‹ Le Médecin des pauvres [microforme]Chapitre 17 sur 66 · LES PORTRAITS DE FAMILLE · texte numérisé non relu

LES PORTRAITS DE FAMILLE

Après avoir prononcé le nom de 1e jeune fille qu’il aimait, Tristan de Champ-d’'Hivers s'attendait à quelque foudroyante expiosion; il s'attendait à voir son père, irrité et menaçant, entamer une scène violente.

Il n’en fut rien.

Au moment où Tristan murmuraît le nom de Blanche, le vieux baron s'était levé péniblement, et s'appuyant d’un côté sur une longue canne de jonc à pomme dur, et de l’autre sur le bras de son fils, il avait entraîné ce dernier auprès du panneau de la tenture qui supportait l’arbre généalogique dont nous avons parlé, et devant lequel ils s’arrétèrent tous les deux.

— Vous voyez ceci, monsieur mon fils, west-ce pas? demanda le vieillard en dés'gnant le parchemin blasonné.

— Sans doute, répondit Tristan.

— Vous savez quelles sont ces armes ?

— Les nôtres, mon père.

— Vous savez ce que reprérentent ces rameaux touffus, s'échap: pant d’un tronc majestueux ?

— Les alliances de notre famille.

— Comment se fait-il donc, monsieur mon fils, que sachant tout cela, vous ignoriez d’une façon aussi complète l’histoire de cette même famille ?.…

— Mais, mon père, je croyais.

— Vous croyez mal, mousieur |... Mais, dans tous les cas, soit que vous n'ayez jamais su, soit que vous ayez oublié, je vais vepir en aide à votre ignorance ou à vos souvenirs. Regardez ici, je vous prie.

— Je regarde.

— Que voyez-vous ?

= Une pee tache rouge, peinte à côté de notre écusson, vers le milieu de l’arbre généalogique.

— Etlà?

— Une tache semblable.

— Et plus haut?

— D'auires taches encore,

— Combien en comptez-vous?.….

Tristan garda le silence pendant un instant, puis il répondit:

— J'en compte dix, mon père.

. — 1 yen a dix en effet, mon fils! Toutes les dix sont des er sang, et maintenant vous allez savoir comment ce sang a coulé...

— Comment cesang a coulé! répéta Tristan. Mais je le sais déjà, mon père.

— Peu importe, et je veux vous le redire! Écoutez donc, monsieur mon fils, et cette fois souvenez-vous.

Tristan se tut et il baissa la tête avec une résignation douloureuse.

Le vieillard poursuivit:

— En l’an de grâce 1442, Ludovic, comte de Mirebel, surnommé le Sanglier noir, à cause de sa figure repoussante, et surtout à cause de la férocité de ses mœurs et de son caractère, devint

‘amoureux d’une fille de notre maison, Bathilde de Champ-d’Hi-

vers, qu’on appelait l& Rose blanrhe. Il la demanda en mariage. baron, mon ancêtre, repoussa cette demande, ct le Sanglier noir, furieux, jura de se venger...

‘“ Sa vengeance ne se fit point attendre.

Un jour, tandis que \e baron était à la chasse avec quelques autres seigneurs du bailliage, le Sanglier noir, accompagné d’une poignée de ses hommes d'armes, pénétra dans ce château enleva violemment Bathilde, l'emporte sur son cheval, et la renvoya, quelques heures après, flétrie, déshonorée, mourante !.…

‘ Bathilde avait deux frères. L'un était un homme fait, l’autre n’atteignait point encore les limites de l'adolescence.

“ Le frère aîné, qui se nommait Tristan de Champ-d’Hivers comme vous, appela sur le terrain l’infâme Sanglier noir, et malgré la justice divine et la bonté de sa cause, il fut tué par le misérable ravisseur.

‘ Cette tache rouge que vous voyez ici, cette tache, la première de toutes, indique ia mort du frère de Bathiide.

‘* Quelques années se passèrent.

“ Le Sunglier noir s'était marié et il avait eu un fils.

“ Le jeune frère de la victime avait grandi de son côté, et il était devenu un homme, Il'se battit à son tour avec le Sanglier noir, et, plus heureux et plus habile que son aîné, il sortit vainqueur du combat, en laissant sa vaillante épée dans la poitrine du comte de Mirebel….

‘“ La haine héréditaire ne s’endormit point dans l’Ame des représentants de nos deux familles à la génération suivante. Le fils du Sunglier noir se battit avec l’un des deux fils de celui qui avait tué son père,

‘ Hector de Champ-d'Hivers succomba, et telle est l’origine de la deuxième tache rouge qui marque de son stigmate sauglant notre arbre généalogique...”

Nous ne suivrons vas plus longtemps le vieux baron dans le récit des combats et des vengeuuces qui se transmettaient de

ère en fils, comme un héritage de mort, daus la famille des hamp-d'Hivers et dans celle des Mirebel.

