et voulut le reconduire jusqu'à la porte de l'appartement.

— De trois cent cinquante à quatre cent mille francs! — se disait Georges 9n descendant l'escalier, — ce chiiïre m'effraye! Mademoiselle Baltus, si grande que soit sa bonne volonté, ne reculera-t-elle pas devant une pareille somme ?... Et. en admettant qu'elle me fournisse les capitaux nécessaires pour acheter l'établissement, comment arriverai-je à la rembourser? — Enfin voyons toujours...

Le jeune homme monta dans un fiacre et donna l'adresse de la rue Raiïet.

Ce même jour le docteur Rittncr avait reçu de Fabrice une lettre portant le timbre de New York.

Cette lettre, froide et laconique, était écrite de telle sorte que, si par hasard elle tombait en d'autres mains que celles de son destinataire, il fût impossible de supposer que le neveu du banquier et le médecin d'Auteuil eussent des intérêts communs et des liens mystérieux.

Fabrice se bornait à recommander au docteur de bien veiller sur la mère et sur la fille.

L'écriture contrefaite, la signature indéchiffrable pour tout autre que Rittner, prouvaient la défiance du jeune homme qui ne livrait rien au hasard.

Une seule phrase, soulignée deux fois, phrase convenue depuis la veille du départ, était effroyablement significative malgré son apparence inoffensive.

La voici :

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