LE PROLOGUE D'UN DRAME
Hélas! Pierrre Prost devait acquérir bientôt la certitude que tout ce qui se passait depuis cette nuit sinistre avait un terrible cachet de réalité.
—Eh bien!-—demanda le masque noir, au moment où les deux hommes et le médecin rentrèrent daus la pièce qu’il n'avait pas
quittée,— est-ce fait ? !
—{C'est fait, monseigneur,—lui fut-il répondu.
Le masque noir se tourna vers Pierre Prost,
—Ecoutez-moi, -— dit-il, — et tâchez d'oublier pour un instant vos chagrins afin de me bien comprendre ! — Chacun des outils de chirurgie dont vous vous servez pour la guérison d’un blessé, est entre vos mains un instrument passif et dosile; — il vous sert, mais sans en avoir conscience. — Tant qu’il vous est utile, vous le conservez avec soin; — s’il s’use et s’il devient mauvais et dangereux, vous le brisez et vous le jetez loin de vous..— Cette nuit, entre mes mains, vous ailez devenir un instrument pareil à ceux de votre profession ; — de même que vous vous
servez d'eux, je vais me servir de vous, — vous m’obéirez, comme
LE MEDECIN DES PAUVRES | on
ils vous obéissent, et sans môme chercher à comprendre quel est le but du service que vous me rendez... — Grâce à cette obéissance prompte et passive, vous n'aurez rien à craindre. — Il ne vous sera fait aucun mal, et, dans quelques heures, vous serez de retour ici, sain et sauf...— Mais si vous essayez seulement une résistance insensée, — si jamais, après m'avoir obéi cette nu vous cherchez la clef d’un mystère qui doit rester impénétrable pour vous, — si jamais une parole indiscrète vous échappe, — fût-ce dans vingt ans, — souvenez-vous de ce que je vais vous dire, et ne croyez point que ce soit une vaine menace, — je vous retrouverai partout, si bien caché que vous puissiez être, et je vous briserai comme on brise un instrument inutile et dangereux!... Ne l’oubliez pas, et ne me forces point à m’én souvenir |...
Le masque noir se tut. : +
Pierre Prost, debout en face de lui, attachait son regard sur les trous de ce carton dat pere recouvert d’un velours inerte, au fond desquels étincelsient les yeux de son interlocuteur, pareils à des larmgpyres dans le creux sombre d’un rocher.
— M’avez-vous entendu ? — demanda le masque noir.
— Oui, répondit le médecin.
— M'avez-vous compris ?
— J'ai compris que vous aviez quelque chose de terrible à me commander, et qu’il me faillait vous obéir à l'instant, et metaire à toujours, ou que j'étais perdu... ‘Est-ce cela ?
— Oui, c’est cela, — et que décidez-vous ?
— Rien... — rien du moins avant que vous ayez répondu à une question que je veux vous adresser.
— Et cette question ?.…
, — La voici: — Quand trois hommes masqués, — dont l’un est un seigneur,— viennent la nuit chez un pauvre médecin ignoré, chez un ot ge comme moi, etquand l’un de ces hommes, — le seigneur, —dit au paysan: — J'ai besoin de toi, — st tu ne m'obéis pus, c'est la mort; ai tu me trahis, c'est encore la mort, n'est-il pas permis et vraisemblable de supposer que c'est pour un crime
ue le gentilhomme a besoin du médecin ?...— S'agit-il en effet
’un crime entre nous, monseigneur ?— Votre réponse dictera la mienne. — Si vous réclamez mon concoun:s pour quelque œuvre infâme, et s’il faut obéir ou mourir, tuéz-moi tout de suite, — je n'obéirai pas |.
Le masque noir haussa les épaules.
— Eh!—s'écria-t-il, — vous êtes fou ! — c'est pour accomplir une bonne action, et non point pour commettre un crime, que j'ai besoin de vous...—Il y a deux créatures humaines à sauver... —une femme qui se tord dans les angoisses de l’enfantement et l’enfant qui va naître d'elle.
Pierre Prost n’hésita plus.
Il ouvrit l'immense armoire dont nous avons parlé, et il y prit quelques instruments d’acier enveloppés dans un étui de peau.
— Hst-ce 1à tout ce qu'il VOUS faut DOUX UN GCCOUCHEMENR? demanda le masque noir, Ÿ
— Alors, vous êtes prêt à nous suivre ?
— Je suis prêt.
— Dans ce cas, il mereste une dernière précaution à prendre...
— Laquelle?
ee Cel e-ci.… ‘
Le gentilhomme fit un signe, et l’un de ses compagnons atta cha sur le visage du médecin un masque de velours qui n'avait pas d'ouverture à la place des yeux.