Cette narration pleine d’un sinistre intérêt pour lui et pour Tristan, ne pourrait que fatiguer nos lecteurs si elle était prolons gée outre mesure.

Disons seulement que le vieillard s’animait en parlant et que ga voix, calme d’abord et mesurée, arrivait peu à peu à une vio» lence toute juvénile.

Les rides profondes qui gillonnaient son visage semblaient disparaître comme par enchantement, et le feu œ haine et de la colère étincelait dans son regard.

. — Eh bien, monsieur mon fils, qu'avez-vous à répondre à cela? demanda-t-il quand il eut achevé. é

Rien. mon père, si ce n’est que je ne comprends pas come ment Mi Blanche, une enfant de seize ans, pourrait vous sembler aolidaire des dissensions fatales de ses ancêtres et des VOTES... 4

Hh 1 g’écria le baron avec colère et avec dédain, qui vous arle de Mi: de Mirebel, et comment se fait-il qu'après m'avoir écouté jusqu’au bout, son nom 8e retrouve sur vos lèvres?

— Parce qu'il se retrouve dans mon Cœur, répondit Tristan avec une audacieuse fermeté,

— Vous l'en arracherez! répliqua le vieillard.

— Jamais! .. demandez-moi ma vie, je vous la donnerai... mais ne me demandez pas le sacrifice de mon amourl... je vous le refuserais, mon père.

Le baron attacha sur son fils un regard mélé de stupeur et et d’indignation. Tristan ne baissa pas les yeux.

Le vieillard poursuivit avec véhémence:

— Vous parlez d'amour, baron de Champ-d'Hivers! Mais cet amour est honteux! i! est lâche ! il est déshonorant !.…

— Déshonorant 1... mon père |... g’écria Tristan dont les lèvres

devenaient pâles. :

— Lâche et déshonorant, je le répète, monsieur, Car, enfin, que

prétendez-vous Pose

— Épouser Mie de Mirebel.…

— Quoi! donner votre nom à la petite-fille du Sanglier noir! Cueillir un bouquet nuptial arrosé dix fois par le plus pur sang de vos ancêtres |. éteindre dans des chants de noce le cri de vengeance et de haine nue doit pousser tout homme de notre race à l'encontre de cette lignée maudite? Est-il bien

possible que ce soit là votre pensée ?.… — Oui, c’est ma pensée, mon père, car Mile de Mirebel est inno-

cente du passé, et je l’aime.

— Ah! s’écria le vieillard dont les mains tremblaient convulsie

vement et dont les prunelles lançaient des éclairs, taisez-vous | taisez-vous |. Savez-vous bien qu’en ce moment vous me faites douter de la vertu de votre mère ?.… Savez-vous bien queje me demande si vous n'êtes pas le fruit criminel d’un amour adultère, car, de par Dieu, je le jure, un véritable Champ-d'Hivers n6 parlerait pas ainsi?

FR ue père. mon père... murmura Tristan d’une voix suppliante, ;

— Taisez-vous ! répéta le vieillard, taisez-vous et écoutez-moi. Votre nom est aussi le mien, il est celui de vingt NH pau pa d'illustres gentilshommes qui l'ont noblemenñt porté! Malgré vous et malgré tous je dois le garder sans tache; je ne dois permettre à personne, et H mon fils moins qu’à tout autre, de souiller notre fier blason |... Au nom de mon autorité de père, au nom du droit sacré que je tiens de Dieu même, je vous défends donc, monsieur, de songer une heure de plus au misérable projet dont vous avez osé me parler !... Je vous ordonne de quitter aujourd’hui même ce château et de retourner à votre régiment ! … Je vous ordonne d'oublier les rêves insensés de votre esprit malade! … et je vous jure devant Dieu et devant vos ancêtres, que, si vous me déso-

éissez, vivant, je vous maudirai, et, mort, je sortirai de mon tombeau pour vous maudire encore |! …

Après avoir ainsi parlé avec une énergie toujours croissante, le vieux baron, a par les terribles émotions qui l’agitaient, se laissa retomber dans son fauteuil,

Tristan, pâle comme un spectre et le visage décomposé, mit un genou en terre devant le vieillard, en lui disant :

— Bénissez-moi, mon père, j’obéis et je pars …

Un éclair de joie vint tinothes les regards sombres du baron.

— Ce que vous faites là est votre devoir, monsieur mon fils, dit-il; vous êtes un enfant soumis... Allez, je vous bénis, et je prie Dieu de vous protéger.

Tristan se releva; il baisa la main défaillante de son père, et il quitta l'appartement en murmurant, plutôt du cœur que des lèvres:

—$i Dieu vous écoute et me protège, mon père, il me permettra de mourir bientôt.

Deux heures après ce moment, le jeune homme, ayant échangé contre des vêtements de voyage son uniforme de colonel, montait à cheval et s’éloignait du château.

Mais, avant de partir, il avait on un domestique sûr de remettre secrètement une lettre à Mie Blanche de Mirebel.

