‹ Le Médecin des pauvres [microforme]Chapitre 6 sur 66 · RARE · texte numérisé non relu

RARE

En entendant ces paroles blas hématoires, Pierre Prost se signa. masque noir se mit à rire bruyamment, ;

Il fit ensuite un signe à l'homme qui se tenait debout auprès de la cheminée, et qui, soulevant un pan de la tenture retoürnée, clouée contre les murs, disparut par une porte dont le médecin, jusqu’à.ce moment, n'avait point soupçonné l'existence.

Au bout d’une minute, il reparut apportant un bassin decuivre.

Pendant son absence, le masque noir avait déchiré un nouveau morceau de drap blanc, et, avec ce morceau, le médecin préparait des bandes. :

Dans un coin de la chambre, l'enfant, posé sur la tapisserie qui couvrait le plancher, vagissait lamentablement.

Au dehors, la tempête mugissait avec un redoublement d’impétuosité.—Les petits carreaux de l'unique fenêtre tressautaient et cliquetaient dans leurs alvéoles de plomb.

Tout était prêt;—Pierre Prost lia au-dessus du coude le bras de la jeune femme toujours évanouie, et piqua la veine.

Le sang coula d’abord lentement, goutte à goutte, — puis plus vite, — puis, enfin, il jaillit comme un long filet de pourpre.

Pierre Prost le recevait dans le bassin de cuivre. Au bout Ke instant, un profond soupir souleva la poitrine de l’accou- C. e — Elle revient à elle,—dit le médecin, —le danger n'existe plus, —du moins celui que je redoutais tout à l'heure.

jeune femme fit un mouvement, comme pour se soulever,

‘et balbutia d’une voix éteinte :

— Mon enfant... où est mon enfant ?...

Le masque noir s'était approché vivement.

Il appuya son doigt sur sa bouche pour commander le silence à Pierre Prost, qui serrait la veine avec des bandes de toile afin d'arrêter le sang, et il répondit:

— Votre fille est vivante, madame, et elle vivra, — à moins que vous-même ne la condamniez à mort en cherchant à la revoir...

— La revoir... la revoir! Ohl mon Dieu! vous allez donc me l'enlever?

— Oui, madame. .

— Et je ne la reverrai jamais ?

— Jamais. ie

On entendit des sanglots étouffés sous la morne cagoule, — puis, au bout d’une seconde, la pauvre jeune mère reprit:

— Permettez-moi, du moins, de l’embrasser une fois … une seule. avant de me séparer d’elle pour toujours...— Ah ! je sais que vous êtes sans pitié, messire ; je sais que vous êtes bien cruél . mais vous ne le serez pas assez cependant, pour me refuser ce que je vous demande... un seul baiser de ma fille.

— Embrassez-la donc! — répondit le masque noir, — mais

;.8e tournant vers Pierre Prost, il dit: — Donnez-lui son enfant.

… Le médecin obéit.

n'ajoutez pas une parole |...

Et nf

Ai

28 LE MEDECIN DEg PAUVRES

Oh ! ce fut alors une folle étreinte 1... Ce fut un moment de vé rituble délire, que cette minute où la Pauvre mère put appuyer Contre son cœur et couvrir de ses } fruit cette créature faible et gémissante, qu’elle ne pouvait voiï et que, sans doute, elle ne verrait jamais |...

ais tandis qu’elle la dévorait de caresses ardentes, le masque noir donnait des signes mauifestes d’une impatience croissante et mal contenue.

éjà ses lèvres s’entr'ouvraient pour ordo e reprendre l'enfant et de l'emporter, tendu vint accorder à la malh de répit. 2 nouvelle rafale, plus terrible que toutes celles qui l'avaient précédée, passa dans les airs avec des sifflements et des mugisse- , et vint se heurter contre les murailles m march.

Plusieurs des Carreaux de la fene..e cédèrent sous Je choc, aillirent de l'étain descellé et se brisèrent en mille éclats dans eur chute.

vent s’engouffra par ces étroites ouvertures :

Courant d'air s'établit entre la

ardents, soulevés comme des fétus de |

crible, se répandirent à travers la chambre, qui se remplit aussitôt d’une à rave fumée.

