‹ Le Médecin des pauvres [microforme]Chapitre 31 sur 66 · messire, reprit Garbas · texte numérisé non relu

messire, reprit Garbas

Raoul suivit son guide qui s’enfonça dans les profondeurs de la caverne ; ile trouvèrent sur leur droite un escalier pratiqué dans le roc et «ui montait à une seconde grotte, formant comme un deuxième étage au-dessus de ia première, et éclairée par une fissure assez stable d une fenêtre étroite et longue, depuis laquelle on découvrait toute ia vaiiée.

Lacuzon, Varroz et Marquis étaient assis sur des bottes de paille autour d’un billot de chêne servant de table.

Le colonel et le prêtre serrèrent les mains de Raoul ; Lacuson lui tendit les bras avec effusion. \

pr après cette vive freinte, sa première parole fut celle-ci :

—Eglantine ?.. où est glantine ?... Comment revenez-vous sans la ramener ?...

—-Ne m'accuse pe mon frère, répondit vivement Raoul ; C'est en m'assassinant âch

delle! Mais nous avons un moyen de savoir où on l's conduite,

—Parce que la femme qui possède ce secret ne consent à me le révéler qu’en présence du capitaine...

en elle ?..

—Une confiance entière, absolue !...

—Qu’a-t-lle donc fuit pour la mériter ?...

oul raconta brièvement les événements de la journée et de la nuit précédentes, et le rôle joué par Magui dans ces événements.

—Ïl a raison, dit le capitaine après avoir écouté, et je sens que, moi aussi, j’ai confiance en cette hou,

Lacuzon appela Garbas qui attendait sur l'escalier, et lui en. ioignit d'amener à l'instant Magui.

ndis que le trompette exécutait cet ordre, le capitaine expli. ua à Raoul que, la veilie, ne l'ayant pas trouvé au rendez-vous done et forcé de s'éloigner avec sa bande, il avait laissé à ga place un montagnard chargé de l’attendre et de le guider ainsi qu’Eglantine jusqu’au trou des Gangônes.

4 Mais le jeune homme n’était point allé au lieu indiqué, où, sans aucun doute, le montagnard aitendait encore.

En ce moment, Garbas reparut avec Magui.

—Femme, lui dit le curé Marquis, approches et soyez sans crainte. Votre renommée est mauvaise, le surnoïn que vous portez l'indique assez! mais Dieu lit dans les cœurs. et peut-être le vôtre est-il bon malgré tout ce qui se dit de vous. nfin, quoi que vous soyez, nous vous devons des remerciments pour votre conduite à l'égard de messire Raoul, notre ami. Vous avez bien agi...

JA n’ai fait que mon devoir... répondit humblemens Magui. Dieu nous ordonne de rendre le bien pour le mal; j’ai rendu le bien pour le bien, voilà tout... Je ne mérite pas même un éloge Un ami des Cuanais, un gentilhomme, s’est mis en péril po sauver la vie inutile et méprisée de Magui la sorcière... désormais Magui donnerait pour ce gentilhomme et pour les Cuanais son sang, sa vie, et jusqu’à san âme |...

RETENUE | INEDPSuS pS E En L .

—La reconnaissance est une noble et sainte vertu, mais c’est par des actions et non par des paroles qu’elle se. prouve... Vous avez bien commencé, continuez...

—Je suis prête à tout.

—Vous avez dit à messire, Raoul que vous saviez où le misérable ravisseur avait conduit Églantine ?

— Et c’est la vérité. Je le sais.

— Vous avez ajouté qu’en présence du capitaina Lacuzon, vous révéleriez le nom et la demeure de l’homme au masque noir...

—Je tiendrai ma promesse.

—Voilà le capitaine Lacuzon, voilà le colonel Varroz et vous savez sans doute que je suis le curé Marquis... pouvez-vous parier devant nous trois ?.…

—Oui, messire prêtre, je le puis et je le veux.

—Ekh bien ! parlez donc, et je vous jure que vous serez largement récompensée.

Magui secoua la tête, ‘

—Oh ! messire prêtre... murmura-t-elle, ce n’est pas dans l’espoir d’une récompense que j'ai a i, ni que je veux agir!

—Prlez, je vous le répète, et Dieu vous payera dans le ciel le bien que vous aurez frit sur la terre.

— Ale promettez-vous d'ajouter foi À mes paroles ?

ui. Si vous jurez, sur le salut de votre âme, de ne dire que la vérité.

—Sur le salut de mon âme, messire prêtre, je vous jure que pas une parole mensongère ne sortira de ma bouche...