Cette lettre ne contenait que ces mots:

“ Mademoiselle,

‘ Une fatalité inexorable nous sépare. Je pars sans vous avoir * revue, car, si je vous revoyais, jé n'aurais plus le triste courage ‘“ de m'’éloigner.

—Je pars, hélas ! pour toujours !... Oubliez-moi donc, mademoi ‘‘ selle, et soyez heureuse! Vous avez eu mon premier amour, “vous aurez ma dernière pensée. Votre nom sera le seul que “ prononceront mes lèvres mourantes.… ‘ Adieu, mademoiselle ; peut-être, désunis sur cette terre, ‘nous retrouverons-nous un jour au ciel. Adieu encore. ‘* Adieu !... c’est un mot suprême et consolant, C’est le seul qui

66 U H me donne le-courage d'attendre la mort sans courir au-devant

# d'elle... ”

Une année s’écoula. Au-bout de cette année, le vieux baron de Champ-d'Hivers s’éteignit, laissant. à son-fils son titre;son 1mmense fortune, et mieux encore que tout cela, c’est-à-dire la liberté absolue de ses actions. Tristan, dont l’amour était plus vivace que jamais, se-hâta de revenir en Franche-Comté.

Un fait dont les conséquences devaient être terribles et incalculables s'était accompli pendant son absence. Le comte de Mirebel avait promis la main de sa fille au sire Antide de Montaigu, seigneur du château de l’Aigle, et l’un des lus riches et des plus puissants gentilshommes du bailliage de Dôle.

Les Montaigu, par leur alliance avec les Vaudrey, étaient les ennemis de tout ce qui portait le nom de Champ-d’Hivers, car une chronique franc-comtoise racontait que jadis un sire de Champ-d'Hivers avait tué de sa propre main un baron de Vaudrey, dans la grande salle du château de l’Aigle.

éanmo ns ‘Tristan, certain que Blanche l’aimait encore, de manda sa main au comte de Mirebel.

Ce dernier répondit à Tristan par un refus; et comme ce refus désespérait Blanche, une scène à peu près semblable à celle que nous avons racontée dans les pages précédentes, eut lieu entre le père et la fille.

Mais, pour combattre la résolution de son père, Blanche avait une arme plus puissante que les prières et que les larmes. Cette arme, c'était le chagrin qui s’empara d'elle et qui ne tarda guère à manifester d’une fagon visible les désordres qu’il amenait dans A ee de la jeune fille.

Blanche cessa de manger et de dormir. Elle ne se plaignait jamais ; mais elle devenait si triste et si pâle qu’on eût dit qu'elle allait mourir. Et, en effet, les sources mêmes de sa vie étaient attaquées en elle.

Le comte de Mirebel résista aussi longtemps que la résistance fut possible ; mais comme au fond il adorait son unique enfant cette résistance ne put être de bien longue durée.

La parole donnée au sire Antide de Montaigu fut redemandée, et Tristan, admis officiellement auprès de Blanche avec le titre de fiancé, dut croire que son bonheur était proche.

Le comte de Mirebel avait fixé l’époque de l’union des deux amants. Tristan venait de partir pour ngon, où il comptait faire l’acquisition de ses cadeaux de noce.

Son absence ne dura qu’une semaine, et cependant elle fut trop longue encore. Quand il revint au château de Champ-d’Hivers, il trouva toutes ses espérances brisées et réduites en cendres, comme un jeune arbre que le feu du ciel a frappé.

A. comte de Mirebel était mort assassiné, et Blanche avait isparu.

L'avant-veille du jour où Tristan apprenait ce double malheur en mettant pied à terre, le comte et la fille se promenaient à cheval dans la forêt, suivis à distance par ur seul valet.

Au détour d’un chemin creux que couronnait une double ran-

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de cavaliers revêtus de:robes de moines, et dont les capuchons rabattus cachaient les figures.

Un homme de haute taille serablait commander les assaillants. Comme eux, il était vêtu d'u: ‘oc, mais le capuchon de ce froc

retombait sur ses épaules.

Cet homme portaitiun masque noir.

Le sire de Mirebel avait mis l'épée à la main pour essayer une résistance impossible. Un coup de pistolet l’abattit.

L'un des faux moines avait alors jeté Blanche évanouie dans les bras du masque noir, et les ravisseurs s'étaient éloignés au plus rapide galop de leurs chevaux, laissant derrière eux. comme trace terrible de leur passage, un cadavre dont la poussière du chemin buvait le sang qui coulait à flots, -

Tristan, désespéré, saisit d’une plainte le parlement de Dôle, et devinant instinctivement l’axiome fondamental qui doit servir de base à toute instruction criminelle logiquement et consciencieusement faite : Cherchez à qui le crime profite, il accusait le sire de Montaigu de l'assassinat du père et de l’enlèvement de sa fille.

