‹ Le médecin du PecqChapitre 4 sur 4 · LE MtDECin te KCQ · texte numérisé non relu

LE MtDECin te KCQ

est une date sinistre. Que U femme riche se peraiette an amaot ; les facilités accourroat audevant d'elle pour l'aider, lui aplanir le chemin des occasions , lui faire de l'ombre en allant , pourlui ménager le silence au retour et endormir l'opinion. Ce n'est, pas chez elle qu'elle aura la maladresse de se commettre avec une passion : eHe la demandera aux tourbillons, des soirées , aux bals de ses amies , indulgentes aujourd'hui aSoqu'onlesoitdemain ou parce qu'on l'a été l'an dernier ; elle dépaysera ensuite son erreur chérie aux eaux de Saint-Sauvsur , dans des voyages en Italie , dans le séjour d'automne à la campagne. Il faut être riche pour courir le risque d'aimer, comme il f^ut être riche pour rester longtemps jolie et pour être aimée longtemps. Mais sur quel amaa de déceptions ne-tombe pas la femme de position secondaire, nourrie de cette fausse idée qu'elle a le droit d'aimer en toute liberté , au coin du feu , à la croisée du jardin et sur l'oreiller de la nuit! Ses domestiques , ses enfants , son ombre , tout la regarde quand elle n'a des yeux que pour l'homme aimé; si l'on s'agite autour d'elle , c'est pour miens écouter son silence. Elle n'a d'ailleurs rien qui la diversifie et la nuance. Elle vit dans son idée, se cache mal dans ses terreurs , et elle empire

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sa faute ea la laissaDt toujours dans le même air. La passion chez une femme riche , c'est le mouvement, le soleil, heureux à voir derrièfe UD Toile ; c'est la santé : chez l'obscure bourgeoise rivée au devoir , c'est l'immobilité quand ce n'est pas le suicide.

Une chaude soirée de juillet avait , contre l'habitude , renvoyé longtemps avant onze heur res les pensionnaires dans leurs appartements. Rien n'avait coloré cette soirée d'une teinte qui la distinguât des précédentes : aprps avoir pris le café sur le gazon du jardin, les hommes avaient causé politique et parlé des avantages de la santé, sujets d'autant plus inépuisables à traiter qu'ils sont l'un et l'autre plus problématiques ; les dames avaient continué des broderies issues de celle de Pénélope, dont la ûa n'est pas encore constatée par l'histoire.

Comme de coutume, le baron defourneuf se serait attiré de nouveaux ennemis par sa langue , s'il lui en était resté encore à conquérir. Tantôt debout et voltigeant autour du cercle , UntAt à califourchon sur sa chaise , posture familière à Napoléon et à de Foumeuf , il avait lancé des flèches dans le flanc de chacun. Ce soir-là M"' Musquette avait été la victime favorite : ne tolérant pas son costume diaphane ,

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parbitement excuse par l'ardeur de la uison, de Foumeuf l'avait fait rougir sans pitié par des allusions qu'il adressait à Lejeune. A plusieurs ^éprises il avait demandé à celui-c», dont rirritalion se décelait par des plaques de rougeur aus tempes , aux pommettes et ii la saillie du mentoo, s'il aimait il se promener à travers )es solitudes du vieux monde , s'il était ou dod pour l'indëpeDdance des noirs et des ooires , s'il connaissait le joli jeu de société : Monsieur le eitré n'aime pat le* o»; calembours sur calembours tirés il bout portant sur H*" Musquette , qui aurait mangé la bosse & l'odieux baron.

Sauf ces malices courantes , aucun incident , comme il a déjà été dit, os caractérisa cette soirée, une des dernières qui s'écoulaient entre les quatre paisibles murs de la maison de santé pendant le beau mois de juillet.

Si tout le monde ne dormait. pas encore deui heures après le couvre-feu, personne du moins n'était hors de son appartement ; derrièft les rideaux des croisées oo ne voyait plus passer de lumière ; la lanterne de l'escalier ne lançaitplus que de rares bouffées bleuâtres à la hauteur d'un étage.

