‹ Le Médecin des pauvres [microforme]Chapitre 10 sur 66 · LA GRANDE TRINITÉ · texte numérisé non relu

LA GRANDE TRINITÉ

La jeune servante qui répondait au nom gracieux de Jeanne. Antoine, ne tarda point à rentrer, portant sur son épaule un fagot plus grand qu'elle.

Ce fagot fut jeté dans la cheminée et bientôt une flamme vive, pleine de pétillements joyeux, égaya la cuisine tout entière et init des reflets miroitants sur les moulures du dressoir, sur les rebords des plats d'étain, et sur le ventre rebondi des faïences à fleurs impossibles.

Tandis que le Voyageur s’installait auprès du feu, Jacques Vernier, gourmandant de façon joviale la a fille, qui d’ailleurs n’en allait pas pius vite, faisant mettre le couvert, tordait le cou à un poulet, cassait des œufs pour l’omeleite, jetait un more ceau de lard parmi les bouillons de lg marmite, allait chercher À la cave la bouteille de vin des Arsures, couverte d’un vénérable réseau de toiles d'araignées, bref, fidèle à sa fière devise: seigne oblige, s'apprétait à réaliser amplement tout ce qu'il

avait promis, et même quelque chose de pius,

Le voyageur, un pied posé sur la tête lurge de l’un des chenets, Spot son coude sur son genou et son front sur sa main, s’a

sorbait dans une préoccupation profonde, et semblait come:

plètement étranger à ce qui se faisait et se disait autour de lui.

Il tressaillit lorsque l’aubergiste lui cria de sa bonne grosse voix sonore :

—Messire, le déjeuner est sur la table, et j'ose affirmer que vous n’en serez pas trop mécontent.….

— Je le crois comme vous, mon hôte, répondit le jeune homme en se levant; mais ne me tiendrez-vous point compagnie, et ne boirez-vous point avec moi un verre de ce vin respectable ?..

— Si fait, pardieu, messire; je n’ai jamais refusé de répondre

à une politesse! Vous êtes un gentilhomme et je suis un Manant ; mais le colonel Varroz prétend, et je le puit comme ne qu’un vieux soldat peut trinquer avec tous les seigneurs de a terre.

— Celui qui dit cela est un homme desens et de cœur! Mis voici deux fois déjà que je vous entends prononcer le nom du colonel Varroz.. Qu'est-ce donc que le colonel Varroz?..…. demanua l’inconnu.

Jacques Vernier fixa sur son interlocuteur un regard que l’étonnement rendait stupide.

—Il faut, messire, dit-il ensuite, il faut que vous soyez étranger et que vous veniez de bien loin.

— En effet, je suis étranger, repondit le jeune homme aveo un sourire, et je viens de bien loin.

— noue êtes pas Frauçais, j'espère.

— Non.

— Ni Suédois ?

— Suédois non plus, :

— Et vous n'êtes partisan ni des Suédois ni des Français ?

— Ni des uns ni des autres, je vous l'affirme.

— À la bonne heure! Eh bien, messire, le colonel Varroz est un des membres de notre grande trinitél.…

—De quelle trinité parlez-vous ?..

— Je parle de Varroz, de Jean-Claude Prost, et du euré Marquis, nos trois héros, nos trois géants |...

— Et le capitaine Lacuzon, ne le comptez-vous pas ?..

— Lacuzon et Jean-Claude Prost ne sont qu’un seul et même homme. Prost est son nom, Lacuzon est son surnom. Vous n'êtes pas au fait de la situation du pays, messire ?

-— Je sais que la Franche-Comté combat glorieusement pour son indépendance et qu’elle résiste depuis deu: ans à tous les efforts de 1a France, sa terrible et gigantesque ennemie...

— Oui, messire, et c'est en vain que le cardinal français, l'Éminence rouge, le Richelieu, a lancé contre nous ses armées, sous les ordres de Condé d’abord, de Villeroy ensuits ; et, comme ce n’était pas assez, la Frauce a acheté des troupes suédoises commandées par l’ancien aide de camp de Gustave-Adolphe, par le duc maudit de Saxe-Weimar...

…— Je sais ce.a.

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