Aucune preuve matérielle ne venait aise le puissant seigneur; mails les présomptions morales semblèrent assez fortes pour que le parlement donnât assignation à Antide de Montaigu d’avoir à comparaître par-devant lui, afin d'expliquer sa conduite et de réduire à néant, si faire se pouvait, les soupçons qui planaient sur lui,

Le fier gentilhomme n’osa résister ouvertement au premier pouvoir de la province. Il se rendit À l’assignation, mais avec une colère mal dissimulée et en prononçant des menaces d'implacable vengeance contre Tristan de Champ-d'Hivers qui lui he où la honteuse nécessité d'approcher de ses lèvres cette coupe amère.

Le parlement, tandis qu’Antide de Montaigu se défendait devant lui avec une hauteur, arrogante et presque insolente, ordonnait que des recherches fussent faites au château de l’Aigle

Le colonel Varroz, l’un des plus chers amis de Tristan, fut chargé de diriger les perquisitions, qui, d'ailleurs, n’amenèrent aucun résultat.

Le sire de Montaigu, reconnu publiquement innocent du meurtre et du rapt, revint dans ses terres, où il se cloîtra en quelque sorte pe deux ou trois ans pour laisser le temps de s’assoupir et de s’oublier à cette ténébreuse affaire qui avait fait dans les trois bailliages un ta effroyable.

I sepablait avoir renoncé de la fagon la plus complète à ses pe e vengeance hautement annoncés. On s’étonna d’abord

e ce calme et de cette mansuétude, si peu en rapport avec le caractère bien connu du gentilhomme, puis on cessa de s’en occuper. à

Ii n'est de douleur morale qui, à la longue, ne s’émousse. L'âme de Tremtbe n'est point faite pour un éternel désespoir.

Toute biessure cuisante au cœur fait croire à celui qui ia reçoit qu'elle ne se fermers jamais ; pnis les heures, les jours et les ans

Jes LE MÉDECIN DES PAUVRES

se mettent à courir, et chacun d’enx, en passant, apporte une goutte de baume à la plaie saignante qui se cicatrise peu à peu.

Tristan de Champ-d’Hivers subit la loi commune. Il commença par vouloir mourir, puis il se laissa vivre, puis l’amertume de son chagrin et de ses regrets se métamorphosa en une douce mélancolie.

Enfin, un jour, il se dit qu’il devait à sa race de ne point laisser périr en sa personne Ÿ beau nom de ses ancêtres, dont il était l'unique représentant, et, trois années après la disparition de Blanche et Mirebel, il épousait une noble et charmante jeune fille qui s'appelait Odette de Vaudécourt.

Les suites de cette union ne furent point heureuses. Au bout de onze mois de mariage, la nouvelle baronne de Champ-d’Hi: vers mourut en mettant un monde un enfant mâle qui reçut au bn ct le nom de Raoul.

main de Du semblait s’appesantir sur Tristan.

Deux années 's'écoulèrent. Pendant une nuit orageuse, un incendie subit et impétueux se déclara’ dans les principaux bâtiments du château de Champ-d'Hivers. Plusieurs domestiques périrent en s’efforçant vainement d’arrêter les incompréhe progès des flammes qui surgissaient de tous les côtés à

a fois.

Au jour naissant, le manoir n’était plus qu’un monreau de ruines fumantes, au milieu desquelles restaient ensevelis sans doute le cadavre du père et celui de l’enfant.

La race des Champ-d’Hivers était désormais une race morte |...

On supposa dans le pays, ::: enfin il fallait bien trouver une raison plausible pour exp! ;::: une aussi foudroynnte catastrophe, que le tonnerre ét: :::::16 sur le château dans deux ou trois endroits à la fois, eë :: : "eur populaire affirme, on le sait, que les incendies ainsi aliu:1:: ne se peuvent éteindre. L'’opinion publinue accepta cette explication comme suffisante, et d’autres préoccupations ne tardèrent point à effacer le souvenir de ces événements sinistres.

ZX RAOUL ET LACUZON

Raoul en était arrivé à ce même endroit de son récit où nous venons de nous arrêter nous-mêmes.

—Abh |! s'écria Lacuzon, je comprends maintenant! (C’est au sire Artide de Montaigu que vous attribuez l'incendie du chàteau de Champ-d'Hivers et le meurtre du baron Tristan, et, selon vous, en commettant ce double crime, il accomplissait une double vengeance...

—Oui, répondit le jeune} homme, j’accusb le sire de Mon-

ul... je l’accuse de meurtre et d'incendie, comme mon père l'avait accusé de rapt et d’assassinat !.. et, quand vous m’aurez entendu jusqu'au bout, vous l'accuserez comme moi, et comme moi vous avouerez que plus d'un scélérat attaché au gibet par la

main du bourreau mérite moins ; misérable gentilhomme 1...

—Continuez, dit simplement Lacuzon.

