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« convier à vos joies autour de vos loyers do- « mesliques, comme un fils, un frère et un ami « de vos familles, parce que j’abordais toujours « les vieillards de vos maisons avec respect à « l’égal d’un père et d’une mère, les hommes « de l’ùge mùr avec cordialité et en amis, la « jeunesse avec confraternité. Si Dieu veut que « je revienne un jour parmi vous , pour y fixer « ma dernière demeure, je pourrai vous donner « des conseils sur la manière de soigner, do « conserver et de rétablir la santé de vos corps, « qui sont les temples du Saint- Esprit. » Ceux d’entre eux qui liront encore cet opuscule ne douteront pas de la sincérité de l’épigraphe qui se trouve en tête de mon premier essai public en médecine; car elle n’est pas pour moi tme vaine sentence prise au hasard dans un auteur dogmatique : c’est la pensée la plus profondément gravée au fond de mon rœur. Oui, j’ose l’affirmer avec Vicq-d’Azir, sans crainte d'être contredit : « Si les fonctions « du médecin sont belles, c’est moins dans les « palais et parmi les grandeurs, où les motifs,
« soit apparents, soit réels de l’intérêt, ne lais- « sent aucune prise à ceux de l'humanité, que
« dans les demeures étroites et malsaines du « pauvre. »
Donc, lorsque j’étais curé à la campagne, je» me regardais comme étant le médecin du pauvre qui n'osait en appeler d’autre, n’ayant pas de quoi le récompenser. C’était une nécessité pour moi d’étudier dans Tissot, Bichal, Aliberl, Boyer, Richerand, et autres auteurs, les priireipes usuels de la médecine populaire; de meme qu’aujourd'hui que j'exerce cet art au milieu d’un monde tout différent, je regarde également comme un devoir de ne pas perdre de vue mes éludes précédentes sur la morale et sur la religion, pour en faire usage avec discernement dans les grandes occasions, où je me trouve en présence de ces maladies sociales qui bouleversent tant d'organismes au sein de notre civilisation moderne, et qui se rattachent bien plus à l’ûme qu’au corps. O mes anciens paroissiens, pauvres et humbles habitants de la campagne, dont la vie est si calme et s’écoule si paisiblement, que vous êtes heureux, si vous le saviez, auprès des malheureux heureux de nos grandes villes ! Votre âme, dont vous sentez l’existence et admettez
l'immortalité, contente de votre foi villageoise, respecte et semble récompenser les travaux de votre corps par une santé inaltérable et aussi constante que votre large appétit. Celle des personnages prétendus privilégiés, qu’une vaine philosophie jette dans le doute, leur reproche sans cesse une témérité dont tous les organes matériels se ressentent et empoisonne chaque instant de leur vie. Heureux si une dernière exaspération de cet être incompréhensible, mais réel , n'arrache pas violemment un dernier soupir à son compagnon obligé pour opérer une séparation funeste. Voilà les maladies de l’àme. 11 faut le dire cependant, elles ne sont pas entièrement inconnues à l’habitant des campagnes; mais elles se manifestent diversement, et la religion en allège le poids. La patience et la résignation sont souvent les seuls remèdes à celles du corps, parmi celle classe nombreuse de la société ; tandis que, dans une sphère plus élevée, avec toutes les ressources que l'art médical a pu. découvrir et appliquer, l’absence ou l’affaiblissement de la foi, les progrès du doute, et les effets de l’innervation trop développés,
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enlèvent il l’Ame loule consolation, et placent les esprits faibles en présente du dégoût de la vie (spleen), de l’endurcissement du cœur (étjoïsnîe cl célibat), de l’exagération du moi humain (avarice), de l’improbité impunie (envie), du désespoir et du suicide (paresse et colère concentrée.)