FA gi Prost, ainsi aveuglé momentanément, se conienta de re:
— Je vous préviens qu’il ne me sera aa possible de pratiquer, sans y voir, même l’accouchement le plus simple...
— On vous rendra l’usage de vos yeux quand il le faudra,— répondit le masque noir, — venez... +
n même temps il lui prit la main et l’entrafna,— lui faisant traverser rapidement la seconde pièce et l’enclos, —jusqu'à la porte à claire-voie qui s’ouvrait sur le chemin de Longchaumois.
De l’autre côté de cette porte se trouvait un équipage bizarre.
Vous avez vu souvent, n'est-ce pas? ces chariôts dont les pag sans se servent pour aller aux foires, et qui, dans leur simplicité rustique, se composent d’un train allongé, placé sur quatre roues et recouvert d’une toile épaisse, tendue et arrondie sur des cerceaux.
Deux chevaux noirs, d’une grande beauté, ‘étaient attelés à un chariot pareil, dont on avait seulement remplacé les roues par des patins de traîneau.
Ces chevaux piaffaient dans la neige et hennissaient d’épouvante à chacun des bruits étranges et grandissants de la tempête.
Un homme debout en face d’eux, et les mains posées sur leurs mors, avait toutes les peines du monde à les maintenir en place.
Dans l’intérieur du traîneau se trouvaient deux ou trois bottes de paille.— Pierre Prost, toujours guidé par le masque noir s’assit sur l’une de ces bottes.— Le gentilhomme se plaça à côté de lui, — les deux hommes s’étendirent derrière eux; — le
uatrième inconnu, celui qui r’avait pas quitté l’attelage, — s’élança d’un bond sur le cheval de droite, — saisit les rênes, — et le traîneau s'ébranla, impétueusement emporté.
$i profondes, si’douloureuses que fussent les deux blessures qui saignaient au cœur de Pierre Prost, ce demnier fut forcément
istrait de ses cuisants chagrins, de ses regrets amers, par la prodigieuse étrangeté de sa position, dont il ne se dissimulait -point le danger réel, malgré les quelques paroles rassurantes du masque noir. '
De même que les abtmes et les gouffres vertigineux attirent fatalement le corps, de même le mystère attire la pensée humaine.
Malgré lui, Pierre Prost se mit à songer à cette incompréhensible has dans laquelle le hasard ou la fatalité lui donnait . “pes lui, 41 s’eflorca de sonder par la réflexion les ténèbres
u’on faisait en sorte d'épaissir autour de lui, -— et, tout d’abord, se demanda où donc on le conduisait,
Sans cesse par voies et pur chemins, la nuit comme le jour, le médecin connaissait tout le pays aussi bien qu’un aveugle connaît les rues qu'il a l’habitude de parcourir sans guide, — et s'il se fût trouvé à la porte de son enclos, les yeux bandés et un bâton à la main, il n’eût. gra 6t6 embarraseé pour se rendre à tel endroit, distant de troïs ou quatre lieues, qu’on aurait jugé convenable de lui désigner, , . à
Mais la situation n'était plus la même.— Au lieu d’être à pied, foulant le sol, et pouvant chercher du bout de son bâton qualque arbre ou quelque rocher dont le gisement lui aurait servi de point de repère, il se trouvait dans un traîneau qui courait avec une rapidité furieuse, et il ne savait même pas vers lequel des points cardinaux ce traîneau s'était dirigé au moment du départ.
Le conduisait-on du côté de Clairvaux, du côté-de Saint-Claude, du côté de Champagnolles ?...— La solution du problème restait pour lui à l’état de vague conjecture.
Pierre Prost espéra d’abord trouver un indice dars le ralentissement de la marche des chevaux, aux nombreuses et rudes montées qui se rencontrent à chaque instani dans le Jura ; — mais, à chacune de ces montées, les chevaux ardents et vigoureux prenaient le galop, et la vélocité de leur course, bien loin de diminuer, augmentait. '
Les patins ferrés du traîneau traçaient leurs sillons dans le neige glacée avec une sorte de sifflement aigu, jetant une note claire et continue au milieu du concert sauvage que les grandes voix de la tempête donnaient aux idniagnes HHbal de
Cette course fantastique dura près de deux heures.
Une fois, — une seule fois, — il sembla à Pierre Prost que la vibration métallique d’un beffroi arrivait jusqu’à lui à travers les léchaînements de la tourmente.