Raoul reprit :

—La veille de ce jour, ou plutôt de cette nuit maudite, l’intendant de mon père,.ce Marcel Clément dont je vous ai déjà parlé, revenant dans la soirée d’un hameau voisin où il avait été l visiter quelques domaines, vit de loin un des plus subalternes rmi les domestiques du château causer longuement avec un individu de mine na br qui le quitta en lui mettant dans la main un objet qui devait être un rouleau d'argent ou une

cette mort infamante que ce

bourse. ;

‘ Marcel appela ce domestique et le questionna. 1 “ Le valet refusa de s'expliquer et répondit ave olence. ‘ Marcel lui déclara que, dès le lendemain in, il serait 1

payé et congédié. 4

Demain il fera jour. répliqua le valet en ricanant ; il ya dans la province d’autres châteaux que celui-ci Un maître de perdu, dix de retrouvés 1...

‘ Marcel n’attacha malheureusement aucune importance à ces | paroles qui sous leur grossière vulgarité renfermaient un défi et LÀ une menace. Si le domestique avait été chassé sur l'heure, les 4 assassins incendiaires auraient trouvé fermée une porte qu'ils ‘4 comptaient trouver ouverte, et par cette porte ouverte allaient entrer le crime et le malheur 1...

‘ Au milieu de la nuit, Marcel, que les grondements du tonnerre empêchaient de dormir, vit tout à coup une lueur rouge et sinistre éclairer les ténèbres ; en même temps une épaisse et suffoca:.te fumée envahissait sa chambre.

“ Dans le premier moment, il se figura que la foudre était R tombée sur le château, et il courut à sa fenêtre. | “ Trois ou quatre hommes masqués, tenant d’une nain une épée ét de l’autre une torche, gardaient la grande entrée de la cour d'honneur.

“ D’autres hommes, également masqués, bondissaient comme des démons dans les corridors du château en secouant leurs torches. L’incendie éclatait de toutes parts.

“ Marcel était un serviteur loyal et brave. Il était né dans la maison, il faisait en quelque sorte partie de la famille, il aurait donné sa vie pour mon père.

‘Il s’habilla rapidement. 11 mit un couteau de chasse et des pistolets à sa ceinture, et il descendit en toute hâte par un escalier dérobé communiquant avec l’appartement du baron de Champ-d’Hivers, | l

‘ Au moment de soulever la portière en tapisserie qui masquait une des portes de la chambre à coucher, il entendit une voix qui le fit tressaillir, une voix qu’il connaissait bien, la voix du sire Antide de Montaigu! s’écrier avec un accent de joie farouche :

‘ —Le loup est muselé !.. cherchez le louveteau maintenant, coupez-lui la gorge et jetez-le au milieu de l'incendie! Le feu

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partout! Je veux que demain matin il ne reste pas pierre sur pierre de ce château maudit !.. ;

‘ Des voix tumultueuses répondirent, puis le silence se rétablit et des pas nombreux s’éloignèrent.

‘ Marcel souleva la tapisserie et il entra. On avait attaché le feu aux rideaux, aux tentures, aux meubles. La chambre tout entière flamboyait.

‘’ Marcel courut au lit de mon père. Ce lit était vide et ensanglanté, ”

—Ils l'ont assassiné! murmura le digne intendant avec désespoir, mais du moins je sauverai son fils et la fortune de ce fils...

‘ Avec la pointe de son couteau de chasse, Marcel força la serrure d’un meuble enflammé déjà, et qui renfermait différents objets dont il connaissait l'inestimable valeur.

“ Dans ce meuble il prit un coffret d'acier, et, chargé de ce coffret, il gagna, par des passages connus de lui seul, la chambre où je dormais dans mon berceau, et où leé meurtriers n'étaient pas encore parvenus.

“11 me saisit, tout enveloppé dans mes draps, puis comme on entendait un bruit de pas qui se rapprochait rapidement, il s’élança dans ir parc par la fenêtre, depuis le premier étage et, en tombant sur le sol, il se foula le pis gauche.

‘* Malgré la très vive douleur qui lui faisait ressentir cette foulure, il eut le courage de se traîner avec son double fardeau, jusqu'à un massif d’erbres très touffu qui se trouvait au milieu d’une pelouse, à deux ou trois cents pas du château. Là, il attendit.

“ L'incendie grandissait ; activé par le souffle impétueux de la tempête, il envoyait ses gerbes de flammes jusqu’au ciel devenu couleur de sang, et il éclairait au loin le parc et la campagne de clartés aussi vives que celles du soleil.

‘“ Tout à coup, sur ces masses étincelantes se détacha la silhouette d’un cavalier de haute taille, monté sur un cheval magnifique et portant un masque noir, vous entendez, capitaine, un masque noir! Ce cavalier arrêta sa monture, fit face à. l'incendie, et cria d’une voix retentissante : °

“Eh bien, Tristan de Champ-d'Hivers, qu'en dis-tu ?.… Le pa plainte, cette fois, à nosseigneurs du parlement de

Ôle?...

* Puis, mettant son cheval au galop, il tourne le château et disparut.