Trois henrea sonnaient à l'horloge de la cour

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intérieure. Des cris violents remplissent tout à coup les échos de ia maison et rompent son premier assoupissement. D'autres cris suivent, mais plus distincts et comme partis du milieu de l'estalier ; une porte s'était sans doute ou- ■verte. Le réveil fut général , il fut terrible. La première idée fut que des voleurs s'étaiant introduits dans la maison , la seconde que le feu la dévorait. Dans la même minute, qui sait toutes les suppositions qui s'enfantèrent? Lejeune éprouva toutes les peurs , il crut à la chute de tous les fléaux sur le toit de la maison ; le feu, l'inondation , les voleurs , une révolution de juillet ( le mois où l'on était rendait cette peur si naturelle I ) . un tremblement de (wre ; et il ajoutait tout bas en claquant des dents, sans parvenir i nouer ses caleçons de flanelle : — Ah ! ce monsieur Champeaux ! ce monsieur Champeaux I Pourquoi a-t-on reçu un tel homme dans une maison respectable? — Il ne séparait pas Champeaux d'une calamité , quelle qu'elle fût. Les déchirements de la voix entendue ne ces-,saient pas ; lorsqu'ils s'affaiblissaient, ils se changeaient en une plainte oi!i l'on distinguait le poignant reproche de n'être pas secouru.

Bientôt , la peur de chacun composant une espèce de courage factice universel, les nom-

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breoMS sonsettes de la maison tintèrent à la fois, les portes s'ouvrirent, quelques pensionnaires' à demi vêtus osèrent se montrer sur l'escalier. Ce premier élan accompli, l'étage vint en aide à l'étage ; les domestiques parurent enfia avec des flambeaux, la maison entière fut sur pied. On s'interroge avec terreur. — Quel est ce bruit? — D'oi^ viennent ces cris? — Ecoutons! — Hais ce n'est pas le feu : c'est au deuxième étage.

— Descendez, oht descendez chez ma mattresse I s'écria Bianca de l'escalier. : mademoiselle de Touralbe se meurt.

Terrifiés, les pensionnaires se portent vers la chambre de N"° de Touralbe, maïs en laissant toujours passer devant eux, dans leur sèle timoré, le docteur, M"" Pingray et M*"' Dalzoone.

Vêtue comme on l'est au lit, M"° de Touralbe était évanouie sur son tapis, les cheveux épars, les mains et la poitrine rougies de quelques sillons de sang. Elle étiiît pAIe,eIle respirait à peine, ses yeux étaient fermés.

Tandis qu'on la plaçait sur son lit, et que le docteur avait recours aux moyens d'usage pour la faire revenir, soin plus pressé que de l'interrt^er sur la cause de son évanouissement, Le-

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jeune, lui si prudent, élMt sorti de la maison de santé'en simple caleçon, en pautoufles, pour aller à Saint-Germain demander du secours à tous les dépôts de la' force publique. Il courut à divers postes de la garde nationale, où il sonna de tocsin; il ëveilla ensuite le commissaire de police en lui criant du bas de la porte qu'on égorgeait les pensionnaires de la maison de santé du Pecq ; il arracha le procureur du roi au sommeil; et, pour couronner son œuvre, il alla h la caserne des chasseurs & cheval en garnison dans la ville, et il avertit le colonel que des révohitionn aires décidés i mettre à Teu et à sang le pays avaient commencé par piller un établissement de malades, mais, ajouta-t-il, oïl il y a aussi beaucoup de condamnés politiques. Il n'en fallait pas davantage en 18tS pour faire conrir aux armes une cité ; l'alarme fut h Saint-Germain; on descendit au Pecq. Quand Lejeune rentra à la maison de santé il était suivi de plus de cinquante personnes, qui y pénétrèrent en tumulte. Des crosses de fusil retentirent dans l'escalier; tout un conseil de guerre et une cour de justice se rangèrent autour du lit de N"" de Touralbe, dernier point de concentration révolutionnaire qu'atteignit l'autorité évoquée par Lejeune. Ce n'était point là preci-

sénent ce qu'il «vait promis ; il ne savait mainteoant que penser ; il ne s'attendait pas à trouver l'émeute au lit et sous les traits d'une jeune femme sortant d'un long évanouissement.

Comme ii chaque question adressée par le commissaire de police, lè procureur du rpi, ou par le colonel des chasseurs ik cheval pour savoir la nature de régression domiciliaire exercée dans un but politique sur la maison de santé, on répondait en montrant M"* de Touralbe, ces magistrats, impatientés de l'obscurité énigmatique oi^ on les tenait, finirent par interroger celle-ci, qui recueillit ses forces et parut en mesure de sRtisfaire à la justice!