—Je reçois votre serment, femme, et je vous fais, pour moi et pour mes compagnons, la promesse que vous demandez.

—Et vous engagez-vous aussi à tirer vengeance du traître auquel un misérable a vendu votre nièce? Vous engagez-vous à le punir, quel qu’il soit ?.…

—Quel qu’il soit, nous le punirons! répondit Marquis, et j’atteste le christ, sur lequel j’étends la main, que justice sera faite |...

—Par mes cheveux blancs, je le jure! s'écria Varroz,

—Je le jure par mon épée !.… dit le capitaine.

—Je le jure par Églantine elle-même !.. fit Raoul à son tour.

Magui promena pendant quelques secondes un regarc profond sur ces quatre hommes qui attendaient avec une anxiété fiévreuse le premier mot qu’elle allait prononcer.

uis ses yeux se tournèrent vers la fissure du rocher qui laissait

la lumière entrer à flots dans la grotte.

Dans un lointain brumeux on entrevoyait la silhouette sombre du château de l’Aigle se dessinant sur le ciel gris.

Le bras de Magui se souleva, sa main s’étendit dans la direction du manoir sinistre.

St Fi RRTES - À: a st châtsau de lAigie, où le FMAAMBIRASEOU i& poriéé cette nuit

rem rv Apraameeee

allié

le trom

—Antide de

LE MEDECIN DFS PANVRES,

pour la vendre comme otage:au plus lâche de tous les traître, au puissant et noble seigneur Antide de Montaigu !.….

Montaigu, répéta le curé Marquis avec stupeur :

femme... songez-vous bien à ce que vous dites! —$i j'ai menti ou calomnié. s Dieu qui m’entend envoie la foudre me démentir!..

écria Magui avec impétuosité, que

tonnerre, auquel la vieille femme faisait appel, serait en ce

Une incroya

la montagne.

moment tombé dans le trou des Gangônes sans produire une plus formidable im Ï

Na que les paroles de Magui. , le stupeur se peignit sur les tfaîts des triumvirs de

Raoul seul avait aux lèvres un sourire de triomphe. Rien ne

l’étonnait, rien n’était imprévu pour lui dans l'accusation si énergiquement formulée par la vieille femme.

Mais il ne voulait point intervenir, quant à présent du moins,

et il garda le silence.

Le colonel Varroz, les sourcils froncés et les yeux pleins d’éclairs.

Le cure Mar

tordait ses longues et rudes moustaches blanches.

quis attachait sur Maguisun regard qui semblait

vouloir fouiller jusque dans les plus profonds replis de son âme.

Lacuzon baissait la tête. ; | —Mais, s’écria-t-il enfin, si vous dites vrai, femme, si Eglantine

est en effet au château de l’Aigle, elle est sauvée.

—Sauvée? répéta Magui en regardant le capitaine avec étonne-

—Antide de

ment, comme pour chercher dans l'expression de sa figure le sene du mot qu’il venait de

Sauvée ?.. dit-elle pour L seconde fois. Comment sauvée ?.… pourquoi sauvée …

rononcer et qu’elle ne comprenait pas.

Montaigu est notre fidèle allié... l’un des fermer

soutiens de notre cause... fit le capitaine.

Le visage de Magui se décom posa, ses lèvres pâlirent, de fauves

étincelles semblèrent jaillir de ses prunelles.

—Antide de Montaigu, un allié fidèle!! répliqua-t-elle d’une

Ah! murmu

—Et moi, je

voix rauque. Etes-vous donc assez abandonné de Dieu pour être ne jusqu’au point de croire cela !! Antide de Montaigu, votre … Votre ami [1 lui!! lui !! l’homme au masque noir !...

ra Raoul qui ne pouvait se contenir davantage, vous

voyezl.. vous voyez | je vous l'avais bien dit 11...

dis, s’écria le colonel Varrozen se levant tout à coup

et en appuyant la main sur la garde de 8a longue épée, je dis que cette femme a raison !.. je dis que les pressentiments de Raoul ne aient pas !.. je dis qu'Antide de Montaigu est un traître 1...

Raoul s'élance vers le colonel et pressa chaleureusement les

vaillantes et fortes mains du vieil ami de son père.

—Prenez garde, colonel, dit le curé Marquis : un ressentiment

mal éteint peut vous rendre cruellement injuste... Vous haïssiez jadis Antide de Montaigu...