‘ Cet homme, malgré son masque, Marcel Clément l'avait reconnu, non seulement à sa voix, mais encore à sa taille, à son geste, à son attitude.

‘ C'était Antide de Montaigu ! c'était l’humme au masque noir! c'était le meurtrier du comte de Mirebel ! c'était le ravisseur de Blanche ! c'était l'assassin de mon père!

‘{ Il me reste maintenant bien peu de chose à ajouter, capitaine. Un danger effroyable me menaçait! Mon nom équivalait à une sentence de mort. Si ie sire de Montaigu venait à apprendre mon existence, j'étais perdu.

“ Marcel Clément le comprit si bien que c'est alors qu'il prit le parti de me cacher à moi-même ma véritable origine. Il m'emmeos en France, il me fit passer poursen fils, et il me persuada que f’étais Français.

‘ Le coffret d’acier, sauvé en même tenps que moi par ce modèle des intendants, contenait tous les papiers établissant les titres et la filiation de ma maison et constatant ma propre naissance. Il renfermait en outre la totalité des diamants de famille des Champ-d’Hivers, c'est à-dire une fortune de près d’un million.

“ Marcel me fit élever comme un gentilhomme, et, quand j’eus atteint L'Age de dix-huit ans, il m'acheta une compagnie. Je continuai à le regarder comme mon } as Enfin, l'an passé au moment où mon régiment était désign pour venir mettre le siège devant Dôle, Marcel, ne voulant pas m exposer à combattre mes compatriotes, me révéla le secret de ma naissance, me raconta ce que je viens de vous répéter et me remit tous les papiers qui prouvaient la vérité de ses paroles, en ajoutant que Dieu luimême avait voulu sans doute imprimer sur mon front le sceau irrécusable de mon origine en me donnant une si complète ressemblance avec mon père, que quiconque a connu jadis Tristan de Champ-d’Hivers croira le revoir en me revoyant. :

‘ Après avoir accompli de cette façon la dernière partie de la tâche qu'il s’était imposée, le digne serviteur, parvenu déjà à un âge très avancé, s’éteignit doucement, heureux de se dire que je reprendrais un jour le nom et le rang de mes ancêtres.

* J'ai mis sous vos yeux l’histoire de ma vie, capitaine... Vous savez tout... Il ne me reste qu’à vous répéter ce que je vous disais en commençant mon récit: Suis-je un impudent aventurier, ou suis-je un vrai gentilhomme ?.. Prononcez |...

Lacuzon tendit la main à Raoul.

—Baron de Champ-d’Hivers, lui dit-il, soyez le bienvenu dans nos libres montagnes !...La Franche-Comté, qui fut votre berceau, vous salue ma voix et vous accueille comme un de ses plus

récieux enfants !... Je compte sur vous, Raoul deChamp-d'Hivers: ke compte que vous marcherez sur les traces héroïques de ce éginald, votre aïeul, qui combattit jadis, à la tête deses vassaur. pos les soldats du roi Henri IV et qui sortit vainqueur ‘ls 18 u LLL] 0

—Merci, capitaine, répondit le jeune homme avec enthousiasme, je serai digne de votre confiance et du nom œue je porte...

—Avez-vous officiellement cessé de faire partie de l'armée fran-

paper depuis près d'un mois déjà, j'ai remis mon épée et mon >5ommandement entre les mains de M. de Villeroi.

—C'est bien ; l'apparence même de la trahison doit être évitée... Maintenant, j'ai une question à vous adresser...

—Parlez, capitaine ; quoi que ce soit qu'il vous plaise de me lemander, je suis prêt à vous répondre...

—Commenti avez-vous connu Égiantine Ÿ 1] y a un an, je vous l’ai dit, je suis venu en Franche-Comté

à la suite de l’armée française. J’assistais au bloous de Dôle. Le marquis de Villeroi, qui m'avait attaché à sa personne somme l’un de ses officiers d'ordonnance, me chargeait parfois de porter des ordres aux corps de troupes disséminées dans la campagne ou dans la forêt de Chaux. Le hasard me conduisit un jour à la porte de la maison qu’habitaient votre oncle et votre cousine. Je vis Églantine. Je l'aimai. Il fallait au vieillard et à la jeune fille un protecteur contre les insultes et les agressions d’une soldatesque qui se croyait tout permis en pays ennemi... Je devins ce protecteur. J’eus le bonheur de rendre quelques services à votre oncle, qui, je le crois, ressentit un peu d’effection pour moi et mans llit comme un fils. Ce fut là un temps heureux |...

glantine me parlait sans cesse de vous, elle me racontait votre courage, vos exploits, votre générosité chevaleresque, elle faisait naître dans mon cœur un ardent désir de vous connaître et de devenir votre ami... Le jour de la séparation arriva. Il me fallut suivre mon général qui rentrait en France. Ce jour-là Églantine me dit: ‘ Quand vous reviendrez, si notre, maison est déserte, allez dans la montagne ; cherchez et trouvez le capitaine Lacuzon mon cousin, mon ami, mon frère, ayez confiance en lui, ne lui cachez rien, il m'aime trop pour ne pas vous aimer, il vous conduira auprès de moi...” Je partis. Lorsque je ravins, il P a de cela

palques jours, la maison était vide. Je me r’uvins des paroles ’Églantine.. Le bruit public m’apprit que vous étiez à Saint- Claude, et j'allais vous y chercher quand je vous ai rencontré à Longchaumois...

omment se fait-il, demanda Lacuzon, que mon oncle ni sa

fille ne m'aient parlé de vous?

