OCCIPEZ-VOUS DU PLACEMENT LE FONDS DONT NOUS AVONS PARLÉ
Pour Rittner, qui avait dicté cette phrase énigmatique, il n'y avait pas deux manières d'interpréter les quelques mots que nous venons de reproduire. La pensée de Fabrice devait se formuler de cette façon :
// faut quel mon retour je ne trouve vivante ni la mère ni la fille. — Vous avez pour cela des moyens surs. — E?7iployez-les.
— C'est-à-dire, — murmura le docteur, — qu'il a changé d'avis, et que je dois supprimer Edmée et Jeanne ! — D'où peut venir une modification si complète dans les idées de mon cher associé qui n'admettait point, avant son départ, cette solution radicale?... — Il s'est passé sans doute là-bas, à New York, quelque chose d'imprévu... — Chercher à deviner le mot de l'énigme serait folie... — Peste!... comme il y va maintenant, ce bon Fabrice!... — Trancher d'un seul coup deux existences!... — C'est possible et facile, mais eu même temps fort dangereux... — Je vois bien le péril... Je ne vois point la compensation. L'intérêt de Fabrice saule aux yeux!... — Où est le mien?... — Voilà ce qu'il faudrait savoir avant d'agir... — Est-ce au moment où je veux fuir Paris pour ech.ipper aux fâcheuses conséquences de l'affaire Baltus, qu'il est à propos de me mettre
sur les bras une si grosse responsabilité?... Problème ! ! — El puis, sauf réflexion ultérieure, à quoi bon s'atteler trop vite aune besogne périlleuse, qui n'a besoin de personne pour être bientôt complète? — La mère s'éteint rapidement, et la fille est bien malade... — Il suffira, je crois, de les laisser mourir...
Le docteur, tout en monologuant de la sorte, avait allumé une bougie.
Il approcha de la flamme la lettre de Fabrice, en se disant :
— Règle générale, il ne faut jamais garder un chiffon de papier qui soit compromettant, ou qui puisse le devenir à un moment donné...
Et il réduisit le billet en cendres.
Rittner n'avait encore recula visite d'aucun acquéreur.
Il était décidé à lancera Paris et en province de nouveaux prospectus annonçant la vente de sa maison de santé, et plus nombreux que les premiers adressés seulement à quelques médecins en vue.
Il se préparait à sortir pour se rendre chez son imprime ir quand on lui vint annoncer qu'un jeune homme, désirant s'entretenir avec lui, l'attendaitau salon.
En même temps on lui remettait une carte.
Il y jeta les yeux.
« Le docteur Georges Vernier, de la Faculté de Paris », — dit-il à voix basse.
Ce nom ne lui apprenait rien.
— Priez d'attendre un instant... — fit-il, — je descends... Deux ou trois secondes plus tard, il franchissait le seuil du salon.
Georges, debout auprès d'une fenêtre et regardant le parc, se retourna pour saluer le directeur de l'établissement, et demanda :
— C'est à monsieur le docteur Rittner que j'ai le plaisir de parler ?
— A lui-même, monsieur... et vous êtes mon confrère^ le docteur \ernier?...
— Oui, monsieur...
— Quel motif me procure l'honneur de votre visite?...
— Je vous suis adressé par l'un des plus glorieux maîtres de la carrière que nous suivons tous deux... le docteur Y..., dont j'ai été l'élève...
Rittner s'inclina.
Georges poursuivit :
— Mon ancien professeur m'a mis sous les yeux chez lui, tout à l'heure, un prospectus que vous lui avez envoyé il y a quelques jours, et dans lequel vous exprimez l'intention de céder votre établissement...
Frantz contint un mouvement de joie.
Un acheteur se présentait enfin et, à en juger par l'apparence de Georges et par le patronage du docteur Y..., cet acheteur était sérieux.
— En effet, monsieur, — répondit-il. — Des affaires de famille réclament ma présence en Alsace... — Je me vois forcé de quitter Paris, peut-être pour longtemps, et ne pouvant plus exercer une surveillance utile sur un établissement
\ que j'ai créé au prix de grands sacrifices, que j'ai conduit au plus haut point de prospérité, et qui constitue la meilleure partie de ma fortune, je me vois, quoiqu'à i reg-ret, obligé de chercher un successeur.
— Eh bien, monsieur, — répliqua Georges, — vous trouverez peut-être en \ moi ce successeur, si la maison me convient après examen et si vos prétentions I ne sont pas trop élevées... — Je vous prie donc de m'autoriser à visiter l'élai blissement, sinon dans ses moindres détails, du moins de façon que je puisse
me faire une idée exacte de son ensem^ble et de ses ressources. I — Mais comment donc ! — s'écria Rittner, — c'est simple et naturel ! — Il
\ est élémentaire que vous ne pouvez acheter une chose sans la bien connaître...
I J'aurai le plaisir de vous servir moi-même de cicérone, et je répondrai avec
I empressement à toutes les questions que vous jugerez à propos de m'adresser...
— Croyez, monsieur, que j'en serai reconnaissant... \ Rittner fit deux pas vers la porte du salon.
Georges s'apprêtait à le suivre.
Le médecin des folles s'arrêta :
— Cn mot encore cependant... — dit-il en se retournant. — Je dois avant tout signaler à votre attention une ligne du prospectus qui vous conduit ici... — Les circonstances particulières dans lesquelles je me trouve m'obhgent à traiter expressément au comptant... — Il me serait impossible d'accorder terme et délai pour les payements, même si l'on me faisait offre d'une caution bonne et valable. ..
— Soyez tranquille, — monsieur, répondit Georges Vernier, — si j\achète, vous serez payé en un chèque à vue sur un grand banquier de Paris...