‹ Le médecin du corps et de l'âmeChapitre 52 sur 81 · I)E LA COLÈRE · texte numérisé non relu

I)E LA COLÈRE

Sixième maladie de Vàme et germe de plusieurs maladies sociales.

Le paysan, moins susceptible et moins ambitieux que le citadin , n'est pas autant enclin à la colère, parce que cette passion , la plus funeste qui puisse dominer l’homme , sous le rapport de la morale publique, est presque toujours, dit M.Rostan, le résultat d’une blessure de l’amour-propre, d’un obstacle opposé à nos désirs.

La colère du peuple prélude brusquement par des reproches, des injures, des cris et des jurements, et elle s’apaise par une volée réciproque de coups de poings, ce qui vaut mieux qu’une querelle de bon Ion , que suscite un sourire équivoque et qui Unit par un coup d’épée.

Avec un bourgeois, la manifestation de son ire est plus circonspecte. Dès qu’un paysan dérogera à l’habitude de vous saluer, tenez pour

certain qu’il fomente en son cœur quelque doute défavorable, qu’il est mécontent de vous, et que cet avertissement vous soit profitable. Porté trop loin, son emportement ne distinguerait plus l'homme par l’habit, et son bras vigoureux nivellerait toutes les conditions. Chez le citadin, la vengeance, fille delà colère, lit et commente le code pénal : elle se cache derrière l’infâme guet-apens; elle mime l’indifférence ou le pardon pour approcher sa victime; elle spécule d'avance sur le prix du sang. Chez le paysan, c’est un ouragan qui s’annonce à l’horizon, et devant lequel vous pouvez fuir. Da îs les campagnes, peu de ces forfaitures horrib) es à entendre, de ces charcuteries humaines, le ces empoisonnements perfides qui attristent les colonnes du journalisme. Le paysan frai pc sans mutiler; il ne choisit ni l’heure ni l’ir strument, et, son crime consommé, il s’épo ivantc d’un cadavre, il le fuit, il se repent sur les bancs d'une cour d’assises, et il nerougtl pas d’embrasser un prêtre au pied «le l'échafaud.

df. i \ r.v aussi:.

Septième maladie de l'âme; cause de l'ennui, de la misère et du vol.

Du moment que le pauvre, livré à de mauvaises passions, cesse de travailler, il se pose comme enmmii de la société , parce qu'il en méconnaît la loi suprême, qui est le travail. Or, celle classe oisive et vicieuse foisonne dans les grandes villes; elle y afflue du dehors, attirée par l’appât d’un gain facile ou illicite; elle grouille cyniquement dans les. rues, dans les carrefours, le long des quais et sur les places publiques; elle étale au soleil scs crasseuses guenilles et sa mine patibulaire. Celui qui cesse de travailler parce qu’il est riche est plutôt l’ennemi de son bien-être que de l’ordre public. Nonchalamment étendu sur les coussins d’un divan, il bâille, il s’étire, il songe creux, il s’impatiente, et vous dit en l’abordant : Je m’ennuie, donnez-moi donc un remède contre l’ennui! Ses locataires, honnêtes boutiquiers, ne s’ennuient pas, et peuvent lui communiquer la recette qu’il nous demande.

yunnl au paysan, il ne connaît et ne commet euèrc que six péchés capitaux : la paresse ne peut habiter que dans l’iltne d’un petit rentier ou dans le corps d’un lymphatique , et il n'est ni l’un ni l’autre. Il faut qu'il laboure pour semer, qu’il sème pour récolter , qu'il récolte pour se vêtir et manger. Du reste, le laboureur travaille d'autant plus que son terroir est diflicile, ingrat, escarpé, et que le climat est inclément, variable, froid.

L’habitude fait que le travail devient pour le paysan un plaisir. Malade, alité, son regret le plus tourmentant est de ne pouvoir suivre ses bœufs qu'il entend mugir au milieu de ses champs. Durant l’hiver, et quand les neiges l’emprisonnent dans sa chaumière , il ne soupire qu'aptes l’époque des labours ; son immobilité .l’inquiète , l’attriste , et quelquefois même le rend malade. Aussi le sommeil n'est pas avare de ses pavots avec l'homme sobre et laborieux qui se courbe de bonne heure et se lève de bonne heure aussi.

Le travail, remède efficace contre la maladie de l'àme que nous venons d'esquisser, le serait aussi de plusieurs autres maladies sociales

bien plus déplorables encore. Convenablement organisé et distribué, il diminuerait les vols, la mendicité, et même les suicides parmi le peuple, suites funestes de la misère. Lorsque des sages mesures législatives auront fait en sorte que chacun puisse manger du pain en travaillant, Dieu continuant à répandre ses bénédictions sur notre belle France, elle produira assez de bonheur matériel à chacun de ses enfants pour lui faire aimer la vie actuelle, au moins comme une épreuve par laquelle il est indispensable de passer avant d’arriver au monde meilleur , objet de nos recherches , de nos vœux et de nos espérances.

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