—Mon Dieu! s’écria Raoul, m’aurait-elle oublié !..

—Non, répliqua le capitaine. quand un cœur comme celui d'Églantine s'est une fois donné, il ne se reprend pasl… Seulement, mon oncle et ma cousine, qui vous croyaient Français, ri jé point voulu m’avouer qu'ils avaient un Français pour am L LL]

Il y eut un instant de silence, puis Lacuzon murmura :

— Tout ceci m'inquiète, Raoul! Ayez-vous bien réfléchi ?... Vous êtes riche et vous êtes noble... moe est une pauvre fille sans naissance et sans fortune... Où cet amour vous conduira-t-il ?...

—Je ne comprends guère votre question, capitaine! répondit vivement Raoul. Où cet amour me conduira? Mais, pardieu | tout simplement à faire d’Églantine une baronne de Champd'Hivers, si vous ne me jugez point indigne de votre alliance [..

—Ainsi, vous me demandez la main de ma cousine?

—Positivement, et je la demanderai de même à son père aujourd'hui, si je le vois aujourd’hui ; demain, si je ne le vois que demain.

—À partir de ce moment, Racul, dit le capitaine avec émotion, vous êtes mon frère. Vous voulez savoir où est Eglantine.. Je vais vous l'annrendre : elle est à Saint-Claude, cachée, et, sans doute, au moment où je vous parle, elle se prosterne aux pieds

FU ie

du crucifix qu’elle baigne de ses larmes, en priant Dieu de sauver son père qui doit mourir demain |...

—Mourir!.. répéta Raoul avec stupeur: de qui parlez-vous ? qui doit mourir ?..

—Pierrre Prost.

—Mourir! répéta le jeune homme pour la seconde fois. Mais pourquoi mourir? Est-il blessé? Est-il si dangereusement malade qu'on désespère de le sauver et qu’on en soit à compter les heures ?.…

—I\ est ni blessé, ni malade, il est prisonnier, il est condamnél!..

—Condamné!.… Pour quel crime, et par quel tribunal ?

—Vous savez que depuis deux jours le sire de Guébriant est maître de Saint-Claude avec ses Suédois ?.…

—Oui. Je l'ai apptis à Champagnolles.

—La ville démantelée, et surprise à l’improviste, n’a pu se défendre; elle a été mise à sac; un grand nombre da généreux citoyens ont payé de leur vie une inutile résistance ; d’autres ont été jetés en prison... Pierre Prost, mon oncle, se trouve au nombre de ces derniers. Il a été arrêté comme espion, lui, la loyauté mêmel.. Il est enchaîné dans une des oubliettes du couvent, et, au point du jour, on le tratnera au supplice !...

—Ah ! s'ééria Raoul, ils n’oseront pas |...

Lacuzon haussa les épaules.

—Ils oseront tout! répliqua-t:il, le bûcher est déjà construit sur la place Louis XI! Personne ne croit à l’absurde accusation d'espionnage mise en avant comme prétexte. On veut que mon oncle meure,’ précisément parce qu’il est mon parent et qu’on espère intimider les montagnard par cette mort.

—Mais c’est infâme cela ! balbutia Raoul. .

—Oui, certes! cela est in:ämel Seulement de la prison au

‘bûcher, il y a peut-être plus loin qu’on ne pense |...

—Espérez-vous donc sauver Pierre Prost ?

Eh! sije ne l’espérais pas, croyez-vous que je serais aussi calme | Oui, pardieu, j'espère l... Ne suis-je pas toujours là quand

il faut sauver un innocent et servir une sainte cause ?...

—Peut-être puis-je vous venir en aide...

—Vous, Raoul ?..

Oui, moi, sinon le baron frenc-comtois Raoul de Champd'Hivers, du moins l'officier français Raoul Clément...

—£t de quelle façon ?

—J'ai vu souvent le comte de Guébriant chez le marquis de Villeroi, je suis connu de lui. Il ignore que j’ai cessé d’appartenir à l'armée dont il est l'allié. Îl sait qre mon général me témoignait quelque bienveillance, et sans doute il accorderait à ma Rue la grâce du père d'Églantine..

Une grâce !.. s’écria Lacuzon avec impétuosité, solliciter une

râce l.. prierl… supplierl.. courber la tête devant un Sué-

ois!.. Non, non, Raoul, point de grâce à ce prix! mon oncle trouverait lui-même que c’est acheter trop cher la viel.… D’ail-

Le ce n’est pas sur des prières que je compte... j'ai mieux que ce Be 4 i

—Que voulez-vous donc faire ?