A la vue de ces maux, j’ai cru que ce petit livre d’hygiène, de médecine, de morale et de religion, pourrait être de quelque utilité à mes concitoyens. Je le publie sans prétention aucune; et j’ai lutte de dire que je ne me suis pas mis en peine de m’approprier une bonne pensée, une division exacte, ou même une expression pittoresque dans les ouvrages des auteurs qui ont traité des sujets analogues; en un mot, j’ai pris la matière de mon sujet partout où je l’ai rencontrée, la mêlant avec mes observations précédentes; souvent reproduisant des fragments de mes écrits publiés dans divers journaux où je travaille depuis dix ans. Ce qui concerne l'enfance est spécialement le fruit de mes observations physiognornoniques, lorsque j’étais professeur dans des établissements d’instruction publique, ou de-
puis que j exerce la médecine à Paris, .le dois dire cependani que lorsque j'étais curé, je recueillais aussi beaucoup d'observations sur les tempéraments, les âges, les sexes, les constitutions et les positions sociales, en examinant avec soin la physionomie des enfants qu'on m’apportait pour baptiser, ou de ceux qui venaient au catéchisme , en étudiant le développement et le progrès de leur existence tant physique que morale.
Les malades et les infirmes, auprès desquels je passais beaucoup de temps poulies consoler, et où je me trouvais presque- — toujours avec les médecins, lorsqu’ils avaient la faculté d’en appeler, me fournissaient d'amples données que je ne manquais pas de confronter dans mon esprit avec les dires des hommes de l’art et que je contrôlais plus tard à part moi-même parla lecture des bons auteurs de médecine, pendant mes heures de solitude, au fond d’un humble presbytère, lorsque je fus curé à Paunal. La jeunesse et les personnes de l’âge mùr, trouvant en moi plus qu’un frère, un ami sincère, étaient accoutumés à une franchise peu ordinaire â confesse,
franchise (loin le souvenir fut pour moi la clef de plus d'une maladie du corps non soupçonnée par les médecins ordinaires, et l’occasion aussi d’y porter d'efficaces remèdes. Jamais, depuis environ vingt ans que j’observe des maladies du corps et de l'arnc, je n’en ai envisage aucune comme entièrement, incurable. La faible espèce humaine m’apparaît à l'égal des fruits d'un arbre fortement chargé, dont le plus grand nombre tombe irrésistiblement sur la terre avant l’époque de la maturité ; à peine cet arbre est-il fleuri, que plusieurs de scs boutons d’espérance sont emportés par le vent et se fanent après avoir embaumé un instant l’atmosphère. A mesure tpie la saison s'avance, les branches s'éclaircissent de plus en plus, et au temps de la récolte, il n’en reste que les plus sains, ceux qui doivent durer toute l’année. 11 en est ainsi de nous. Dieu nous appelle à lui sans distinction d’âge, de sexe, ni de condition sociale. Ses décrets impénétrables sont les mêmes pour les plantes et pour les animaux. Comme il nous a créés pour lui, pourquoi se priverait-il de l’innocence, du bas âge, de la candeur de l'en-
lance, de la franchise de la jeunesse, de la gravité de l’àgc mur? Auteur et consommateur de toute sagesse, que lui importe celle des vieillards? S'il parait les oublier sur la terre, c'est pour l’avantage de l’espèce ou peut-être par pure longanimité. Mais n'essayons pas ici de deviner la raison de ses mystères; imitons plutôt sa bonté et sa tendresse, en mettant a prolit tontes les ressources possibles, et opérons le bien au milieu des créatures formées a son image, pour lesquelles il a tant multiplié les ressources de la nature. Que les personnes malades de corps ou d’esprit ne perdent jamais l’espérance de revenir en santé; qu'elles se rappellent que celui qui donne la vie et la force à leurs organes peut bien les rétablir; qu’elles ne perdent jamais de vue que la Providence a voulu qu'on employât pour guérir de toutes sortes de maladies les moyens qu’elle emploie pour opérer l’accroissement et la conservation de l’existence. C’est pour cela que l’hygiène et la religion doivent être sœurs et procéder ensemble dans leurs bienfaits envers l’homme, à la manière du corps et de l’âme, cpii sont inséparables durant tout le temps de
cette vie terrestre, ce qui faisait ajuste titre dire à saint Augustin : « Qufconquc exalte « l’Ame comme le souverain bien, et condamne «le corps comme une chose mauvaise, fuit « charnellement la chair, parce qu’il forme ce «jugement par un principe de pure vanité « humaine. » (De Civ. Dci )