Mais n’était-ce point une illusion ?-— Ei d’ailleurs ce beffroi : pouvait retentir soit à Champagnolles, soit à Saint-Claude, — et rien ne disait qu’il se trouvât plutôt dans ie clocher d’une ville qué dans celui de l’église d’un hameau ou de la chapelle d’un monastère...
L'esprit du médecin se perdait dans un dédale où manquait tout fil conducteur, et il devenait évident pour lui que hasarder mêwe une conjecture, serait un acte de véritable folie.
SAR nr Pierre re nn au HR
rnit rauque et strident que produisent les ers en soufflant dans une corne de bœuf, pour rassembler nd troupeaux, — un bruit, d’une incomperable puissance qui se fait entendre à des distances énormes, même quand l’ouragan mugit et qne le vent est contraire; — ce bruit, disons-nous, retentit tout près de lui, et sur le traîneau même.
À Fe sûr, l’un de ses compagnons venait de donner un signal. “ ne demi-minute s’écoula, — pais un nouveau se fit entendre d’une facon Histinote, quoique affaibli Te gnement.
C'était sans doute une réponse,
Les chevaux» surexcités qe le fouet et l'éperon, bondirent, et leut vitesse accrue sembla dévorer l’espace.
tuosité durs peu, — un quart d'heure au plus. Àu bont de ce temps, les m0 rent gout à coup. Les brusques 8 indiquæfe1t 6) airement que | sens trot une rampe pre (o
que naccessiblé : — les sabots ferrés glistiient Sur la terre talisée, — le trafileau, par instants, s’arrètait et même reculait ; conducteur 80
les coups de fouet et les énergiques jurons du
guccédaient sans relâche.
On allait arriver à une demeure située sur le plateau d’une montagne formidable.— Ie médecin n’en pouv douter. Mais quelle était cette demeure ?
Un grand nombré des vieux manoirs franc-comtois s'asseyaient des nids d’aigle, sur quelques pics déchar-
i , de la position de ce manoir, Pierre Prost ne
on.
rdue et périlleuse fut longe à franchir ; — enfin ouffés respirèrent plus ibrement; — ils firent core, et le traîneau 8 arréta.
Un gecond appel de trompe retentit.
À cet appel succéda un bruit de chatnes,— puis le retentisse- : qu’on abaissait, puis le fracas d’une
On passait sous une voûte.
Immédiatement je la neige recommengçait à couvrir le sol. — Les chevaux rent environ cinquante où soixante pas ; — ensuite ils traversèrent un gecond po
une nouvelle voûte.
Ce château prenait, en vérité, des allures de forteresse l... Le traîneau glissa sur la neige pendant une où deux minutes
et s'arrêta.
— Nous sommes arrivés, — dit le masqué noir. ‘ in de Pierre Prost, le fit descendre de la
mme façon qu'il l'avait fait monter.
A is manière dont le vent r de lui, et dont la a tempête, fouettait les parties de son visage édecin comprit qu'il 8e
je poignet, — 6882Yà fracas des éléments était tel sur ces hauteurs 8an8 abris, ©1'° : és s'évanouirent comme un murmure indistinc:.
Pier:o Prost 88 gentit alors entraîné par le gentilhomme aussi rayidar:- ui que le permettait la neige amoncel
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Hnfir. We te du néascin se heurtèrent contre un seuil de jerre, £t 5 "x do: Lé 8 son guide ne l'avait soutenu.— Une porte, 0": piste poterne g'ouvrit.— Elle était si passe que
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le oo: noir, avant de la franchir, dit au médecin : — Baissezvous |.
Pierre Prost obéit, et,.par un mouvement machinal, élevant sa inain gauche au-dessus de sn tête pour garantir son front, il rencontra le premier arceau d’une voûte surbaisaée,
Le masque noir cessa de marcher et referma la porte.
Pendant ce temps d’arrêt le médecin prêtait l'oreille à un bruit bizarre et sinistre, qui descendait jusqu’à lui, faible, et cependant distinct, et ne se confondant point avec les hurlements de la tempête qui faisait rage au dehors,
j'était une sorte de râle strident et continu,— des gémissements sourds, — des plaintes déchirantes que venaient couper des cris dl agonie,
Le médecin n'avait pas peur, mais les idées superstitieuses qui faisaient, à cette époque, partie inhérente des croyances intimes ie tout montagnard franc-comtois, aussi bien que de celles de tout paysan breton, commençaient à se réveiller dans son esprir où elles avaient sommeillé longtemps.
— Ne suis je pas, — se demandait-il, — dans une de ces étranges et mystérieuses demeures que le génie du mal s’est, dit-on, construites sur certains pics inaccessibles, et cet homme masqué qui m'a conduit ici n'est-il pas le démon lui-mâme ?..