—Vous verrez...

Il se fit un nouveau silence.

Les deux cavaliers avaient atteint un point élevé d’où se déroulait devant eux un magnifique panorama que les clartés pâles de la lune éclairaient d’une lueur indécise.

Déjà s’entr'ouvrait à leurs yeux la vallée dans laquelle est bâtie la ville de Saint-Claude; à l'horizon se dessinaient les énormes sapins couronnant des rochers gigantesques et commen-

ant cette muraille de sombre verdure qui monte des bords de a Bienne jusqu'aux sommets de Sept-Moncel.

La route dans laquelle les ee allaient s'engager formait de brusques zigzags le long de Îa côte de Cinquétral. Au fond de la vallée, la ville se détachait comme une masse noire.

—Raoul, demanda Lacuzon tout à coup, quand comptez-vous reprendre le nom de vos ancêtres ?.. S

—Quand j'aurai vengé mon père! répondit le jeune homme, que le meurtrier incendiaire m’aura payé la dette du sang et

e l'incendie !...

—Je m'attendais à cette réponse. Et qui poursuivrez-vous de votre vengeance ?

—Qui?.… répéta Raoul avec étonnement. Eh! qui serait-ce, sinon le lâche auteur de tant de crimes, l’infâme Antide de Montaigu! Je porterai le fer et le feu dans son château de l’Aigle, et vous me viendrez en aide, n'est-ce , mon frère? car, en de y 8 ainsi que je veux le faire, j'accomplirai un devoiz sacré !...

Lacvzon secoua la tête.

—Raoul, dit-il, je veux et je dois répondre à votre confiance nd une confiance égale et ne vous rien cacher de la vérité. Je

onnerais ma vie, s’il le fallait, pour sauver la vôtre, mais vous ne devez compter sur moi quand vous songez À vous venger d’Antide de Montaigu. Bien plus, je me mettrais avec lui contre vous, sinon pour vous attaquer, au moins pour le défendre...

—Contre moi, frère! contré moi et avec cet homme! s’écria Raoul. Ce n’est pas possible 1...

—Et cependant c’est la vérité.

—Mais pourquoi ?

—Parce que quand le péril commun. plane sur toutes les têtes, les dissentiments et les haines de particuliers, si terribles qu’en soient les motifs, doivent être oubliés! Parce qu’il ne peut point ÿ avoir d’ennemis parmi ceux qui servent une mâme cause, aussi longtemps du moins que cette cause est en danger! Parce qu’enfn aujourd’hui, Antide de Montaigu, seigneur de l'Aigle, est l’un des plus ardents et des plus puissants défenseurs des libertés franc-comtoises 1... C’est parmi ses vassaux que je recrute mes corns francs: c'est lui ani, lorsque tout nous manque, nous fournit de l'argent, des vivres et des armes. C’est lui qui nourrit et protège la mère, la sœur ou la fille du paysan soldat ; c'est au

château de l’Aigle, enfin, que se trouve le centre des opérations militaires de toute la haute montagne. Vous le voyez, Raoul, les services que nous rend Antide de Montaigu sont immenses, et, si coupable que soit ce gentilhomme envers votre race, il doit être sacré pour moi |...

—Je vous comprends et je vous approuve! répondit Raoul. J’attendrai, j'attendrai avec calme et patience, et peut-être cette attente ne sera-t-elle pas bien longue! Un jour viendra, frère, où . vous m’abandonnerez cet homme et où vous vous unirez à moi

our le renverser, car Dieu ne serait pas juste s’il permettait que

e ravisseur, l’incendiaire, le meurtrier, fût un allié loyal et fidèlel.… Souvenez-vous de ce que je vous dis aujourd’hui, capi- : taine: un secret instinct me crie qu'’Antide de Montaigu est un lâche et un traître! et souvenez-vous qu’un jour, ce que je dis, je le prouverai !.….

Lacuzoa garda le silence.

I! ne savait que répondre à ces paroles pleines d’une écrasänte et impitoyable logique, et il lui semblait douteux en effet qué Dieu consentft à se servir. d’une main si bassement coupable, pour faire de grandes et nobles choses.

En ce moment les deux cavaliers arrivaient au bord de la Bienne qui coulait dans le fond de la vallée, à une très faible distance des fortifications de Saint-Claude.

Lacuzon poussa son cheval vers la gauche, laissant la ville à sa droite et il ne tarda guère à gagner la lisière d’un petit bois très épais, dans lequel il s’engagea, suivi de Raoul.

À peine avaient-ils fait vingt-cinq pas sous le couvert qu'ils entendirent le craquement sec et métellique produit par la batterie d’un mousquet que l’on arme.

En même temps une voix cria:

—Qui va là ?..

—Saint-Claude et Lacuzon, répondit le capitaine,

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