—Eh bien, oui, mordieul…. répliqua Varroz, et je le hais encore,

et je le dis bien haut aujourd’hui, quoique, depuis vingt ans, je cache cette haine au plus profond de mon cœur | Oui je hais Antide de Montaigu, je le hais et je le méprise, et si pendant tant

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d’aunées j'ai su metaire et me contraindre, si j'ai shorchS à œriver UOn pas au pmdon, mais à l'oubli, c’est que je sucriftais tout mon être, mes rancures, mes convictions, mes attachements, à cet ardent amour que j’ai pour mon + 81... Chaque fois que je metrouveis en présence du seigneur de l’Aigle, je sentais quelque chose se soulever et se révolter en moi... Une voix intérieure me criait: Voilà le ravisseur de Blanche, voilà l'assassin de Tristan, voilà l’incendiaire de Champ-d'Hivers ! J ’essayais de douter. je luttais contre moi-même, mais j'étais toujours vaincu ; et cependant je me taisais et je commandais à mon visage de rester calme, tandis qu’un ML de colère et de vengeance grondait dans mon Amel... C’est qu’alors je me disais comme vous : Peut-être est-ce un allié fidèle |... Mais aujourd’hui je ne puis plus, je ne veux plus douter... La vérité éclate à mes yeux !.. Le ravisseur l'assassin, l’incendiaire, est traître à son drapeau comme à tout le restel.…. Ce même masque noir que le gentilhomme félon et lâche portait autrefois pour protéger ses crimes, il le porte aujourd’hui pour vendre sa province... Le meurtrier de Champ-d'Hivers est aussi le meurtrier de Pierre Prost et le complice de Lespinassou !... j'ai nos deux amis à venger j'ai mon pays venger, j’ai notre fille Fe ia à venger |... ü feut que l’heure de la vengeance sonne enfin |...

—QOui, répéta Raoul, vengerncel.. vengeance 1.

—Æs-tu convaincu, Jean-Claude ? demanda Varroz au capitaine.

— Pas encore. répondit ce dernier, Je veux tenter une suprême épreuve...

Laquelle ?

—Je vais aller au château de l’Aigle...

—À la tête de nos montagnards ?

—Seul, et sans autres armes que mon épée.

—Et que feras-tu ?

—Je parlerai au sire de Montaigu; je lui dirai bien en face quelle accusation plane sur lui, et je saurai lire la vérité dans son regard et dans l’accent de sa réponse,

Magui eut un éclat de rire sinistre.

—Capitaine Lacuzon, dit-elle, c’est bien parler cela 1... Oui, allez au château de l’Aigle !.. allez-y seul et sans défiance! dites en face à Antide de Montaigu que vous savez le secret du magque noir... dites-lui cela, et ce soir, vous vous endormirez dans un cachot!... et, demain, le sire de l’Aigle, qui n'aura plus rien À cacher, vous enverra sous bonne escorte dans le bas ys, à ses amis les Français ou à ses amis les Suédois, et, après-demain, :: le comte de Guébriant ou le Marquis de Villeroy feront de vous ce que le maréchal de Biron fit à Arbois, en 1575, de Joseph Morel, dit le petit prince, ila donnerout l’ordre de vous accrocher, pers leur déjeuner, à la plus belle branche d’un arbre, ce qui

eur procurera la joie vive de vous voir rendre l’Ame au dessert |... Allez, capitaine, allez !... Mais, avant de partir, ne dites point a revoir à vos compagnons !.…. dites-leur adieu, je vous le conseille, car vous ne les reverrez plus en ce monde !!..

Un silence d’un instant euiv t les dernières paroles de Magui.

CIITLLC.

” - + Le ouré Moranis romnit

—Femme, dit-il avec une gravité solennelle, avez-vous bien réfléchi à toute la portée de vos terribles accusations ?…

—Croyez-vous donc, messire prêtre, répondit-elle, croyez-vous qu'on parle à la légère quand on a comme moi les pieds dans læ tombe et qu’on a juré sur le salut de son Ame de ne faire entendre que la vérité ?...

— Et tout ce que vous avez dit, vous le maintenez ?..

—Je le maintiens.

—Ainsi, vous affirmez qu'Églantine est en ce moment au chteau de l’Aigle ?..

—dJe l’affirme.

— Vous affirmez que le seigneùr au masque noir est Antide de Montaigu ?..

—Ouil cent fois oui 1...

— Vous aflrraez, par pote qu’Antide de Montaigu, qui se dit notre allié et qui cependant pactise avec nos sanguinaires ennemis, est un lâche et un traître ?...

—Je l’accuse de trahison et d’infamie... et je demande qu’on fasse tomber ma tête s’il est reconnu que mon accusation est mensongère...

"a cette trahison, elle existe depuis longtemps ?..

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