Pierre Prost n'eut pas le temps de formuler une réponse à la question qu'il se posait en ces termes.
Le masque noir lui dit brusquement :— Dans quelques secondes, votre tâche va commencer.— Mais, d’abord, vous souvenez-vous bien de ce que je vous ai dit dans votre maison ?..
— Je m'en souviens, — répliqua Pierre Prost, — et je me touvier.s aussi de ce que je vous ai répondu,
— Je vous répète, — reprit le masque noir, — je vous répète que vous n'êtes print ici pour faciliter l’accomplissement d’un crime...— Quand une femme se débat sur sa couche dans les douleurs de l’enfantement, celui qui voudrait se débar-nsser de la tige ou du rejeton n'aurait pas besoin, vous le savez, u appeler un médecin à son aide...— la mort viendrait bien toute seule [...
— C’est vrai,— murmura Pierre Prost.
— Vous allez vous trouver en présence d’une femme, — continua le masque noir.— Cette femme ne vous connaît pas plus que vous ne la connaissez vous-même, — et d’ailleurs vous ne verrez pas son visage, — et elle ne verra point le vôtre...— Je vous défends de parler à cette femme, — je vous défends de lui répondre si elle vous parle |... Une seule parole prononcée par vous, ne l’ouuliez pas, serait le signal de votre mort, et peut-être ne mourriez-vous pas seul... Jurez-vous de garder le silence?
— Je le jure.
— Le jurez-vous sur les tombes de votre femme et de votre enfant ?.… — Sur les tombes de ma fomme et de mon enfant, je le jure. — Touchez ceci.
Et le masque noir mettait dans la main de Pierre Prost la crosse froide d'un pistolet.
, rost, — mais si, comme je le crois, la malheureuse dont les émissements et les cris arrivent jusqu'à nous est celle que je dois secourir, hâtons-nous, car le temps presse. et peut-être est-il trop tard !.…
— Vous avez un escalier devant vous, — dit le masque noir en reprenant le poignet du médecin pour le guider et pour le soutenir, — Venez onc, et, tout en montant, Courbez-vous, car la voûte ext basse.
Fe il se remit à marcher en s'engageant le premier dang l’es- * calier.
Le médecin le suivit, et, tout en montant, il compta vingtdeux marches.
À mesure quil avançait les plaintes et les cris se faisaient Plus distinctement entendre.
À la vingt-deuxième marche, il n’y avait plus, entre les » ‘missements de la femme en travail et les orel'les du médecin, que l'épaisseur d'une porte.
masque noir ouvrit cette porte, et, poussant Pierre Prost dans l’intérieur, il le fit passer devant lui en répétant :
— Souvenez-vous !.…
En même temps il délia les cordons qui retenaient le masque de velours sur le visage du médecin, à qui il rendit ainsi le libre usage de la vue. Ebloui d'abord par la clarté vive d’une lampe de fer et par les rayonnements d’un grand feu, ou plutôt d’un brasier de fascines enflammées qui se consumaient dans une cheminée immense, Pierre Prost put bientôt jeter un regard investigateur sur les objets qui l’entouraient,
Mais là aueri, toutes précautions avaient été prises de façon à ce que nul indice ne vfnt se graver en sa mémoire et l'aider plus
" tra à décrire et à reconnaître le lieu dans lequel il venait d'être amené, |
C'était une nièce de moyenne grandeur et qui ne renfermait d’autre meuble qu’un lit de êne noir sans sculptures.
On avait cloué à la hâte, sur les murailles, des tapisseries retournées dont l'envers n’offrait aucun gens.
On en avait tendu le plafond, — on en avait garni le plancher.
Le manteau de la cheminée, qui portait peut-être des armoiries, disparaissait sous un lambeau d'étofte épaisse.
La plaque du foyer était tout unie, — deux pierres grossière. ment taillées remplaçaient les chenets.