D'une voix éteinte elle dit alors que les cris qu'elle avait poussés avaient pour cause un épouvantable accident. H y avait à peu près deux heures qu'elle reposait quand elle avait été évcàlléed'unemanièrea&euseïraconter: un homme avait touché )i son lit! un homme!

— Un homme [ murmura, indignée, une voii quiétait celle d'une femme; et celte femme était M"* Musquelte.

N"* de Beaupréau fut l'écho de cette pudique exclamation.

— Oui. un' homme, redit M"* de Touralbe.

Je l'ai repoussé, mais sa hardiesse s'est accrue

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de ma resistaoce. J'ai sur ma poitriae et mes bras des marques de son odieuse violence. Il ne s'est retiré que lorsque mes cris, dernières armes de mon honneur, ont enfin éveillé la maison.

— C'est une infamie t

— C'est une double infamie, mesdames! affirma de Foumeuf en entrant dans la t^aste colère de M"* Musquette et de M"* de Beaupréau.

Des pleurs reluisaient sur les joues enflammées de M"* de Touralbe.

Le colonel des chasseors se tirait la moustache pour faire diversion au r6\t équivoque qu'un imbécile lui faisait jouer. Plus naturellement à sa place , le procureur du roi prenait des notes au crayon.

— II y a danger pour vous à rester dans cette maison , soufflait de Fourneuf à l'oreille de M"* de Beaupréau et de H"* Musquette. A quoi vous êtes exposées, grand Dieut i votre Age et dans votre position I Et tous qui étiei presque nue hier au soir, madame Musquette!

— Soup^nnez-vouB l'auteur de l'attentat?

demanda le procureur du roi en se penchant sur l'oreiller de M"" de Touralbe a^n de ne pas perdre un mot.

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H"* de Touralbe releva la tète et regarda autour d'elle.

— Ob dirait que monsieur Cabassol se cache, dit de FourâeuE d'iiue maaière a»sez haute pour compromettre Cabassol.

— Je ae me cache pas! réi>oadit Cabassol d'un air de déQ qui était beaucoup trop téméraire lorsqii'oD jetait les yeux sur sa décrépitude, saisie dans le plus grand déshabillé nocturne.

— Silence ! dit le procureur du roi.

— Il n'est pas ici, déclara M"' de Touralbe en se cachant le visage.

— Vous le reconnaîtriez donc? dît le procureur du roi.

— Peut-être, monsieur.

— Nommez cet homme, idademoiselle ; vous devez cette franchise à la justice.

La parole manqua tout il coup à M"' de Touralbe. Toujours près d'elle, le docteur lui fit . respirer des sels et la souleva sur son bras. Il exigea pour elle 'quelques minutes de repos.

Placée de l'autre cAté du lit. M"' Dalzonne, quoique bouleversée par cette scène de désolation, avait encore la force d'aider -le docteur dans les soins qu'il prodiguait à M'^ de Tou-

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La p]us calme des personnes de la maison réunies autour du lit de M"° de.Touralbe. c'était M" Piogray . Son indifiëreoce, comparée à tant d'intérêts soulevés, était presque de la dureté. Avare de pitié, sobre de remarques, impassible dans, cet empressement universel à se rendre utile, elle ne quitta pas le fauteuil où elle s'était assise en entrant dans la diainbre.

Avant que M"' de Touralbe eût repris des forces pour parler, le colonel des chasseurs à cheval avait jugé à propos de se retirer sans bruit, jurant bien de ne jamais rapporter à ses amis l'histoire de cette campagne.

Comme le silence de M"' de Touralbe se prolongeait, le procureur du roi s'iiAagina qu'elle se taisait par quelque motif de pudique retenue. Il lui demanda si elle désirait continuer sa déposition seul à seul avec le strict personnel delà justice.

Elle fît un geste affirmatif.

Sur-le-champ le procureur du roi ordonna , au nom de la loi, «ux personnes présentes de se retirer.

On vida l'appartement.

Jusqu'au jour la justice informa.

Si les paroles avaient la faculté de se transformer en pierres on bâtirait une ville grande

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«omme Paris av*c l«s paroles qui tombèrent, pendant le reste de cette nuit de trouble, des lèvres des pensionnaires de la maison de santé. Quel ëtait l'auteur du crime? ,

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