Déjà la tapisserie qui couvrait le plancher, et le plancher lui-

même prenaient feu par endroits, — un incendie était imminent.

e danger immédiat, et que la violence de la tempête rendit plus redoutable encore, fit oubli

er, pendant. une seconde, au Masque noir ses autres préoccupations.

raser du pied les Charbons emflammés disséminés çà et là!

Pierre Prost profite de cet instant rapide comme l'éclair pour se pencher sur le

"y répondit pas ; e du médecin, dans laquelle elle glisea un objet d'un très petit volume.

La lampe était éteinte, — ]a fumée Acre et étouffante de la laine brûlée formait un épais brouillard. — Pierre P cet objet que l’accouchée venait de lui donner aïusi furtivement, et il le cacha dans sa poitrine.

n Ce moment, le Masque noir se rapproche de lui avec inquiétude et défiance.

suivons...

En même temps,

nd nt, des

masque sans ouverture qui le rendait momentanément aveugle. — Venez, — continua-t-il en le prenant par la main gauche.

Une de ces soudaines inspirations qui jaillissent parfois comme un rayon lumineux dans les circonstances suprêmes, traversa l'esprit de Pierre Prost.

Le bassin de cuivre, rempli de sang, était par terre, à ses pieds. Il le savait.

I] se baissa “apidement, comme s'il faisoit un faux pas, et il trempa dans le sang sa main os dot poignet.

Le masque noir crut que le médecin avait trébuché,— il l’entrafna et le fit sortir de la chambre. us

Pierre Prost compta, comme en montant, les vingt-deux marches de l'escalier,

Ariivé en bas, il éleva sa main, ainsi qu'il l'avait fait en venant, —mais non plus, cette fois, pour préserver sa tête,—et il impzima sur la voûte la trace de ses doigts sangiants.

Le masque noir ne remarqua poinf cette action, te — Vous avez fait ce que j'attendais de vous, —dit-il en s’arr tant et avant d'ouvrir la porte basse derrière laquelle on entendait l’ouragan mugir ;—-vous m'avez servi,—-il est juste que vous

soyez récompensé...

. — Je ne demande rien, — répondit Pierre Prost. —Je ne désire rien...

— Je ne suis point de ceux qui acceptent des services gratuits! —fit l'inconnu avec hauteur,—et d'ail eurs, j'attends encore quelque chose de vous...—Prenez ceci.

Tout en parlant, il mettait dans la main du médecin un petit sac de toile assez lourd,

Puis il reprit:

— Cet or vous servira pour élever votre enfant.

— Hélas !...—balbutia Pierre Prost, —vous savezbien que mon enfant est morte!

— Votre enfant est vivante, —réplique le masque noir d’une voix lente et ferme.—Souvenez-vous que les événements de cette nuit sont un rêve que vous devez oublier à votre réveil ! … Il y a ue heures, vous étiez dans votre chaumière avec une petite fille, — ]a vôtre, -- qui dormait dans son berceau. — Dans quiques heures vous serez de retour ; — une petite fille, — LA MÊME, — dormira près de vous, et, depuis hier au soir, vous n'aurez pas quitté Longchaumois|...— Comprenez-vous maintenant pourquoi je vov: dis que votre fille n’est pas morte?

— Oui, réposdit Pierre,—je comprends...—Vous voulez qu'aux yeux de tous, l'enfant qui vient de naître soit l’enfant que j'ai perdue...—vous voulez que ma pauvre petite fille, n’ait jamais cessé de vivre...

— Je veux cela. — Le ferez-vous?

— Je le ferai ;—et ce n'est pas seulemnt l'apparence, c'est aussi le cœur d’un père g'ie j’aurai pour la pauvre A re he |

— Allez donc, et, si vous tenez à votre repce et à votre vie, souvenez-vous |..—- une indiscrétion, ce serait. la mort, — et je vous répète que vous ne séries pas soul frappé...

‘Le masque noir ouvrit. alors la porte basse, et conduisit Je Médecin, à travers la neige ‘&moncelée, jusqu'à l'endroit où attendait l’équipage attelé de hevaux frais:

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