La lampe de fer était une de ces lampes communes, fort en usage, à cette époque, dans les plus pauvres demeures.— Toutes les chaumières des paysans s’en trouvaient pourvues,
En face du lit, une fenêtre était pratiquée dans l'épaisseur de la muraille: on avait masqué l’embrasure de cette fenêtre avec un drap cloué au plafond.— D'ailleurs la nuit était rofonde, et, quand bien même Pierre Prost aurait pu pénétrer ans l’embrasure, il n'aurait vu, au dehors, que les ténâbess
Âu chevet du iit, un homme se tenait debout st immobile …
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Cet aomme était vêtu de noir et masqué comme ceux qui avaient emt iené le médecin hors de sa maison. Le | Il s’inclina respectueusement devant le gentilhomme me gr
qui tenait toujours de la main droite le pistolet dont il avait fai
toucher la crosse au médecin avant de gravir avec lui les marches de l’escalier,—puis il s’écarta et alla se placer auprès de la cheminée,
Enfin, sur le liten désordre, se débattait une jeune femme sur le point de devenir mère, et justifiant d’une façon cruelle ces paroles adressées par le Dieu vengeur à Eve chassée du paradis terrestru: ‘‘ La femme enfantera dans La douleur { ”?
L'ÉGLANTINB,
Cette malh: reuse femme était ae que masquée.— On avait jeté sur sa tête ane sorte de cagoule autour de son cou, et fendue a à l’endroit de la bouche afin de rendre la respiration possible.
Au moment où le masque noir, en entrant dans la chambre avec le médecin, prononça ces deux mots : — Souvenez-vous ! — la femme couchée tressaillit, — un tremblement convulsif secou ses membres, et ses gémissements s'arrétèrent.
Quel bourreau sinistre était-ce donc que cet homme, pour que la aouleur elle-même comprît qu’elle devait faire silence à son approche ?..
masque noir s’avença jusqu'au lit:
— Madame,—dit-il d’une voix lente,—le médecin m’accompane,—il est 1à ;—ainsi que vous il est prévenu que toute parole changée entre vous et lui serait le signal de sa mort et de la
vôtre...Ne l’oubliez ni l’un ni l’autre!
Puis se tournant vers Pierre Prost, il ajouta :
— À l’œuvre, maintenant, médecin ; faites votre devoir.
Pierre Prost se mit à l’œuvre en effet.
Ni le sang-froid ni l’habileté ne lui firent défaut, et au bont d’une heure il recevait dans ses mains une pauvre petite créature qui paussait son premier vagissement.
En même temps la mère, épuisée, retombait sans connaissance sur l’oreiller.
—Quel est le sexe de cet enfant ?—demanda le masque noir.
— C’est une fille, —répondit Pierre Prost.
— Le diable est pour moil...—murmura l'inconnu.
— Où sont les langes dans lesquels je puis l'envelopper ?— reprit le médecin.
— Les langes ?—répéts Mnconnu—+voilà un détail auquel ce
ve cu n’a songé...—Mais il est facile de suppléer à cet eu 3 : : ;
Tout en parlant il s’approcha de l’embrasure, et, déchirant un large morceau du drap blanc qui servait à la Masquer, il apporta à Pierre Prost ce lambeau d’étoffe, en lui disant :
— Prenez ceci ; — à défaut d'autre chose cela Pourra servir...
médecin emmaillota l'enfant de son mieux.
— À présent, continua le masque noir, —occupez-vous de la mère ; on dirait qu'elle vient d’expirer.
ï de des bras de la jeune femme évanouie pendait inerte hors u lit.
Pierre Prost appuya son doigt sur l’artère de ce bras.
anda l'inconnu avec Un accent de profonde vivante ? est-elle morte?..
— Elle est vivante, —répondit le Ï
—mais je crains.
T Que craignez-vous ?.…
— Je crains que le sang, qui me Paraît refluer vers le cerveau avec une terrible violence, ne déte
rmine Promptement la mort...
TT L2UVez-Vous éviter cela 7...
— Peut-être.
— Et de quelle façon ?
TT ST Une saignée immédiate.
— ien, saïgnez l...—Qui vous en empêche ?..
f: i out, m’assurer que les symptômes que je crois remarquer ne me point...—Ne Pourrais-je voir le visage de cette femme ?.…
— Non! de par tous les diables |— 9 impétuosité et en frappant du pi pas l...— Est-ce donc a curiosit cette folle demande ?...—Si
’écria le Masque noir avec ed,—non, vous ne le pouvez
nécessité, — Dans la situati
gnée c’est le salut peut-être, mais eut-être ausei c'est ]a mort !.… visage seul Pourrait m'apprendre d’ je suis réd
Pas ce visage Cela est Mpossible, vous entendez bien !.. im possible |...
Puisse sauver cette femme,
Jleurs, s’il » Je prends l’un et l'autre sur
et des bandelettes, — murmura Pierre Prost. — Je vais tenter la sai i i
j ‘Bnee, en priant Dieu de ne Polnt permettre que ma main d
à Un crime ou seulement un péché Ma conscience.
— Faites-moi donner un bassin
une main homicid
ir; —je n’y vois nul us écoutera